Après avoir loupé quelques dates d’une série de concerts donnée par Rank pour défendre leur deuxième album Plan your Downfall, je décidais de me motiver pour celle du Sonic (malgré une découverte poussée de la caipirinha la veille), notamment parce que Sayba, leader de Rank, m’avait conseillé le groupe dont ils assuraient la première partie : Girls Names.

 

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C’est donc sur la légendaire péniche, malheureusement pas très remplie en ce dimanche soir, que j’allais savourer en live les titres d’un des meilleurs disques de l’année, cette fois en connaissance de cause, puisque lors du concert au Transbordeur je n’avais encore rien écouté du groupe lyonnais. Entre temps, il y a eu changement de batteur, et le rodage de Rank nouvelle formule se traduira par un set un peu plus rapide et un poil moins carré qu’en première partie de Motorama. Quelques imprécisions certainement remarquées par les seuls musiciens (1) mais qui auront eu pour effet de perturber le trio – c’est d’ailleurs l’unique reproche que je pourrais leur faire : m’être rendu compte qu’ils ne produisaient pas le concert de leur vie plus par leur attitude que par la musique proposée. Car de ce coté là, c’est sans surprise qu’on assistait à un enchainement sans temps mort de tubes tendus portés par une basse précise et dynamique, la setlist prenant même des allures de véritable best of (ne manquait à mon bonheur que « Broken » et « Wax »). Mieux, le concert démarrait par un inédit flamboyant, dont l’intro planante post punk subitement interrompue par une caisse claire sauvage - spécialité fameuse du batteur que ces entrées en matières brutales - lançait brillamment les hostilités. Entre cette bonne surprise et les couches noisy de « Hunger » avoinées par Fabrice en final attendu, nous aurons donc eu droit à la confirmation des qualités de Rank déjà louées sur ce blog il y a peu.

 

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Du quatuor entré sur la petite scène du Sonic, je ne connais absolument rien. Le line-up est de manière amusante quasi caricatural : le batteur flegmatique et appliqué, le guitariste à mèche qui sourit jamais avec le rayon pédales de Thomann à ses pieds, une nana à la basse (accessoire qui la rend immédiatement sexy, beaucoup plus efficacement que n’importe quel bijou ou vêtement), et enfin le chanteur décoloré avec une bonne tête à claques (en fait, ses remerciements à Rank prouvent qu’il est plutôt cool, et qu’il a juste la morgue indispensable à tout leader rock qui se respecte).  Pour ce qui est de la caricature, on en restera heureusement là : Dieu sait que dans le registre où ils évoluent, mélange de rythmique krautrock et de guitares shoegaze, on a écouté ces derniers temps un paquet de disques fadasses recyclant sans imagination les grands noms 80’s du genre, mais Girls Names sortira sans problème du lot dès le premier titre et étalera sa personnalité et son savoir faire tout au long d’un concert homogène et irrésistible, tiré quasi intégralement d’un troisième disque sorti cette année sur lequel je me suis rué en fin de soirée.

 

 

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A l’instar de Rank, les compositions de Girls Names s’appuient sur une basse solide, au son pur et puissant, tournant en boucle des riffs qui amènent irrésistiblement l’auditeur à secouer la tête à l’unisson avec Claire Miskimmin (« Malaga »). Cathal Cully se charge de la mélodie au chant et à la guitare, tandis que Phil Quinn habille l’ensemble d’une accumulation d’accords larsenés dignes de My Bloody Valentine (2). A ces titres déjà enthousiasmants, les Irlandais aiment accoler des intro qui renforcent l’originalité de l’ensemble, comme sur « Reticence », un morceau plutôt groovy précédé d’une partie instrumentale beaucoup plus tendue, ou faire durer le paisir en prolongeant leurs titres en de longues outro hypnotiques. Le summum en la matière sera l’exceptionnel « I was You », clôturant le concert dans un déluge de décibels après avoir insisté jusqu’à la transe sur une boucle basse batterie particulièrement marquante. Autre moment remarquable, un « Zero Triptych » de plus de 10 mn sorti cette année sur un Ep à part, dans un registre légèrement différent (pouvant évoquer Sonic Youth) prouvant si besoin que le quatuor a de la ressource, et qu’il ne se contentera pas de tourner en rond sur sa formule comme tant de ses contemporains. C’est tout le mal qu’on nous souhaite, puisque je suivrai dorénavant avec la plus grande attention la suite de leur carrière….

 

 

(1)   ou ceux connaissant les disques par cœur, pour évoquer le commentaire un peu hallucinant d’un spectateur…

 

(2)   cette composante est beaucoup moins sensible sur disque qu’en concert, ce qui est plutôt bien vu : une bonne baffe sonique en live, et un disque garage plus mélodique pour chez soi….

 

 

Setlist Rank : Soul Crash – Don’t Look Down – Tonight – Taste of Last Thing – Dirty Poem – Still Here – Dance Dance – Draw the Line – Over It – Hunger

 

Setlist Girls Names (choppée sur le net pour une date précédente, mais certainement identique): Reticence – Desire Oscillations – Malaga – Zero Triptych – Chrome Rose – A Hunger Artist – Dysmorphia – Hypnotic Regression – Exploit Me  //  I Was You

 

 

RANK - "Over It"

 

 GIRLS NAMES - " Desire Oscillations"