En vingt ans de concerts, j’ai forcément quelques anecdotes à raconter. Oh, pas grand-chose d’exceptionnel, mais de ces petites histoires que chaque écumeur de salle et de festival aura expérimenté. Certains en font des livres, des Bds, des films peut être, dans lesquels on se retrouve, qui ravivent notre propre histoire et nous rassemblent en une famille dont les membres se reconnaissent rapidement, une lueur s’allumant dans leur regard à l’évocation de telle ou telle scène sonore et mouvementée. En général ça se fini tard autour d’un tas de bouteilles vide. Pas évident sur un blog, mais bon, rien ne vous empêche d’aller faire un tour au frigo ou à la cave avant d’entamer la lecture de cet article évoquant quelques anecdotes qui ont bien voulu rester en ma mémoire défaillante.

 

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Pour aller à un concert, il faut d’abord chopper une place. Le gros avantage d’avoir des gouts relativement pointu, c’est que je n’ai jamais eu à me battre où à faire des queues de 10 heures comme les fans de Mylène Farmer ou Madonna. En fait, mes inquiétudes au sujet de concerts complets sont relativement récentes, et les deux seules fois où j’ai dû renoncer à un concert faute de place le sont encore plus : Radiohead aux Nuits de Fourvière l’année dernière, où j’étais devant mon PC mais les places se sont vendues en 0,1 seconde, et Arcade Fire aux Nuits de Fourvière il y a quelques jours où j’ai eu la malchance d’être en Chine au moment de la mise en vente (il va sans dire que pour rien au monde je n’achèterai sur internet au prix fort une place de concert loupée). Il faut ensuite que le concert ai bien lieu, et là encore j’ai été plutôt verni dans ma « carrière » : outre la date de Eels à Nancy en 2000, annulée sans que je sache pourquoi, les seuls à m’avoir fait faux bond sont les Grandaddy, tout récemment. Du coup je ne les ai toujours pas vu, mais je ne leur en veux pas : la mort d’un membre fondateur du groupe me semble une excuse assez valable pour annuler une tournée…

 

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Le jour J, il s’agit de bien s’organiser. S’agissant de concert, je suis pour ma part très sérieux, voire psychorigide. Ce n’est pas moi qui prolongerait un peu trop un apero de préchauffe avec des amis, qui confondrait première partie et tête d’affiche ou qui n’aurait encore rien prévu pour le trajet une heure avant le début du concert. Une seule fois j’ai oublié ma place - c’était pour Cheveu au Marché Gare en 2011 : loin d’être complet, et une dizaine d’euro la place, sans conséquence donc – et une seule fois je suis arrivé (un peu) en retard par ma seule faute : c’était pour the Tallest Man on Earth à l’Epicerie Moderne en 2011, et je me suis rappelé que j’avais un concert au milieu du repas familial ! (il faut dire que j’ai très peu dormi en 2011…) Bon il y a aussi eu cette fois où, attendant des potes puis une navette inexistante, je loupais Swans au TINALS en 2015. D’où cette double règle de psychorigide : privilégier la voiture, et privilégier la solitude (ou alors les potes psychorigides). En ce qui concerne la bagnole, ça n’a pas toujours été possible (j’ai eu le permis assez tard) mais que ce soit pour les transports en commun ou les navettes, l’essentiel est de prendre beaucoup beaucoup beaucoup de marge (ouais bon du coup là faut pas se la jouer solitaire, sinon tu t’emmerdes). Quant à préférer les concerts seuls, j’exagère, il faut juste savoir regagner son indépendance en temps voulu et résister à l’effet de masse, et j’avoue que sur ce point je n’ai plus aucun scrupule. J’ai ainsi d’excellents souvenirs avec des amoureuses, des frangins, des vieux copains, des gens croisés sur place, des inconnus qu’on voit tout le temps et qui finissent par être connus. Entre autres exemples, le concert de Leonard Cohen en 2008 avec Mélaine, ou celui de Radiohead aux arènes de Nîmes en 2012 avec mon frère Benoit. Le premier concert où mon groupe Hello Darkness, alors trio, était réuni dans le public (Arcade Fire à la Halle Tony Garnier en 2010) et celui de Calexico à l’Epicerie Moderne en 2016 où nous étions en quatuor, et en couple ! (ce n’est pas prêt de se reproduire). Au niveau potes, il y eu cette fin d’Eurockéennes 2003 où avec tout mon groupe d’amis Belfortain, rencontrés quand j’étais consultant chez PSA, nous écoutâmes tranquillement assis sur la pelouse l’excellent set de Massive Attack, sous un ciel d’été étoilé magnifique. Cette unique réunion des quatre fantastiques blogueurs, Daniel et JP (le défunt Next), Rémi (labUze) et moi-même, pour Emily Jane White en 2008 sur la péniche le Sirius. L’enthousiasmant concert de Public Service Broadcasting à l’Epicerie Moderne en 2016 au Marché Gare, avec Denis, Juliet, Rémi et Fred. Et enfin, évidemment, le mythique concert de Ty Segall au Clacson en 2012 avec Guic, Fred, Stéphane et Dahu, mais nous y reviendrons.

