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MERCURY REV - the Light in You

 

En écoute: DEEZER

Proposé par Xavier.

La chronique de Julien: PINKUSHION

Mon avis:

Sept ans après un détour surprenant vers l’electro-rock sur Snowflake Midnight, disque assez largement boudé par les amateurs du groupe mais que j’avais beaucoup aimé (1), Mercury Rev nous fait le coup du retour aux sources, ce qui est toujours synonyme chez les vieux de tentative de récupération d’une gloire passée promise à un échec certain. Les deux fondateurs et rescapés Jonathan Donahue et Grasshopper se sont donc réfugiés dans les montagnes perdues qui ont vu naitre leur culte Deserter’s Songs en espérant y retrouver la magie de l’époque. Tache impossible évidemment, mais les compères ont trop d’expérience (notamment en musique de films) pour s’en formaliser. The Light in You est donc de ces disques semblant construits uniquement à base de xylophones, flutes, harpes et clochettes, un décor féérique artificiel savamment inspiré de l’âge d’or du groupe, tout comme Disneyland s’inspire des plus mythiques dessins animés de la firme.

 

Alors, tel l’adulte accompagnant ses enfants dans le célèbre Parc d’attraction, on fait semblant de ne pas voir que tout les artifices de production tentent de masquer le manque de composition solide, et on entre dans le rêve, d’autant plus facilement d’ailleurs que le début d’album n’est pas désagréable : si « the Queen of Swans » est le seul titre vraiment réussi de the Light in You, « Amelie » et « Central Park East » se laissent écouter facilement. Ainsi la balade aurait pu se poursuivre tranquillement, sans rien de bouleversant mais dans une sorte de mélancolie forcée à peine troublée par des kitscheries qu’on s’obligera à ignorer (ah, les dauphins de « Coming up for Air »…).

 

Sauf que, à la fin du parcours, on tombera sur un employé en pause clope, sa tête de Peter Pan en mousse sous le bras, et que le faux rêve virera en vrai cauchemar. L’ignoble funk foireux « Sunflower » casse toute l’ambiance patiemment et laborieusement mise en place par le duo, et le dernier quart du disque est une catastrophe qui donne bien envie de transformer la bienveillance qu’on leur avait accordé jusqu’à présent (en souvenir des immenses moments passés en leur compagnie) en froide objectivité : la magie n’existe pas, et ce disque est nul. On n’ira pas jusque là mais on s’étonnera quand même de certains articles signés par des idiots qui, attendant en vain depuis 15 ans un autre Deserter’s Songs (2) et conchiant donc l’ensemble des disques de Mercury Rev sortis depuis, se sont globalement satisfait de cette tentative, qui est sans aucun doute leur plus mauvaise production à ce jour.

 

(1)   précisons que j’écoute encore régulièrement ce disque….

 

(2)   Qu’ils n’auront bien sur jamais…

 

 

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 BLANK REALM - Illegals in Heaven

 

En écoute: DEEZER

Proposé par Julien.

Mon avis:

In extremis ! Voici enfin le disque de rock indé parfait que je désespérais d’entendre en 2015 malgré de nombreuses (à mon échelle…) tentatives plus ou moins heureuses, mais dont seul le Thee Oh Sees annuel sortait véritablement du lot. Contre toute attente, il nous vient d’un obscur groupe Australien à la discographie fournie mais très confidentielle (essentiellement auto produite) qui résume ici magnifiquement une décennie de coups de cœur surprise, depuis Clap Your Hands Say Yeah jusqu’à Parquet Courts. Si l’entame de Illegals in Heaven, tube garage intitulée « No Views », évoque les maitres du style (Thee Oh Sees, donc), le reste de l’album verra régulièrement Blank Realm surclasser les diverses références évoquées en combinant une énergie redoutable à un sens de la mélodie manquant souvent à l’appel des groupes du genre (« River of Longing »). Mieux, les Australiens réussissent tout ce qu’ils entreprennent, qu’ils restent dans le registre de la tuerie rock immédiate (« Costume Drama », « Palace of Love »), qu’ils ralentissent le tempo pour un « Gold » désabusé absolument irrésistible, ou qu’ils s’autorisent un lent « Too Late Now » en touche finale shoegaze. Frais et varié, ni trop simpliste ni trop intello, Illegals in Heaven devrait donc être suffisamment fédérateur pour figurer en bonne place des classements rock de l’année.

 

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 OUGHT - Sun Coming Down

 

En écoute: DEEZER

Proposé par Damien.

Mon avis:

Suite au fantastique album More than Any Other Day que nous avions classé parmi les meilleurs de l’année dernière, et à la confirmation sur scène lors du concert au TINALS où certains titres de son successeur avaient été présentés avec conviction, j’avais virtuellement placé quelques billets sur Ought comme futur grand groupe de rock indé (ou noisy pop, ou post punk, ou ce que vous voulez) et attendais donc avec impatience de voir si le deuxième disque du groupe me donnerait raison. Dans un premier temps, Sun Coming Down faisait mieux que tenir ses promesses : morceaux énergiques enchainant divers mouvements avec une fluidité redoutable, batterie toute en roulements, parties explosives côtoyant passages bruitistes remarquablement maitrisés, on aurait voulu les présenter en nouveaux Sonic Youth (sans trop insister pour ne pas les encombrer d’une si lourde référence).

 

Après une première face splendide, le doute survenait cependant au fil des écoutes à partir du long titre « Beautiful Blue Sky » pour ne plus nous lâcher jusqu’au « Never Better » final, pourtant sur le papier aussi brillant que ses prédécesseurs. Difficile d’identifier si la lassitude progressivement ressentie provenait d’une baisse de qualité des morceaux ou simplement d’un disque trop homogène pour surprendre sur toute sa longueur. Il nous fallu écouter dans le désordre Sun Coming Down pour en avoir le cœur net et estimer que, si le premier argument n’était pas à rejeter totalement (les morceaux d’ouverture « Men for Miles » et « Passionate Turn » sont clairement au dessus du lot), c’est bien d’un manque de diversité dont souffrait principalement ce disque. Chant souvent monocorde, cassures de rythme et technique parfois  un peu trop démonstrative, tout ceci finit par fatiguer au bout d’un moment là où More than Any Other Day enchantait de bout en bout. Très loin d’être un mauvais album, sans être non plus la confirmation qu’on attendait, Sun Coming Down prolonge notre intérêt pour Ought mais entretient le doute sur leur capacité  à faire ce que peu de groupes parviennent à faire aujourd’hui : durer.

 

 

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 Утро ‎– Солнце

 

En écoute: DEEZER

Proposé par Julien et Xavier.

Mon avis:

Motorama avait produit en début d’année un disque de post punk doté de quelques excellents titres, mais aussi de passages plus lisses l’empêchant de marquer durablement. Le groupe revient avec un projet parallèle autrement plus incisif et glacial.  Les six morceaux semblent composés uniquement de basse et de batterie aux riffs décharnés martelés jusqu’à la transe, sur lesquels flottent une voix lugubre tantôt agressive tantôt incantatoire. La langue Russe, qui semble étonnamment adaptée au rock (ou en tout cas à ce style), achève de donner un caractère unique à ce Солнце, traduction  Soleil, ce qui ne manque pas d’ironie vue la noirceur de l’ensemble. Noirceur qui n’est pas sans rappeler celle de Joy Division, dont Утро s’approche bien plus avec sa personnalité que la centaine de groupes ayant voulu se l’approprier par un mimétisme scolaire cousu de fil blanc.