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Une bonne (et longue) nuit de sommeil, un jardin calme et ensoleillé, sans oublier un rosé bien frais, voilà pour nous remettre de nos émotions de la veille. Je laisse Nono et Nini à leur sieste et file par le bus histoire d’avoir un peu de temps pour trainer sur le site avant les concerts, même si je suis d’ores et déjà en retard pour l’après midi gratuite. Une idée conviviale à l’image du TINALS que ces concerts gratuits, ouverts aux familles et aux enfants qui peuvent ainsi profiter des ateliers et s’initier en toute sécurité aux joies des Festivals. Il y a cependant un à coté très désagréable à cette sympathique initiative : la manœuvre complexe consistant à vider le parc en fin de période gratuite avant de l’ouvrir aux festivaliers contraint ces derniers à attendre longuement en plein cagnard l’ouverture des portes, même ceux dotés du bracelet Pass 3 Jours. En clair tu arrives avec ton Pass avant 18h00, tu peux rentrer et rester sur le site, si tu arrives après 18h30 c’est ok, si tu arrives à 18h00 ben t’attend une demi-heure, et tant pis pour la tranquillité t’as plus qu’à courir au premier concert débutant à 18h40…

 

 

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Ce premier concert, c’est Aquaserge, un groupe que je connais simplement de nom. La fraicheur de la grande salle m’accueille alors que le quintet est déjà sur scène : un guitariste chanteur, un claviériste, une bassiste, une batteuse et une clarinettiste (d’emblée, un groupe qui a une clarinette basse dans son line up n’annonce pas  un set très rock n roll). Le groupe propose une sorte de pop jazz déjantée avec des textes en Français qui m’a fait un peu penser à Gong : en même temps c’est à peu près la seule référence que j’ai dans ce style, donc elle n’est peut-être pas très pertinente. Quoi qu’il en soit, la musique n’est pas déplaisante mais je la trouve quand même trop intello à mon gout : ces rythmes bizarroïdes semblent là pour faire plaisir plus aux musiciens qu’au public, qui a du mal à se les approprier. M’étonnerais pas que ces messieurs dames aient fait une Ecole de musique à Paris… 

 

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Bref Aquaserge ce n’est pas trop mon truc, et puis les Twerps sont attendus sur la grande scène extérieure. C’est l’occasion de retrouver Nono et Nini (qui attend ce concert avec impatience), même si je me suis assez ennuyé à l’écoute de Range Anxiety, disque fort bien noté sur le net. M’enfin, il y a malgré tout quelques chansons qui m’ont plu, et puis la pop insouciante des Australiens pourrait se révéler savoureuse sous le soleil Nîmois. Le gentil quatuor attaque son gentil concert par une gentille chanson, le gentil chanteur (souriant) n’omettant pas de discuter gentiment avec le public entre chaque titre. C’est statique, mou et d’une banalité affligeante : je laisse mes camarades charmés devant la scène et regagne à grand pas la scène intérieure pour être bien placé au concert suivant.

 

 

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C’est une des belles surprises du Festival : la programmation de Giant Sand, vieux groupe de rock alternatif mené par le légendaire Howe Gelb, et qui compta longtemps dans ses rangs Joey Burns et John Convertino avant que ceux-ci s’en aillent fonder Calexico. Je connais assez mal l’immense discographie d’Howe Gelb (avec Giant Sand, en solo, ou sur d’autres projets), juste quelques disques, mais j’ai hâte de voir l’homme en chair et en os, et je sais que, si ses chansons n’ont rien de révolutionnaire, aucune ne saurait être un tant soit peu médiocre. Le premier mot qui vient à l’esprit lorsqu’Howe Gelb entre sur scène et balance quelques phrases de sa voix grave, c’est charisme. C’est le genre de gars qui peut à peu près tout ce permettre tant il a la classe,  d’ailleurs il usera de ce talent avec délectation pendant tout le concert à coup de petites blagues marmonnées dans un sourire malicieux ou d’impros maitrisées sur des partitions qu’il a l’air de connaitre depuis la Nuit des Temps. Comme si l’imposant personnage aux cheveux cendre n’était pas suffisamment fascinant, il est épaulé par une sublime choriste (from Zagreb) dont le rôle principal est de se trémousser au centre de la scène en montrant son nombril et en prenant des poses lascives. Pour le reste, deux guitaristes, un batteur et un bassiste discrets (from Tucson Arizona pour la plupart) feront le job, en écumeurs de salles plus ou moins prestigieuses qu’ils semblent être.