 

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Il est temps maintenant d’assister à l’inévitable Première Partie, et sur ce point c’est quitte ou double. On ne citera pas l’armada de groupes oubliés dès le lendemain (parce qu’on les a oublié, justement), mais cela vaut mieux sans doute que certaines prestations cruellement incrustées dans nos mémoires. Citons rapidement Fuck en première partie de Cat Power en 1998, probablement le pire concert que j’ai jamais vu (alors que le groupe est pas mal en fait, nous en reparlerons lors de leur apparition dans la Tape Story), Xiu Xiu avant Swans  ou Eric Chenaux ouvrant pour the Silver Mount Zion. Et encore, si tenter des trucs bizarres en première partie de groupes radicaux comme ceux-ci n’est pas scandaleux, on se demande en revanche de quelle manière l’imbitable duo Saxo/Ordi DanQ avait pu se retrouver associé au délicat Bonnie Prince Billy. Heureusement, les programmeurs ont souvent des idées plus judicieuses, et découvrir Bloc Party sur la scène du Transbordeur en 2004 juste avant Interpol, ou Essie Jain à l’Epicerie Moderne en 2009 avant Emily Jane White fut un indéniable bonus. C’est d’ailleurs avant cette même folkeuse au fameux concert au Sirius que nous eûmes droit à une curiosité qui se produit quelquefois : écouter un inconnu qui deviendra tête d’affiche par la suite. En l’occurrence le Stéphanois Sliimy, jouant là devant un petit groupe d’adolescentes en émoi et qui quelques mois après, surfant sur la vague Mika, se trouvait en première partie de Britney Spears et sur les grandes scènes de pas mal de festivals (sa redescente vers l’anonymat fut d’ailleurs tout aussi fulgurante). A quelques reprises, une bonne première partie surprenante pourra d’ailleurs sauver le concert d’un artiste pour lequel on s’était déplacé et qui n’aura pas répondu à toutes nos attentes. Je pense notamment à Gemma Hayes dont le premier disque est devenu culte chez moi, et qui aura rattrapé la prestation de Sparklehorse en 2001 à la Cigale, que j’avais jugée décevante. Ou plus récemment les Danois de Yung ouvrant au Marché Gare pour des Ought un peu trop sages. Pour en finir avec les découvertes de première partie, j’aimerai aborder une excellente coutume très régulièrement mise en œuvre à Lyon (mais sans doute partout ailleurs) : mettre à l’honneur des groupes régionaux avant la tête d’affiche internationale. J’aurai ainsi flashé entre autres sur Vale Poher (en 2008, avec Laetitia Sheriff), Jerri (en 2009, avec Akron/Family), the Good Damn (en 2011, avec Cheveu), Erwan Pinard (en 2012, avec les Weepers Circus), ou Rank (en 2015, avec Motorama), tous auteurs de sublimes albums et dont certains sont devenus, sinon des amis, au moins des connaissances.

