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Après nous être posés dans un super camping calme, proche et pas cher, nous arrivons tranquillement au fort St Père que nous connaissons pour y avoir vus Air il y a deux ans. Ne connaissant pas initialement les heures de passage, nous apprenons que 4 heures d’attente dans le vent nous séparent de l’entrée en scène de nos chers Calexico. Nous écoutons donc d’une oreille les groupes qui les précèdent, à commencer par Howling Bells, groupe mené par une chanteuse au joli timbre de voix (à classer avec Shannon Wright, PJ Harvey, Laetitia Shériff…). Leur rock est sympathique et me donne envie d’écouter l’album, même s’il manque cruellement de pêche sur scène (n’est pas Polly qui veut…). Viennent ensuite les trois membres de Why ? , un batteur/xylophoniste (à la fois), un guitariste/claviériste (à la fois) et un chanteur homme orchestre. A force de vouloir jouer de tous les instruments en même temps et de mélanger tous les styles, on a la plupart du temps un gros n’importe quoi qui part dans tous les sens, même s’il subsiste quelques mélodies accrocheuses. Puis c’est au tour de Islands de se déchaîner sur scène avec son rock festif auquel je ne goûte pas du tout, surtout avec un son aussi pourri. (Là on commence vraiment à se lasser, en plus ça fait trois demi heures de techno trop forte qu’on se tape).  Arrive enfin le moment tant attendu où Joey Burns termine ses balances, remercie les DJs d’un signe de la main (sympa c’t’homme là), et entame avec ses compères ce concert génial par un bleusy « Jesus and tequila » suivi d’un vigoureux « El picador ».  Accompagné par deux trompettistes, un contrebassiste, un guitariste, un joueur de pedal steel et un John Convertino dont j’observe le moindre geste dans l’espoir vain de recueillir quelques miettes de son jeu de batterie, Joey Burns alterne les grands classiques du groupe (« guero canelo », « across the wire») et les titres du nouvel album particulièrement bien adaptés à la scène, avec sans surprise un « All system red » géant. La variété des titres, dans leur style, longueur ou millésime, mêlée à l’affabilité du leader qui s’efforce de parler français, fait passer le temps à une vitesse folle et révèle l’unique défaut du set : sa courte durée. Calexico a la délicatesse de nous offrir une reprise inédite en français (« la chanson de Prévert », de Gainsbourg) chantée par une timide demoiselle sûrement recrutée parmi le staff de la route du rock, et termine en rappel par un surprenant medley de « Crystal frontier » et « Guns of Brixton ». Un concert et une attitude sur scène à montrer en exemple à certains jeunes groupes vaniteux, et à savourer d’urgence plus longuement et plus paisiblement dans une salle en France (oui mais quand et où, snif snif ?).

 Changement de style avec l’arrivée de Mogwai sur fond de musique traditionnelle écossaise, bientôt remplacée par l’intro planante d’un de leurs meilleurs titres, « Yes ! i am a long way from home ». Musicalement, leur concert est logiquement assez similaire à celui des eurockéennes, (certains titres diffèrent) et tout aussi excellent. Sur scène, les cinq artistes semblent plus détendus et bien dans leur concert d’emblée, on voit quelques sourires même s’ils restent la plupart du temps concentrés et comme fascinés par leur propre musique. Pour ma part, ayant perdu la moitié d’une oreille à Belfort, j’ai écouté ce concert avec des bouchons en les retirant quelques fractions de secondes de temps en temps. On perd clairement un guitariste (le préposé aux larsens) et cet effet « réacteurs », et on se concentre plus sur la basse et les arpèges. La sensation est très différente, un peu frustrante mais plus planante, rajoutant un effet « autiste » à une musique qui en possède déjà pas mal. Emporté par le son, je renverse la bière d’un imbécile rendu heureux par celle ci derrière moi sans m’en apercevoir avant qu’il ne me rafraîchisse de son fond de verre dans le dos. Il se vengera bien plus violement peu après en trouvant un ami pochtron avec qui discuter très fort pendant les parties calmes de Mogwai. Ainsi,  d’inculte en poivrot et de crétin en impoli je me retrouvais dans ma fuite au premier rang, subissant quelques slams qui feront sortir le leader du groupe de sa réserve pour mon plus grand plaisir (« ce n’est pas notre esprit, on est pas des punks, et en plus c’est dangereux ! »). Une heure et demi et un magistral « We’re no here » en final plus tard, il est temps pour moi d’arracher Mélaine à son supplice (et à quelques prédateurs bourrés) et de regagner mon duvet par de sombres routes détournées.