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Hop Hop, à peine le temps de rentrer du boulot, il faut déjà songer à repartir pour le Théatre Antique de Fourvière. Vite fait un petit casse dalle parce qu’il fait terriblement faim, deux tartines de gras et cornichons arrosées de sirop de citron et c’est parti. Oui vous vous dites qu’on s’en fout, et bien pas du tout, ce gouter crétin tout de gras et d’acide sur un stress professionnel de plus en plus pesant aura des conséquences lourdes sur la soirée, et donc sur cette chronique.

 

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Pour l’instant je patiente devant l’entrée au milieu d’un public plus tout jeune (serais-je en dessous de la moyenne d’âge ?) et très distingué. Ultime erreur, je passe au bar et achète un sandwich qui se révèlera être essentiellement composé de beurre et d’un peu de charcuterie. Je trouve une des dernières places assise disponibles, en haut complètement à droite, avec une vue pas trop mal et un son qui se révélera étonnamment bien meilleur qu’en plein centre de la fosse. Je ne connais pas du tout la première partie, j’ai donc prévu de manger tranquillement en écoutant vaguement ces Thought Forms. Le trio Anglais - un batteur, un et une guitariste - entame la soirée par un larsen indianisant se mutant en titre hypnotique au tempo assez lent. Moi qui suis en ce moment dans un trip sur les formations 90’s s’inspirant de My Bloody Valentine, me voilà devant un groupe dont la principale influence est sans conteste le célèbre quatuor Irlandais. Mélodies pop noyées dans une accumulation de nappes de guitares saturées balancées en boucle sont donc de la partie, avec un coté post rock pour la longueur des morceaux et le jeu de batterie sur les tempos plus rapides. Le chant est rare, souvent constitué de notes plaintives et non de textes, et agréablement varié entre voix féminine et masculine. Déjà intéressé dès le début du set (il faut dire que Thought Forms tombe pile dans mes gouts),  je serais de plus en plus captivé au fil des cinq titres interprétés. Non seulement j’ai apprécié le groupe, mais je trouve son positionnement en première partie de Portishead assez judicieux (ce qui est relativement rare): pas totalement dans le même créneau, mais suffisamment proche pour voir une certaine continuité dans la soirée.  La plupart de mes voisins (1) ne sont pas de cet avis (allez, combien étaient venu juste pour « Glory Box » ?), avec un fameux commentaire rigolard « ah ils ont pas trop mis l’ambiance » qui me fit grimacer (c’est vrai que t’es venu pour Portishead qui, comme chacun sait, est un groupe qui met trop une ambiance de folie…) De toutes manières, il est temps d’abandonner ma place car j’ai prévu d’être au cœur de la fosse pour mieux capter la charge émotionnelle que je m’attend à vivre (d’autant que c’est la première fois que je vois Portishead sur scène). A ce moment-là, cela fait déjà quelques temps que mon bide a crié stop au tiers du sandwich et que je commence à ressentir un peu de nausées et une vieille sueur annonciatrice d’une soirée de merde.

 

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Jouant l’équilibriste pour rejoindre l’escalier central et descendre vers la fosse sans broyer les pieds de la rangée que je dérange, j’espère que la promenade me fasse du bien mais en vain. Lorsque je rejoins l’avant de la fosse, mon état empire et ne cesse de se dégrader alors que la mise en place du matériel de Portishead s’éternise. A tel point qu’une fille s’enquiert de ma santé, me trouvant tout blanc : plus de doute, je suis victime de la « restaurantophobie » (2) qui me valut notamment de visiter les urgences de Sarlat lors de mes dernières vacances, et j’applique immédiatement le seul remède efficace contre l’inévitable évanouissement qui m’attend dans les secondes qui suivent, à savoir m’allonger les jambes relevées pour irriguer le cerveau par gravité en lieu et place d’un cœur en grève par solidarité avec mon estomac.  Me voilà comme un con allongé dans une fosse de concert dominée par des gradins ultra pleins, mais bon au moins est-ce une fosse polie et bien élevée, et je n’ai nullement peur de me faire piétiner lors de l’arrivée du groupe sur scène. D’ailleurs les lumières s’éteignent, je me relève un peu étourdi mais j’ai évité le pire. Je vais faire tout le concert avec une putain de grosse boule me pesant sur le haut du ventre, mais au moins j’en suis. Portishead en live, c’est pas moins de sept musiciens : Beth Gibbons au centre, Geoff Barrow derrière elle avec une panoplie d’instruments l’entourant (machines, platine, percussions…), le guitariste Adrian Utley à sa droite et le batteur Clive Deamer derrière lui, à sa gauche un grand bassiste barbu et deux claviériste, dont un joue aussi des cuivres dont j’apprécierai beaucoup les apparitions furtives.

