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Le fric chasse le freak...

Devant la désolation des programmations de mes festivals habituels, je me suis rabattu cette année sur la journée de vendredi de Musilac à Aix les Bains, l'occasion de découvrir un nouveau lieu consacrant un moment estival à la musique. Le trajet se fait sans encombres depuis Lyon, même s'il ne faut pas oublier de rajouter au prix de la place les 20 euros de péage qui font très mal (presqu'autant que le prix du sandwich de festival, dont l'inflation ridiculise celle de l'essence). Arrivant en terrain inconnu, j'ai bien sur prévu un peu juste au niveau de l'horaire, plus à cause des nombreux touristes venus profiter du superbe paysage offert par le Lac du Bourget et les montagnes environnantes que des festivaliers pas encore mobilisés en masse à cette heure (15h30). Un coup de bol énorme au niveau du parking va cependant me permettre une entrée de festival synchro avec celle sur scène de Nouvelle Vague, après avoir profité pendant mon quart d'heure de marche du set de Concrete Knives qui, de loin, m'a semblé très sympa. Musilac, c'est comme un Rock en Seine miniature ; le festivalier est accueilli par un stand Volswagen (1), puis il doit longer des mètres de marchands du temple avant d'accéder à la double scène. Le public est très jeune, et aussi très familial (2), on a l'impression que les touristes sont venus à l'attraction de la semaine, comme ils seraient venus à une fête foraine. Cela me fait vraiment bizarre (comme l'année dernière à Paris), et je pense avec nostalgie aux Eurockéennes des années 2000, aux percings improbables, tatouages too much, mecs suant dans leurs cheveux longs et leurs manteaux de cuir, et gothiques femelles montées sur pilotis. Le fric chasse le Freak... N'étant pas forcément passionné du genre, je regrette cependant l'abandon progressif dans la programmation des groupes de métal (cantonnés dans des festivals spéciaux) au profit de grands noms de l'electro ou du rap. Coté programmation, la nouvelle tendance est de caser le plus de groupes possibles, pour des concerts forcément plus courts, afin sans doute de satisfaire la génération zapping. Difficile de blâmer les programmateurs, je suis moi-même venu plus par la somme de concerts potentiellement intéressants que par un artiste à voir absolument, mais on ampute forcément les chances d'assister à un concert d'anthologie... L'enchainement des concerts est optimisé au maximum, puisque la particularité de Musilac est d'avoir deux scènes côte à côte, l'une étant en préparation pendant que l'autre est occupée. L'avantage est qu'on peut passer très rapidement d'une scène à l'autre, voire même attendre devant la scène son artiste favori tout en regardant latéralement le concert en cours, l'inconvénient étant les squatteurs de premier rang qui ne décollent pas de la journée...

 

Standards Rock bobotisés...

Ma journée débute donc par Nouvelle Vague, dont j'avais grandement apprécié le premier album. Malheureusement, comme souvent lorsqu'une œuvre sans prétention trouve contre toute attente un large public, les auteurs sont (comme au cinéma) tentés d'exploiter le filon. Nouvelle Vague, dont la formule de reprises de New Wave avec des rythmes latinos n'était évidemment pas extensible à l'infini, a ainsi sorti Nouvelle Vague 2 (le retour) et Nouvelle Vague 3 (la revanche). J'avoue avoir trouvé le 2 tellement décevant que je n'ai même pas écouté le 3. Guitare acoustique, batterie, clavier et deux chanteuses pour le plaisir des yeux autant que des oreilles qui tentent de réveiller un public rendu amorphe par la chaleur écrasante et la musique toute lisse proposée. Certes les voix sont belles, mais leurs jolis déhanchements cachent mal une pudeur bien incompatible avec la grande scène du festival. La démonstration en sera faite sur « Too Drunk to Fuck », maladroitement introduite (« c'est pas bien de trop boire... ») et dont les chanteuses tenteront en vain de faire reprendre le Fuck au public, comme si elles avaient honte de le dire elles même. On est très loin de la version sur album où Camille était autrement plus crédible. Mais la folie et le charisme de Camille sont absents d'un concert enfilant les standards rock bobotisés entre deux discours culcul de la chanteuse bonbon et deux mimes pathétiques de la chanteuse Elite. J'ai beau aimer leur reprise de « Guns of Brixton », voir cette dernière arpenter la scène en mimant un flingue de ses mains me met mal à l'aise, et je prie pour qu'ils évitent de s'attaquer à « Love will Tear us Apart » de Joy Division. Nouvelle Vague laissera Ian pourrir en paix et reprendra quelques titres français, dont « Ou veux-tu que j'regarde ». Je crois d'abord à un Louise Attaque avant de reconnaitre ce vieux morceau de Noir Désir : transformer Bertrand Cantat en Gaetan Roussel, c'est tout à fait le créneau de Nouvelle Vague... Dommage, car le dernier titre (« Bela Lugosi's Dead » de Bahaus), beaucoup plus sombre, montrait que le groupe avait la possibilité d'offrir un concert plus marquant. Après ce moment charmant et chiant, je me place devant la scène pour accueillir Mister E himself...