 

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C’est le moment tant attendu, le vrai concert peu enfin commencer. Normalement à ce stade, tout devrait bien se passer, à moins d’un coup de malchance. Il pourrait venir de la météo, si la prestation est en extérieur et suivant la frilosité des responsables. Outre les habituels concerts bien humides et boueux à la Route du Rock de Saint Malo ou aux Eurockéennes de Belfort, je me rappelle de la douche continue pour Mogwai au Nuits de Fourvière en 2014, dans des gradins de plus en plus désertés. Mais je n’aurai vraiment  eu à pâtir qu’une seule fois de la météo: le concert écourté d’Arcade Fire à Rock en Seine en 2010 pour un crachin bien moindre que ceux cités précédemment (et au grand désarroi du groupe lui-même) me reste encore au travers de la gorge. A éviter aussi les insolations, crises de panique et autre évanouissements qui pourraient cruellement vous faire louper ce pourquoi vous patientez depuis de longues heures. J’ai certes eu l’air con allongé les jambes relevées au milieu de la fosse de l’Amphithéâtre lyonnais - 2014, quelques jours après l’épisode poncho – mais cela m’a valu de passer la soirée avec Portishead comme prévu plutôt que dans un camion de pompier.

 

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Autre imprévu, l’état du groupe au moment d’entrer en scène. J’imagine que pas mal d’artistes que j’ai vu étaient sous l’emprise de diverses substances motivantes (on va dire), mais je l’ai assez peu remarqué musicalement. Si des Mark Linkous ou Chan Marshall bien chargés n’ont pas pu donner le meilleur d’eux même  (Cat Power 1998, Sparklehorse 2001), le seul artiste que j‘ai vu vraiment honteusement savonner son concert fut Miossec en première partie de Yann Tiersen aux Nuits de Fourvière 2002. Il était tellement bourré qu’il chanta la plupart du temps à côté du micro, laissant son groupe dérouler un bon concert rock instrumental. Dans le cas où l’artiste est assez pro (ou habitué) pour assurer même défoncé, cela peut donner lieu à quelques scènes savoureuses. Je ne me remets pas d’avoir vu Cat Power terminer son concert au Poste à Galène à genoux au milieu d’un public protecteur, à quelques pas de moi. Et Rob Crow, buvant bière sur bière au concert de Pinback en 2011, nous aura gratifiés d’une étonnante danse du morse, rebondissant sur un ventre conséquent sur la scène de l’Epicerie Moderne. Pas plus ridicule que Bertrand Cantat chutant lourdement sur le dos depuis une enceinte de retour au concert de Detroit puis poursuivi par un manager jusque dans les coulisses du théâtre antique de Vienne (2014). Des cascades plus ou moins volontaires qui ne rivalisent pas avec la multitude d’acrobaties de Mathias Malzieu, toujours pas calmé après des centaines de concerts au sein de Dionysos, vu régulièrement pendant 10 ans. Mieux vaut être sobre pour ce genre de chose, tout comme on imagine mal le chanteur guitariste d’Airbourne escalader les tours de projecteurs avec sa guitare (Eurockéennes 2010) avec 3 g d’alcool dans le sang.

 

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Les surprises qui viennent égayer les concerts auxquels j’assiste sont le plus souvent imprévues, mis à part celui d’Alice Cooper, seul grand barnum musical auquel j’ai assisté, à la Halle Tony Garnier en 2011 (d’ailleurs les évènements en question n’étaient pas vraiment des surprises, étant donné que notre vieux hard rocker favori les use sur scène depuis des décennies). Le truc le plus improbable que j’ai vu est sans doute le tournage d’un épisode de C’est Pas Sorcier consacré au son, avec Fred et Jamy interrompant pendant une dizaine de minutes un concert de Girls in Hawaii aux Eurockéennes de Belfort 2004, avec la bénédiction du sympathique groupe Belge et d’un public ravi de participer avec force applaudissements ou huées à cette émission culte. 

