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J’en ai déjà parlé sur ce blog, notamment sur cet article consacré aux Smashing Pumpkins : j’ai pendant quelques années (de 16 à 21 ans environ) fait des convois humanitaires en Roumanie, avec une Association qui au départ fut créée à l’Aumônerie de mon Lycée au moment où j’y étais. Le but initial était d’amener de la nourriture, des médicaments et du matériel divers pour les enfants des orphelinats Roumains, les fameux Casa de Copii, conséquences malheureuses de la politique démographique totalitaire de Ceausescu. Les premiers convois, baptisés Noroc (Chance ou Tchin-Tchin en Roumain) sont partis dès la fin du régime Communiste et la mort de Ceausescu (1989), ma première participation fut pour Noroc VI en Hiver 1992.

Je nourris des sentiments ambivalents pour cette période, qui ne fut vraiment pas la meilleure de ma vie mais dont la meilleure partie fut justement ces échappées à l’incroyable parfum d’aventure. Le groupe était formé de quelques adultes responsables, de jeunes adultes soit disant encadrants (certains avaient le permis, mais ils n’avaient que 2-3 ans de plus que moi) et d’ados de mon âge. On partait plus ou moins à l’arrache, dans des véhicules 9 places (type Combi Volswagen), accompagnés d’un Poids Lourd au chauffeur haut en couleur, et on communiquait par CiBi en traversant l’Europe. Départ Marseille, traversée de l’Italie, l’Autriche, la Hongrie (et ses épisodes fameux avec les douaniers) puis arrivée dans la région de Satu Mare. Tous les sentiments possibles, joyeux ou tristes, agréables ou honteux, je ne les ai jamais éprouvés aussi fortement qu’à ces moments-là, amplifiés tant par mon âge que par le contexte si particulier.  Des impressions auxquelles je n’ai pas trop envie de me frotter, même en souvenir, mais que je regrette aussi un peu.

 

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En 1998, je fais plutôt partie des anciens du groupe. Les convois ont un peu changé de forme, le matériel est devenu moins important au profit d’animations toujours plus sophistiquées, organisation de pièces de théâtre ou de camps sous tente pour les enfants. Un peu de réalisme aussi, qui vient noircir le tableau de ces bons sentiments humanitaires qui nous animaient au début, ce qui amènera bientôt le groupe initial à ne plus participer aux Noroc. Mais nous nous voyons encore  énormément à Marseille pour financer les convois, faire la fête ou se rappeler les bons souvenirs. Cette année-là sort le Film Gadjo Dilo de Tony Gatlif, qui va rencontrer un écho particulier dans notre Association, en raison de la quête du héros (et aussi parce que celui-ci est interprété par Romain Duris et que toutes les filles sont amoureuses de lui). Soit donc l’épopée d’un jeune français débarqué en Roumanie sans aucune préparation, pour retrouver Nora Luca, chanteuse enregistrée sur une vieille cassette ayant appartenu à son père décédé. Il tombera progressivement amoureux des Tziganes rencontrés par hasard; Fête, Alcool, Tragédie, Amour bien sûr, Liberté toujours, tout ce qu’on avait vécu ensemble dans une ambiance parfois similaire. Et la musique, évidemment…

 

Je ne sais plus qui avait eu la gentillesse de me copier la bande originale de ce film fédérateur, dont je ne me souviens que de quelques scènes (dont évidement celle, torride, entre Romain Duris et Rona Hartner, illustrée ici par une photo encore sage). Celle-ci débute sur « Nora Luca », le titre enregistré dont le héros cherche l’interprète, qui est une complainte au violon et piano brinquebalants sur laquelle une chanteuse traditionnelle vient poser une voix geignarde difficile à supporter. C’est l’un des rares morceaux tristes de la BO, constituée majoritairement de titres festifs (instrumentaux ou chantés) très rapides convoquant les instruments traditionnels de la musique des Balkans, violon, accordéon, contrebasse, clarinette, percussions et j’en oublie. Le chant s’approche parfois des intonations du Maghreb,  ou évoque à d’autres moments le Flamenco gitan. Des mélodies présentées peu m’étaient restées en mémoire, parmi lesquelles un « Cabaret » au titre parlant de lui-même (dans mon souvenir il illustre une séquence de fête particulièrement arrosée où Romain Duris finit par casser de la vaisselle en beuglant). Mais la chanson dont je me souvenais le plus, et qui reste ma préférée à la réécoute, c’est « Disparaitra », basée uniquement sur des percussions hypnotiques (avec quelques passages d’accordéon) et la voix de l’actrice principale déclamant un texte dont chaque mot est cité quatre fois de suite dans une langue différente (français, roumain, anglais et allemand). On retrouve dans cette voix à la fois douce et déterminée l’étrange fascination éprouvée à l’égard de Rona Hartner, pas la plus jolie des actrices, mais qui incarnait à merveille dans Gadjo Dilo le caractère passionné et libre des étrangères pour lesquelles on se brulerait bien un peu.

