0000

 

   

DAVID BOWIE BLOG TOUR 2009

 

Young Americans (1975) - I Love Rock N'Roll 01/11/09

L’avantage de chroniquer les albums de Bowie dans le désordre, c’est qu’on est pas influencé par l’époque de leur sorties pour rédiger une critique. Ainsi, j’aurai plutôt placé Young Americans à coté de Let’s Dance ou de Black Tie White Noise. Raté, cet album a été écrit avant la trilogie berlinoise, étonnant, non ? Oui, vraiment, j’ai détesté cet album, d’ailleurs, j’aurai pu me contenter de quatre mots pour le décrire : Je Hais Le Saxophone ! Bowie ayant voulu faire une sorte d’album soul, genre club branché avec chœurs de bombasses entourant un saxophoniste langoureux et une guitare wahwahisante, ce n’est pas peu dire que j’ai trouvé le temps long. Au moins, au Let’s Dance, on pouvait se trémousser en rythme, tandis qu’au Young Americans j’ai passé mon temps à chercher la sortie. Alors que je me remettait très difficilement de l’interminable « Somebody up there likes me », j’ai sursauté en entendant les premiers accords d’« Across the Universe », une reprise qui ne parait pas extrêmement logique, les Beatles n’étant pas le premier groupe auquel on pense lorsqu’on évoque la Soul. Du coup, lorsque le funky « Fame » retentit, on en vient presque à trouver le titre génial, ce qu’il n’est qu’en comparaison du reste de l’album, grâce à l’unisson du chant et des instruments marquant un rythme répétitif plutôt sympa.

Mais l’image qui se sera imposé à moi pour représenter Young Americans pendant toute l’écoute, c’est la tronche du patron de Legitimus dans le film Les Trois Frères. Ce qui, vous en conviendrez, n’est pas particulièrement sexy, et ne donne guère envie d’y revenir… Espérons que Cissie n’aie pas vécu le même cauchemar…

 

 

Space Oddity (1969) - Kakophonia Soon...

Après un premier album que je n’ai pas encore daigné écouter (et nous sommes nombreux dans ce cas là), David Bowie accède à la notoriété avec ce Space Oddity grâce à un premier titre éponyme remarquable. En racontant l’histoire du major Thom, partit à la conquête de l’espace et s’y perdant à la manière du héros du Grand Bleu succombant à sa fascination pour l’immensité maritime, Bowie entrait en résonance avec son époque et ses contemporains, regards levés vers les explorateurs modernes qui avaient foulé en cette année 69 le sol lunaire. Par la seule grâce de quelques accords de guitare acoustique, de beaux arrangements et surtout de deux pistes de chants exceptionnelles, Bowie donne corps à cette histoire onirique de manière si incroyable que l’on se retrouve dans le même état de fascination que le personnage de la chanson. C’est ce qui impressionne le plus sur Space Oddity : à  22 ans à peine, Bowie a déjà une science de la composition et de l’arrangement impressionnante, compensant un sens de l’accroche qui lui fait encore la plupart du temps défaut. Excepté pour le très bon rock « Janine » et le folk mélodique « God Only Knows », l’auditeur est en effet coincé entre des ballades plus ou moins inspirées et de longues fresques psychédéliques et acoustiques qui ne doivent leur salut qu’au talent de chanteur du jeune David. J’avoue que j’ai trouvé les premières, au rang desquelles on peut citer « Letter to Hermione » ou « An Occasional Dream », plutôt gentillettes et ennuyeuses, quant à « Wild Eyed Boy From Freecloud », avec ses couches de cuivres et de harpe, c’est carrément le monde magique de Disney. Alors que j’ai suivi sans trop de peine les multiples mutations de « Cygnet Committee » sur une dizaine de minutes, ainsi que le tranquille « Memory of a free Festival », orgue et chant délicats, terminer en orgie rock baba cool. Ah, ce final, c’est bien plus que le premier morceau la démonstration du talent de Bowie à marquer à vie celui qui l’écoute avec trois accords et une ligne de chant. Impossible de ne pas continuer à gueuler lorsque le disque s’achève que « le soleil va se coucher et qu’on va faire une putain de fête ! ». D’ailleurs, Rififi doit encore être en train de le chanter à tue tête !