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Evidemment, tout ceci ne rime à rien si le concert n’est pas musicalement convainquant. J’ai déjà évoqué il y a peu ceux qui m’ont le plus marqué, mais il peut arriver (rarement, il me semble), d’être littéralement chamboulé par une chanson qu’on entend. Vous savez, ces moments où l’on a l’impression de n’être plus soi-même, quand on se lâche complètement ou qu’au contraire on est paralysé par l’émotion, ces instants où l’on a un grand frisson, chair de poule comprise. Parmi ceux qui me reviennent en cœur, Radiohead interprétant « Sail to the Moon » pour des eurockéennes 2003 déjà bien chargées en émotion (quoique le démarrage du concert de Nimes 2012 par « Lucky » fut pas mal aussi), Moriarty et sa chanteuse Rosemary Standley terminant leur prestation en première partie de Dionysos au Summum de Grenoble (2008) par un Lied de Schubert bouleversant (« Der Leiermann »), l’entame du concert de Wovenhand de 2009 à l’Epicerie Moderne par la reprise de Joy Division « Heart and Soul », le duo terriblement érotique de the Tallest Man on Earth avec sa copine sur « Thrown Right at Me » (Epicerie Moderne, 2011) ou « the Crossing » mutant en un incroyable « Vanishing Point » retravaillé par Yann Tiersen et son groupe pour le concert de 2014 à l’Epicerie Moderne. Evidemment, voir Mogwai (mon groupe favori, au moins à l’époque) entamer le premier concert où je les voyais (Eurockéennes 2006) par une de mes chansons préférées de tous les temps (« Helicon 1 ») fut assez émouvant, de même que voir tout un public parisien retenir son souffle devant l’extrême  délicatesse de « Levitz », titre achevant la courte prestation de Jason Lytle au Trabendo en 2016, en première partie de Giant Sand.

 

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Parallèlement, de nombreux concerts bien entrainants m’auront fait abandonner pour un moment mon port digne et altier habituel pour de sauvages séances de danse, pogo, voire à quelques occasion de slam, ce surf sur public qui fait quand même globalement bien chier le monde, et peut causer la perte d’objets personnels tels que chaussures, portables (douloureuse expérience lors des retrouvailles des Pixies aux Eurockéennes en 2004), ou lunettes. Bon moi j’ai la chance de ne pas en porter, mais Guic aura vécu une fin de concert de Ty Segall un peu stressante (et un peu floue, surement) : songer que ses lunettes ont été piétinées pendant une heure par tout le public du Clacson pogotant à qui mieux mieux (parfois avec Ty lui-même) ne l’aura pas empêché de s’adonner au slam après quelques minutes de recherche tâtonnantes à la lumière d’un portable. Bien lui en pris, puisqu’en lieu et place des éclats de verre et montures broyées attendues nous retrouverons ses bésicles, qu’un coup de pied salvateur et miraculeux aura projeté sous la scène, totalement intactes. Deux autres slams à mon actif : celui qui me verra flotter un bon moment sur la foule dense des Nuits de Fourvière au son furieux des Stooges en 2010 avant que je ne m’éclate la tronche sur le mètre de gravier séparant les barrières de la scène et que je me fasse reprendre de volée par la sécurité, qui préférera faire monter sur scène de sages demoiselles ou de timides binoclards à l’invitation d’Iggy et de son groupe probablement trop vieux pour courir le risque avec des agités dans mon genre. Et le slam datant du dernier concert à m’avoir rendu fou, celui de Shellac au TINALS en 2016, où l’ambiance dans la fosse était hallucinante.