 

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Une version a capella de la désolée « Nora Luca », et il est temps de refermer la boite à souvenirs. Un jour, peut-être, éprouverais je le besoin de retourner sur le terrain de ces aventures passées (1), ou au moins comme touriste dans un pays qui n’a aujourd’hui plus grand-chose à voir avec celui que j’ai connu. A moins qu’un de mes enfants, en lisant cette chronique, ou en retrouvant par hasard la cassette 037…. 

 

(1)  Comme certains amis du groupe avec qui je perds contact régulièrement avant, toujours, de les retrouver pour telle ou telle occasion. Toujours cette ambivalence…

 

 

 

 

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Bon, finalement on prolonge un peu la séquence souvenirs. A la suite de la BO de Gadjo Dilo, j’avais conservé la bande sonore de la traditionnelle projection Diapo du camp d’été qu’on organisait à la rentrée pour les parents de mes petits Louveteaux. Oui, parce que si au mois d’Aout j’étais en Roumanie à faire de l’humanitaire, en Juillet j’étais chef Scout de France pour les 8-12 ans (j’étais donc bénévole tout au long de l’année et pendant une grosse partie de mes vacances, ce qui explique en partie pourquoi j’étais perpétuellement fauché). Il me semble que c’était mon quatrième et dernier camp avec les petits, où l’on avait choisi un thème relativement bateau genre Asterix. Pas comme la fois où j’avais fait un camp de deux semaines avec les minots sur le thème de It (le bouquin de Stephen King), où chaque chefs incarnait l’un des héros revenus se venger de Ca et où on entrainait la troupe à la recherche du Clown Tueur. Le bilan avait était relativement positif, la plupart des gosses ayant plongé dans l’imaginaire comme jamais, sauf pour les quelques-uns qui s’étaient inscrits chez le psy le plus proche la rentrée suivante. Putain quand je pense aux conneries que j’ai faites, je ne proposerai jamais le scoutisme à mes enfants…

 

Bref, l’enchainement des chansons (des extraits hein, le truc doit durer dix minutes en tout) était le suivant : « With a Little Help from my Friends » des Beatles, on voit bien l’installation du camp là. Après « Homeless Child »  de Ben Harper et son incroyable intro pour mettre du dynamisme. Enchainement pas évident avec « I Will Survive » et « On s’ra les Champions » (de Club Champion, avec un featuring vocal de Thierry Roland) où l’on devait montrer des diapos des petits maquillés en bleu blanc rouge. Oui, je sais pas où vous étiez lors de cette soirée historique où la France a gagné la Coupe du Monde, mais moi j’étais avec 30 gamins devant le mur blanc de la salle des Fêtes de Saint Pacouli les Olivettes. Enfin, plus exactement, j’étais dans le fond de la salle des fêtes avec une cheftaine. Parce que si pour vous le 12 Juillet 1998 correspond au jour où l’Equipe de France a gagné l’unique étoile de son maillot, pour moi c’est le jour où j’ai profité que les mioches étaient enfin occupés ailleurs pour me taper Madeleine (ouais, alors elle était vachement plus jolie que son prénom). Il faut bien que le bénévolat ait quelques avantages… Bon, cet épisode n’étant pas présenté aux parents dans la soirée diapo, hop on passe au son du dynamique « They’re Red Hot » des Red Hot Chili Peppers  qui devait illustrer les photos marrantes, et final sur les inévitables Smashing Pumpkins avec la berceuse « Goodnight and Farewell » (pour les veillées au coin du feu j’imagine). Finalement cette bande sonore était plutôt bien vue, j’en avais fait d’autres avec du punk et des machins improbables qui n’avaient pas forcément été du gout des habitués du groupe Sainte Anne… 

 

 

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Allez, deux derniers titres, et pas des moindres, puisqu’il s’agit tout bonnement de mes deux premières compos enregistrées, il y a donc presque 20 ans (avec un lecteur enregistreur cassette, je vous dis pas le souffle). La première s’appelle « Aniko », surement en référence à la compilation 4AD Anakin sur laquelle j’avais notamment découvert Kristin Hersh. Je dis ça parce que bien que le Hips and Makers n’apparaisse bizarrement qu’en cassette 043, « Aniko » était enregistré à la guitare classique avec en fond sonore deux chansons passées simultanément, « Me and My Charms » de Kristin Hersh et « Nora Luca » que vous connaissez maintenant. Entre le mélange des deux chansons et le souffle, faut vraiment tendre l’oreille pour capter les arpèges d’intro. Ensuite ça passe en accord, accélération, puis retour au calme avec variation de volume des différentes pistes (je devais me déplacer d’une pièce à l’autre). C’est du post-rock-low-fi, vachement précurseur ! Pas mal mais trop long et trop bordélique. La deuxième compo, dont je me souvenais un peu, s’appelle « Invisible Locomotive » et était un autre instru joué à fond sur ma Yamaha Pacifica et mon petit ampli Marshall. Une sorte de grunge répétitif à la rythmique pas inintéressante, m’enfin, du grunge sans paroles ca gonfle vite…  Faudrait peut-être pas que je garde la cassette, si Hello Darkness devient célèbre et que je meurs on pourrait exhumer ces conneries pour faire du fric. En même temps si j’étais le futur Kurt Cobain ça se saurait (un Kurt de 40 ans, pfffffffff….)