 

Bonus Track Ne Respire Pas 30/10/2009 

En attendant ma vraie Bonus Track, qui sera de proposer à l'oeil critique de l'ensemble de la blogosphère mon best of perso de David Bowie (pas avant quelques mois, il faut bien ca), je vous propose d'aller jeter un oeil sur ma participation au Fake Album Summer 2009 chez Arbobo. Et sur la Bonus Track de Tireub, heureux dénicheur de la case Caméléon, qui a choisit fort intelligement de parler du live Ziggy Stardust Motion Picture (1973)...

 

 

Scary Monsters (and super Creeps) (1980) - Le Choix 28/10/2009 

Ah, il en aura bien profité, le David, des techniques créatives du sieur Eno ! Il faut le voir se lancer après la trilogie dite berlinoise dans la création de Monstres Effrayants, Frankenstein musicaux composés d’assemblages des diverses sonorités qu’il a exploré dans les années 70 ainsi que des prémices de ses futurs albums. Il n’est pas donné à tout le monde de hurler sur un rock entrecoupé de dialogues en japonais (« It’s No Game »), ni d’inviter la guitare folle de l’illuminé Robert Fripp venir se poser sur le rythme naïf de « Up the Hills Backwards ». Le début de Scary Monsters transporte ainsi sans ménagements l’auditeur sur une autre planète, dont le point culminant est le morceau « Scary Monsters (and super Creeps) » et son riff ravageur de guitare. En deuxième partie d’album, les expérimentations du docteur Bowie fonctionnerons un peu moins bien, les bizarroïdes claviers de dessin animés mariés à la guitare quasi hard rock FM de « Scream Like a Baby »  ou au riff de guitare pourtant incroyable de « Because you’re Young » se révélant un peu moins efficaces. Qu’importe de toutes manières, puisque l’efficacité maximale a été atteinte sur les deux funks précédents, énormes tubes annonçant le futur Let’s Dance, et donc la période noire de la discographie de Bowie. Je dois cependant avouer que si le mélancolique « Ashes to Ashes » me laisse assez froid, « Fashion » me fait bien tripper, grâce notamment à l’apparition encore une fois sensationnelle de la guitare complètement déstructurée de Fripp. On passera donc sous silence la recette un peu facile du morceau identique en début et fin d’album (pour faire croire à un concept album à peu de frais, les Beatles avaient fait pareil…) et l’énorme auto plagiat de « Heroes » que constitue « Teenage Wildlife » (en même temps c’est pas son morceau le plus pourri, donc on lui pardonne) pour finir sur l’aspect le plus marquant du disque : le plaisir apparent que le groupe a pris à enregistrer l’album. Car c’est bien à un excellent collectif que l’on a affaire (rappelant le bon vieux temps des Spiders from Mars), permettant à Bowie de s’éclater comme jamais au chant, et transformant ce Scary Monsters pas évident en une incontestable réussite. Enfin, incontestable pour moi, mais peut etre pas pour Mlle Eddie...

 

 Outside (1995) - Art-Rock 02/10/2009

Pour ce David Bowie Blog Tour 2009, il était un album particulièrement attendu, secrètement désiré par tout les participants, et dont le nom revenais constamment dans les articles et les commentaires précédents : Outside. En effet, je ne casserai aucun suspens en affirmant que cet album, outre le fait qu’il m’ait décidé à découvrir Bowie en profondeur, est une pièce majeure de l’œuvre de l’artiste, voire de la musique de cette riche décennie des 90’s. Si Radiohead a sublimé toutes les attentes et prévisions en ciselant un Kid A aussi bon qu’opposé à son illustre prédécesseur,  Bowie sortait lui d’une longue période de perdition en fusionnant toutes les qualités des meilleures œuvres de son passé avec les sonorités et les ambiances les plus modernes et audacieuses de 1995. La force d’Outside aurait pu être sa principale faiblesse : on ne compte plus en effet les concepts album qui tentent de masquer leur manque de cohérence et d’originalité par le lien artificiel d’une histoire rocambolesque dont l’auditeur se contrefout. Outside lui, avant d’être une succession de morceaux, est un tout indissociable et prenant.

