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Lorsque Guic m’évoqua par mail le concert de Ty Segall à Lyon, j’avais vaguement écouté quelques albums du bonhomme (il est souvent très bien noté au CDB) sans avoir vraiment eu envie d’y revenir. Mais la perspective d’un concert avec Guic était sympa, d’autant qu’il comptait sur ma voiture pour l’amener au Clacson et que j’ai plutôt l’âme charitable pour les fans de rock. J’écoutais Hair à quelques reprises et, sans le trouver bouleversant, soupçonnait qu’en concert cela pouvait donner quelque chose de très bon. Quelques jours plus tard, je regrettais d’autant moins d’avoir accepté cette soirée que la dernière sortie du prolifique américain (l’album Twins) me plaisait vraiment et que j’avais convaincu l’ami Chtif de nous accompagner.

 

 

04

 

Nous serons finalement cinq à nous retrouver chez moi ce lundi soir après le boulot devant une Duval bien fraiche : Guic the Old, Chtif, Dahu (oui, le fameux Dahu Clipperton !), Stéphane (ex collègue de boulot) et leur chauffeur. Que du passionné de musique prêt à débattre dans la bonne humeur et la mauvaise foi sur les artistes les plus divers et improbables possible. La 206 bien chargée, nous nous dirigeons au son d’un live de Bahaus (« stop, écoutez ce passage là, comme il tient la note ! ») vers Oullins. Coup de chance, on se perd même pas et on trouve une place juste devant le Clacson. Cette salle, qui n’est autre que la MJC d’Oullins et dans laquelle je me rends pour la première fois, ne paye pas de mine mais est bien agréable. Guic m’avait averti qu’il y aurait du hipster et effectivement, ca manquait pas de poil, de piercings et de lunettes marrantes (1). On croise même une championne en haut léopard, qui se trouvera être la claviériste (et principal intérêt) de la première partie. L’ambiance est cool mis à part le fait que je suis le seul non fumeur, obligé de me peler le fion à intervalles réguliers et surtout de louper l’entrée sur scène des deux groupes de la soirée, ce qui m’emmerde fortement.

 

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Voici donc the Lonely Cat Evil Band, groupe lyonnais de heavy blues en trio original guitare/clavier/batterie. Je ne suis guère convaincu par le début du set, mais je n’arrive pas à savoir si c’est la qualité des compos ou le style de musique qui n’est pas à mon gout. A moins que je ne sois tout simplement aigri vu les difficultés que mon groupe rencontre pour trouver la moindre date de concert ? Si je compte les pains du batteur, n’est ce pas parce qu’il a le droit de cogner comme un sourd alors que je n’ai encore jamais pu m’exprimer dans de bonnes conditions sur scène ? Franchement, si c’est pour ne pas pouvoir apprécier un concert sommes toutes fort honnête par simple jalousie, autant que j’arrête la musique tout de suite… j’en suis là de mes réflexions lorsque the Lonely Cat Evil Band balance un titre avec une gros son de basse (main gauche clavier, n’est ce pas Chtif ?) que je trouve très bon. A partir de là le reste sera bien sympa, et le groupe aura vraiment eu du mérite à me convaincre dans disposition d’esprit où j’étais. Guic raccrochera lui aussi in extremis après avoir passé les trois quarts du set à persifler.

 

02


 

