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Concert exceptionnel à plus d’un titre ce soir : d’abord la venue de Calexico, soit l’un de mes groupes favoris, en tout cas l’un des rares à ne m’avoir jamais déçu depuis  presque 20 ans que je les suis, et le seul à m’enthousiasmer un peu plus album après album. Ensuite parce que j’y vais accompagné de Mélaine, ce qui est rarissime (à peine quelques concerts en couple depuis la dernière venue de Calexico à l’Epicerie Moderne, en 2009). Et enfin parce que pour la première fois les quatre membres d’ Hello Darkness assistent ensemble à un concert - bon, ensemble c’est un bien grand mot puisqu’en fait on s’est à peine vu et que je n’ai même pas croisé Seb, parce que des sorties avec mon amoureuse j’en ai pas beaucoup alors que je vois les zouaves chaque jeudi soir. Mais tout ceci était bien la promesse d’une soirée d’exception, ce qu’elle fut d’ailleurs, bien que je ne pus m’empêcher d’avoir quelques regrets.

 

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Evacuons d’emblée ce 10 eme de verre vide que je me suis obstiné à remarquer, ce qui me permettra ensuite d’être plus en phase avec un public un peu moins pointilleux (ou pénible) que moi. Tout d’abord, à force de discutailler, j’ai loupé quasiment toute la première partie. Des dires du sieur la bUze, qui était évidemment de la partie, la prestation de Gaby Moreno, jeune chanteuse que nous recroiserons plus tard, était fort sympathique, d’autant plus que régulièrement accompagné par un backing band de luxe, c’est-à-dire Calexico eux même. Ils sont d’ailleurs tous sur scène lorsque nous entrons dans la salle avec Mélaine, et nous assisterons à une jolie chanson avant que la chanteuse Guatémaltèque ne termine son set seule sur un petit folk agréable. Trop peu pour juger, malheureusement…  Secundo, j’attendais énormément de ce concert, puisque je suis un fan ultime des deux derniers disques de Calexico, aussi ai-je eu un peu le ressenti que la part belle était donnée aux tubes du groupe au détriment de morceaux plus récents, alors qu’en fait la setlist fut plutôt bien équilibrée (d’ailleurs il aurait été inconcevable que Calexico ne joue pas bon nombre de vieux titres, cela pour le coup aurait déçu la majorité du public). Il est vrai que j’avais déjà vu deux fois le groupe, et surtout que j’ai usé entre temps bon nombre d’albums live, aussi ai-je eu souvent une impression de trop entendu, comme cette reprise de « Alone Again Or » qui a ravi tout le monde mais que j’aurai bien remplacé par d’autres inconnues jouées pour cette tournée, comme par exemple le « Five Years » de David Bowie ou « Love will Tear us Apart » de Joy Division. Tertio parmi les 22 morceaux joués, il n’y a pas eu mon favori, ce qui fait toujours un peu râler (quand on est naturellement râleur), mais nous y reviendrons. Mais surtout, ce vendredi soir synonyme de week end pour tout le monde, comme l’a répété un Joey Burns  radieux, sonnait pour moi la fin des vacances : de quoi être moins enclin à se déhancher sur de la trompette que l’ensemble de l’Epicerie Moderne, pleine à craquer pour l’occasion. Voilà, la séquence pleurnicherie indécente s’achève, place au spectacle !

 

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Pas sûr que  notre position centrale juste devant la scène soit idéale pour le son, mais nous sommes au premières loges pour observer les sept membres de Calexico qui font une entrée fort acclamée.  La gauche de la scène est occupée par le trompettiste Jacob Valenzuela, le multi instrumentiste Martin Wenk et un guitariste que je ne reconnais pas, Jairo Zavela (1). J’ai adoré son jeu qui apportait de la nouveauté aux titres connus, qui musclait les morceaux plus rocks et sublimait ceux plus mélodiques, bref, les nuances c’était lui. Il faisait aussi bien des rythmiques qui m’ont évoqué la Mano Negra que de la pedal steel et assurait en plus le spectacle, l’homme étant doué d’un charisme certain.  Avec le discret claviériste placé à l’extrême droite (Sergio Mendoza), ce quatuor changeait régulièrement d’instruments, guitares, accordéons, trompettes, claviers, voix, percussions, de quoi accompagner la diversité des styles abordés par Calexico. Devant la scène, légèrement sur la droite, Joey Burns, ses guitare, sa voix toujours splendide et son sourire à toute épreuve, derrière lui en retrait le bassiste / contrebassiste  Scott Colberg et au centre, le seul, l’unique, le terrible John Convertino. Il a eu beau s’attirer quelques gentilles moquerie de Mélaine et Rémi, avec son air ahuri, ses grosses lunettes et sa chemise boutonnée jusqu’au col, il reste pour moi un Dieu vivant de la batterie, et il en aura encore fait l’éclatante démonstration ce soir.

