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Retour avec grand plaisir à l’Epicerie Moderne qui a eu la bonne idée de programmer Ryley Walker Kevin Morby (1), auteur cette année d’un remarquable 3eme album, Singing Saw. Bien qu’il n’y ait pas l’affluence des grands soirs, je ne suis pas le seul à avoir craqué pour le classicisme élégant du Texan, on repère vite l’ensemble des vieux habitués des salles lyonnaises (ainsi qu’une bonne partie des équipes de l’Epicerie et du Marché Gare), ce qui nous assurera de sympathiques pauses boissons/discussions avant et après les concerts.  Au grand désespoir de Fred et Julien, c’est une nouvelle fois une chanteuse folk solo inconnue qui assurera la première partie. Ayant encore le cruel souvenir d’avoir sous-estimé Emma Ruth Rundle (je n’ai pas acheté son album après le concert de Wovenhand, alors qu’il s’est révélé excellent), je m’arrache du comptoir pour me placer devant la scène où le set a déjà commencé, bientôt rejoint par mes co-voitureurs Damien et La bUze.

 

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Dans la pénombre, assise sur un tabouret de bar, Meg Baird s’accorde longuement avant d’attaquer chacune de ses chansons, dans un silence à peine rompu par ses quelques bredouillements timides en guise d’explications. La voix est agréable, les arpèges bien exécutés, les compositions jolies mais rien ne vient différencier la blonde américaines de ses innombrables clones entrevues ces dernières années. On passe le temps agréablement sur des mélodies déjà entendues en observant la silhouette de la chanteuse dans la pénombre, l’éclairage dans son dos donnant à l’ensemble des airs de tableau du Caravage. Bref, aucun de nous n’a été spécialement touché par la prestation de Meg Baird.

 

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Le temps d’une bière et je retourne rapidement dans la salle pour être bien placé, ce qui n’est pas très difficile ce soir. J’assiste donc tranquillement à l’arrivée de Kevin Morby sur scène, accompagné de ses trois acolytes pour une formation rock classique. Non look total pour les musiciens, seul Morby est en costard gris et arbore une terrible cravate lacet dorée nouée par une énorme pierre bleutée du plus bel effet. Disons le tout de suite, j’ai adoré ce backing band, avec des musiciens ne payant pas de mine, sachant jouer avec application des parties extrêmement simples pendant de longues minutes mais capables l’air de rien de placer de fulgurants breaks, riffs ou solo au moment opportun. La technique sans le démonstratif, un must ! On pense par exemple aux roulements du batteur en final de « Singing Saw », au terrible doigté du bassiste sur « I Have Been to the Mountain », mais c’est bien la guitariste Meg Duffy qui sera la plus impressionnante tout le long du concert. Avec des sons variés et magnifiques, elle vient rehausser de nombreuses compos de ses solos souvent originaux et toujours maitrisés, venant parfois soutenir son leader par une seconde voix parfaite. Kevin Morby, outre son chant irréprochable, apporte la touche d’énergie au groupe, secouant sa chevelure emmêlée ou tressautant au rythme d’accords mesurés mais loin d’être mous du genou. Cela fait bien plaisir d’avoir un son clair sur chacun des instruments et limité en volume, qui permet d’apprécier à leur juste valeur des compositions pour la plupart captivantes (2).

 

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Pour compléter ce concert de grande classe, Kevin Morby, sans trop en faire, communiquera tranquillement et régulièrement avec un public assez calme et attentif. Au niveau setlist, Morby pioche dans chacun de ses trois disques (ainsi que des inédits et des reprises) avec évidemment priorité à Singing Saw dans ses meilleurs extraits, notamment un titre phare magistral. Il prolongera certains morceaux en développements énergiques avec beaucoup de réussite, en particulier « Destroyer » qui à la base n’est pas le plus enthousiasmant (il n’appliquera malheureusement pas ce principe au génial « I Have Been to the Mountain » qui aurait mérité de durer bien plus que les 3 minutes réglementaires de l’album). Je sais que j’avais écouté rapidement un des deux disques précédents, ce devait être le premier (Harlem River) puisque j’ai reconnu le paisible « Miles, Miles, Miles ». De Still Life j’ai beaucoup apprécié la ballade « All my Life », qui m’a donné envie d’écouter ce second album, dont deux autres extraits plus enlevés achèveront le rappel après une amusante reprise de presque Leonard Cohen, artiste comptant assurément parmi les influences de Kevin Morby. Finalement, le seul passage que j’ai trouvé un peu ennuyeux a été les deux titres où le groupe n’était pas au complet, l’inédit « Beautiful Strangers »  en duo avec la guitariste et la reprise de Townes Van Zandt (3) « No Place to Fall » en solo juste avant le rappel.

 

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Voulant éviter la mésaventure de la dernière fois où le marchandising affichait sold out, je me précipitais au stand pour acquérir le vinyle de Singing Saw que Kevin Morby ornera d’une signature et de dessins en remerciant professionnellement après chacune de mes phrases admiratives bien qu’il n’en comprit visiblement pas grand-chose (je crois que j’ai terriblement régressé en anglais à force d’utiliser google trad au boulot). Le reste de la soirée se passera agréablement au bar avec les potes, assez unanimes quant à la beauté du concert.

 

  

(1)    Je confonds constamment les deux, quand je ne me trompe pas avec Kurt Vile….

 

(2)    Ce concert sera à beaucoup d’égards l’antithèse complète de celui de Wovenhand

 

(3)    Artiste folk assez culte, repris sur scène par quantité d’artistes dont…. Ryley Walker

 

  

Setlist : Cut Me Down – Dorothy - Harlem River - All of My Life – Destroyer - I Have Been to the Mountain - Tiny Fires - Miles, Miles, Miles - Singing Saw - Black Flowers - Beautiful Strangers - No Place to Fall // Passing Through – Parade - The Ballad of Arlo Jones 

 

 

En bonus, deux photos prises par Rémi:

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