 

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Giant Sand fait partie de ces groupes qui, en quelques notes, savent transporter le public en des territoires lointains, ici forcément poussiéreux  et fleurant l’écurie et le tord boyau artisanal. Clairement séparé en trois actes, le concert commence par une partie Country Rock dynamique et irrésistible, à l’image du morceau d’ouverture « Ride the Rail ». Après quelques titres du même style où Howe Gelb se sera débarrassé de sa casquette de base ball lui couvrant le regard, le groupe quitte la scène à l’exception de la paire rythmique et du vieux briscard qui va s’installer derrière son clavier, en déclamant « let’s see how low we could play on a festival ». Sur que ce Festival en intérieur est le lieu idéal pour la très calme partie piano bar qui va suivre. Un changement de ton surprenant où le chanteur en fait des tonnes dans le registre crooner revenu de tout, une pause plutôt agréable d’autant qu’elle ne se prolonge pas outre mesure. L’ensemble du groupe revient alors sur scène pour terminer sur trois titres très rock, dont  « Texting Feist » voyant un duel de solo entre Howe Gelb et son guitariste (le gominé coiffé sur l’arrière, pas celui avec la gouffa afro). Giant Sand termine par l’un de ses plus vieux morceaux, un « Tumble and Tear » endiablé où la choriste use ses dernières forces dans un tourbillon de cheveux.  J’aurai bien repris deux trois morceaux du même acabit, mais je suis déjà ravi que le TINALS m’ait donné l’occasion de voir cet excellent groupe qui vient de sortir un nouveau disque, parait-il très bon (comme c’est bizarre).

 

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La pause sandwich (heureusement beaucoup moins longue que la veille, cette soirée ayant eu semble-t-il un succès moindre) sera l’occasion d’écouter l’attraction du Samedi se produisant sur la grande Scène : Ariel Pink. Les quelques chansons entendus m’ont semblées atroces, sans compter un son tout bonnement catastrophique (étonnant, mais je plains les gens qui étaient venus spécialement pour ce concert). Notre trio, rendu plus efficace par une meilleure connaissance des lieux mais aussi par un enchainement de concerts bien mieux pensé que le Vendredi, est bien à l’heure pour se mettre au premier rang devant la Scène intérieure, qui va accueillir le précieux Mark Kozelek, rare artiste du week end à recueillir l’unanimité de notre petit groupe.

 

 

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Le voici donc qui entre sur scène avec son groupe Sun Kil Moon, composé pour l’occasion d’un batteur et deux guitaristes, dont Neil Halstead, leader de Mojave 3 et auteur de splendides disques solo folk, qui jouera tranquillement assis à droite de la scène. Mark Kozelek a un physique de routier Américain qui contraste incroyablement avec la délicatesse de ses compositions. Il titube à moitié sur scène, intimant d’une voix pâteuse au public le silence avant d’attaquer chaque morceau, mais dès qu’il chante on oublie son côté légèrement désagréable pour se laisser porter par une voix d’autant plus touchante qu’elle porte toute la conviction du bonhomme, oscillant entre mélancolie désabusé et hurlements de rage. Après un titre très feutré, je reconnais « Micheline », l’un de mes morceaux favoris de Benji, seul disque de Sun Kil Moon que je connaisse vraiment et qui constituera pour mon plus grand bonheur une grosse moitié du concert. Partis pour un concert calme et mélodique à l’image de ce beau disque sorti l’année dernière, la version très appuyée de « Richard Ramirez » nous prend par surprise, et le set se révèlera beaucoup plus alternatif que prévu.

