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Depuis la première fois où je l’ai vu (en 2009, au même endroit), j’ai pris l’habitude de surnommer David Eugene Edwards DiEU. Mais aujourd’hui, j’avoue que j’ai un peu perdu la foi. A partir de the Threshingfloor (2010), les disques de Wovenhand m’ont de plus en plus déçu : j’avais écrit une critique assez sévère sur le suivant, the Laughing Stalk, au changement de line up amorçant un virage plus rock, voire bruitiste. Ce disque était pourtant supérieur à Refractory Obdurate  (2014) que je n’ai tellement pas écouté que j’en avais même oublié l’existence. Au bénéfice du doute, j’en attribue plus la raison à une certaine lassitude de ma part et redondance de la part de DiEU plutôt qu’à la qualité intrinsèque de l’album. Doute que je n’accorde plus à Star Treatment, sorti cette année : sans inspiration, remâchant les mêmes gimmicks que sur les précédents opus, sans titre vraiment porteur, cet album est pour moi la première vraie chute de DiEU, avant une hypothétique résurrection (l’espérance est la première vertu des croyants).

 

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Dès lors, pourquoi venir une cinquième fois à la Cérémonie, et ce d’autant plus qu’il n’y a vraiment que la première fois qui m’avait entièrement renversé ? Tout simplement de longs mois d’abstinence, un concert le samedi soir, et des potes présents en bon nombre, de quoi passer une bonne soirée, surtout que, n’exagérons pas, les concerts de Wovenhand sont toujours intéressants à voir (1). Trajet en Buzemobile jusqu’à l’Epicerie Moderne, et Rémi et moi retrouvons de nombreux habitués des lieux. Le temps d’une binouze, puis nous rentrons dans la salle où patientent déjà Julien et Fred. Ces joyeux parents (avec qui je partage régulièrement les anecdotes les plus croustillantes dont nous affublent nos délicieux rejetons respectifs) ne tiendront pas bien longtemps devant la première partie, Emma Ruth Rundle, une chanteuse folk solitaire à la mine et la tenue bien sombre. Je suis de mon côté assez attiré, la demoiselle évoquant plus les écorchées Shannon Wright ou (surtout) Kristin Hersh que les gentilles romantiques éplorées un peu trop vu ces dernières années. Il manque encore un peu de charisme ou de titres vraiment bouleversants pour m’accrocher complètement (en plus, je n’écoute plus du tout ce style en ce moment), mais j’achèterai peut être Marked for Death, sorti cette année, si les écoutes se révèlent convaincantes. 

Je ne vais pas m’étendre plus que ça sur le concert de Wovenhand, étant donné que les quatre précédents sont chroniqués sur ce blog et qu’il n’y a pas grand-chose de plus à dire que sur leur précédent passage à l’Epicerie Moderne il y a deux ans.  Le groupe a encore accueilli un membre supplémentaire (originalement trio, ils sont maintenant cinq sur scène), un claviériste discret en arrière-plan, le reste du groupe étant identique. Pas grand-chose à dire sur le bassiste, efficace mais dont le jeu ne sera identifiable que dans les moments les plus répétitifs. Ordy Garrison est toujours incroyable à la batterie, avec un jeu mélangeant batterie et percussion - toutes ses croches sont faites au pied sur le charley, ce qui lui laisse les deux mains libres pour mitrailler des toms aux sons assez secs – que je ne me lasse pas d’observer et qui participe tant au côté chamanique des chansons du groupe. Gregory Garcia  a encore pris de l’ampleur, placé à la droite de DiEU (du point de vue du spectateur), jeu de guitare puissant et secondes voix que j’ai bien apprécié (il prend même à quelques reprises le chant principal). Et David égal à lui-même, avec ses transes et ses déplacements si fascinants la première fois qu’on les voit, mais que je remarque à peine aujourd’hui. D’un point de vue technique c’est évidemment impeccable, d’un point de vue son c’est comme d’habitude assez discutable. Une grosse impression de puissance qui est assez plaisante, mais un recours systématique aux reverbs sur les guitares et à l’echo sur le chant qui finissent par aplanir toute nuance et à transformer  le concert en unique morceau hypnotique dont il est difficile de ne pas se lasser au bout d’un certain temps.

 

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Coté setlist, le concert a été partagé presque exclusivement entre les deux derniers disques (Star Treatment joué quasi intégralement), aucun titre n’étant antérieur à 2012. J’ai plutôt apprécié les deux premiers tiers du set, avec quelques passages vraiment très forts (« Maize », « the Quiver », le final de « Salome »…) ce qui est déjà plus, autant que je m’en souvienne, que la dernière fois. En revanche l’enchainement de quatre morceaux assez plats de Star Treatment en dernier tiers m’a fatigué, avant un « El-Bow » final noisy à souhait où DiEU a laissé ses musiciens se lâcher un bon moment pour mon plus grand plaisir. Le rappel a été tranchant, achevant de ruiner ce qui restait des oreilles des spectateurs, avec le traditionnel « King O King » (l’un de mes passages préféré du concert, même si prévisible) et le puissant « Come Brave » premier et sans doute meilleur titre du dernier album. 

Un concert sans surprise donc, avec son lot de bons moments, ses musiciens brillants et son DiEU qui, même descendu de son piédestal, est toujours impressionnant. N’attendant rien de spécial de la soirée, elle ne m’a pas déçue, au contraire puisque j’ai pu la prolonger avec mes potes au bar, Julien et Fred, les veinards, s’étant débarrassés de leur progéniture pour le week end et n’étant donc pas stressé par une quelconque nounou ou la perspective d’un réveil matinal. De quoi me consoler d’avoir loupé le splendide T-Shirt de Wovenhand (Sold Out !) que j’avais repéré à défaut d’un vinyle de Star Treatment que je laisse aux fans ultimes…. 

 

(1)  Sauf celui, assez particulier, aux Eurockéennes…

 

Setlist : The Hired Hand – Hiss – Maize – Crystal Palace – Corsicana Clip – the Refractory – Obdurate Obscura – the Quiver – Swaying Reed – Salome – All your Waves – Crook and Flail – Five by Five – Low Twelve – El Bow // King O King – Come Brave