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Je parlais cassette précédente d’album carrefour,  le terme est sans doute un peu pourri mais l’essentiel est que l’idée soit comprise.  Voici un autre de ces disques qui m’a ouvert sur des tas d’artistes, bien que je réalise que la gestation a pris pas mal de temps : on retrouvera lesdits groupes sur ces cassettes bien plus tard, au-delà du numéro 100 pour la plupart. Je pense que je suis loin d’être le seul de ma génération à avoir fait plein de découvertes grâce au Tibetan Freedom Concert, tout d’abord parce que l’évènement avait fait grand bruit à l’époque, mais aussi parce que quasiment toutes les stars de la scène alternative figuraient à l’affiche. Ne manquaient peut être que mes chers Smashing Pumpkins  et les Red Hot Chili Peppers, programmés respectivement à l’édition précédente et à la suivante, les deux plus grosses en terme d’affluence d’ailleurs. Mais c’est bien la deuxième édition, celle de 1997, qui donnera lieu à l’enregistrement du triple CD Live qui nous occupe aujourd’hui, et que j’avais sans doute emprunté en premier lieu pour le « Fake Plastic Trees » de Radiohead, mais aussi pour quelques autres grands noms de l’époque, dont Ben Harper.

 

Voilà qui date d’ailleurs tout de suite l’enregistrement : c’est donc Ben Harper qui, en sa qualité de plus grand artiste rock du moment, a l’honneur d’ouvrir le bal (après des prières de moines tibétains dont, moi comme l’immense majorité des spectateurs, n’avaient rien à branler, même s’ils étaient officiellement la raison d’être de ce concert). Le guitariste est à son apogée, d’ailleurs tout le monde aime ses albums, tout le monde l’écoute, et personne ne se doute que dix ans après seuls quelques acharnés s’y intéresseront encore (bon moi j’ai tenu jusqu’en 2006, c’est déjà pas mal). Bref, ce « Ground on down » tiré pourtant du relativement acoustique Fight for your Mind contient déjà peut être les germes de cette improbable chute : intro ultra saturée à la Hendrix, chant démonstratif au possible, le morceau reste bon mais sa version live fait un peu tiquer aujourd’hui. Pas comme le blues déchiqueté « About a Boy » (pourtant d’une incroyable puissance) psalmodié pendant 7 mn par la grande prêtresse Patti Smith,  dont j’avais déjà acquis en vinyle et fortement apprécié le séminal Horses. Comme prévu, ou plutôt encore plus que prévu, le « Fake Plastic Trees » de Radiohead est énorme. Il faut dire que c’est l’un de leurs meilleurs titres, qui garde sa force émotionnelle intacte encore aujourd’hui, après des centaines d’écoutes. La version live, sans s’écarter énormément de son pendant studio, amplifie cependant le contraste entre la basse précise et imposante d’un côté,  les mélodies de guitares délicates et le chant sur le fil de l’autre, jusqu’à la rupture saturée qui colle irrémédiablement le frisson.

 

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Inutile de dire qu’après ça, U2 fait pâle figure. Je sais, ça fait un peu snob de dire ça. Pourtant je ne suis pas hostile sur le papier au groupe de Bono, il ne m’a jamais intéressé mais j’ai toujours apprécié la plupart de ses tubes, au premier rang desquels un « One » que je trouve systématiquement émouvant quand je tombe dessus à la radio. Sauf que malheureusement la version enregistrée ici est foirée, notamment à cause d’un chant vraiment limite. Manque de bol pour U2, « One » est coincé sur cette cassette entre deux des meilleurs extraits du disque. Mais on va faire durer un peu le plaisir et se garder Sonic Youth pour plus tard. Puisqu’on a évoqué Ben Harper et Radiohead, enchainons rapidement sur les autres noms que je maitrisais relativement à l’époque. Foo Fighters et Rage Against the Machine viennent asséner leurs tubes respectifs « This is a Call » et « Bulls on Parade » sans faire de fioritures, concluant chacun une face de la cassette sur un bon poing dans la gueule. Alanis Morissette, autre artiste à s’être irrémédiablement perdu après les 90’s (beaucoup plus vite que Ben Harper en fait), profite de ses derniers instants de notoriété sur le funk acoustique de « Wake Up », beaucoup moins sympa que la plupart des tubes de son célèbre Jagged Little Pill, mais dont le titre militant était sans doute plus adapté à la tonalité de l’album. Voire, puisque le Tibetan Freedom Concert réserve quelques pistes à de belles ballades acoustiques, autrement plus intéressantes que ce qui vient juste de précéder.

