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Dommage que la bonne programmation du Marché Gare soit cette année regroupée sur un mois, cela nous oblige à une cruelle sélection. Mais bon, on ne leur en voudra pas trop puisqu’après Frustration que je cherchais à voir depuis longtemps, c’est Parquet Courts, auteurs d’un des meilleurs disques de l’année, qui s’arrêtent dans cette agréable salle sise non loin de la gare Perrache. La bonne parole de blinkinglights ayant pour une fois porté ses fruits, je retrouve Stéphane, la bUze mais aussi Ben et Véro ainsi qu’une bonne part de l’assemblée réunie au même endroit la semaine dernière.

 

 Mazes  Mazes

 

La première partie est assurée par un trio anglais, Mazes, dont je n’ai jamais entendu parler. Le premier titre du set, qui est aussi celui de leur dernier album sorti cette année, est un long développement répétitif, sorte de krautrock moderne que je trouve absolument excellent. Le guitariste/chanteur est un grand gaillard à la voix aigue balançant fréquemment des solos noisy sur la rythmique scandée par un bassiste et un batteur ultra concentrés, dont le look fait penser aux éternels loosers qu’on croise sur les campus dans les films américains. Si « Bodies » restera le meilleur passage du concert, la suite n’est pas mal du tout et me fait furieusement penser à l’âge d’or de Matador, lorsque Pavement,  Mogwai ou Yo La Tengo étaient signés sur le label. Autant dire que j’étais pile le cœur de cible de Mazes, et que je vais m’empresser d’aller explorer leur discographie, avec une nette préférence quand même pour leurs longs titres au tempo rapide, à l’image d’un « Skulking » dont la version longue termine idéalement cette bonne entame.

 

Mazes   Mazes

 

Afin de ne pas louper l’entrée en scène du groupe principal comme la semaine dernière, je me place assez rapidement contre la scène et attend tranquillement Parquet Courts tandis que le public, venu cette fois encore assez nombreux, commence à remplir la salle. Il y a des personnes de tout âge, et même une bande de garçons d’une quinzaine d’année qui doivent vivre là un de leurs premiers concerts, les veinards. Les quatre texans entrent en scène dans une ambiance chaleureuse et attaquent le set tranquillement par un titre qui se révèle être un inédit (et qui s’appelle aussi « Bodies » !). Bien au centre se place un jovial bassiste que nous prenons donc pour le chanteur principal, alors qu’il n’assurera que quelques secondes voix. Il semble y avoir un truc entre lui et une partie du public, car il réclame plusieurs fois des signes d’affection de la part des spectateurs, et il aura droit à de nombreux câlins (surtout par des mecs) à la fin du show, alors que les autres ont déjà regagné les coulisses. Le leader est en fait le guitariste situé à sa droite, qui ressemble étrangement à Thurston Moore jeune, et qui ne manquera pas de l’imiter en décochant de terribles passages noisy et larsenés (avec la fameuse posture du frottage de manche sur l’ampli). Avec un air malicieux, il nous dira rapidement avoir pu profiter du fromage et du vin français mais pas de ce qui semble être une autre de nos spécialités : le ménage à trois. Le guitariste à gouffa à la gauche de la scène rivalisera avec son collègue dans la surenchère bruitiste puisqu’ils se partagèrent à peu près pour moitié la guitare solo et le chant. Le batteur ne ressemble pas à Thurston Moore, mais il porte un T-Sirt des Sonic Youth et assure impeccablement sa rythmique simple et efficace, parfois en tempos très rapides sur des chansons qui durent étonnamment longtemps.

 

Parquet Courts  Parquet Courts

 

Grosse surprise en effet que cette influence Sonic Youthienne, qu’on ne capte pas du tout sur disque et qui se fera sentir dès le cinquième morceau (« she’s Rolling »), un très long titre psyché noisy qui laissera interloqué (pour ne pas dire plus) la plupart du public. Je suis pour ma part bien content d’être surpris d’autant que le morceau est bon et que Parquet Courts n’abusera pas de démonstrations du genre. Les américains pourront aussi bien expédier des directs à la limite du hardcore que prolonger à l’extrême des morceaux courts du terrible Light Up Gold, à tel point que le concert approchera les 1h30 là où le disque ne dure qu’une grosse demi-heure. L’enchainement des tubes furieux (« Master of My Craft », « Yonder is Closer to the Heart » et tant d’autres…) et l’engagement du groupe auront tôt fait de transformer la fosse en gros foutoir joyeux, dont l’un des principaux acteurs sera… le leader de Mazes. Chaque musicien du trio introductif ira d’ailleurs de son slam, mais le guitariste sera le plus assidu dans la pratique, et il pèse son poids le bougre !