Présentation2

 

Hot Fun in the Summertime...

C'est avec la même formation qu'à Rock en Seine l'an dernier (excepté Cool G Murder, remplacé à la basse par un véritable géant) agrémentée de deux gars aux cuivres, que Mark Oliver Everett entre en scène. Le groupe est toujours aussi barbu, arborant encore lunettes de soleils et costumes trois pièce impeccables. Autour de moi, que des gamins dont je m'apercevrai bien vite qu'aucun ne connait Eels. Qu'importe, E est en grande forme et fera le job, mélangeant son rock n roll sans fioritures et son humour faussement mégalo qui séduira à plusieurs reprises le public. Eels commence d'ailleurs par quelques mesures de La Marseillaise au garde à vous avant de me prendre par surprise avec un titre oublié de Souljacker, « That's not really funny », où les cuivres font merveille. D'emblée enchanté, j'en reprends une couche en entendant au saxo basse le riff de « Fkyswatter », excellent titre de Daisies of the Galaxy qui est une véritable tuerie en live. Le reste du concert reprendra à quelques exceptions près la setlist de l'année passée, mais j'ai quand même préféré ce set très intense et marrant. Je retrouve les morceaux les plus efficaces de Hombre Lobo avec plaisir (ah, ce « Tremendous Dynamite »), et les versions ultra rapide de « Saturday Morning » ou « I like Birds » me filerons une patate d'enfer. Les cuivres sont un plus indéniable, agrémentant d'un soupçon soul l'inévitable « My Beloved Monster » et rehaussant de quelques notes de flute traversière un « Novocaine for the Soul » très proche de l'original, que je suis aussi surpris qu'ému de retrouver dans la setlist. Le seul titre en deca sera pour moi la dispensable « Hot Fun in the Summertime », même si elle reflète à merveille l'esprit flottant sur la scène cet après-midi. La présentation du groupe qui suit cette reprise de Sly & the Family Stone est un véritable sketch qu'E réinterprète apparemment en fonction du lieu où il se trouve. Le guitariste se présentera en trompettiste débutant canardant sur La Marseillaise, et E en présentant le batteur dira "he loves eating the baguette", ignorant probablement ce bon jeu de mot. Le public, très peu participatif, rira de bon cœur aux pitreries du gang des barbus. A vrai dire, nous sommes si peu à manifester notre enthousiasme qu'une demoiselle me rejoindra en fin de concert, m'ayant repéré comme le seul fan des environs, pour se sentir moins seule à sauter sur les titres décapants de Eels. Histoire de, le groupe finira quand même in extremis par un titre de leur catastrophique dernier album, en l'occurrence un « Looking Up » bien pêchu ne faisant pas tache dans cette excellente setlist. Encore un très bon moment passé en compagnie de ce cher E, et encore des regrets devant les morceaux joués à Paris (pour deux dates au Bataclan, les salauds) auxquels je n'aurai pas droit pour cause de provincialité (« Grace Kelly Blues », « Fresh Feeling », « Love of the Loveless », « PS you rock my world »... snif !).

 

Tetes à beignes et babord-tribord...