 

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 Je ne vais pas vous refaire mon histoire avec Portishead puisque j’en ai déjà parlé récemment, juste rappeler que mon disque à moi, c’est Third. Et le concert commence d’ailleurs par « Silence », le premier titre de cet album génial dont on espère prochainement un successeur. Constat immédiat, on n’entend presque pas Beth Gibbons. Un petit coup d’œil autour de moi pour constater que je ne suis pas le seul à être atteint de surdité sélective, les mines sont inquiètes et  s’assombrissent au fil des (excellents) titres qui s’enchainent sans qu’on ne constate la moindre amélioration. Dès le deuxième titre j’essaie de gueuler « more voice ! » (mais bon, je suis un peu faiblard), je serai progressivement suivi par pas mal de monde jusqu’à une véritable révolte inédite dans le public Lyonnais habituellement si policé : la fosse et toute la partie basse des gradins qui scandera « la voix !, la voix ! »  à la fin de « Magic Doors ». Sur l’instant, je vois trois explications possibles : les ingés son bossent mal ou le son est uniquement réglé pour les gradins ou Beth Gibbons n’a pas/plus de voix. A priori c’est plutôt la deuxième explication puisque l’ami dragibus situé en haut des gradins m’a dit qu’il avait trouvé la balance correcte (3). Mais il y avait aussi un peu de défaut réglage puisque suite à la révolte et au grands signes du géant situé devant moi et clairement remarqué par les musicos le son s’est un peu amélioré, et un peu de défaut voix puisque le volume du chant sera aléatoire en deuxième partie de set, jusqu’à être parfaitement audible en toute fin. Alors Portishead avec un chant sous mixé, on y perd énormément, et je n’étais pas dans les meilleures conditions physiques pour apprécier un concert, mais j’ai trouvé en plus que la prestation était assez lisse, tout était très pro mais sans l’intensité supplémentaire que j’attendais d’une interprétation live. Certes j’ai été très touché par le magnifique « the Rip », mais pas beaucoup plus que lorsque je l’écoute chez moi….

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 « the Wandering » marquera quand même un premier tournant dans le set : interprété en trio, avec Beth Gibbons assise en face de Geoff Barrow qui a saisi une basse et Adrian Utley ciselant des notes de guitare très pures en frottant ses cordes avec une petite tenaille, ce vieux titre amènera enfin un supplément d’âme à ce concert jusque-là très balisé. C’est ensuite le très attendu « Machine Gun » qui lui succède, bien illustré d’images violentes en lien avec cette musique froide et mécanique, mais ce titre parmi mes favoris est perturbé par le spectateur juste devant moi qui fait un malaise et s’assoit sous les commentaires bienveillants de ma précédente bienfaitrice. Bon, je ne suis pas trop en position de lui en vouloir au type, par contre deux jeunes flanqués de T Shirt des Nuits de Fourvière en profitent, sous couvert de s’enquérir de la santé du spectateur, pour s’incruster devant moi, et il y en a un qui fait deux mètres (ils avoueront ensuite utiliser ce subterfuge quasiment tous les soirs). Bref, un peu plus serré et victime de la fumée d’une voisine qui fume clope sur clope (sans compter l'illuminé qui hurle des mantras boudhistes à qui mieux mieux), mon état ne s’améliore pas, contrairement à la balance qui permet d’enfin mieux apprécier le concert. Après les deux grands classiques « Over » et « Glory Box », Portishead se lance dans un morceau inconnu en s’y reprenant à moultes reprises car Geoff Barrow et un Clive Deamer énervé n’arrivent pas à se synchroniser. Je crois d’abord que ce morceau très plaisant au rythme Krautrock rapide et aux sonorités New Wave est une reprise, mais il s’avère que c’est une nouvelle composition intitulée « Chase the Tear » (4). 

 

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L’ambiance oppressante de « Cow Boys » inaugure le dernier round d’un concert qui soudain tient toutes ses promesses. Sur « Threads », Beth Gibbons semble enfin se lâcher et porter ce morceau à des sommets  de beauté sombre, aidée par une rythmique martiale impeccable. Un passage qui semble révéler en creux la relative routine ressentie jusqu’alors. Portishead quitte une première fois la scène sur ce magnifique titre, avant de revenir sur le très calme « Roads », probablement le plus acclamé du set. Le très rythmé « We Carry On », encore l’un de mes favoris, vient pour la première fois remuer légèrement la fosse et conclue de bien belle manière ce concert assez court (1h20 environ), avant l’inévitable pluie de coussins qui amuse le groupe, saluant tout sourire le public. Je me sens bien mieux depuis un moment (au point d’aller discuter quelques minutes avec le leader de Thought Forms), est-ce pour cela que j’ai été plus séduit par ces derniers titres, ou le groupe a-t-il vraiment été plus intense sur la fin ? Il me faudrait l’avis objectif d’autres spectateurs pour juger de ce concert que j’ai trouvé, globalement, un peu décevant. A la réflexion, mis à part l’amabilité du chanteur, je vois mal ce qui distingue dans l’esprit  la prestation des Pixies de celle de Portishead : des groupes profitant du culte qui les entoure pour balancer la même setlist depuis 5 ans sur tous les festivals sans forcer leur talent et se remplir les poches. Restent des chansons superbes (d’autant que la setlist était idéale) et une interprétation sans faille…

 

 

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(1)    Ma reconnaissance à la fille juste à côté de moi qui a affirmé contre l’avis de tous ses potes qu’elle avait apprécié…

 

(2)    Qui du coup n’en est plus une, vu que je n’étais point au restaurant…

 

(3)    C’est relativement logique, les ingés sons qui sont situés tout en haut règlent la balance façade pour eux, et donc pour le public du haut. Ce qui veut dire que le « bon son » passe du groupe juché sur scène au haut des gradins, et donc passe complètement au-dessus de la fosse…

 

(4)    Enfin, nouvelle, ça fait plus de 3 ans qu’ils la jouent sur scène quand même…

 

Setlist: Silence - Nylon Smile – Mysterons - The Rip - Sour Times - Magic Doors - Wandering Star - Machine Gun – Over - Glory Box - Chase the Tear – Cowboys – Threads // Roads - We Carry On