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KING CREOSOTE - From Scotland with Love

 

En écoute: DEEZER

Proposé par Julien.

La chronique de Julien: PINKUSHION

Mon avis:

Dès l’introductif « Something to Believe In » et sa mélodie celtique, les origines de Kenneth Anderson transparaissent. Elles ne cesseront de se manifester à nos oreilles tant le très bien nommé From Scotland with Love évoque un condensé du meilleur de la scène indé écossaise, rappelant souvent les deux excellents disques de Reeindeer Section, collectif ayant réuni au début des 00s des membres d’Arab Strap, Mogwai ou Belle & Sebastian. King Creosote tente tout,  de la triste balade épurée (« Miserable Strangers ») à la pop parfaite (« For One Night Only », sorte de Malcolm Middleton joyeux), et rate très peu (« One Floor Down », bancale Calexicade, seul titre de l’album en deçà). Cette hétérogénéité maitrisée flirte parfois avec la dispersion, ce qui pourrait être le seul défaut du disque s’il fallait en trouver un - pour exemple, la transition entre le piano mélancolique de « Cargill » et la clarinette festive de « Largs (long) » est assez maladroite. Qu’importe, on retiendra surtout la qualité de ces chansons et des autres, notamment la magnifique « Pauper’s Dough »  clôturant le disque sur des chœurs à la Tiersen, voisin musical de landes et d’embruns. Une belle découverte suffisamment riche pour à peine regretter de n’avoir point le temps d’explorer la gigantesque discographie de l’artiste (une quinzaine de disques en autant d’années).

 

 

 

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PROTOMARTYR - Under Color of Official Rights

 

En écoute: DEEZER

Proposé par Damien.

Mon avis:

Damien a acheté le dernier Interpol. Apparemment il s’en est mordu les doigts (moi j’ai abandonné depuis longtemps). Heureusement il a aussi acheté  le deuxième album de Protomartyr, qui pourrait bien être le palliatif à l’érosion irréversible du groupe de Paul Banks. Du moins c’est ce qui nous vient en tête en entamant Under color of official rights avec « Maidenhead ». Assez vite, Protomartyr cassera la référence en intégrant à ses titres une bonne dose de crasse, réalisant la synthèse parfaite entre la classe du revival cold wave et l’urgence du revival garage (synthèse parfaitement représentée par le titre « Bad Advice »), une prouesse d’autant plus appréciée que ces styles sont aujourd’hui passés de mode. Comme chez ces bons vieux Strokes (évoqués sur « Want Remover » par exemple) et Interpol,  la basse est ici à l’honneur, mais chaque musicien pèse également dans la balance. Le chant de Joe Casey s’amuse à brouiller les pistes, tantôt froid tantôt mordant, sans oublier des passages de punk branquignole à la Parquet Courts (« Son of Dis »). Collection de morceaux courts et efficaces,  Under color of official rights est un Melting pot tendu à l’extrême, réjouissant du début à la fin. Une fin crânement crachée à l’auditoire : « I’ll take that Applause » (cause i deserve it). Morgue et classe, on vous l’avait dit….

 

 

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EELS - the Cautionary Tales of Mark Oliver Everett

 

En écoute: DEEZER

Proposé par Xavier.

Mon avis:

Une pochette en noir et blanc sur laquelle E arbore un air mélancolique, un titre insistant sur le côté introspectif de l’album (the Cautionary Tales of Mark Oliver Everett), il n’en fallait pas plus pour que les critiques s’enflamment et proclament le retour en grâce de Eels, ne cédant pas à la tentation de citer le splendide Electro-Shock Blues en référence (mais cette fois c’est vrai, juré !). En réalité, quiconque a réécouté ce chef d’œuvre récemment (comme moi) se rendra compte qu’au-delà des textes, de la catharsis d’un artiste brisé, il s’agit avant tout d’un disque bourré d’idées où quasiment chaque titre comporte des prises de risques magistralement maitrisées. A mille lieues donc de ce Cautionary Tales of Mark Oliver Everett, qui présente le principal défaut des albums de Eels depuis dix ans : la redite. Pas un morceau, bon ou mauvais, qu’on n’ait déjà entendu auparavant (à l’exception peut-être du très sombre « Dead Reckoning »), notamment sur le Blinking Lights dont ce disque semble creuser le versant nostalgique et épuré.

 

Ceci posé, et puisqu’on parle du Blinking Lights, the Cautionary Tales of Mark Oliver Everett a l’immense qualité d’être le premier véritable album de Eels depuis cet illustre double CD. En laissant de côté son versant rock, E se prive certes de ce qui a fait ses meilleurs titres récents, mais il offre enfin une œuvre cohérente plutôt que l’aléatoire assemblage de chansons dont il nous gratifiait ces derniers temps (ayant même l’audace de prétendre avoir composé une trilogie !). On sent derrière ces thèmes liés, ces chansons miroir (« Where I’m at », « Where i’m from », « Where i’m going »), ces arrangements étudiés, toute la réflexion et le travail d’un artiste inspiré, et donc à même de toucher son auditoire (si les conditions sont réunies, privilégier si possible la tombée de la nuit, quand tout est silencieux aux alentours). Mieux, le disque propose de nombreux beaux titres (« Parallels », « Mistakes of my Youth »), mon préféré étant le simple et émouvant « A swallow in the Sun » : cela faisait des lustres que l’ami E ne m’avait plus ému avec ses balades, et rien que pour ça son dernier album vaut le coup d’oreille. Il y a malheureusement aussi pas mal de déchets, des slows lourdingues qu’on croirait tirés des radios 80’s (« Lockdown Hurricane ») et des mélodies involontairement comiques (qui n’a pensé à « Vent frais vent du Matin » en entendant « Series of Misunderstandings » ?), qui empêchent the Cautionary Tales of Mark Oliver Everett d’être à la hauteur de ses prétentions. J’ai été malgré tout agréablement surpris par ce disque sur lequel je retrouve le compositeur dont je fus fan, allant jusqu’à penser que si j’avais découvert adolescent sa musique avec the Cautionary Tales of Mark Oliver Everett, il aurait pu figurer en bonne place dans mon palmarès.