Il est temps de se désaltérer, tout en restant à proximité pour jeter une oreille au set de Deus. Voilà un groupe que j'ai croisé à quelques reprises, dont j'ai écouté certains albums, sans vraiment avoir envie d'y revenir. En général, ça signifie pour moi qu'il est inutile d'insister, à moins d'être passé à côté d'un unique chef d'œuvre. Ce concert ne m'avancera pas plus, car Deus est capable d'alterner des rocks bien puissants et du vieux funkouille à clavier très laid, on ne sait donc pas trop sur quel pied danser avec eux. Le final fera quand même pencher la balance du côté positif, d'autant qu'il s'agissait à priori de nouveaux morceaux. J'étais curieux d'écouter Lilly Wood and the Prick, nom que j'avais vu à plusieurs reprises sur des blogs (je ne sais pourquoi j'imaginai un folk style Moriarty, mais j'avais tout faux). Le public est bien plus nombreux maintenant, et semble enfin attendre avec impatience le concert qui va venir, une clameur accueillant la demoiselle et les quatre musiciens qui viennent d'entrer en scène. D'emblée, je me demande si on peut vraiment faire confiance à un groupe dont les guitaristes portent respectivement un polo bleu et une chemise hawaïenne. La réponse est évidemment non, et je ne perdrai pas de temps à essayer de décrire leur musique, au-delà d'une certaine fadeur les mots manquent... En plus la chanteuse est une vraie tête à beignes sur le mode « on kiffe trop d'être là ! »... Après cette purge, c'est au tour d'Aaron de rassembler un large public au pied de la scène « lac ». Je reste assis au fond de l'esplanade, avec une légère crainte : et si j'aimais le concert des deux bellâtres ? Certes la demi-oreille que j'avais jetée à leur prestation du Paleo Festival ne m'avait pas convaincu, mais je ne suis pas du tout à l'abri d'être touché par leurs ballades larmoyantes. Fort heureusement, il n'en sera rien, et leurs compositions toutes lisses pour adolescentes bien sages me gonfleront rapidement. En plus, le chanteur me facilite la tâche en multipliant les catastrophiques invitations au public à participer au spectacle, allant même jusqu'à organiser un bâbord-tribord ! Je résiste à la déprime en m'achetant un bon panini sans trop m'attarder sur un prix au kilo avoisinant celui de l'or. Manque de bol pour Aaron, ils sont victimes d'une coupure de son alors qu'ils terminent justement sur un titre bien rythmé. On les voit donc se démener sans rien entendre, ce qui achève sur une note ridicule un concert qui n'avait vraiment pas besoin de ça...

Présentation3

 

Polly Jean plus blanc que blanc...

Je commence à me placer devant la scène « lac » où va officier PJ Harvey. Je suis donc complètement à gauche de la scène « montagne » sur laquelle entre Gaetan Roussel et ses 7 acolytes, mais j'ai une très bonne vue sur le show. L'ancien leader de Louise Attaque va me surprendre avec un concert extrêmement rock, de longue compositions allant parfois chercher des rythmes du côté de l'Afrique, voire de la techno, mais toujours pied au plancher. Sourire jusqu'aux oreilles, sautant de toute part, arpentant la scène de tout coté en mobilisant sans se lasser son public, celui de PJ Harvey, voire les pompiers juchés sur leur camion, Gaetan Roussel se donne à fond : en voilà un qui n'a pas besoin d'en faire des tonnes pour montrer qu'il est content d'être là. Avec une très grosse section rythmique (deux batteries, une basse très présente, et parfois un saxophone basse), Gaetan Roussel est plus là pour faire bouger les corps que pour briser les cœurs, même si quelques morceaux acoustiques (comme son dernier single) laisseront au public quelques temps de pause. Le groupe a l'air très soudé et s'amuse comme des fous, les regards complices et les blagues se succèdent sans interruption, et la présentation des musiciens donnera lieu à une séance de hand clapping originale et fédératrice. Le concert s'achève dans un déluge sonore sur une terrible reprise de Talking Head (« Psycho Killer ») qui enchantera le public venu se placer pour écouter PJ Harvey (parmi eux pas mal d'anglais). A la manière de M, mais en moins mièvre et plus charismatique (à mon gout), Gaetan Roussel nous aura offert ce soir un bien bon concert, que je conseille à ceux qui auront l'occasion de le voir en festival (3).


