14462934_1083403255089432_4866409062387134395_n

 

 

Nous avons toujours été réticents à participer à des tremplins rock. L’idée de payer pour pouvoir jouer est assez irritante, sans parler des règles toujours un peu floues de désignation du vainqueur. Cependant, après discussion avec les organisateurs et mure réflexion, nous avons décidé de nous inscrire à Rock N Stage. Les principaux arguments qui nous ont convaincus, furent que le set durait une demi-heure (le minimum requis, compte tenu de l’investissement en temps d’une telle participation) et que l’on nous promettait une video et un enregistrement live de très bonne qualité, en plus de conditions de concert enthousiasmantes (au Ninkasi Kao, salle pro lyonnaise, avec matériel et techniciens associés). De quoi justifier un peu les 100 euros déboursés (soit toute la cagnotte péniblement accumulée lors de nos différents concerts), et le fait de devoir vendre un maximum de places - ca s’est quand même vu qu’on était pas très à l’aise à l’idée de faire débourser 10 euros à des potes qui nous ont vu plein de fois gratos jouer plus longtemps, tout en s’étant engagé moralement à le faire auprès des organisateurs.

 

DSC_0641

 

Ces conditions inhabituelles, associé à la pression de devoir délivrer un set parfait (pour la video) et à un public inhabituellement nombreux, m’ont ramené au niveau de stress des tout premiers concerts d’Hello Darkness. Une semaine avant je me bouffais déjà les doigts et me prenait la tête sans arriver à penser à autre chose que le jour J. Pourtant, nous n’avions jamais été aussi prêts je pense, avec une sélection assez restreinte de chansons répétées en boucle depuis des mois. Premier coup de Trafalgar, on apprend que la durée du set doit aussi comprendre l’installation sur scène, on en est quitte pour supprimer un morceau.  La motivation est intacte, malgré des conditions difficiles pour chacun d’entre nous, entre le boulot et les gamins : au moins a-t-on réussi à imposer de jouer au plus tôt à 20h, histoire de laisser le temps à nos potes de venir après le travail.

 

DSC_0644

 

La balance doit se faire à 14h40 et on nous a demandé d’être présents une demi-heure avant. Mais il y a au moins une heure de retard, et nous passerons en coup de vent sans avoir pu modifier les réglages, les techniciens étant sourds à la moindre de nos demandes : pas le temps, on ne peut pas faire mieux.  Attitude qui se traduit par un gros énervement pour certains, un gros découragement pour d’autres, et une bonne tension dans le groupe qui ne présage rien de bon pour la suite. En ce qui me concerne, je suis paradoxalement beaucoup moins stressé : tout l’aspect inconnu (possibilité de jouer, public, conditions, batterie…) s’est envolé, d’autant que mes balances étaient plutôt correctes, ne reste que l’appréhension normale que je ressens lorsque je dois me mettre en avant en public. Commence la longue attente avant le début officiel de la soirée, que Seb meublera en faisant des propositions commerciales pour son boulot ! Nous discuterons de la balance avec les organisateurs : ils sont eux aussi dégoutés de la tournure des évènements, les techniciens ayant notamment retardé le début pour d’improbables exigences de repas. A la décharge de ceux-ci le nombre de groupes était beaucoup trop ambitieux compte tenu du timing,  et on peut comprendre qu’ils en aient eu marre au bout d’un moment. Mais bon, même si nous n’avons jamais été des musicos chiants, nous avions cette fois payé cher et aurions été en droit d’avoir bien mieux que ça. Nous prenons notre mal en patience tranquillement, nous discutons un peu avec d’autres participants, l’ambiance est plutôt cool et la tension retombe un peu. Et c’est parti pour l’ouverture des portes et le défilé des groupes sur scène.

 

altavilla

 

Celui qui a la lourde tâche d’inaugurer le tremplin devant une fosse déserte (à l’exception des autres concurrents) s’appelle Altavilla. Contre toute attente, il s’avèrera être le meilleur  de la soirée, l’un des rares à avoir allié intérêt des compos et performance scénique. C’est un classique guitare-basse-batterie-chant qui propose un garage-rock à la fois énervé et festif, avec une aisance qui laisse suggérer une bonne expérience de la scène. Les interventions du grand chanteur (il fait un peu de claviers aussi) sont plutôt marrantes, et un inattendu catcheur masqué vient rajouter du piment au concert en faisant le con dans la fosse ou avec le groupe. Leur set se termine par un morceau un peu plus long et hypnotique, au rythme inhabituel, qui est excellent : j’en viens à me demander s’ils n’ont pas demandé à jouer en premier histoire d’avoir une video tout en passant un minimum de temps au Ninkasi. Mais ils nous diront avoir été simplement punis pour n’avoir pas assez vendu de places : jouant gratuitement une semaine après sur Grenoble, il leur était difficile de rameuter beaucoup de monde à cette soirée. C’est ainsi qu’ils finiront derniers du concours, malgré leur indéniable supériorité sur la plupart des sélectionnés.

 

acouphen

 

Les autres prestations précédant la nôtre sont en dent de scie. Acouphen, un groupe de Death Metal, aura proposé un concert carré et vraiment bon. L’ensemble était technique sans être trop démonstratif, avec l’attitude musclée qu’il fallait sans sombrer dans le ridicule. Le chant était parfait (c’est souvent un point faible dans le Metal), les compos tournaient et étaient aussi variées que le style le permet, la connexion avec le public fonctionnait : Acouphen a terminé deuxième l’année dernière, et s’est qualifié cette année avec un horaire pas évident, c’est amplement mérité.