Pause clope bière dans la froidure, nous écoutons une reprise au banjo du « Poison » d’Alice Cooper (s’il y a des snobs dans la salle ce soir, c’est pas nous….). Aux premières notes de « Thank God for Sinners », on dévale l’escalier et on se précipite devant la scène, Guic ouvrant le chemin à grandes enjambées. Un petit groupe d’une vingtaine de spectateurs s’est déjà lancé dans un bon pogo dans lequel se jettent immédiatement  Guic et Chtif. Je les trouve courageux vu que c’est les seuls du groupe à porter des lunettes. Sur la petite scène contre laquelle s’agitent nos jeunes excités, le groupe est déjà pied au plancher : à droite, Ty Segall s’acharne sur sa Fender et beugle dans son micro. A gauche, le bassiste assurant aussi les secondes voix et, tout aussi chevelu et un peu en retrait, le guitariste rythmique. Le centre est occupé par une frêle demoiselle bien défoncée qui avoine sa batterie sans aucune subtilité : un jeu simple et efficace, tempo maxi. Nos trois chevelus sont sur la même longueur d’onde que la belle, des titres très courts qui se ressemblent un peu tous s’enchainent pour le plus grand plaisir du public, en particulier d’un Guicard aux anges qui reconnait chaque intro avec une exclamation de joie. Les oreilles et les esprits s’échauffent devant cette musique 100 % énergique, le premier slam survient qui, comme les nombreux suivants, sera un peu ridicule vu qu’il n’y a que deux rangs de spectateurs motivés pour porter les plongeurs. Vers la moitié du concert, l’inévitable se produit : Guic paume ses lunettes au milieu du bordel. Le voici pendant quelques titres courbé, les yeux plissés, éclairant le sol détrempé de bière avec son portable, tout en évitant les projectiles humains soudain transformés en dangereux potentiels piétineurs de bésicles. Une scène fort drôle, sauf pour le principal intéressé évidemment. Après un moment de désespoir, notre fan se lancera de plus belle dans la bataille, allant jusqu’à vivre son premier slam à l’aveuglette. Entre temps, le groupe aura été victime de quelques brèves coupures de courant. A chaque interruption, imperturbables et amusés, il reprendront le titre où ils l’ont laissé, même s’il n’en reste que quelques secondes. L’attitude fun et rock n’ roll de l’ensemble du groupe et les brulots sans fioritures qui s’enchainent me font passer progressivement de spectateur séduit à acteur dans la fosse, jusqu’à terminer allongé sur la scène devant un Chtif hilare. Stéphane prend quelques douches de bière (2), le bordel empire de titres en titres, les coupures se font plus fréquentes, d'un coup Ty Segall saute avec sa gratte devant la scène ! C’est un véritable moulon autour de la Fender, des dizaines de mains (dont les miennes) s’improvisent guitaristes, ca hurle de tout coté, des spectateurs sont projetés sur scène, une partie de la batterie s’écroule, c’est énorme !

 

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Après une remise en ordre rapide et un retour de l’électricité, le groupe revient sur scène. Au désespoir d’une partie du public et à l’étonnement de Ty Segall lui-même, une voix demande bruyamment « Back to Black » d’AC DC. Beau joueur, le rocker attaque la reprise et le groupe improvise à sa suite, même si l’exercice tourne vite au massacre. La même voix réclame alors « Paranoid ». On l’aura compris, c’est Guic qui beugle ces titres improbables, car il sait que le groupe les utilise souvent pour ses balances (3). Le Ty Segall Band est plus à l’aise sur Black Sabbath, et le leader à la tignasse blonde s’amusera à prolonger longuement le morceau, s’attirant les regards mi-amusé mi-exaspéré de la batteuse qui relance à chaque fois la machine en riant. Le concert s’achève ainsi après une ultime coupure de jus, sous les cris et les applaudissements enthousiaste du public qui ne se sera pas déplacé pour rien. De mon coté, même si je connaissais très peu la musique interprétée, j’aurai certainement vécu l’un des meilleurs concerts de cette année. Que ca fait plaisir quand Lyon se lâche un peu !

 

05

 

La soirée est loin d’être terminée, entre séances de dédicaces avec le groupe et entre nous, discussions musicales à bâtons rompus, bières, cigarettes, et recherche de lunettes : petit miracle, elles s’étaient glissé sous la scène et nous les retrouvons, intactes. C’est un Guic tout joyeux qui peut aller interroger longuement chaque membre du groupe et prendre quelques photos avec Ty Segall. L’ambiance est vraiment bonne et nous repoussons au maximum le moment de rentrer, prenant rendez vous pour quelques autres concerts. Toute bonne chose (et tout pécule) ayant une fin, mes quatre acolytes bien chargés regagnent la 206 pour une dernière tournée (des apparts). Une putain de bonne soirée !

 

(1)   quand je pense que j’en avait quasiment pas vu à Berlin….

 

(2)   En même temps, aller dans la fosse avec une bière est encore plus risqué qu’avec des lunettes…

 

(3)   Ce même Guic qui aura le culot de reprocher ensuite au groupe de n’avoir pas entendu ses titres favoris en rappel !

 

Setlist: bon là, je compte sur toi Guic....