Pour revenir brièvement à Radiohead, dans la bataille qui oppose the Bends à OK Computer, j’ai tendance à dire que the Bends contient plus de bons morceaux, mais qu’OK Computer est un meilleur album, dont chaque titre (même « Fitter Happier ») est une pierre dans ce mur de froide solitude si représentative d’un certain aspect de notre société moderne. De meme, les multiples petits morceaux (appelés « Segue ») faisant intervenir les personnages de l’histoire d’Outside, avec leurs voix déformées et mécaniques sont comme le ciment reliant les différentes scènes composant l’album. Avec Outside, histoire, musique et interprétation se répondent et projettent l’auditeur dans un futur inquiétant peuplé d’artistes psychotiques pratiquant la sculpture sur corps humain (vivant) comme certains la poterie. Pour recréer le décor de cette cyber cité glauque, Bowie et ses excellents musiciens ont utilisé les sonorités du rock indus, principalement celle du grand gourou du genre Maitre Reznor (1),  dont on sent l’empreinte sur « Hearts Filthy Lesson » ou « No Control » par exemple. Des bruits de claviers futuristes, une guitare électrique tapie dans l’ombre, des cris lointains, rumeurs, grattements de vie grouillante, viennent rajouter du réalisme à cette ambiance. Si le remarquable Sterling Campbell donne rythme aux morceaux, on se retrouve souvent en face de monstres désarticulés, l’omniprésent piano de Mike Garson n’en faisant qu’à sa tête, et la voix de Bowie, imprégnée de son rôle sans sombrer dans un ridicule théâtral, semblant flotter sur le fond sonore de manière indépendante. « A Small Plot of Land », l’un des meilleurs titres d’Outside, en est très représentatif. Le piano et la guitare grinçante partent dans tout les sens, le coté imprévisible de ces solos contribuant au sentiment d’insécurité qu’on éprouve, le danger pouvant surgir à tout moment. Mais où l’on n’aurait pu avoir que démonstrations techniques veines et magma sonore informe, les musiciens font de ces monstres de vrais chansons, les dissonances se croisant avant de se fondre dans des parties plus mélodiques (« the Voyeur of Utter destruction (as Beauty) »). C’est là toute la complexité des morceaux d’Outside, et leur pouvoir de fascination….

Nous suivons donc le détective Nathan Adler dans les bas fonds de son enquête, avec la certitude d’avoir trouvé la bande son idéale de quantité de livres, films ou BDs qui opposent la solitude d’un flic face à la violence déchainée d’une ville. Il faut écouter le magnifique enchainement de « Hallo Spaceboy », porteur d’une violence implacable martelée par une batterie rageuse, et de « the Motel », où Bowie susurre sa lassitude sur un piano triste exceptionnel, tout en contenant une tension qui finira par ressortir progressivement sur la durée du titre. Au bout d’une heure, Bowie consent à nous extraire de son cauchemar en nous proposant l’optimiste « Strangers when we Meet »  dont la pop porte en elle tout l’espoir absent du reste du disque. Il nous fallait bien ca pour reprendre pied avec la réalité.

Voyons comment GT a vécu son voyage....

 

PS : Quinté plus dans l’ordre : « Hallo Spaceboy » (mon titre fétiche de Bowie), « the Voyeur of Utter Destruction », « Small Plot of Land », « We Prick You », « Strangers when we Meet ».

 

(1) A écouter obligatoirement en complément d’Outside, le Live Hate, extrait d’une tournée commune Nine Inch Nails / David Bowie avec quelques titres joués en communs, où l’influence réciproque des deux artistes est criante ; je voulais faire de la chronique du Live Hate mon bonus à ce DBBT09, mais je vais le garder pour une future rubrique Loved Lives….