 

01

 

Après les Midgard Symphony ( !) c’est enfin à nous. La mise en place est assez laborieuse, j’aperçois les amis qui sont venus nous soutenir devant la scène, mais pas trop le temps de saluer, je dois installer ma batterie (ou plutôt virer les dix mille trucs inutiles du batteur de Metal Symphonique qui m’a précédé), et c’est pas évident tout seul. Nous attaquons sur « Steam Roller », un nouveau morceau très rapide destiné à lancer le set sur les chapeaux de roue. Malheureusement, je me rends compte à ce moment-là que comme d’habitude, la mise en place de la batterie et surtout le son n’ont rien à voir avec ce que j’avais lors des pseudo balances. Je n’entends rien des  guitares, et comme devant mes compères n’ont pas de retour batterie, c’est rapidement le bordel. On expédie la fin, de toutes manières c’est une chanson assez courte, et on enchaine rapidement sur la suite. « Katerina Ghost » me remet sur les rails, c’est une chanson que je maitrise bien, et sur laquelle je n’ai pas commis d’erreur il me semble, ce qui aura pour effet de me libérer. Il y aura quelques petits flottements sur d’autres morceaux mais je ne me rappelle plus bien desquels, tout ceci étant passé extrêmement vite. Difficile aussi, étant extrêmement concentré sur ma partie, d’avoir une idée précise de la prestation de Seb, Damien et Julien, mais ça c’est habituel. Sur « Or Sleeping », qui enchaine les roulements rapides,  j’ai été très gêné par un charley trop proche de la caisse claire, celle-ci étant en plus inclinée du mauvais côté. Pas d’erreur catastrophique mais j’ai beaucoup simplifié ma partie pour rester dans le tempo. Un peu pareil sur « Beating Heart », morceau très récent sur lequel nous nous éclatons bien : j’ai aussi beaucoup touché de bois pendant les roulements, je sais pas si ça s’est entendu.  Enfin, on jugera de tout ceci sur le ralenti ! Je me suis détendu au fil du concert, et j’ai quand même réussi  à m’amuser malgré une prestation décevante, en tout cas au regard de ce que nous avions pu faire en répétition. Julien a eu des soucis de matériel (saturation, ampli) ce qui est encore un mauvais point à mettre au discrédit de l’organisation (surtout que c’est loin d’avoir été le seul de la soirée). Damien était à priori complètement perdu, à cause de retours déplorables. Bref, coté groupe ce n’était pas la Berezina, mais un peu de déception : cette date au Ninkasi, qui aurait dû être excellente, a été loin de nos meilleures performances, notamment celle du Jack Jack l’année dernière.

 

03    02

 

Heureusement, notre public a été plutôt indulgent, assurant avoir aimé la prestation. Les « vieux habitués », comme Ben et Arnaud, ont trouvé que le très bon son de façade compensait nos quelques errements scéniques. Les amis venus nous voir pour la première fois ont apprécié nos compos, et entre l’ambiance générale, les bières et les burgers, tout le monde aura passé une bonne soirée, ce qui est quand même l’essentiel. Le tremplin se poursuit mais je ne prête qu’une oreille distraite aux groupes suivants, occupé à remercier les potes et à déconner et picoler avec eux.  Axel Foley, le groupe qui nous succède, semble aussi efficace que je l’avais remarqué sur leurs videos facebook. C’est carré, puissant et ils entrent d’emblée dans le vif du sujet. Coté compo je n’ai pas écouté assez attentivement, mais cela me semblait intéressant. Nous quittons la salle pour aller bouffer alors que the New Prophets, un groupe de reprises de lycéens comme il en existe des centaines, propose une version de « Smells Like Teen Spirit » avec du saxophone, ce qui aurait dû leur valoir une disqualification d’office : au lieu de ça ils ont fait premier, ils avaient dû ramener tous leurs copains de classe. Tous les autres qualifiés, sauf Acouphen, jouaient en deuxième partie de soirée.  Nous finissons avant derniers : c’est la dure loi des tremplins ! Une expérience intéressante et formatrice, mais qu’on n’est à mon avis pas prêt de reproduire. On est vraiment frustrés de ne pas en avoir eu pour notre argent, alors que de notre côté nous avons  fait notre maximum pour jouer le jeu, notamment au niveau des places : 30 vendues pour un objectif de 40, c’est loin d’être honteux.

 

La soirée se termine pour moi coté funk avec un Fred particulièrement endiablé, et dont le taux d’alcoolémie faisait plaisir à voir. En attendant de voir sur la video si quelques titres sont diffusables, il me reste à remercier l’ensemble des spectateurs venus nous encourager, et vraiment leur présence a compté pour nous ce soir-là. En particulier :

David, qui me connait peu mais n’a pas hésité à venir, accompagné, et s’est montré enthousiaste pendant toute la soirée.

Fred et Carine, les joyeux lurons qui ont vendu presqu’autant de place que moi….

Denis et Juliet, notamment pour m’avoir déstressé la veille du concert en me faisant boire de la bière et écouter du punk français (pour me rassurer sur mon niveau de batterie…)

Le fidèle Ben et le fidèle Arnaud, c’est tellement cool de pouvoir compter sur eux !

 

Coté Hello Darkness, on enchaine avec deux répètes et une première partie au Toi Toi le 03 février ! See you… 

 

Setlist: Steam Roller – Katerina Ghost – the Beat – Disorder – Or Sleeping – Beating Heart