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Vu la fatigue générale, j’avais renoncé à me rendre à cet évènement dont j’avais d’ailleurs appris l’existence que très tardivement. Et puis finalement, une fin de semaine plus posée m’a fait changer d’avis sur un coup de tête. Il faut dire que l’affiche proposée par le label Born Bad Records pour fêter ses dix ans d’existence était attirante, avec en point d’orgue leur première signature, les excellents Frustration. Quand nous arrivons tranquillement avec Damien au Club Transbo, c’est déjà le deuxième concert d’une soirée qui s’annonce longue. Usé, solitaire escogriffe dont j’avais vaguement entendu parler, s’excite sur scène devant un parterre clairsemé au premier rang duquel je reconnais l’ami Maxime en transe (comme souvent, me direz-vous). Le musicien aux faux airs Houellbecquiens martyrise un set de batterie minimaliste (1) sur des boucles de clavier et de beat bien lourdes, tout en beuglant occasionnellement dans un micro sursaturé. Il balance sans complexes une sorte d’indus hypnotique très efficace (le public se chauffe déjà) avec une énergie communicatrice et une technique assez remarquable à la batterie, qui lui permet de jouer debout avec des gestes démesurés, à la manière d’un tennisman,  tout en restant carré sur des tempo pas évidents (c’est peut être un détail pour vous, mais c’est le première fois que je suis convaincu par un batteur qui joue debout). Un concert interrompu par quelques épisodes comiques pas forcément indispensables mais qui finissent de tirer le portrait d’un artiste décalé, sorte de clown malsain sachant assurer le spectacle en solo, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Bref un très bon moment, même si je pense que le principal intérêt d’Usé doit être sa performance live.

 

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Bousculé au détour d’un pogo, le célèbre sex symbol des fosses Gary me confirme par sa simple présence que cette sauterie est bien « the Place to Be » à Lyon en ce samedi soir. Ce qui sera encore plus évident quand je croiserai à ma grande surprise Laura (2), ayant renoncé un temps à sa place habituelle du premier rang en raison d’une légère défonce due au décalage horaire et trois jours de fiesta ininterrompu suite à son retour inopiné (et temporaire, si elle s’en sort bien) de Montréal. Je passerai aussi un bon moment en compagnie de Damien à taper la discute avec Rank presque au complet : le (très bon) groupe de post punk lyonnais enregistre actuellement son troisième album à l’Epicerie Moderne, et a déjà quelques dates de prévu, notamment à Bruxelles et à Londres. J’ai franchement hâte d’écouter s’ils arrivent à faire mieux que Plan your Downfall, et de les voir dans leur nouvelle formation quatuor. Au cours de cette discussion, me voilà présenté à Jean Luc Navette, aussi souriant et avenant que son art est sombre et inquiétant (je suis assez fan de cet artiste lyonnais qui officie dans un style gravure à l’ancienne très détaillé, bien que je n’aurai jamais le courage de me faire tatouer d’une des immenses œuvres dont il s’est fait une spécialité et une grande réputation).  

 

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Toutes ces agréables rencontres permettent de ne pas voir passer le temps entre les concerts, et JC Satan rentre déjà en scène. Je ne connais pas du tout la musique proposée par le groupe, sur laquelle j’ai juste entendu quelques commentaires positifs. S’installent un batteur anonyme, un géant barbu aux claviers, une bassiste dans la pure tradition des Rrriot Girls, et un moustachu au look plagiant John Dwyer (leader des Thee Oh Sees) qui s’annonce comme le rigolo de la bande (il peut, il est excellent guitariste). Mais c’est surtout la chanteuse qui va me fasciner, notamment par son look décalé : en robe noire et mine soignée, elle aurait eu sa place en soliste pour un concert classique, mais la voilà qui hurle à genoux au milieu du déluge de décibels déversé par ses camarades. En début de concert, le garage-stoner (riffs et rythmique très appuyés et grosse saturation) est punchy mais manque un peu d’accroche : je trouve que le groupe a plus de charisme que de chansons (ce qui en général est mieux que l’inverse pour un concert). Progressivement, alors que les titres se teinteront de punk (pour les plus expéditives) ou d’accents grunge, je réviserai mon jugement et finirait assez captivé, surtout par quelques très longs développements déchainant un public devenu beaucoup plus dense et complètement acquis à la cause de JC Satan. Plutôt que de m’attarder sur quelques passages un peu brouillons, je retiendrai l’excellente complémentarité des chants du guitariste et de la grande dame en noir, ainsi qu’une énergie et une sincérité rock qui m’ont donné envie d’en savoir plus. 