 

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Un autre paramètre capital pour rendre un concert mémorable est évidemment le charisme du groupe ou de l’artiste qu’on va voir. Si j’ai bien sur vu quantité de jeunes dynamiques impressionnants, c’est des vieux de la vieille qui m’auront le plus marqué. Je ne liste pas ici les musiciens qui m’ont techniquement bluffé (dont bon nombre de batteurs), ce serait fastidieux, mais bien ceux qui ont une sorte de flamme intérieure ou d’autorité naturelle imposant d’emblée le respect du public. Parmi eux Mark Oliver Everett de Eels (déjà en 1997, mais il n’avait rien perdu de sa superbe à notre dernière rencontre, à Musilac en 2011), Nick Cave le ténébreux avec ses Grinderman (Eurockéennes 2008) ou les Bad Seeds (Fourvière 2013), Leonard Cohen (Classe man), le grand David Bowie (Star Man) vu à la Halle Tony Garnier en 2003, le généreux Ben Harper (et son super groupe the Innocent Criminals), David Eugene Edwards et Shannon Wright tout trois vus à de multiples reprises, l’intimidant Michael Gira de Swans, Jehnny Beth de Savages et son regard intense (Epicerie Moderne 2016), le pince sans rire Howe Gelb vu deux fois avec Giant Sand, et enfin le radical Steve Albini et ses deux compères de Shellac. Pour ce qui est des demoiselles m’ayant embrouillé les sens, si j’ai tendance à fantasmer sur n’importe quelle nana rockeuse ou folkeuse admirée sur scène, trois m’auront particulièrement émoustillé : Melissa Auf Der Maur, mannequin et bassiste de Hole puis des Smashing Pumpkins, que je n’aurai vu que d’assez loin à Bercy en 2001, PJ Harvey évidemment (mais pas l’intello aux costumes improbables de Musilac ou des Nuits de Fourvière, celle sauvage et irrésistible des Eurockéennes 2004), et surtout, surtout, Angel Olsen en choriste de Bonnie Prince Billy à l’Epicerie Moderne en 2011 (elle me fera beaucoup moins d’effet trois ans plus tard en tête d’affiche dans cette même salle….).

 

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Mais le temps passe vite, et c’est déjà l’heure du rappel. Si les circonstances le permettent, c’est le moment idéal pour beugler une requête dans l’espoir d’entendre un titre jusqu’à présent laissé de côté par le groupe (moment idéal, parce que le faire pendant tout le concert c’est très lourd, tant pour le groupe que pour le public). Truc que je me suis permis de faire à quelques reprises, mais qui si je ne me trompe pas n’a marché qu’une seule fois : à ce fameux concert de Bonnie Prince Billy, où l’Epicerie Moderne avait eu droit au magnifique « New Partner » sur ma suggestion. Le rappel, moment quasi obligatoire, souvent source de bonheur mais aussi de frustrations, s’achève. Le groupe salue alors plus ou moins longuement le public, suivant son degré d’implication, respect ou gentillesse qui va en gros du degré 0 (Frank Black) au degré Boy Scout Content d’Etre Là (comme JC Menu a cruellement mais si drôlement surnommé les Girls in Hawaii). Les fans pourront s’arracher les objets balancés en pâture par le groupe (le plus souvent médiators ou baguettes de batterie). Ce n’est pas trop mon truc, mais par deux fois une baguette est arrivée directement dans ma pogne : pour le concert d’Archive au transbordeur en 2006, où Smiley m’avait spécialement visé alors que je lui manifestais par un pouce levé ma sincère admiration. Et, plus improbable, au milieu de l’immense bordel que fut la fosse poussiéreuse des Eurockéennes devant les Hives en 2010, où une jolie baguette blanche personnalisée m’atteignait par hasard. Les ultimes minutes peuvent encore réserver quelques surprises, certains fans n’ayant décidément peur de rien. Je pense à la jeune demoiselle qui sauta sur la scène du Marché Gare après le concert fou fou fou des Parquet Courts en 2013 et, échappant à un service de sécurité médusé, s’engouffra dans les coulisses afin de rejoindre le groupe pour des activités dont seules les groupies détiennent le secret. Moins chanceux fut le jeune chevelu bondissant dès la dernière note du très bon concert d’Isis (2008) un stylo et un disque à la main : il fut humilié devant tout le public de l’Epicerie Moderne par Aaron Turner, indiquant d’un signe de tête qu’il ne signerait pas d’autographe avant de s’enfuir vers les loges.

