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Ceux qui suivent ma série Tape Story savent que j’ai commencé (tardivement) mon éducation musicale par le Metal dans sa plus pure tradition chevelue. WASP entre autres, dont il ne me serait pas venu à l’idée d’aller raviver les souvenirs en allant renifler des effluves de poil transpirant et de cuir quadragénaire dans une fosse si mon regard, balayant rapidement la programmation du Transbordeur, n’était tombé sur l’affiche de la tournée reIDOLized. Pas de doute, ce bon vieux Blackie Lawless, pour fêter les 25 ans de la sortie de the Crimson Idol, allait rejouer en concert l’intégralité de ce cultissime concept album. Enfin, cultissime, pour moi – rappelons que c’était une des pièces majeures de ma participation au Hall of Shame organisé par Guic – et pour très peu de mes potes actuels. En fait, je ne pouvais compter que sur un seul d’entre eux : Fred, aka Chtif. Je n’ai même pas eu à utiliser mon joker (1) vu sa motivation, mais j’étais bien content qu’il ait magistralement ignoré tout un tas d’obligations professionnelles pour m’accompagner, car je n’aurais pas poussé le vice jusqu’à y aller tout seul.

 

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Après un trajet en Tramway à peine perturbé par l’évanouissement d’une jeune étudiante qui nous montrera que les gens sont solidaires tant qu’ils ne loupent pas leur arrêt,  nous voilà en position devant une bière au bar du Transbo pour attaquer ce qui sera l’une de nos principales activités de la soirée : mater. D’abord les looks, blousons de cuir ou en jean floqués de noms surgis du passé, Queensryche, Cradle of Filth, Manowar, j’en passe et des plus drôles, ainsi que quelques inquiétants paramilitaires. Et puis les métalleuses évidemment, toujours tant minoritaires qu’attirantes, mystère adolescent resté éternellement à l’état de fantasme dans la mesure où je n’ai jamais eu l’ombre d’un début d’histoire avec l’une d’entre elles. Pour les gars le cheveu est rare ou, quand il demeure, grisonnant : ce n’est pas une surprise, il n’y a quasiment aucun jeune dans le public, même si pris par l’ambiance et le fond musical à base de Skid Row beaucoup auront eu la sensation d’avoir à nouveau 20 ans. Coup de bol, la première partie est annulée, ce qui permet de passer un agréable moment et de se placer tranquillement dans une salle loin d’être complète, même si l’affluence reste honorable. Les arpèges de la terrible introduction du disque, « the Titanic Overture » (2), annoncent l’entrée en scène de Blackie Lawless, seul rescapé du groupe d’origine (3), et lancent le concert à 21h précises. On remarque d’emblée les trois grands écrans qui, derrière le groupe, diffusent un film en noir et blanc illustrant les chansons de the Crimson Idol. Le résultat est de qualité, WASP s’est bien employé à recréer visuellement cette histoire qui m’avait tant marqué.

 

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Soit donc celle de Jonathan, gamin élevé à coups de ceinture dans le droit chemin de la Sainte Bible par des parents réactionnaires, traumatisé par la mort accidentelle de son grand frère, et qui finit par s’enfuir à l’adolescence vers la ville, ses plaisirs et ses dangers. Alors que l’épique « Chainsaw Charlie », morceau phare du disque, réjouit l’ensemble du public, on voit un jeune homme, arrivé timidement en portant son étui à la main, se transformer en redoutable rock star grâce à l’aide d’un manager aussi efficace que moralement douteux. Thème identique au clip de « Welcome to the Jungle » des Guns N Roses et à tant d’autres, essence même du Hard Rock : affronter ses démons en montrant les muscles, tout en récoltant au passage gloire, filles et pognon. Les détracteurs du style passent sans doute à coté de cette composante majeure, là où beaucoup de fans y voient, consciemment ou pas, une catharsis. Bref, emballé jusque-là par le concert, me voici de surcroit touché.  Comme le fut certainement Blackie Lawless à l’écoute des Who, dont les WASP reprennent régulièrement  le titre « the Real Me » (pas entendu ce soir malheureusement) et dont les références foisonnent, ce qu’en bon fans Fred et moi ne manqueront pas de remarquer. Il y a cette batterie contenant deux fois plus d’éléments qu’ordinaire, bien symétrique autour des deux grosses caisses, dont le batteur usera avec quantité de roulements de toms en imitant ouvertement le jeu de Keith Moon. Et puis le scénario de l’opera rock, dont la trame dans son évolution évoque en filigrane celle de Tommy, avec ce miroir si difficile à briser et ses personnages récurrents, dont la Gitane (« the Gypsy meets the Boy ») et sa mystérieuse prophétie : « be careful what you wish for because it may comes true ». Une phrase sur laquelle j’avais beaucoup  réfléchi, entre deux méditations sur les paraboles du Nouveau Testament, avant d’en saisir tardivement toute la portée. Dans l’histoire, c’est bien sur  la prise de conscience par Jonathan, devenu une immense Rock Star, que le tant rêvé Sex, Drugs and Rock N Roll n’est pas si fantastique à vivre et qu’il lui manque l’essentiel. Pourchassé par les images violentes de son enfance maltraitée jusque sur scène, rejeté par ses parents avec qui il avait courageusement essayé de reprendre contact, Jonathan finit par se pendre avec les cordes de sa guitare. On aimerait savoir à quel point Blackie Lawless se raconte, s’il est aussi hanté par son passé alors qu’il se tient devant nous vaillamment à plus de 60 ans, ou s’il est juste au boulot, en mode automatique. S’il a échappé au destin de son personnage à force de se répéter le mantra Christique (décidemment) « Only Love set me free ». J’ai lu en tout cas qu’il a retrouvé la foi depuis une quinzaine d’années, d’où la relative et bienvenue sobriété du spectacle : pas de films pornos en fond,  pas de scie circulaire, de jaillissement  d’étincelles ou de sang, évité le Grand Guignol qui aurait fortement nuit à l’ambiance réclamée par the Crimson Idol.