 

 

 

 Reality (2003) - Le Bal des Vauriens 24/09/2009

Rappelez vous cette publicité pour une eau minérale censée aider le corps du buveur à conserver le dynamisme de sa jeunesse, montrant un Bowie croisant tous ses avatars, sur le fond  sonore de son single où il clame d’un ton boudeur qu’il ne voudrait jamais vieillir… Une fois n’est pas coutume, c’est bien cette publicité qui pourrait décrire au mieux ce qu’est Reality, dernier album en date de David Bowie. Car derrière le ton humoristique de l’excellent « Never Get Old » se cache le questionnement de l’artiste sur sa vie (coup d’œil en arrière déjà amorcé sur Hours), et sur son inéluctable conclusion, que l’on soit une star ou non. Arrivé à un age avancé, Bowie essaye de se persuader qu’il est encore jeune, et lance toutes ses forces dans un album très dynamique et rythmé, comprenant plus de tubes potentiels que ses quatre précédents albums réunis ; Le début de l’album, enchaînant les rocks « New Killer Star », « Pablo Picasso » et « Never Get Old », en est assez révélateur. Si l’album s’appelle Reality, c’est pourtant bien que Bowie n’est pas dupe : lorsqu’on ouvre la pochette, derrière le joli dessin stylisé du chanteur se trouve le vrai Bowie, dans la même attitude. Débarrassé de ses masques (comme dans la pub, d’ailleurs), Bowie se retrouve face à lui-même et à ses questions : c’est le thème de « Reality », une réalité qui le rattrape aussi vite que le tempo de cet électrique morceau. S’il ne peut s’empêcher d’y rire cyniquement (rejoignant l’humour noir distillé sur l’ensemble de l’album), il fait bientôt place à la froideur de « Bring me to the Disco King ». Cette fois, on ne rigole plus, et la belle façade rock montée par Bowie s’écroule, tout comme le mélancolique « the Loneliest Guy » avait mis fin à l’euphorie du début d’album. Ces deux morceaux, tout en silences, hantés par le piano de Mike Garson, se répondent admirablement en echo et sont comme la froide réalité tombant sur les épaules de l’auditeur, figeant les pas de danse et les claquements de doigts qui avaient nécessairement accompagné les morceaux d’avant. La voix de David Bowie est immense, troublante, accompagnant magnifiquement le thème de chaque chanson tout droit vers le cœur de l’auditeur, notamment sur la ballade « Days », aussi classique qu’elle est touchante (l’un de mes morceaux favoris de Bowie). Tout en conservant une certaine sobriété dans la composition (basse, batterie, chœurs sont à leur place), les titres de Reality sont agrémentés d’idées qui leur donnent du relief  là où Hours, par exemple, en manquait un peu : quelques sons électroniques,  une guitare hispanique sur « Pablo Picasso », ou un lyrisme retenu sur l’autre reprise de l’album, l’émouvante « Try Some, Buy Some » de George Harrison.  Bon sur le fond et sur la forme, Reality est une très belle réussite, ayant tout de l’album révérence. Espérons que les phrases lourdes de sens qui concluent cet album, ne soient pas la triste Realité : « Soon there’ll be nothing left of me, nothing left to release »…

“Bring me the Disco King”? On devrait le trouver au bal des Vauriens… Hé, Klak, on t’appelle!

 

 

 "Heroes" (1977) - Schizomusic 17/09/2009

Enregistré juste après Low, Heroes est construit selon le même schéma : une première face présente des morceaux plutôt rythmés, tandis que la seconde est constituée d’instrumentaux de style ambient. Cela dit, Heroes se distingue de son illustre prédécesseur sur pas mal de points, et en tout premier lieu par son morceau éponyme. Cet hymne incroyable, chef d’œuvre de 6 mn qui semble durer moitié moins, ne ressemble en effet en rien à ce qu’on peut trouver sur le reste de l’album, voire sur tout ce qu’à fait Bowie durant cette période. « Heroes » reste un titre intemporel, où tout semble parfait, et qui a lui seul symbolise le génie de David Bowie. Le reste de la première face du vinyle comprend des titres plus similaires à celle de Low, avec une basse marquée et des arrangements fouillés, voire surchargés. Si « Beauty and the Beast » et « Joe the Lion » (aux pistes de guitare impressionnantes) gardent un groove et une efficacité intacte, « Sons of the Silence Age » et « Blackout » déçoivent par leur tempo bancal et leur gros nappage de chœurs/saxo/claviers un peu écoeurant. C’est sur la deuxième face que se cache le cœur noir de Heroes, encadré par deux morceaux dynamiques, l’instrumental « V-2 Schneider » utilisant cette fois à merveille le saxophone, et le plaisant « the Secret Life of Arabia », placé en final comme un rappel des premiers titres de l’album. D’inspiration similaire à la deuxième partie de Low, mais à l’ambiance beaucoup plus sombre, l’enchaînement « Sense of Doubt » / « Moss Garden » / « Neukoln » utilise une vaste gamme de sonorités électroniques, passant de tristes vagues d’orgues à des cloches, cordes ou gongs qu’on croiraient enregistrées en de lointaines contrées asiatiques. L’ensemble, qui doit beaucoup au talent de Brian Eno, m’a parfois rappelé certains morceaux atmosphériques composés par Can, notamment sur l’album Future Days, sorti quelques années auparavant. Le fait que ce groupe de Krautrock vienne d’Allemagne, où Low et Heroes ont été enregistrés, me semble difficilement être du au hasard. Sans doute moins fascinant que son prédécesseur, mais porté par un immense single, Heroes demeure un incontournable de la discographie de David Bowie. Un avis sûrement partagé par Mlle Catherine, qui a bondit sur le lion du Bowiescope avec ferveur…

