Me voilà doublement en quarantaine. Vieux et malade. Pas les meilleures conditions pour aller à un concert, d’autant qu’en comptant mes connaissances et leurs connaissances, je vais devoir expliquer à la moitié du Public du Marché Gare pourquoi je ne veux pas shaker ou biser. Mais bon, je ne voulais pas louper cette affiche prometteuse, surtout en l’excellente compagnie de Denis et LabUze. Au programme et dans l’ordre Institut (connais pas) + L’Effondras (je connais et c’est excellent) + Avec Le Soleil Sortant De Sa Bouche (je connais pas mais tout le monde m’en a dit du bien). Arrivée tranquille dans ma bétaillère, puis bon moment pour prendre une binouze et discuter avec des copains, notamment un Maxime ultra motivé par la tête d’affiche. Nous passons quelques minutes devant la première première partie qui s’apparente à une grosse blague pas drôle, donc retour au bar jusqu’à l’entrée en scène de L’Effondras.

 

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Damien a beau avoir un peu décroché de l’actualité musicale, il est un domaine où il est resté, de par sa profession, très pointu : les groupes régionaux. L’Effondras, venant de Bourg en Bresse et faisant du post rock (mouvement dont nous sommes fans tous les deux), ne pouvait qu’attirer son attention. Je les découvrais donc à sa suite en 2015, lors de la sortie de leur très bon premier disque, mais n’avais pas eu l’occasion de les voir sur scène jusqu’alors. Le trio propose un post rock hargneux qui s’embarrasse peu des longues montées en  puissance entendues chez nombre de ses collègues du genre mais assène plutôt des coups de boutoir réguliers dont la coordination souligne la maitrise technique des musiciens. En ce sens ils m’ont plus évoqué Isis - sans le chant, il n’y a aucun micro sur scène - que Mogwai ou GY!BE, mais l’une de leur plus grande qualité est d’être parvenu à  avoir une personnalité assez marquée dans un style où c’est extrêmement difficile d’être original. Leur configuration y est pour beaucoup : plutôt que découper leurs longues compositions en parties mélodiques ou saturées, les deux guitaristes ont un rôle défini qu’ils tiennent la plupart du temps, en s’en affranchissant évidemment de temps en temps histoire de varier les ambiances. Celui de droite joue le plus souvent en arpèges clairs et plutôt aigus, là où celui de gauche prend les lignes de basse (il n’y a pas de vrai bassiste) ou les accords saturés. Le batteur joue sur un set simplifié, grosse caisse/caisse claire/ tom basse/ cuivres divers, dans un registre tribal ou hard rock, voire aux accents metal pour les passages les plus virulents. Les compositions sont prenantes, il y a une belle énergie et aucune esbroufe, le son est parfait et un jeu de lumière étudié vient accentuer les nuances des chansons. En clair, tout ce que j’aime dans la musique : un concert énorme et un groupe à conseiller sans retenue.

 

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Les avis sont unanimes quant à la qualité musicale de l’heure qui vient de s’écouler, tous les potes croisés lors de la pause binouze ayant pris une bonne baffe, notamment Christophe qui se fait une petite soirée peinard en célibataire. Curieux, je me place assez près de la scène dès que j’entends Avec Le Soleil Sortant De Sa Bouche s’installer. Le quatuor est composé de deux guitaristes encadrant le bassiste chanteur, et un batteur placé au fond de la scène devant un écran géant diffusant des fonds d’écran mouvants ultra colorés. Les musiciens, moins jeunes que je l’imaginais,  sont détendus et attaquent avec un grand sourire un premier morceau festif. Plutôt que le Krautrock attendu, le style est clairement à chercher du côté des musiques africaines, avec un rythme chaloupé et un chant en chœurs sans trop de paroles assez caractéristique. Le problème est que cela s’accompagne d’une espèce de gimmick de guitare claire répété en boucle (bien caractéristique aussi), effet que j’ai toujours eu le plus grand mal à supporter (1). La compo est longue et très répétitive, l’objectif étant clairement de faire danser (ou entrer en transe pour les plus motivés), avec comme originalité quelques courtes coupures de gros bourrinage libérateur. Je prends mon mal en patience, mais la deuxième chanson ressemblant en tout point à la première, je me place en fond de salle avant d’aller fureter du côté du merchandising de l’Effondras, le concert étant extrêmement linéaire : de près ou en fond sonore, tous les titres m’ont semblé identiques, à quelques nuances près pour le morceau final un peu plus varié. Grosse déception donc pour un groupe à priori irréprochable (2) mais qui n’était absolument  pas fait pour moi.

Les autres ont plutôt apprécié, ils discutent d’ailleurs un moment après le concert avec les sympathiques Canadiens pendant que je regarde avec LabUze la superbe exposition de Bertrand Bouchardeau, artiste dans la lignée d’un Jean-Luc Navette (ou Mezzo, Charles Burns etc) mais avec des thèmes qui me sont plus proches. Dernière discussion musicale autour d’une bière, qui aurait pu se prolonger indéfiniment si nous n’avions été mis à la porte par le staff du Marché Gare. C’est donc à une heure relativement tardive qu’un trajet de retour en bétaillère conclue cette fort agréable soirée.

  

(1)    Sauf peut-être chez Akron / Family, mais leurs albums sont tellement variés qu’ils ne sont pas trop comparables à ALSSDSB ;

 

(2)    Pas tout à fait : le bassiste avait une basse 5 cordes, confirmant le caractère éliminatoire dudit objet.