 

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Sobriété qui était aussi de mise pour la tenue du leader, assumant son âge, avec un simple T-Shirt noir ne planquant pas son bide et le minimum syndical en termes de maquillage. Si je craignais le chant de Blackie Lawless, déjà peu harmonieux du tant de sa jeunesse, j’ai été très agréablement surpris, allant jusqu’à me féliciter des très rares écarts signalant que je n’avais pas affaire à un Play Back. La voix est juste et porte loin, beaucoup moins éraillée ou agressive que dans mon souvenir. Les solos de guitare, passage obligatoire mais savoureux (et pas envahissant) de chaque titre, étaient confiés à un branleur de manche sympathique, assurant ce qu’il faut de spectacle sans pour autant donner dans la surenchère. Le son de batterie est assez chaud, plus proche du tambour que de la caisse claire tranchante, ce qui me permettra d’écouter le concert sans protection auditive, le bassiste étant lui aussi dans ce juste dosage d’attitude rock s’arrêtant avant que n’apparaisse le ridicule. Bon, il nous fera quand même marrer parce qu’il ressemble à Francis Lalanne. Faut pas déconner non plus, j’ai beaucoup fait mon sérieux jusqu’à présent, mais on s’est aussi bien amusé. Qui ne peut sourire en entendant la balade « Hold on to My Heart », aussi sympa que caricaturale ? Et l’on s’en donnera à cœur joie lors des inévitables passages dis du « Jean-Michel A Vous ! », ceux où le public est invité à beugler le refrain en lieu et place de l’artiste. Public très calme (on s’en serait douté) mais bien enthousiaste et participatif. C’est surtout lors du rappel, me confortant dans l’idée que n’eut été l’interprétation de cet album fétiche je n’aurais pas forcément gouté à un concert complet de WASP, que l’on va lâcher les saillies avec Fred. Il faut dire que pour les trois tubes interprétés, extraits des deux premiers albums (milieu des 80’s), WASP fera l’erreur de diffuser en arrière-plan les clips, mettant cruellement en avant l’effet des décennies écoulées sur le physique du chanteur, mais surtout nous plongeant dans le pire cliché Glam Metal des années 80. Pas grave, on prend plaisir à écouter ces efficaces tranches musicales du passé, mis à part un improbable slow nommé comme le dernier album en date (Golgotha, 2015) qui nous permettra de nous soulager des binouzes ingurgitées dans la soirées avant de revenir pour un « I Wanna be Somebody » bien prolongé en point final d’un concert ayant tenu toutes ses promesses (4). 

 

(1)    Vous vous souvenez qu’il m’en devait une depuis l’épisode Magma…

 

(2)    Sans doute une référence au premier titre du premier album d’Alice Cooper, autre légende du Hard dont nous recauserons très prochainement dans cette rubrique.

 

(3)    WASP fête aussi ses 35 ans d’existence, d’où le T-Shirt arboré par le leader mais aussi bon nombre de spectateurs

 

(4)    et son timing, puisqu’il est 22h30 précises

 

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Setlist : The Titanic Overture - The Invisible Boy - Arena of Pleasure - Chainsaw Charlie (Murders in the New Morgue) - The Gypsy Meets the Boy - Doctor Rockter - I Am One - The Idol - Hold on to My Heart - The Great Misconceptions of Me // L.O.V.E. Machine - Wild Child – Golgotha - I Wanna Be Somebody