 

  Hours (1999) - 115th Dream 15/09/2009

« Hours est semblable à un best of qui serait composé de morceaux inédits ». Cette phrase est aujourd’hui un lieu commun de la critique musicale, mais la première fois où je l’ai lu (je ne sais plus où), c’était lors de la sortie de Hours. A l’époque je m’étais dit que c’était pas mal trouvé, alors qu’en fait il est clair que c’est une formule jolie, mais stupide. Une synthèse du passé, que Bowie semble embrasser sur Hours, peut être (d’où le titre de l’album). Mais un best of, certainement pas !  Car un best of, dans le cas de Bowie, serait constitué de morceaux complètements disparates, regroupant des univers aussi divers que les nombreux costumes que le caméléon anglais a enfilé tout au long de sa carrière ; or Hours est un album très cohérent, d’ailleurs composé en totalité par Bowie et son excellent guitariste Reeves Gabrel (1). Et puis un best of, c’est censé être constitué uniquement de tubes, de morceaux efficaces et directs, des hymnes composés par l’artiste (et Dieu sait que Bowie en a écrit) ; on cherchera en vain ce type de morceaux sur Hours. A vrai dire, sur quelques écoutes, cet album passe carrément inaperçu, surtout qu’il succède à un Earthling très marquant. Autant l’avouer, je ne l’avais pas dans ma discographie il y a encore une semaine, même si je savais de source sure (le Live 2000 à la BBC), qu’il contenait des morceaux vraiment bons.  Et, à l’inverse d’un Black Tie White Noise, on se trouve à la réécoute devant un album plutôt réussi, pâtissant seulement d’une certaine timidité dans des titres qui ne se révèlent qu’avec le temps. Des dix morceaux figurant sur Hours, il n’y a aucun raté, ce qui on en conviendra n’est pas commun chez Bowie, tous peuvent prétendre à minima du qualificatif « agréable ». Dans les meilleurs morceaux, citons aux deux extrêmes de l’éventail sonore de l’album l’acoustique « Seven », au ton très nostalgique (2), et le rock appuyé « the Pretty Things are going to Hell », unique représentant d’une agressivité toute relative. Sortant du lot aussi, « Brilliant Adventure »,  petit instrumental invitant au voyage et à la rêverie, « Survive » et ses beaux solos de guitare électrique en sourdine, et l’ambitieux « If I’m Dreaming my Life » étalant sur 7mn sa tristesse en rythmes lents et rapides alternés, avant un crescendo final toujours émouvant. Franchement, je ne suis pas fâché d’avoir, à l’occasion de ce challenge, redécouvert un album fourmillant de mélodies remarquables qui, désormais, tournera plus souvent sur ma platine. En sera-t-il ainsi pour notre première participante, la rêveuse Laiezza ?

 1 - C’est peut être le mélange de la guitare acoustique d’esprit « Rock n’Roll Suicide », et du son électrique de Gabrels, période Outside, qui est à l’origine de cette idée saugrenue du journaliste…

2 – Nostalgie très présente sur Hours (la pochette est assez évocatrice), comme l’explique remarquablement Ska à propos du premier extrait « Thurday’s Child ».