Voilà enfin l'heure du concert de PJ Harvey, et le temps pour une spectatrice de s'évanouir dans la fosse et d'être secourue par un grand chevalier noir de la sécurité traversant une haie d'honneur d'un public décidément bien discipliné, voilà la belle déjà sur scène avec ses compagnons. Côté droit de la scène, placés en demi-cercle et un peu en retrait, le clavier et la basse de Mick Harvey, la batterie de Jean Marc Butty et le clavier et la guitare de John Parish. Avec des bancs anciens en guise de sièges, des costumes aussi sombres que leurs mines, leur disposition resserrée et la fumée flottant sur la scène, on dirait trois vieux prêtres s'apprêtant à célébrer une messe noire dans une église désaffectée. Tout le côté gauche de la scène est laissé libre pour PJ Harvey, seule devant son micro dans sa longue robe immaculée et sa coiffure de plumes blanches. Est-ce une mariée, un ange ? J'y vois plutôt une dame blanche, le fantôme d'une belle femme jadis rockeuse... L'effet d'ensemble est assez réussi, même s'il conviendrait mieux à une salle de concert, voire à une église, qu'à la scène d'un festival. Très séduit par le controversé Let England Shake, dernier album de PJ Harvey, j'attends avec impatience de voir comment ses titres seront traités sur scène. Grande sera ma déception de voir qu'ils seront exécutés de manière complètement identique à leurs pendant studio, les différentes trouvailles sonores (secondes voix, instruments exotiques etc..) étant simplement samplés et balancés tels quels. Engoncée dans sa robe, PJ Harvey semble ailleurs, dans un monde intérieur où le public n'a pas sa place. Le son est tout petit, c'est à une veillée funèbre et non à un concert qu'on assiste. La dame blanche désincarnée ne prendra chair qu'à quelques rares moments, comme lors d'un « Down by the Water » toujours aussi sensuel. On pourrait se dire que le son était mal réglé, que les fans de Katerine perdus on ne sait pourquoi à nos côtés étaient bien lourds, voire que les titres de Let England Shake ne sont finalement pas destinés à une réinterprétation live. Faux arguments, et cela sera démontrée dès le troisième morceau, ce « C'mon Billy » acoustique tout timide, presque méconnaissable... Même de grands classiques comme « Angelene » semblent fades ce soir, et sur « Big Exit », malgré un ton un peu plus rock, on a envie de hurler à la chanteuse : « mais réveille-toi, c'est pas un flingue que t'as dans les mains, mais une putain de autoharp !! ». A la toute fin, Polly Jean viendra le temps d'un « Meet Ze Monsta » saturé nous rappeler la fauve en mini-jupe et bottes noires qui nous avait mis à genoux aux eurockéennes, et pousser à l'ultime seconde son seul cri de la soirée. Les Eurocks, c'était en 2004, pas si vieux finalement... PJ Harvey lavée plus blanc que blanc depuis White Chalk ? Dommage....


La suite du festival est prometteuse, et j'aurai pu me changer les idées en dansant comme un fou sur l'electro de the Chemical Brothers et en rigolant aux conneries de Katerine, mais ce n'est pas le genre de concerts sympas lorsqu'on est seul, et la perspective d'une longue heure de route à 1h30 du matin ne me tente pas plus. Je rentre donc sagement à la maison, comme le vieux que je suis, un vieux aussi aigri que cet article le laisse supposer. Après tout, Musilac ne se targue pas comme Rock en Seine d'être un festival Rock.... Fort heureusement, car Eels aura été le seul poil de barbe rock dans la soupe ripolinisée de cette programmation pourtant attirante (4). A 1h j'étais couché, sans le moindre acouphène : c'est toujours ça de gagné...

 

(1) C'est bien la peine de diffuser entre les concerts des spots hyper glauques sur la sécurité routière en étant sponsorisé par les garages Jean Lain...
(2) A mon effarement, j'ai même vu plusieurs poussettes...
(3) Je n'irai pas jusqu'à aller le voir en tête d'affiche.
(4) C'est juste pour le bon mot, il y a quand même eu de bons moments chez Deus et Roussel. Et puis Katerine a probablement été le poil de moustache rock...

 

Setlist Eels: that's not really funny - Flyswatter - Prizefighter - My Beloved Monster - Tremendous Dynamite - Fresh Blood - Saturday Morning - That Look you give that Guy - Hot Fun in the Summertime - Everybody loves Knuckles - Novocaine for the Soul - Souljacker, part I - I Like Birds - Looking Up

 

Setlist PJ Harvey: Let England Shake - the Words that Maketh Murder - C'mon Billy - the Glorious Land - the Last Living Rose - Down by the Water - All and Everyone (?) - Written on the Forehead - in the Dark Places - the Sky Lit up - Angelene - the Pocket Knife - Bitter Branches - On Battleship Hill - Big Exit - Meet ze Monsta


Photos: ICI