 

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Calexico attaque avec le classique medley « Frontera / Trigger », qui constitue une très bonne entrée en matière pour se mettre dans l’ambiance, puis enchaine avec un single efficace du dernier album Edge of the Sun, « Falling from the Sky ».  La température monte d’un cran dans la fosse avec la « Cumbia de Donde », une chanson entrainant irrésistiblement l’ensemble du public à se dandiner plus ou moins adroitement. Sur ce point de sacrés progrès ont été faits: si le dernier passage de Calexico avait été quasiment une preuve du coté irrécupérablement statique du public Lyonnais, l’ambiance a cette fois été à la fête toute la soirée,  danse, battement des mains (en rythme, en plus !), rires, apostrophes sympathiques au groupe… Il faut dire que Joey Burns a été particulièrement en forme, je ne lui connaissais pas cet aspect si convivial et communicatif. Non content d’encourager le public à se lâcher, il mettait souvent à l’honneur les membres du groupe, laissant la place centrale pour un solo ou réclamant des acclamations pour un autre. Il ira même saluer deux enfants devant la scène, prenant un moment pour discuter avec eux (apparemment sa petite fille lui manquait), et citant leurs prénoms à plusieurs reprises par la suite. Le leader idéal donc, bien assisté par ses collègues visiblement ravis d’être sur scène, qui racontant une anecdote très drôle sur un chien menaçant, qui dansant la cumbia avec Gaby Moreno, tous se chambrant ou se bousculant gentiment à de multiples reprises. Une complicité non feinte qui faisait vraiment plaisir à voir.

 

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 Après deux anciens morceaux, le jazzy « Fake Fur » et le très beau « Sunken Waltz » que nous avions en vain tenté de reprendre avec Damien (il n’y parait pas mais il l’enchainement des accords est très complexe), je suis enchanté par les deux titres récents  plus rock joués (« Bullets & Rocks » et « Maybe on Monday »). Le tempo ralenti  le temps d’un « Para » qui m’a un peu ennuyé, avant un deuxième tiers de concert magistral. En vieux titres irrésistibles, l’instrumental « Minas de Cobre », le festif « Corona » et l’inoubliable « Inspiracion » de Jacob Valenzuela, titre favori de Mélaine. Et un superbe enchainement de trois des meilleurs titres de Edge of the Sun, le mélancolique « Miles from the Sea », le reggisant « Moon Never Rises » et surtout un « World Undone »  n’en finissant plus de monter en puissance, atomisé par un solo exceptionnel de Jairo Zavela. Le moment fort du set pour moi.  A ce moment, Gaby Moreno a déjà fait son apparition sur la scène, qu’elle ne quittera dès lors plus guère, pour apporter une jolie voix malheureusement souvent sous mixée, et son charme latino dans une petite robe mauve se balançant au rythme de la « Cumbia  Soledad » qu’elle vient de lancer. Après « Alone Again Or » qui remonte encore d’un cran l’ambiance (oui mais, « the One i Love » de REM ou « Bigmouth Strikes Again » des Smiths… ), le concert s’achève curieusement par un joli extrait mélancolique de Algiers, « Puerto ».

 

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Evidemment l’ovation est immense, et Calexico ne tarde pas à revenir sur scène avec force remerciements. C’est à ce moment que je me mets à attendre avec impatience « Follow the River » (soit ma chanson préférée de 2015), dont je m’étais imaginé je ne sais pourquoi qu’ils la jouaient à chaque date, et que cette vaine attente va progressivement me gâcher le rappel. Pour l’instant, pas trop de déception avec deux beaux titres récents illustrant une nouvelle fois le talent du groupe dans deux registres complètement différents, « Fortune Teller » et « Beneath the City of Dreams » (la voix de Gaby Moreno est particulièrement précieuse sur ce morceau très rythmé), mais le deuxième rappel est plus dur. Une reprise très mièvre pour commencer (même si c’est toujours plaisant dans les bras de sa chérie), et deux titres certes très bons, mais tant entendus. Si « Guero Canelo » réussi à me réembarquer avec ses multiples solos destinés à présenter chaque membre du groupe et l’ambiance de folie qui règne tant sur scène que devant, j’avoue que « Crystal Frontier », terminant cette fois pour de bon le concert (comme il y a 8 ans d’ailleurs) m’a laissé assez indifférent (2).

 

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Mes compères d’Hello Darkness ayant déjà filé rejoindre leur lit, je bois un coup en compagnie d’un la bUze enthousiaste. Mélaine a bien aimé mais a déploré un son trop continuellement à fond les ballons (comme en 2009 en fait, elle est habituée au classique…). Je suis passé bien sûr par la case vinyle, et me suis offert (très cher) le Live à l’Ancienne Belgique 3eme du nom, avec tous les morceaux de Edge of the Sun plus quelques autres, en guise d’excellent souvenir. Et même plus puisqu’il se termine, vous l’aurez deviné, par « Follow the River »…

 

(1)    Et pourtant en relisant mon compte rendu de 2009, je me rends compte que j’ai réécrit quasiment la même chose sur lui…

 

(2)    Je ne fus pas le seul à voir sa requête ignorée,  Joey Burns s’amusant de notre mauvais accent en déclarant ne pas connaitre la chanson française réclamée. Son ex compère Howe Gelb avait fait la même 3 jours avant en demandant ce que pouvait bien être ce satané mur, ce « rockin’ wall »…

 

Setlist:  Frontera / Trigger – Falling from the Sky – Cumbia de Donde – Fake Fur – Sunken Waltz – Bullets & Rocks – Maybe on Monday – Para – Minas de Cobre – Inspiracion – World Undone – Miles from the Sea – Moon Never Rises – Corona – Cumbia Soledad / Desaparecido – Alone Again Or – Puerto //  Fortune Teller – Beneath City of dreams // Across the Borderline – Guero Canelo – Crystal Frontier

 

Photos: la plupart ont été prises par Zippo Zimmermann à la Laiterie à Strasbourg, les deux grandes sont de moi.

 

 

LIVE A L'ANCIENNE BELGIQUE COMPLET