 

 

 

 Low (1977) - Dr FrankNfurter 09/09/2009

Il est des disques qui ont perdu une bonne partie de leur âme lorsqu’ils sont passés du format vinyle au format CD. Parfois, on ne s’en rend pas compte. Pour Low, c’est une évidence : la cassure est si nette entre les deux faces  qu’on penserait presque avoir affaire à deux disques différents.

En face A, c’est la basse qui fait des siennes, groovant des morceaux  sur le papier assez classiques, mais semblant passés à l’enregistrement dans un laboratoire expérimental sonore où les deux savants fous David Bowie et Brian Eno se seraient montré particulièrement inventifs. Pas de paroles pour le Stonien « Speed of Life » ? Tant pis, ce sera un instrumental ! « Breaking Glass », funk agrémenté d’un riff de guitare électrique génial, est hyper efficace ? Bof, deux minutes, ça suffit ! « Sound and Vision » est notre single ? Attend, on va faire durer l’intro la moitié du titre ! Le tout agrémenté de bruitages divers et d’instruments incongrus (le piano martelé sur « Be My Wife », le son de guitare d’ « Always Crashing in the Same Car »), on sent que Bowie a voulu s’éloigner des sentiers battus, au grand désespoir de sa maison de disque qui voyait s’envoler le pognon du grand public, parti vers des choses plus accessibles. Et encore, ce n’est rien à coté de ce qui va suivre…

En face B, les claviers se font tyranniques, renvoyant les autres instruments chez eux, micro compris, et noyant la bonne humeur cynique de la première face par des nappes mélancoliques et froides, de graves notes tombant régulièrement, comme le son ralenti d’un balancier de pendule. On pourra suivant sa sensibilité et son humeur s’évader ou s’emmerder sur chacun des quatre titres. Cependant, la face B du vinyle prise dans son ensemble, aux allures de musique de film, constitue selon moi paysage sonore fascinant à même de séduire les auditeurs les plus rétifs au genre, pour peu qu’ils soient dans le bon état d’esprit au moment de l’écoute. Jamais potentiel commercial (nul ici) et inventivité musicale ne se seront autant opposés.

Vu de l’année 2009, Low semble terriblement avant gardiste, mais à moins de posséder une culture très large (tout styles et époques confondus), il est difficile de savoir ce qui a pu inspirer certains artistes  et ce qui a été inspiré par d’autres (comme souvent avec Bowie). « Weeping Wall » et ses pluies de percussions xylophoniques sur fond d’envolées de notes saturées m’a rappelé certains morceaux de Krautrock, ou de musique classique contemporaine. Les parties chantées, sortes de prières bouddhiques ou chamaniques, qui constituent le sommet du long « Warszawa » m’ont évoqué Dead Can Dance. Les ambiances des instrumentaux se retrouveront sur plusieurs futurs albums de Bowie, dont Outside, laissant planer quelques doutes sur les accusations de récupération du mouvement Indus par Bowie sur cet album (et le Trent, sur Ghosts I-IV, il s’est inspiré de quoi ?). Quant aux manières de procéder à des collages pour constituer des paroles énigmatiques,  elles ont sûrement du inspirer Radiohead, de même que le rythme électro de « A New Career In A New Town » n’est probablement pas étranger à la création de l’album Kid A. Ce petit instrumental dynamique, illustrant à merveille son titre et la vie de Bowie à l’époque où il venait de déménager à Berlin, est d’ailleurs mon favori de Low… Zut, je voulais faire court, mais avec un tel album, c’est difficile… Voyons si le Doc a pu être plus clair et concis…

 

 

 