 

Sur scène, c’est l’éclatante maitrise du bordel organisé, avec la paire rythmique et l’un des guitaristes assurant une base assez solide pour que le deuxième guitariste se permette tout les débordements, la juste dose de larsens, solos approximatifs, et disto baveuse pour donner à l’ensemble un vrai gout de rock sauvage. Mister Gouffa pète sa corde et se bagarre de longues minutes pour la changer tandis que ses potes continuent le morceau, imperturbables,  et lorsqu’il revient en jeu il est d’autant plus énervé. Une demoiselle vient récupérer ses chaussures sur la scène, circulant entre les manches des musiciens éberlués, avant de plonger dans le public. Au premier gars qui s’écroule aux pieds du bassiste dont le headbang agite constamment la mèche de haut en bas, un gars de la sécurité s’amène au milieu pour contenir les agités des premiers rangs, dont je ferai partie tout le concert, finissant épuisé et trempé de sueur. Cela casse un peu l’ambiance mais il ne restera heureusement qu’un moment.

 

 Parquet Courts  Parquet Courts

 

Je ne connais que l’album Light up Gold, et j’ai la chance de l’entendre quasiment dans son intégralité, agrémenté de divers inédits et extraits des EPs sortis cette année, qui me semblent tous bons (on verra ce que ca donne sur disque, car mon jugement a surement été un peu altéré par l’ambiance de folie qui régnait au marché Gare).

Vers la fin du concert, je commence à réclamer mon titre favori, « Stoned and Starving », et ne suis pas étonné de voir que Parquet Courts l’a gardé pour la fin. La version qu’ils livrent ce soir est tout simplement énorme, semblant ne jamais devoir se terminer, explosant le mur du son pour mieux en franchir un autre. C’est la fin, le public jette ses dernières forces dans la bagarre et soutient le bassiste, en lévitation sur le dos sans que la charge pachydermique de son jeu ne dérive, avant qu’il ne revienne sauter sur la scène. Son collègue a alors abandonné sa guitare contre l’ampli pour mieux gueuler dans le micro tandis que l’autre guitare multiplie des solos improbables.

 

 Parquet Courts  Parquet Courts

 

Alors que le groupe quitte la scène sous les acclamations, une jeune fille ayant déjà bien participé à la liesse générale bondit à leur suite et s’échappe dans les coulisses au nez et à la barbe du vigile pris par surprise. Finalement, il va peut être l’avoir son ménage à trois, Austin Brown… mais pas tout de suite, car, tout aussi rare que la scène dont nous venons d’être témoins, c’est un véritable rappel auquel Parquet Courts a droit, avec lumière rallumée et timides passage de tête dans la porte des coulisses pour voir que, merde, ils sont encore là, ce qui relance d’autant à chaque fois les applaudissements. Le rappel sera idéal, deux courtes chansons bien rock, preuve que ce ne sont pas les tubes qui manquent au répertoire du groupe pour qu’ils se permettent d’en garder d’aussi bons en réserve.

Discussions avec des spectateurs plutôt enthousiastes, dont un La Buze conquis, même si beaucoup regrettent les divagations noisy inattendus. De mon coté, si je commençais à m’interroger sur mon coté blasé suite à la légère déception ressentie au concert de Frustration, pourtant connu comme un grand groupe de scène, cette soirée m’aura pleinement rassurée. Une raison supplémentaire de remercier Parquet Courts, groupe qu’on espère moins éphémère que la plupart de ses collègues du genre, ne serait ce que pour les recroiser le plus longtemps possible sur scène.

 

  

Setlist Mazes : Bodies – Dan Higgs Particle – Hayfever – Cenetaph – New One (fast) - New One (slow) - Skulking

  

Setlist Parquet Courts: Bodies Made of… – You’ve got me Wonderin’ Now – the More it Works – Smart Aleck Kid – She’s Rolling – Master of my Craft - Borrowed Time – Yr No Stoner – Careers in Combat – Black and White – Dear Ramona – Food Stamp Office – Yonder is Closer to the Heart – Light up Gold – Sunbathin’ Animal – What Color is Blood – N.Dakota – Stoned and Starving // No Ideas – Donuts Only

   

 Parquet Courts: Stoned and Starving

 

 Mazes: Skulking