 

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 Malgré l’heure tardive, c’est avec enthousiasme que nous nous replaçons au centre de la fosse pour le concert de Frustration.   J’ai bien aimé leur dernier album, Empires of Shame, mais je l’ai moins écouté que le précédent, bien qu’en plus de sa qualité il y ait quelques tentatives pour se démarquer d’un style un peu trop redondant depuis les débuts du groupe. C’est sans doute pour ça que je n’ai pas trouvé de mots pour le chroniquer, ce qui d’ailleurs avait déjà été le cas d’Uncivilized, pourtant farci de tubes ravageurs dont nous aurons droit à un bel échantillon ce soir. Pour l’heure, c’est sur une intro martiale bizarre que le groupe de vieux briscards débarque, bien décidé à fêter dignement la décennie de Born Bad.  Le premier titre d’Empire of the Shame, l’un des meilleurs, ouvre les hostilités et annonce le début d’un joyeux pogo qui ne faiblira pas de tout le concert et auquel je participerai avec autant de plaisir que de difficulté. Le set sera bizarrement à la fois un peu linéaire à mon gout (pas mal de chansons ne se reconnaissent que lors du refrain) et un peu inégal au niveau de la tension, des enchainements assez redoutables (« It’s Gonna be the Same » « We Miss You » « No Trouble » « Uncivilized ») côtoyant quelques passages moins jouissifs, quoi que toujours entrainants, la plupart du temps extraits d’un Empire of the Shame interprété quasiment intégralement. Parmi les bons extraits récents, on notera « Excess », appelé à rester un grand classique,  ou « Cos you Ran away » qui profite d’un ralentissement de tempo pour insuffler un peu d’émotion.

 

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La fin du concert est particulièrement intense, avec deux de mes morceaux favoris, « Assassination » et « Too Many Questions », qui relancent de plus belle l’agitation en tête de fosse (j’ai complètement dérivé pendant le concert) et me font danser comme un possédé. L’ambiance sur scène est festive, les gars s’éclatent et sont bien plus dissipés que lors du concert un peu guindé qu’ils avaient donné en 2013 au Marché Gare. Le bassiste apporte du sang neuf et vient pousser dans ses retranchements le turbulent guitariste, ça se charrie entre le chanteur et le claviériste qui viendra faire un petit slam lors d’un rare instant où il n’a rien à jouer. Tout cela éclatera lors de la fantastique conclusion de la soirée, un « No Place » explosif prolongé à l’extrême qui verra le groupe renforcé du guitariste de JC Satan improviser des trucs à l’arrache, avec force duels de manches et de noise. Un final bordélique mémorable pour une soirée réjouissante. Alors que nous nous dirigeons vers la sortie avec Damien (à plus d’une heure du matin), une partie du public est encore à fond et danse sur le set du DJ ayant animé tous les intermèdes. L’anniversaire de Born Bad ne pouvait être qu’à l’image du label indépendant: une réussite éclatante….  

 

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Setlist : Insane - Dreams, Laws, Rights And Duties – Midlife Crises – It’s Gonna be the Same – We Miss You – No Trouble – Uncivilized – Even with the Pills – Cos You Ran Away – Empires of Shame – Excess – Angle Grinder – Minimal Wife – Assassination – Too Many Questions – Mother Earth in Rags //  the Drawback – Blind – No Place 

 

(1)    caisse claire, gros tom, trois crash et une guitare dont il se sert très habilement comme percussion électronique 

(2)    voir le récit de mes aventures au This is Not A Love Song Festival 2016

 

Photos en Noir et Blanc par Lucas Guidet - ALBUM

 

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Maxime dans ses oeuvres

 

FRUSTRATION:

 

 

JC SATAN:

  

 

USE:

 

 

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