Black Tie White Noise (1993) - Espritorture 09/09/2009

Mis à part Young Americans, aucun autre album de Bowie ne m’a laissé aussi peu de souvenirs, et je ne suis pas le seul à la vue des différents commentaires déjà émis au cours de cette Tournée 2009, et de la mise désappointée de Guic qui est venu jusqu’à Lyon pour se plaindre de son tirage. C’est que Black Tie White Noise est coincé entre deux albums extrêmement marquants, l’un par sa médiocrité (Grisé n’en est pas encore totalement remis) et l’autre par sa qualité (GT a fait moult envieux). Bien sur, à l’époque où il est sorti, cet album a du être abordée d’une manière bien différente, enthousiasmant pour les uns (Bowie reprend enfin les manettes et s’éloigne des sentiers commerciaux), décevant pour les autres (sûrement une majorité, si on regarde les ventes). Mais aujourd’hui, il est frappant de constater le coté hybride de Black Tie White Noise : coté Black (c’est le cas de le dire), la basse groovy et les putains de solos de saxo qui ont fait la gloire des albums eighties de Bowie (le morceau « Black Tie White Noise » n’a d’ailleurs pas de quoi pavoiser devant ses immondes prédécesseurs éponymes). Coté White, les rythmes électros, la guitare de Reeves Gabrels, et la voix qui préfigurent ce qu’on trouvera plus tard sur Outside (« You’ve been Around », par exemple, ressemble étrangement au futur « I’m Deranged »). Ni emballé ni dégoûté, l’auditeur d’aujourd’hui aura peine à s’intéresser à cet album en demi teinte. Pour ma part, goûtant peu au saxo qu’il soit soul ou free jazz, il n’y aura bien que l’ambiance prenante du très bon « Nite Flights » pour me faire redresser l’oreille. En fait, c’est comme si chaque titre contenait le meilleur comme le pire de Bowie, dans un mélange inextricable (par exemple, autant j’aime le chant de « Don’t Let me down & down », autant j’en déteste les claviers et les chœurs). Mélange inextricable, et donc impossible à juger… m’étonnerai que Guic the Old (qui en plus, et c’est un scoop BL ici livré, n’est pas Old du tout…) ait un avis plus tranché…

 

 

 

Pin Ups (1973) - Pop Hits 07/09/2009

Alors au sommet de sa gloire, Bowie enregistre un album de reprises, éprouvant peut être le besoin de se détendre un peu. Un des  intérêts de Pin Ups est de présenter à un jeunot comme moi qui l’a découvert bien longtemps après quels sont les artistes qui ont pu l’influencer, ou au moins l’impressionner. Un album de reprises peut être jugé selon deux critères : en premier lieu l’originalité de la reprise, la manière dont le musicien s’approprie la chanson d’un autre. Dans un second temps la qualité intrinsèque de la reprise : en clair il faut éviter le ridicule et produire quelque chose qui est à la hauteur de la chanson initiale. Réussir sur les deux tableaux n’est pas évident, c’est pourquoi beaucoup de reprises, et à fortiori d’albums de reprises, sont ratées. Pour Pin Ups, me voilà bien embêté car je connais très peu des chansons originales. Je peux cependant juger les deux titres des Who que je connais bien : sur « I can’t Explain », c’est le deuxième critère qui est foiré, Bowie proposant une version sous LSD du titre, complètement ralenti et en plus agrémenté de (vade retro) saxophone. Pour « Anyway, Anyhow, Anywhere », c’est le premier critère qui manque à l’appel, la reprise proposée étant sommes toutes assez proche de l’originale, et de ce fait souffrant terriblement la comparaison avec la version du gang de Pete. Voilà qui ne présage rien de bon, d’autant que « Shapes of Things » et « Friday on my Mind » me semble assez massacrées, d’après les souvenirs lointains que j’ai des originaux. Pour le reste, je ne peux donner qu’un avis général sur Pin Ups : Très plaisant sur son premier tiers (avec un bel enchaînement « Rosalyn » / « Here comes the Night » et un traitement du rock n’ roll « I wish you would » qui m’a semblé assez moderne pour l’époque), plutôt ennuyeux sur son deuxième tiers, et relativement sympathique sur la fin. En bref un album écoutable mais complètement dispensable, surtout par rapport aux autres albums de Bowie sortis à cette époque.

En fait, ce qu’il faudrait pour en avoir le cœur net, c’est l’avis d’un vieux de la vieille, qui maîtrise ses classiques sur le bout des doigts, et qui écumait les bars Londoniens quand Bowie buvait encore du lait : si on allait demander à l’ami Christophe, grand amateur de Pin Ups (et là je parle pas de l’album de Bowie) ?