 

 

Plus intéressantes, car elles mettent en lumière un coté relativement méconnu des trois artistes auxquels je pense.  Il y a d’abord R.E.M, ou plutôt le duo Michael Stipe / Mike Mills pour une version piano voix splendide du titre « Electrolite ». R.E.M, je l’ai dit plusieurs fois sur ce blog, est un groupe que j’ai loupé à quelques années près à sa grande époque, mais dont j’aurai aimé être fan. On verra d’ailleurs par la suite dans cette rubrique que j’ai emprunté pas mal de leurs disques, et j’ai encore insisté longtemps après, fréquentant un fan ultime en la personne de Julien, guitariste de mon groupe. Malgré un intérêt sincère et de belles découvertes, je n’ai jamais complètement accroché à R.E.M, mis à part peut-être sur le minimaliste Up (on vérifiera ça dans quelques temps). Minimaliste, le mot est lâché : les compos sont belles, mais il doit y avoir quelque chose dans la production, dans les arrangements (et sans doute dans le jeu de batterie), qui me dérange, puisque les fois où je suis vraiment bouleversé par R.E.M, c’est dans ces enregistrements spéciaux en formation restreinte. Je pense au « So. Central Rain » acoustique des tournées Document, ou à ce « Electrolite » dont je n’ai du coup jamais osé écouter la version studio sur l’album New Adventures in Hi-Fi.  Avec Pearl Jam, ce n’est pas tout à fait la même chose, puisque je connais bien mieux le groupe et qu’un de leurs disques fait même partie de mes classiques (Vitalogy). Je dois cependant dire que je ne suis pas un grand fan de Ten, et que j’ai de toutes manières quasiment toujours préféré leurs ballades. Et ce n’est bien sûr pas ce duo guitare / chant sur « Yellow Ledbetter », B-Side si splendide qu’elle est devenu un classique de concert aussi attendu que les tubes du groupe, qui me fera changer d’avis. La voix d’Eddie Vedder n’est pourtant pas bien plus assurée que celle de Bono, mais  mêlée aux arpèges de Mike McCready elle dégage une émotion autrement plus vivace. Dernier artiste à avoir délaissé pour mon plus grand plaisir l’électricité (et son tube matraqué « Loser »), Beck nous gratifie d’une jolie ballade tristounette tirée du méconnu One Foot in the Grave. J’ai de même essayé plusieurs fois de m’intéresser à l’artiste sans trop y parvenir, jusqu’à ce qu’il finisse par sortir en 2002 Sea Change, un album entier de compositions de ce style, qui reste le seul de Beck à m’avoir entièrement accroché (enfin je ne crois pas avoir beaucoup suivi la suite de sa discographie il faut avouer).

 

 

 

Avec ces noms que je connaissais de près ou de loin, j’ai retenu aussi sur cet enregistrement quelques chansons s’éloignant du style que j’écoutais habituellement. Bon, n’exagérons rien, on ne trouvera pas traces des stars de hip hop pourtant nombreuses à l’affiche du festival, puisque j’étais encore plus hermétique à ce style à l’époque que je ne le suis aujourd’hui (les Beastie Boys, pourtant organisateurs du concert, en feront notamment les frais). Mais il y a quelques titres festifs, du Ska avec les Mighty Mighty Bosstones ou Rancid, du Blues relevé aux cuivres avec Taj Mahal and the Phantom Blues Band, de la free pop tibétaine (Dadong) et une espèce de rock alternatif jazzy plein de basse, de percus et de cuivres avec Porno for Pyros, dont le seul groupe que je connaisse à s’approcher vaguement est les Red Hot Chili Peppers. S’il n’est pas étonnant que je ne sois pas allé chercher plus loin que ces sympathiques titres pour les autres groupes, j’aurai pu un peu plus creuser celui-ci attendu que son leader, Perry Farrell, fut aussi celui de Jane’s Addiction, l’un des groupes fondateurs du mouvement alternatif, qu’on citait souvent en compagnie de Pearl Jam et des Smashing Pumpkins. Cela dit, si Jane’s Addiction comme Porno for Pyros ont vendu quantité d’albums et ont sur le papier une aura culte du à leur statut de précurseurs, je n’ai jamais croisé un de leurs fans, pas plus que je n’ai vu un de leurs disques cités en référence sur les très nombreux blogs musicaux que j’ai pu parcourir depuis des années. Il arrive parfois qu’un groupe  soit plus inventif que bon, mais nous en jugerons bientôt puisque j’avais quand même emprunté un best of de Jane’s Addiction à la médiathèque.

