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Pas plus reposé qu’avant la soirée Born Bad au début du mois (bien au contraire), je ne me posais cependant pas la question de savoir si j’allais me rendre à l’Epicerie Moderne voir sa suite. Le Dakhla Sahara Session tourne en boucle chez moi depuis sa sortie et je n’aurai raté sa présentation sur scène par Cheveu & Groupe Doueh pour rien au monde. Denis se propose même de m’y conduire, je dois dire que ça tombe à pic. Nous serons au final un bon groupe d’habitués à y aller (dont Damien) mais le public sera plutôt maigre, surtout pour une soirée estampillée Nuits Sonores à bas prix. Me voilà donc très tôt sur le parvis de l’Epicerie, à profiter des beaux jours et des discussions entre amis en attendant d’aller découvrir la première partie que personne ne connait.

 

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Il s’agit d’un trio nommé Bégayer constitué d’un batteur jazz (jouant parfois à main nues) et de deux musiciens jouant sur des instruments à corde bricolés à partir de bidon ou de boites à sucre métalliques. L’ensemble évolue dans un registre folk africain répétitif pas désagréable, même si le coté authentique (chant français avec accent, matériel bricolé, vieilles radios) semble parfois un peu artificiel. Les chansons aux tempos rapides sont plus efficaces et leur coté hypnotique arrive à nous faire voyager pendant le court moment que dure le set.

 

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Petite pause rafraichissement qui s’éternise un peu trop à mon gout. Je me précipite dans la salle au moment où retentissent les premières notes de « Hamadi » qui lance le concert tranquillement. Au centre de la scène se tient Halima Jakani, femme de Doueh et chanteuse principale (et impressionnante) de la soirée. A sa gauche le jeune Omar Laabadi qui assurera aussi beaucoup de chant, et du Jjembé à quelques reprises, et à sa droite David Lemoine derrière quelques machines. Derrière eux, et donc complètement dissimulés, les deux autres compères de Cheveu (Olivier Demeaux aux machines/synthés et Etienne Nicolas à la guitare), avec à leur droite El Waer Baamar aux claviers (de ce son un peu cheap assez caractéristique de ce style de musique africaine) et à leur gauche Selmou Baamar, alias Doueh.  Disons-le d’emblée, j’ai trouvé que le leader et guitar hero Saharien était le principal point faible du concert, ce qui est quand même dommage. Droit comme un i et le visage imperturbablement fermé, Doueh tartine à tout va des solos mixé un peu trop fort, avec un son aigu qui gâche parfois l’équilibre général (surtout quand il joue du Tinidit). Heureusement les deux chanteurs du groupe aux avants poste sont éclatants de maitrise et souriants, l’ensemble restant quand même un peu trop statique à mon gout. La part laissée à David Lemoine est trop congrue, il manque un peu de Cheveu dans tout ça, et le début du concert n’apportera pas le bonus espéré aux versions studio des titres, à l’image du redoutable  « Tout Droit » un peu timide sur les bords. On sent bien que la mise en place, délicate, n’autorise pas l’improvisation ou même les débordements excessifs : chacun reste concentré sur sa partie, et la symbiose n’est pas évidente entre les deux groupes (1).

 

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Trêve de bémols, les titres restent très bons et nous avons droit à plusieurs reprises à des chansons traditionnelles inédites du Groupe Doueh qui ajoutent de la fraicheur à la setlist. L’ambiance va d’ailleurs monter d’un cran à partir du single « Moto 2 Places » accueilli avec grand enthousiasme par un public connaisseur, à la grande surprise d’un David Lemoine ravi et hilare (et sans doute bien défoncé). « Je Penche » gagnera enfin une puissance inédite sur scène, le reste sera impeccable jusqu’à un « Bord de Mer » prolongé façon électro,  sans hésitations le meilleur passage du concert. On regrette que la formation n’aie pas pu retravailler d’autres chansons de cette manière, il y avait sans doute moyen de rajouter facilement un peu de piment à la soirée. C’est finalement d’une autre manière que cela se produira, puisque Doueh et El Waer se lancent dans un morceau en duo tandis qu’Omar et Halima se mettent à danser avec enthousiasme. David essaye de les imiter, ce qui arrachera le premier sourire de la soirée à Doueh. Dans son élément avec ce morceau improvisé festif, il restera d’ailleurs détendu tout au long de cette séquence, qui verra tout le groupe à l’exception du duo se mêler au public pour une séance de danse vraiment sympathique. Lorsque Groupe Doueh saluera l’assemblée depuis la scène, les trois compères de Cheveu restés dans le public mêleront leurs applaudissements aux nôtres. Assez symbolique d’une soirée placée sous le signe du désert, qui aura tenu les promesses d’un album impeccable sans offrir beaucoup d’autres surprises. 

 

(1)    Nous ne remarquerons pas cependant d’hostilité particulière, à l’inverse d’une rumeur d’après concert évoquant des Cheveu et des Doueh à couteaux tirés… 

Setlist : Hamadi – Azawan – Groupe Doueh 1 – Tout Droit - Groupe Doueh 2 – Moto 2 Places – Je Penche -  Ach’had Lak Ya Khay – Charâa – Charâa Final - Groupe Doueh 3 – Bord de Mer - Groupe Doueh 4

 

PHOTOS DU CONCERT PARISIEN