 

 

 

Never Let Me Down (1987) - Home At Last 07/09/2009

J’avoue que le rouge de la honte m’est monté au front lorsque je découvrais que j’avais dérangé Grisé, qui ne demandais rien à personne et écoutait peinard sa collection de vinyles d’Alice Cooper, pour lui imposer de rédiger un article sur Never Let Me Down. Car nous parlons d’un album atroce pour tout fan de Bowie (et à fortiori pour les autres), aussi moche que sa ridicule pochette le laisse suggérer. De ce magma sonore informe de claviers, batterie électronique, saxo (avec réverb !) et chœurs tout pourris, en concurrence avec les pires productions des années 80 pour en être le détestable symbole, on ne saurait sauver une seule composition. De manière probablement unique, même la voix de Bowie est à l’unisson de cette catastrophe, mièvre et nasillarde, comme en atteste « Never Let Me Down ».  Lorsque Grisé me disait en commentaires qu’à l’idée de réécouter Never Let Me Down il en avait la nausée, je pensais qu’il y allait quand même un peu fort. Mais à l’écoute de « Shining Star (Makin’ my Love) », je reconnais que ça n’allait pas très fort pour moi. On peut dire en tout cas que Bowie ne manquait pas d’humour pour intituler une de ces purges « Zeroes » et une autre « ’87 and Cry ». Sur qu’il y a de quoi pleurer, surtout quand on sait que le moins pire extrait de l’album est le final « Bang Bang », composé par Iggy Pop. A partir de là, il n’y a plus grand-chose à rajouter…

Homme de goût, Grisé a probablement lui aussi détruit cette bouse. Reste à voir de quelle manière…

 

 

 Tonight (1984) - Arbobo 07/09/2009

Lorsque je découvrais l’album sur lequel était tombé Arbobo, je fus un peu gêné. Parce que bon, être un des premiers volontaires du DBBT09  et se farcir ce qui était dans mon souvenir son pire album, c’est quand même pas de chance ! Et franchement, en le réécoutant aujourd’hui, rien de nouveau. Quand les premiers noms qui viennent à l’esprit sont Montagné et Balavoine, c’est quand même mauvais signe… Il faut dire que l’introductif « Loving the Alien » est assez gratiné, avec ses claviers et sa basse impersonnelle en avant, il fleure bon la variétoche des eighties… Reste la voix de Bowie, car sinon, ce ne sera que chœurs dégoulinants, dance de mauvais goût et le plus catastrophique des éléments de la musique de cette époque, le solo de saxo ! Bowie s’essaye même au reggae sur deux titres, « Don’t Look Down » et « Tonight »… le pire étant que ce dernier est plutôt sympa, c’est en tout cas le seul titre que je sauverai de l’album. Quelle misère ! Heureusement que Arbobo n’est pas un débutant, voyons comment il s’en est tiré…

 

 

Let’s Dance (1983) - Le Golb 07/09/2009

 Let’s Dance est resté dans l’imaginaire comme le symbole de la pire époque de Bowie, et ce pour deux raisons : c’est le premier faux pas de l’artiste après une série assez exceptionnelle, et ce fut un carton commercial. Il serait injuste cependant de le considérer comme le plus mauvais album que David Bowie ait produit, surtout si l’on écoute ses successeurs. Let’s Dance atteint son but, tout indiqué dans son titre, sur la plupart des morceaux. Tout occupé à gigoter dans son costard fluo et à se frotter à ses contemporains en sueur dans des boites de nuit kitsch, l’auditeur se réveillera cependant quelques années après pour constater que Let’s Dance, c’est quand même le degré zéro de l’émotion. Passons sur le rythme technoïde de « Let’s Dance », qui connut plus tard de meilleures versions que ce dub cocainé de 8 mn, pour nous intéresser aux deux autres morceaux qu’on n’aura pas oublié dès la fin du disque. « China Girl », dont le seul intérêt selon moi est d’avoir probablement sauvé la vie d’Iggy Pop, et « Criminal World », doté d’un excellent riff de basse (une reprise, soit dit en passant).  Et puisqu’on parle de riff de basse et de collaboration avec d’autres stars, impossible de ne pas évoquer « Under Pressure », qui n’est pas sur l’album original mais est sorti à cette époque. Sans aucun doute le sommet de la carrière de Queen, et de celle du Bowie des eighties…  

Hey venez, il parait que Thom  a sorti la boule à facettes !