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Yann TIERSEN - Skyline

 

Il y a un an, à peu près à la même époque où le froid s’installe, où la nuit semble permanente et la fatigue se lit sur tous les visages, Yann Tiersen avait sorti mon disque de l’année. Avec Dust Lane, le breton parvenait à conserver sa patte sonore tout en allant encore au-delà de tout ce qu’il avait pu créer auparavant grâce à l’accumulation et l’imbrication de pistes d’influences diverses, penchant vers un post rock original et, contre toute attente, aéré. Résultat, un chef d’œuvre tournant encore régulièrement chez moi, et un beau concert à l’Epicerie Moderne confirmant mes impressions plus que positives. Un concert pendant lequel le public eut droit à deux nouveaux titres (1), très bons, extraits d’un album à venir consécutif à l’enregistrement de Dust Lane.

J’étais évidemment hyper impatient d’écouter Skyline, même si j’avais en arrière-plan une légère appréhension due au syndrome Amnesiac.  Ce disque de Radiohead, lui aussi consécutif à un chef d’œuvre, m’avais assez déçu malgré la qualité de ses morceaux. Je n’y retrouvais pas la cohérence de Kid A, et le trouvant trop inégal, j’en étais venu à réfléchir sur sa conception. Si un groupe a de trop nombreuses idées pour un seul disque, il va sélectionner un certain nombre de titres qui s’enchainent bien, qui forment un ensemble cohérent pour faire le premier disque. Ceux qui restent (pour le second disque) n’offriront pas forcément la même complémentarité, leur association sera moins réfléchie. De plus, il y a de fortes chances que les morceaux prêts en premier soient les meilleurs, les mises en places difficiles signalent souvent un défaut de composition imperceptible autrement. Voilà selon moi la raison de la différence assez importante de qualité entre Kid A et Amnesiac (2). Qu’en est-il de Skyline vis-à-vis de son prédécesseur ?

 

Et bien j’ai trouvé  Skyline presque aussi bon que Dust Lane. Il m’a fallu un moment pour déterminer si ma préférence était due à la qualité intrinsèque des albums ou à l’effet de surprise et le choc musical forcément absents du second album sorti. Au final, quelques indices m’indiquent que j’aime mieux Dust Lane, notamment le travail sur les chœurs que j’avais particulièrement apprécié et sur lequel Tiersen insiste moins sur Skyline. D’ailleurs, mon titre favori est « the Trial », celui qui est le plus proche de l’ambiance de Dust Lane. Mis à part ça, les sonorités restent similaires, Tiersen mélange encore avec culot et réussite notes délicates de xylophone et guitares électriques puissantes, le tout relevé par bourrasques par le jeu de batterie rectiligne de Dave Collingwood qui participe beaucoup à la gémellité sonore des deux disques. On alterne calme et tempête au sein de certains morceaux mais aussi dans le déroulement de l’album, les aboiements étranges (excellent « Exit 25 Block 20 ») succèdent à une douce voix féminine (« the Gutter »), un « Hesitation Wound » vaporeux (brouillard de claviers et voix cotonneuse) précède un quasi instrumental très rythmé (« Forgive Me »), le tout enchainé avec la manière. L’ensemble est encore plus désabusé que Dust Lane, pas d’accès rageur comme « Palestine » mais un repli sur une histoire qu’on imagine sans issue. D’ailleurs le « Fuck Me » précédent a été remplacé ici par un « Forgive Me » répété en boucle, comme une prière sans auditeur… En conclusion, Yann Tiersen se permet un remix original de différents passages du disque en y ajoutant d’autres voix, comme le résumé d’une vie défilant dans la tête d’un mourant. J’ai trouvé ce procédé aussi habile que son titre, « Vanishing Point », parce que très bien réalisé.

Sculpteur de sons extraordinaire, Yann Tiersen vient d’ajouter une nouvelle pierre à une œuvre qui ne cesse de m’émouvoir et de me surprendre. Qu’attendre de plus, si ce n’est un nouveau passage dans la région lyonnaise ?

 

 (1)    Dont « Another Shore », morceau explosif introduisant Skyline qui m’avait fait très forte impression.

(2)    Précisons que les avis sont très divers sur ce point.

 

 

 

 

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 STRANDED HORSE - Humbling Tides

 

Bien ancré dans la musique occidentale, je ne vais voir les autres continents (excepté les USA évidemment) que lorsqu’un de mes artistes fétiches m’attrape par l’oreille pour m’y obliger. Comme tous les ignorants, je suis farci d’une foule d’à priori qui me confortent dans mes petites habitudes. Ainsi je tiens la musique Africaine (remarquez le ridicule singulier) comme beaucoup trop rythmée et joyeuse à mon gout. Autant dire que je n’avais encore jamais posé une oreille sur un disque de kora, d’autant plus que cet instrument traditionnel devient dangereusement à la mode (même si on n’en est pas encore au stade de l’ukulélé). Et puis, en me promenant tranquillement sur le Golb comme presque chaque jour que le bon Dieu fait, voilà que je tombe par hasard sur un bon morceau de Stranded Horse, accompagné comme il se doit d’un article alléchant. Et puis, en me promenant tranquillement au Gibert comme presque chaque semaine que le bon Dieu fait, voilà que je tombe par hasard sur l’album à pas trop cher. Ainsi Humbling Tides devint l’un des disques que j’ai le plus écouté cette année.

Cette kora jaillissant de la mer tel un voilier sur le départ nous invite à un voyage ensoleillée et tranquille. Alors évidemment dans un voyage, il y en a toujours pour s’emmerder au lieu de profiter de l’instant et du paysage. Personnellement, je goute à chaque traversée ces longues étapes, empruntant souvent plusieurs territoires (« Halos », plus de 10 minutes), sur des courants plus ou moins rapides mais jamais tempétueux. Les vagues de la kora, à l’occasion joliment appuyées par des zéphyrs de violon ou de violoncelle, nous bercent paisiblement, avec parfois un effet hypnotique pas désagréable. La voix de Yann Tambour s’accorde au paysage marin, souffle insaisissable mais bien présent. Il nous parle parfois en Français, mais les paroles sont suffisamment poétiques et abstraites (« le bleu et l’éther ») pour que cela passe même auprès d’un réfractaire comme moi.  En utilisant un instrument original sur des compositions folk sommes toutes classiques (dont une reprise des Smiths  admirablement intégrée à l’ensemble), Stranded Horse a produit l’équivalent moderne d’un disque baba des 70’s. Un disque pour rêver, pour douter un moment de la réalité, comme celle de ces silhouettes fantomatiques sur la belle pochette. Un disque pour se transporter, l’espace d’une petite heure, ailleurs…

 

 

Suite et fin de ces albums 2011 par paires après une petite semaine de vacances de Noel en famille...