Retour au Marché Gare une semaine après le concert de Shannon Wright pour la venue d’Harold Martinez. 3 groupes 3 euros, on aurait tort de se priver, d’autant que l’ami Seb est partant pour décompresser après une journée de marouflage autour de quelques bières et de la musique envoutante d’Harold, dont il est lui aussi grand fan.

 

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Une musique dans laquelle je n’ai pas replongé depuis un petit moment, ce qui augmentera encore le choc (attendu) au contact direct des compositions du duo Nîmois. Attaquant tranquillement leur set par « Muddy Lakes », Harold et Fabien entrent dans le vif du sujet sur une version explosive d’ « Indian Pain », extrait lui aussi de Birdmum, avant d’enchainer sur l’un des meilleurs titres de ce premier disque, « Faith Healer ». Si Birdmum a finalement beaucoup plus tourné chez moi que Dead Man, leur deuxième album sorti l’année dernière,   celui-ci propose des chansons plus rock et globalement plus adaptées à la scène, ce qui ressortira de la suite du concert qui lui sera largement consacrée. A commencer par mon titre préféré, « the Killers Crow », dont la puissance sur scène est assez incroyable. Le travail sur le son, notamment les divers effets assurés en permanence par le batteur Fabien Tolosa, est une pierre non négligeable dans l’édifice impressionnant que construit Harold Martinez, notamment par un chant toujours aussi marquant, mais c’est au niveau de la présence scénique et de l’assurance que le duo a vraiment passé un cap. On sent qu’ils tournent de plus en plus, et leur maitrise sur le show est totale, jouant sur une large gamme d’intensité au sein d’un même morceau (superbe « Dead Man ») ou sur une setlist très bien construite, et occupant l’espace avec une aisance qui leur faisait parfois défaut il y a deux ans. Tout ce travail a contribué à forger une véritable identité au duo, que j’ai vu en cette soirée débarrassé de ses flatteuses mais néanmoins encombrantes références  des débuts.

C’est heureux que le public ait progressivement enflé pendant la démonstration d’Harold Martinez, car la salle, loin d’être complète mais cependant bien garnie, pu alors se prendre de plein fouet un final d’anthologie, avec le surpuissant « Freedom Rider » sur laquelle la complicité des deux musiciens est éclatante, et un « Vanishing Race » de conclusion qui m’a carrément arraché des frissons. Ayant vu de nombreuses fois Harold sur scène, je ne pensais pas me reprendre une telle baffe : voilà qui aura remis les choses au point, et nous attendons de pied ferme un troisième disque prévu pour 2016.

 

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La soirée se poursuit avec I Love UFO, un groupe dont je ne connais rien. Aux premières notes, Seb et moi saluons Harold et venons nous placer vers le devant de la scène, déjà occupée par un trio dynamique. Les premiers morceaux m’accrochent rapidement, je pense d’abord essentiellement à Nirvana, la rage du guitariste chanteur, le son de guitare crados et le côté brutal et expéditif des titres pouvant aisément qualifier la musique proposée de grunge. I Love UFO va cependant aussi explorer des contrées plus post punk, avec des longs titres répétitifs toujours aussi noisy qui prendront le dessus au fil du concert. Le seul défaut du groupe à mon sens est que le bassiste a les cheveux trop propres et qu’il ne joue pas de basse, mais du clavier, ce qui est quand même moins classe… Blague à part, j’ai vraiment adoré leur prestation et n’ai découvert qu’ils étaient français qu’à la faveur d’un sympathique interlude où le leader fou furieux (matraquage et lancer de guitare, sauts désordonnés, passage en fosse rapidement tapissée de bière) souhaitera un bon anniversaire au batteur tout surpris, gâteau et bougies à l’appui. La fin du show est de plus en plus bordélique, avec des titres dont je me demande s’ils n’étaient pas composés d’un seul accord, avoinés avec une conviction contagieuse par les trois parisiens. Une partie peu goutée par Seb qui me demandera, par provoc, si j’aime bien la techno. Je dois reconnaitre qu’effectivement, on n’en était pas loin… Une bien bonne découverte en tout cas, même si j’ai quelques doutes que des albums studio puissent lui rendre honneur. On vérifiera ca à l’occasion (il y en a deux à priori).

 

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Après une autre bière, nous regagnons la salle pour le dernier groupe, Warm Soda. Il me revient alors que j’ai déjà entendu parler du groupe, dont le premier album Someone for You avait été conseillé sur certains blogs (et je crois bien l’avoir écouté, sans en être sûr), mais je ne sais pas du tout à quoi m’attendre. Un improbable quatuor fait son apparition sur la scène du marché gare : au centre le bassiste, torse nu et muscles saillants, le visage encadré par deux longues tresses noires – à sa droite, le guitariste chanteur, regard bleu ciel surplombant une affreuse moustache raccord avec une non moins affreuse chemise verte – de l’autre côté, un ombrageux guitariste caché sous ses cheveux et sa barbe, portant sa guitare sous le menton, et au fond de la scène un batteur monumental débordant d’une batterie qu’il tabasse avec un minimum de mouvements, le regard fixe et une cigarette consciencieusement plantée dans le bec. Un groupe se prêtant magnifiquement aux caricatures, qui m’a fait penser à une équipe de combattants qu’on pouvait trouver dans les vieux jeux vidéo de baston Capcom. Je m’attarde un peu sur le descriptif car musicalement, il n’y a pas grand-chose à dire. C’est du garage rock carré, bien exécuté, dynamique, qui fera joyeusement pogoter les premiers rangs du public. Par contre aucune originalité dans les titres qui s’enchainent, on a l’impression d’avoir entendu ca mille fois et les morceaux se ressemblent tous. Seb, qui avait de toutes manières décidé de rentrer après quelques morceaux, s’en va sans regrets. J’insiste un peu plus, allant même jusqu’à me mêler au pogo puisqu’il semble que ce soit le seul intérêt de Warm Soda, mais le cœur n’y est pas. Je bats en retraite sans regrets moi non plus, ayant déjà vécu deux excellents concerts, et tant pis si l’adage jamais deux sans trois ne se sera pas vérifié ce soir-là…

 

 

Setlist Harold Martinez:  Muddy Lakes – Indian Pain – Faith Healer – the Killers Crow  – Dead Man – Call of Blood – O Lord -  Unchained Waters – Freedom Rider – Vanishing Race // Acid Rain