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Eels est un excellent groupe live,   et il s’amuse à sortir régulièrement des disques en édition limitée - seul le Eels with Strings de la tournée BlinkingLights est sorti à grande échelle - pour témoigner de son inventivité sur scène : pas moins de 7 albums live, dont un double (et un double album live au Royal Albert Hall est prévu pour Avril). Si chacun de ces disques est très bon, il n’y en a aucun de véritablement génial, qui écrase les autres et s’imposerait d’emblée dans cette rubrique Loved Lives. Les plus récents montrent un groupe inventif mais rodé, un combo rock fun interprétant « Summer in the City »,  assez loin de l’intensité des débuts. Le Eels with Strings est très beau, mais acoustique, et donc moins percutant selon moi que les fulgurances des premières tournées. En parlant de premières tournées, celle de Beautiful Freak n’a pas donné lieu à un enregistrement officiel, ce qui est dommage car cela eut fait un excellent souvenir à mon tout premier concert, fabuleux, et je l’aurai sans doute choisi pour cet article. Quant au Oh What A Beautiful Morning, témoignage de la tournée du Daisies of the Galaxy, si certaines versions sont là aussi incroyables, l’ensemble souffre d’un découpage maladroit qui en fait une collection de titres live plutôt qu’un vrai concert complet.

 

Le Electro-Shock Blues Show, s’il n’est parfait, a quantité d’atouts qui lui valent sa sélection. Premier atout, et non des moindres, il illustre la tournée de mon album favori de Eels, qui n’était sans doute pas le plus facile à retranscrire en concert. Deuxième avantage, Eels est en formation trio, celle qui a ma préférence, avec un ton plutôt rock et une tension encore palpable qui disparaitra au fil des années. Enfin, c’est un très bel objet, une rareté pour collectionneurs illustrée par une BD superbe, en écho aux dessins de Electro Shock Blues.

 

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On parlait de tension, et le concert débute sur fond de larsen par  l’un des titres les plus tordus de Eels, « Cancer for the Cure », montrant un E en grande forme bien accompagné par son fidèle batteur Butch et le bassiste Adam Siegel, qui ne sont pas venu faire de la figuration. Butch, qui excelle tout au long du concert, met rapidement les choses au point lors d’un court solo sur l’instrumental rock « Fingertips Part III » (réminiscence des premières tournées sur laquelle E avoine son clavier au son si particulier) avant de prendre avec humour le chant principal sur « Efil’s God ». Adam n’est pas en reste, sa basse bien en avant soutient remarquablement les titres, comme sur l’intro particulièrement malsaine de « Going to Your Funeral part I » ou cette première version survitaminée de « Souljacker part I », futur hit apparaissant quelques années après sur l’album Souljacker.

 

La suite du concert comporte une relecture particulièrement jouissive de trois des meilleurs titres de Beautiful Freak. C’est d’abord une version bien rythmée de l’éternel « My Beloved Monster » que Eels s’amuse à mélanger au « Satisfaction » des Stones, puis une version pseudo cha cha cha de leur tube « Novocaine for the Soul », réclamé à grand cris aigus par un spectateur n’ayant pas peur du ridicule, et enfin la pièce maitresse du concert, un « Not Ready Yet » de plus de 10 mn confirmant si besoin était que Eels était bien l’un des plus grands groupe de rock sur scène à l’époque. Après un « Last Stop : this Town » tout en délicatesse, le concert s’achève sur une face B sympathique et entrainante, « Everything’s Gonna be Cool this Christmas », comme pour relâcher la pression des ¾ d’heure précédents (c’est malheureusement un peu court) et finir sur une note plus guillerette. 

 

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En guise de rappel, le disque propose divers enregistrements de la même tournée. Certes il y a cet effet compilation qui s’intègre mal à un déroulé de concert, mais on ne va pas bouder des titres aussi beaux que « Flower » ou « Climbing to the Moon »… Les Cinq morceaux bonus sont tous du côté mélancolique et calme d’Eels, comme un contrepoint aux précédents. En cadeau, Electro Shock Blues Show offre en titre caché une autre version de « My Beloved Monster », elle aussi mélangée à un autre morceau, dans un registre plus mélodique et posé que la première proposée.

 

Avec une setlist enthousiasmante sur laquelle figure beaucoup de mes titres favoris de la première période de Eels, une belle représentation d’Electro Shock Blues (même si on peut toujours regretter l’absence de « Hospital Food » ou « PS : You Rock my World »), des extraits judicieux de Beautiful Freak et deux inédits (à l’époque ), Electro-Shock Blues Show est un vibrant témoignage du talent du groupe de E sur scène, un talent qui ne s’est toujours pas démenti (alors que les disques studio sont moins recommandables aujourd’hui) et qui explique en bonne partie ma fidélité à toute épreuve à Eels.