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On revient aux affaires avec la venue sur Lyon de Godspeed You ! Black Emperor, groupe culte de post rock ayant signé un brillant retour avec ‘Allelujah ! don’t Bend Ascend, excellente surprise de l’année 2012. Outre le fait que je n’avais encore jamais vu les Canadiens sur scène, c’est la qualité de cet album qui m’a décidé à prendre ma place, car je ne fais pas partie des fans de la première heure, le seul disque de la précédente décennie que j’aime vraiment étant le Yanqui U.X.O. Quant au tout récent Asunder, Sweet And Other Distress, les quelques écoutes que je pu lui apporter ne me rassurèrent pas vraiment, lui trouvant un mélange de redite et de remplissage en plus du savoir-faire toujours impeccable du groupe.

 

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Me voilà donc seul dans un Transbordeur bien garni mais pas complet, l’ensemble de mes potes passionnés de musique de la région ayant curieusement boudé cette venue (j’ai juste aperçu de loin Christophe et quelques silhouettes connues de l’Epicerie Moderne). Ignorant tout de la première partie, je pointe une tête curieuse au duo qui a pris place sur scène : un jeune homme à la guitare, mais surtout aux larsens et machines, et une nana d’une bonne quarantaine d’années au chant et à la guitare, sur le devant de la scène. Peu convaincu par le premier morceau écorché (qui manque de corps à mon gout, faute de basse et batterie), je file au bar et reviens avec une bonne mousse alors qu’un bassiste et un batteur entrent justement sur scène en renfort. Le changement est immédiat, et les deux titres post rock bien assénés me filent un bon frisson. On sent que Carla Bozulich a du métier, elle dégage le charisme particulier des artistes habités et déterminés (en plus d’être apparemment sensiblement défoncée). Aussi la suite de son set, malgré le départ des deux musiciens de Godspeed et le retour à la formation duo, se révèle assez fascinante, l’américaine osant même en final une sorte de chant traditionnel Ecossais a capella, uniquement accompagné d’un gros son lourd de guitare continu déversé par son acolyte. Son qu’on appelle un drone, mot que j’apprendrai à cette occasion et qui ne cessera de fleurir dans la bouche de mes voisins du public tout au long de la soirée.

 

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Un public beaucoup plus jeune et beaucoup moins  hype que je ne l’aurai imaginé d’ailleurs,  à moins que les vieux ne se soient tous assis sur les gradins. J’étais pour ma part au 2eme rang au centre, excellent positionnement mis à part l’énorme boite posée sur scène sous mon pif qui m’empêchera de voir le batteur (j’ai bien essayé à de multiples reprises de me dévisser le cou, mais rien n’y a fait, seule frustration de ce concert…) Après un moment d’attente et une bonne dizaine de minute de drone (donc), Godspeed You ! Black Emperor entre sur scène et attaque tranquillement une longue montée en sauce larsenée et expérimentale dont ils ont le secret. Je craignais que ces longues plages ne viennent alourdir le concert, mais le groupe n’en abusera pas du tout, et le set sera au contraire principalement composé de passages sonores appuyés. Après cette attente, l’explosion de « Mladic », premier excellent morceau du ‘Allelujah ! don’t Bend Ascend, n’en est que plus savoureuse. Le groupe, installé en demi-cercle, est composé de trois guitaristes (assis), deux bassistes, deux batteurs, une violoniste et zéro chanteur. Autant dire qu’ils peuvent en faire, du bruit, et ils ne se gêneront pas, mais malgré la puissance j’ai trouvé le son très bon et pas trop agressif pour les oreilles.

 

7bla

 

Le violon a vraiment un rôle à part dans la composition des morceaux.  Sur une base noisy mais feutrée, il commence de manière mélodique avant qu’un grain de sable de dissonance ne viennent heurter sa partition. Les instruments rocks viennent progressivement s’engouffrer dans cette brèche, jusqu’à former une tempête sonore engloutissant le violon tel un nuage un oiseau dont on entendrait le chant au loin, surnageant parfois brièvement avant d’être à nouveau étouffé par le cyclone de décibels qu’il a lui-même déclenché. Cependant, la tempête calmée, l’oiseau seul ressurgi et son chant clair vient clôturer, comme une victoire, le morceau. Je reconnais les titres récents, savoure la découverte de quelques autres inédits ou oubliés. A l’inverse de sa prestation avec le Silver Mount Zion il y a pile un an, Efrim Menuck et son look de clochard est un parmi les autres, l’énergique bassiste Thierry Amar étant plutôt le chef d’orchestre, même si on surprend quantité de regards  entre tous les musiciens pour caler les différentes séquences des titres (il y en a un où ils miment carrément tous un chant indien pour démarrer l’intro sur le même rythme).

 

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Aucune fausse note ou ennui pour ce concert tout en puissance ET subtilité, si ce n’est un dernier titre peut être superfétatoire (le concert a duré quasiment deux heures), Godspeed You ! Black Emperor aura effacé toutes mes craintes et livré un concert marquant, qui se termine évidemment par un drone gigantesque sur lequel les musiciens quittent un à un la scène avec un petit geste de la main comme unique communication de la soirée.  

 

Setlist:

Jouées:  Hope Drone - Mladic - Peasantry or Light ! Inside of Light! - Piss Crowns Are Trebled

Sans doute jouées: We Drift Like Worried Fire - Chart#3 / World Police and Friendly Fire

 

Peut etre jouées: BBF3 - the Sad Mafioso