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Quand je pense au film the Doors d’Oliver Stone, je pense à Daniel. Oui oui, celui  de Daniel & JP, le fantastique duo du blog Next, perdu codes et âmes lors de l’apocalypse de musicblog dont blinkinglights ne se releva uniquement parce que j’avais passé quelques mois à le cloner sur canalblog avant la date fatidique. Non que je connu Daniel lors de l’enregistrement de cette cassette  (ca se fera environ 15 ans plus tard),  mais ses coups de gueule contre ce film étaient aussi virulents   que répétés.  Songez que Daniel fut fan des Doors jusqu’à son service militaire, où il fut dépité de constater que bon nombre de ses compagnons de dortoir bas du front s’étaient emparés de son groupe adoré à la faveur du visionnage unique de cette hagiographie romantique. Et de pester contre ceux qui louaient le poète maudit, là où il admirait essentiellement le groupe de rock. Comble de malheur, il semblait que l’intégralité des gens de sa génération connaisse le film en question, ce que tendrait à prouver le fait que je l’ai moi-même  vu (ma culture cinématographique était et est restée proche de zéro), bien que je ne me rappelle plus du tout à quelle occasion. 

Cela dit, ce n’est pas moi qui aurait gonflé Daniel avec Jim Morrison, d’abord parce que j’ai Dieu merci échappé de justesse au service militaire, mais surtout parce que je n’ai jamais apprécié les Doors plus que ça (j’avais déjà eu l’occasion d’en parler en cassette 043, pour une autre BO de film, celle d’Apocalypse Now). Je les ai longtemps considérés comme un groupe Best Of, mais en fait c’est surtout pour moi le groupe de deux disques, le premier (the Doors) et le dernier (LA Woman). Une chose assez rare que vient confirmer cette sélection qui ne compte qu’un seul titre n’étant pas issu de ces deux albums. Il s’agit de « Roadhouse Blues », un morceau qui comme son nom l’indique sonne assez classique, avec une guitare à l’honneur (pas souvent le cas chez les Doors), mais dont l’excellence tendrait à donner raison à Daniel : et si c’était dans le pur rock n roll, sans fioritures psychédéliques, que le groupe était le meilleur ? Le terrible « LA Woman » en rajoute une couche, mais c’est bien « Break on Through » qui voit le groupe à son sommet équilibrer chaque musicien pour un tube splendide. Groove énorme, chant inoubliable, et le riff de guitare qui s’impose sur le refrain, le tout en moins de 3 minutes. Insurpassable, la première chanson des  Doors ? Voire, car il ne faudrait pas enterrer trop vite leur versant plus expérimental, celui qui a fait sa renommée, n’en déplaise à Daniel. D’abord avec le titre d’ouverture, ce « Riders on the Storms » où guitare et batterie en sourdine jouent les faire valoir d’un superbe  clavier pour mieux transporter l’auditeur dans une ambiance menaçante. Voilà un mystère sur lequel je me suis interrogé pendant des années : d’où provenait cette incroyable basse, puisque le groupe n’avait officiellement pas de bassiste. Y avait-il un musicien de studio caché ? Mais pour quelle raison le cacher ? et surtout comment reproduisaient ils l’effet en Live à quatre ? Encore aujourd’hui, je suis ébahi par la rigueur rythmique et le son produits par la main gauche de Ray Manzarek,  tandis que sa main droite brode des arabesques et des mélodies complexes : deux musiciens en un, il faut le faire… 

 

 

Autre morceau fleuve, l’inévitable  « the End », qui me ramène à la scène du film qui m’a le plus marquée : celle où un patron de bar ayant programmé les Doors se montre plutôt séduit jusqu’à la fameuse phrase oedipienne du titre (« Mother i’d like to fuck you»), qui le choque tellement qu’il entre dans une colère noire et vire le groupe de son établissement. Comble d’ironie, cette phrase n’est pas du tout intelligible sur la chanson enregistrée : sans doute que la maison de disque n’avait pas très envie d’assumer ca non plus… Une autre scène du film qui me revient en mémoire est celle où Jim Morrison se frite avec ses collègues lorsqu’il se rend compte qu’ils ont autorisé une marque à faire de la pub au son de la chanson « Light my Fire ». Je dois dire que l’intro guillerette aux claviers s’y prête bien, d’ailleurs c’est sans doute le titre que j’ai le moins apprécié à la réécoute sur cette cassette : l’orgue est trop présent, et l’ambiance beaucoup moins prenante que « the End », auquel il succède (pas facile, j’en conviens).  Pas grand-chose d’autre ne me reste du film : de vagues souvenirs de la scène de rencontre entre Jim Morrison et Ray Manzarek sur une plage, le pétage de plomb de John Densmore sur scène lors d’un pseudo discours politique et embrumé du chanteur pendant un concert (je m’identifie assez à ce mouvement d’impatience), et la tristesse calme de Meg Ryan découvrant Morrison mort dans sa baignoire. 

Deux titres non signés par les Doors figurent aussi au menu de cette BO (et de cette cassette). Il y a l’introduction de Carmina Burana de Carl Orff (« O Fortuna »), si démonstrative qu’une publicité assez marquante en avait été faite sur fond de foule de festival avec ce slogan : « mais que reste-il au Rock ? »   Je dois avouer que c’est une des premières œuvres classique que j’ai appréciée (avec le Peer Gynt d’Edvard Grieg parce que les Who avaient pondu une folle version de « Hall of the Mountain King »). Et puis le non moins célèbre titre « Heroin » du Velvet Underground, un groupe qui a ça en commun avec les Doors que j’en comprends le culte sans en être fan le moins du monde.  Cela dit j’aime beaucoup « Heroin », qui a le mérite en plus de démontrer tout le génie du groupe de Lou Reed. Car factuellement, on est en présence d’une chanson basée sur deux accords, avec un vieux tambour même pas en rythme et un violon tout crissant au fond de la salle. Tout est dans la construction, l’histoire, le cœur qui bat. Pas vraiment tentant au départ, et pourtant terriblement addictif. « Heroin »…. Ah ben c’est sûr que c’est pas le morceau qu’ont retenu les bidasses de la chambrée de Daniel. Dommage pour lui, ou peut être tant mieux : il a ainsi pu tranquillement continuer d’écouter le Velvet Underground sans être emmerdé. Quoi que le connaissant, il a surement trouvé un moyen de gueuler. L’a pas joué avec Metallica, le père Lou ?