 

 

Mais nous voici arrivé au dernier paragraphe, pour lequel j’ai réservé mes meilleurs superlatifs, pour trois artistes qui vont sur le Tibetan Freedom Concert se révéler à moi. Les Sonic Youth, on les a déjà croisés à trois reprises dans ces cassettes, et jusqu’à présent le bilan est mitigé. J’ai apprécié la personnalité du groupe, une bonne partie de leurs compositions, mais mon véritable attachement commence là, sur ce magistral « Wildflower » de presque 10 minutes. Débuté dans un déluge noise, le morceau se poursuit dans une construction post rock qui verra notamment un passage où les deux guitares se répondent devenir l’un de mes extraits musicaux préférés de tous les temps, avant une accélération énorme se terminant dans l’explosion noise initiale. Sonic Youth aura désormais un autre statut pour moi, ce que confirmera l’écoute des albums à partir de Washing Machine : je suis clairement un afficionado de leur deuxième partie de carrière. Pour Pavement, ce sera plus long. La première fois que j’ai entendu parler du groupe, c’est en effet dans un magazine consacré aux Smashing Pumpkins où j’apprendrais qu’un couplet de leur plus grand tube, « Range Life », massacre avec mépris mon groupe fétiche d’alors. Une légitime méfiance m’aura alors tenu éloigné de Stephen Malkmus et ses potes, mais le nom m’est resté en tête et l’affaire aura attisé ma curiosité, vivement relancée par la présence sur ce disque de « Type Slowly », à jamais l’un de mes favoris. L’ironie veut qu’avec ses superbes arpèges de guitares entremêlées enchainé avec un passage lourd et violent survolé d’un bon gros solo saturé, cette version live soit un exemple typique du rock alternatif délivré à longueur de disques par les Smashing Pumpkins. Seul le chant incroyablement faux vient apporter le décalage habituel chez Pavement (et encore certaines mauvaises langues diraient que la seule différence avec Billy Corgan c’est que là, c’est volontaire…) Il me faudra encore un moment avant de franchir le pas (cassette 120, faut prendre son mal en patience), mais j’avais d’ores et déjà intégré qu’on peut être une belle bande de frimeurs cyniques en même temps que des musiciens géniaux. Et puis finissons par le mystère Bjork. Auraient-ils sélectionnés un autre titre que, peut-être, je ne me serais jamais intéressé à l’Islandaise la plus connue au monde. Mais voilà, la première fois que j’écoutais Bjork ce fut sur ce disque, et ce fut « Hyper-Ballad ». De très loin mon titre préféré de l’artiste, mais aussi l’un des plus marquants que je connaisse de manière générale. Par la suite, je n’ai eu de cesse de retrouver dans la discographie de Bjork ce concentré d’émotion, ne pouvant me résoudre à ce qu’elle n’est pas récidivée à quelques occasions ce coup de génie. J’ai emprunté pas mal d’albums, acheté des bootlegs, écouté des remixes, j’ai fait de belles découvertes, mais n’ai rien retrouvé qui puisse se rapprocher d’ « Hyper-Ballad ». Je crois que finalement, Bjork restera pour moi l’artiste d’une seule chanson.

 

 

Alors, parmi les lecteurs de ce trop long article, combien aussi considèrent cet album  comme une rencontre majeure dans leur histoire musicale ? Combien étaient ados en 1997 ? Si vous avez du mal à vous en souvenir, concentrez-vous et pensez à un groupe qui cartonnait à l’époque, qui avait évidemment chanté pour le ce  Tibetan Freedom Concert, mais que je n’avais pas retenu sur cette cassette. Que faisiez-vous quand les Fugees  inondaient les ondes radio avec leur « Fu-Gee-La » ? Leur « Ready or Not »? et leur « Killing me Softly with his Song », single qui fait ressurgir en moi une aventure douce-amère sur laquelle, une fois n’est pas coutume, je ne m’étendrais pas plus ici.