 

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Des deux inédits proposés par la suite (extraits d’un album à venir très prochainement), le premier ne me plaira pas pour cause d’une dissonance très étrange, à croire que les guitaristes ne jouaient pas sur le même ton. D’ailleurs j’ai eu l’impression que si Kozelek assurait bien malgré un alcoolisme assez visible, Neil Hastead balançait régulièrement des pains que son intransigeant employeur semblait ne pas remarquer.  Pas de quoi gâcher un concert qui se poursuivait magnifiquement par les arpèges de « I Watched the Film the Song Remains the Same », un titre un peu trop long sur disque mais qui fut justement raccourci ce soir-là. Sun Kil Moon clôturait son concert par « Dogs », le titre le plus rythmé de Benji, ici livré dans une version très rock qui m’a enthousiasmé. Assez novice en ce qui concerne la musique de ce grand songwriter, j’ai vraiment aimé ce concert (trop court, mais c’est la loi des Festoches) tandis que Nini, vraie fan, l’a trouvé moins bon que celui qu’elle avait vu à Paris (mais au final je n’ai pas bien compris si elle avait été déçue ou pas).

 

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Après ces bons concerts, celui de Divine Comedy fait office d’agréable bonus. Je n’ai jamais trop accroché à leur musique, trop proprette à mon gout, à l’exception de Regeneration (mais ce disque est tellement à part que cela confirme presque mon indifférence au groupe, d’ailleurs c’est un des rares dont aucun extrait ne sera joué ce soir). Mais je ne vais pas me priver d’aller juger ce que valent les Irlandais sur scène, et j’assisterai assis sur une barrière derrière le public à un concert tranquille (il y a un accordéoniste,  et le batteur a joué du triangle sur tout un morceau) et sympathique. A vrai dire, c’est essentiellement la classe de Neil Hannon qui me fera rester, n’ayant été touché par cette pop joliment arrangée qu’à de rares occasions. Un verre de vin à la main, le Dandy devisera joyeusement avec le public et sourira de ses petites erreurs - annonce d’un morceau 3 ou 4 titres en avance, tempo à accélérer en milieu de chanson, et même démarrage d’un titre avec un capot mal positionné (1) – certainement dues à une légère ivresse mais qu’il corrigera avec une élégance et un professionnalisme rares. Visiblement ravi d’être sur une scène qu’il occupe comme s’il était dans un salon de thé avec des amis, Neil Hannon se permettra même de dépasser l’horaire de 10 bonnes minutes, chose très peu vue en Festival.

 

 

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Il est 00h20 et rien d’enthousiasmant n’est prévu pour la suite. C’était sans compter sur Nini qui récupère un gros transistor du Boogers Ghetto Blaster Party. Le principe ? Un guitariste chanteur chargé de matériel, tel un Rémi Bricka rock, renvoie sa musique non sur des amplis mais sur des transistors portés par le public, via ondes radio. Il se déplace donc sur l’ensemble du festival, suivi par une foule joyeuse au son d’une vingtaine de postes radios crachotant. Je suis d’abord indifférent, préférant les bonnes chansons aux performances, mais en prêtant mieux l’oreille je m’aperçois que les compositions mi rock mi punk de Boogers ne sont pas mal du tout. Je suis malheureusement assez fatigué et renonce à ce concert (d’autant plus qu’il est itinérant), attendant mes amis dont une Nini enthousiaste qui n’en perdra pas une miette, allant jusqu’à investir les toilettes de la Paloma avec un bon paquet de spectateurs pour un moment déjanté comme elle les aime. Et comme cette fois on est venu en voiture (l’expérience…), le retour se fera sans encombres….

 

(1)    Bévue qu’il nous est arrivé de commettre à quelques reprises avec mon groupe et qu’on prenait pour une marque d’extrême amateurisme 

 

 

Setlist Giant Sand de Primavera (similaire, sauf peut etre le deuxième tiers): Ride the Rail - Man On a String -  Every Now And Then -  Song So Wrong -  Eye Opening -  Lost Love - House In Order -  Transponder -  Hurtin' Habit -  Texting Feist -  Tumble and Tear

 

Setlist Sun Kil Moon: Mariette – Micheline - Richard Ramirez Died Today of Natural Causes - The Possum - Ali/Spinks 2 - I Watched the Film the Song Remains the Same – Dogs

 

Setlist Divine Comedy: Absent Friends - Assume the Perpendicular - Have You Ever Been in Love - Your Daddy's Car -   Everybody Knows (Except You) - Bang Goes the Knighthood - Our Mutual Friend - Generation Sex - When the Lights Go Out All Over Europe - The Summerhouse - A Lady of a Certain Age - Songs of Love - Becoming More Like Alfie - National Express - Down in the Street Below - Charmed Life - Tonight We Fly

 

GIANT SAND:

 

SUN KIL MOON:

 

DIVINE COMEDY: