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« Sans doute l’album le plus exigeant, mais aussi le meilleur, de Calexico… ». Voilà comment je concluais ma chronique de Garden Ruin, le précédent album des Américains, et je n’ai pas forcément changé d’avis. Paradoxalement, si Garden Ruin approchait l’excellence (excepté les titres « Roka » et « Nom de Plume » se révélant lassants à la longue), on préférera la plupart du temps poser sur la platine un traditionnel Black Light ou Hot Rail, tant leur ambiance s’est plus identifiée dans notre esprit à Calexico que la noirceur de l’album au corbeau. Celui-ci semble appelé à rester à part dans la discographie du groupe, puisque Carried to Dust renoue avec l’alternance joie / nostalgie qui avait caractérisé Feast of Wire, bien symbolisé par le retour de l’artwork signé Victor Gastelum. Une alternance qui explique la part importante de Calexico dans ma vie, puisque c’est un des rares groupes que j’ai fait découvrir à ma femme qu’elle ait adoré. A moi les ambiances feutrées de slide guitare, le frottement délicat des balais de Convertino, la mélancolie des superbes « Falling from Sleeves » et « Contention City ». A elle les apparitions joyeuses des mariachis, ou le chant espagnol du tango « Inspiracion », a parte écrit par le trompettiste du groupe. Il n’y a donc pas pour nous de voyage en voiture sans Calexico, le dernier en date vers Beaufort ayant débuté pour le plus grand bonheur de Mélaine par le premier titre de Carried to Dust (qui est aussi le plus entrainant), un « Victor Jara’s Hands » dont les guitares, trompettes et  secondes voix évoquent irrésistiblement notre Manu Chao national (on le retrouvera, dans une moindre mesure, sur le tranquille « House of Valparaiso »).

Ces titres enjoués ont souvent tendance à écraser dans notre mémoire les autres, leur présence pourrait donc me paraître regrettable, mais je sais depuis Garden Ruin qu’ils sont irrémédiablement liés à ce qu’on attend d’un disque de Calexico. On les prendra donc comme d’agréables récréations  dans l’album, en espérant qu’ils ne finissent pas par nous prendre la tête. On savait la palette des américains étendue, mais cet album est si riche qu’il faudrait analyser chaque titre pour la décrire entièrement. Entre les sons classiques du groupe (l’instrumental mexicano « El Gatillo », ou « the News about William » avec son rythme lent et ses élans lyriques de violons), les calmes ballades chuchotées par Joey Burns (comme « Bend to the Road »), et le rythme reggae agrémenté d’arpèges du superbe « Fractured Air », on imagine écouter Carried to Dust sur une très longue période avec toujours autant de plaisir, voire de découvertes, nos titres préférés variant suivant les humeurs ou les moments - actuellement, j’apprécie tout particulièrement les sonorités Pixiesiennes sucrées de « Writer’s Minor Holiday ». Pas exempt de quelques passages un peu fades, Carried to Dust est - comme tout album comprenant la voix de Joey Burns, la batterie de John Convertino, et leur talent de compositeurs - très bon. Possible redite pour certains, il sera joué probablement beaucoup plus que son prédécesseur, et permettra de renouveler l’ambiance musicale des longs voyages estivaux de la famille blinkinglights….