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Ca a pas mal débattu sur l’album de Feu ! Chatterton.  Ce n’était sans doute pas un argument très pertinent que de rechigner à les écouter parce que le nom du groupe comme de l’album - Ici le Jour  (a tout enseveli) – transpire une prétention insupportable. Pas plus qu’admirer leur littérature parce qu’elle est magnifique  « pour leur âge ». Leur âge justement, celui de la passion, de la mélancolie et surtout celui des fantasmes, ce n’est plus le mien. Si j’ai pu à l’époque m’abreuver d’envolées lyriques, une bonne décennie la tête dans le concret m’a légèrement Usé les Illusions. Pas autant qu’Erwan Pinard sur ce troisième album, mais suffisamment pour être touché depuis notre rencontre  par sa prose revenue de tout.  J’en ai fait des Manières et des chants Lexicaux, Pour que de mon Vocabulaire ne me restent que ces mots : je t’aime.  Voilà pour les poètes. Ça pourrait être romantique, mais c’est surtout trop tard : l’Obsolescence Programmée,  ce n’est pas comme on aurait pu le penser celle des objets d’une société de consommation autrefois malicieusement dézinguée par Erwan, mais celle de la Vie, ou surtout de l’Amour.

 

Si un amas de déchets orne l’arrière-plan de la pochette, c’est bien un écorché vif qui est en première place.  Erwan Pinard n’a plus la force de s’attaquer aux travers de notre société (à l’exception d’une charge sans trop de conviction sur « A quoi Bon »), occupé qu’il est à la dissection de ses relations sentimentales. C’est l’heure du bilan, et il est saignant….  Qu’as-tu été capable de faire par Amour ? te pencher aux rebords des fenêtres et trouver ca trop haut finalement… Voilà pour la passion. On ne regrettera pas cette propension du chanteur Lyonnais à se concentrer sur ses aigreurs d’estomac, son sucre sur le dos, bref à se regarder le nombril, tant il nous invite ainsi avec talent à voir si par hasard le nôtre ne serait pas lui aussi un tout petit peu infecté. Et à réagir, à combattre la lâcheté commune en amour à tous les mecs de la planète, selon le bon conseil prodigué sur l’excellent « Colère » (1), bien servie par les explosifs frangins Aubernon - Jérôme à la guitare, Lionel à la batterie. Obsolescence Programmée profite de cette formule trio qui a montré toute sa pertinence en concert, d’abord sur les morceaux les plus rock de l’album (tel « Pénurie », tout en tensions, soutenu par des cuivres remarquables), mais aussi sur les arrangements des chansons acoustiques. C’est sans doute dans l’intégration des cordes et des instruments à vent (très belle clarinette sur « J’élabore ») que le disque marque la progression la plus franche par rapport à son prédécesseur. On pense notamment aux cuivres de la superbe « Qu’as-tu été capable de faire par amour ? », suite logique et dramatique de la non moins superbe « S’il ne reste » figurant sur Sauvez les Meubles. Pour le reste, on retrouve avec plaisir et émotion l’écriture unique d’Erwan Pinard - à l’exception toutefois d’un « Je ne sais pas dire non » trop Gainsbourien pour être honnête -, une bonne dose de noirceur en plus. A tel point que la conclusion d’Obsolescence Programmée, dont le titre (« Eau de Vie ») et le texte se veulent emprunts d’une touche d’espérance, ressemble quand même sacrément à une marche funèbre.

 

En égoïste, on pourrait souhaiter à Erwan de continuer à ruminer ses regrets et à produire de bons albums bien acides comme celui-ci. En hypocrite, on pourrait lui souhaiter d’être super heureux quitte à perdre notre greffier de l’amour qui s’érode, plus Tranquille que Fou à Lier. Mais on va plutôt lui souhaiter d’aller au bout de ses rêves, comme dans la chanson de Goldman….

 

(1)    Servez-vous de vos couilles pendant qu’il est encore temps