 

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Ne le blâmons pas trop, je suis moi-même assez féru de ces séances de signature, si l’occasion se présente. Mon plus gros regret est d’avoir loupé la griffe de Chan Marshall au Poste à Galène en 1998. Elle dédicaçait tranquillement après le concert des 45T de « Nude as the News », mais je n’avais plus le moindre centime (rageant quand on pense au prix que pourrait avoir aujourd’hui l’objet), et je n’avais pas osé lui demander de signer le poster de Moon Pix parce qu’il était gratos. Je me suis rattrapé 20 ans plus tard (j’étais plus riche) en obtenant d’une Alela Diane un peu dépassée une jolie signature dorée sur le vinyle du Pirate’s Gospel. Ce n’est pas pour autant que je suis devenu un professionnel de l’autographe : je n’ai par exemple jamais de stylo sur moi, et si en général le stand de merchandising en a prévu un, je me suis ridiculisé en tendant à Yann Tiersen un crayon usé, le seul que j’avais pu dénicher au bar de l’Epicerie Moderne. Résultat un vinyle d’Infinity à moitié gravé d’un machin illisible. J’ai été plus veinard avec David Eugene Edwards, qui s’est pointé au merchandising longtemps après la fin du concert de Wovehand, alors que j’étais encore en grande discussion avec Daniel : signature et même photo mythique où je pris longtemps la pause avec DiEu en transpirant pendant que Daniel tentait péniblement de faire de la place sur sa carte mémoire. Ce moment fut par ailleurs des plus sympathiques, puisque nous eûmes tout notre temps pour discuter avec DiEu et son acolyte Pascal Humbert. L’autographe peut ainsi être un prétexte à échanger quelques phrases avec un artiste admiré, si toutefois plusieurs paramètres sont réunis, ce qui n’est pas fréquent : que j’ai quelque chose à dire (c’est de moins en moins le cas), qu’il n’y ait pas trop de monde à attendre (j’aime pas faire chier), que je trouve mes mots en anglais et surtout que l’artiste en question soit ouvert à la discussion (et l’on retrouve mes Boy Scout favoris pour l’une des discussion les plus chaleureuses de ce genre. Il faut dire que je parle Belge couramment, ça aide.)

 

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Terminons cette excellente soirée au bar avec les potes et, pourquoi pas, le groupe. Ce qui est advenu après la désormais célèbre prestation de Ty Segall au Clacson. Tellement cool que le vinyle de Twins que j’acquis ce soir-là  fut dédicacé par l’ensemble du groupe : les quatre membres du Ty Segall Band, et les quatre potes avec qui j’avais vu le concert. Ça c’est du souvenir ! 

 

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En Bonus, les artistes dont je suis fan, et que je n’ai toujours pas vu en concert (j’omets ceux pour qui c’est mort, de manière littérale ou allégorique). Il n’en reste plus beaucoup ! 

Macolm Middleton en solo ou avec Arab Strap, puisque le duo s’est reformé pour la scène il y a peu (Difficile, il fait 99% de ses concerts à Glasgow).

Kristin Hersh et Modest Mouse, qui ne tournent quasiment qu’aux USA.

Yo La Tengo, qui font peu de dates en France, et uniquement à Paris. J’ai d’ores et déjà raté leur âge d’or, mais ça doit rester passionnant à voir.

The Damned, que j’ai loupé l’année dernière à Vienne (j’étais en vacances), et dont la possibilité de les voir s’éloigne de plus en plus (ils ont évoqué une dernière tournée).

Sophia, très rare en live, et jamais en France.

Dans une moindre mesure, je n’ai pas croisé pour l’instant les groupes plus récents que sont Cloud Nothings, Japandroids ou King Gizzard.

 

Dessins tirés des BDs Claudiquant sur le Dancefloor et Alive de Luz, Lock Groove Comix de JC Menu, Happy Rock de Zep.