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Le 8 Décembre, c’est la fête des lumières à Lyon. Un évènement devenu si touristique que je n’ose plus y aller, trouvant  la foule trop dangereuse pour les enfants. Mais le hasard faisant bien les choses, c’est la date qu’avait choisi Girls in Hawaii pour revenir à l’Epicerie Moderne, où je les avais vu il y a 4 ans pour la tournée Everest. Et c’est bien le doux souvenir de ce concert, et notamment des lumières qui l’avaient accompagné, qui me décida vite à prendre ma place, nonobstant un nouveau disque relativement décevant. Certes il était quasiment acquis qu’Everest  le bien nommé resterait le sommet de la discographie d’un groupe à priori bien trop gentil et lisse pour m’accrocher. Mais Girls in Hawaii a souvent su, de manière difficilement explicable, me séduire par son mélange de mélodies ensoleillées et de vague mélancolie dans le chant, et j’espérais qu’il en fut de même pour ce Nocturne. Tout commençait pourtant parfaitement et en terrain connu avec une jolie introduction émouvante tout en guitare et piano, suivie par deux morceaux de pop mélodique au style reconnaissable (« Guinea Pig » étant tout à fait comparable à « Misses », premier single d’Everest). Par la suite, Girls in Hawaii laisse rentrer des sons electro  et des claviers un brin disco, mais pour on ne sait quelle raison j’aime assez « Indifference » (1), et je trouve l’ambiance electro très calme de « Blue Shape » bien réussie. Cependant, à force de jouer avec le feu, il fallait bien que la chute survienne, ce qui est fait avec le très moche « Walk », digne des pires programmations radiophoniques. Nocturne ne s’en remettra pas et la fin du disque est ennuyeuse au possible.

 

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Cela n’a pas empêché l’Epicerie d’afficher complet (comme la dernière fois), et je m’en rends cruellement compte en arrivant (assez tardivement) à Feyzin où chaque bout de trottoir disponible est occupé, les spectateurs ayant rempli jusqu’à ras bord les différents parkings environnants, sauf la mini place où seule la Buzemobile peut se garer, restée libre en l’absence de son propriétaire certainement parti se geler les miches en haut d’un quelconque sommet brouillardeux. Nicolas Michaux a déjà commencé son set, accompagné d’un excellent trio de jeunes musiciens. Les premières chansons, évoquant le rock bluesy simple mais bien ciselé de Ryan Adams, commencent tranquillement à m’accrocher, avant que les bougres ne se mettent à faire du Funk. Je fuis bien évidemment immédiatement la salle, pensant revenir après ma pause toilettes pour voir si le groupe est revenu à la raison, mais je croise le couple de passionnés de musique le plus sympathique de la région qui, bien qu’à un âge avancé et propriétaire de trois adolescents, se permet d’écumer continuellement l’ensemble des salles lyonnaises, je veux bien sur parler de Christophe et Valérie. Bon du coup j’ai bavardé et tout raté la fin de la première partie, et la fosse est bien dense quand nous tentons une incruste échouant à une distance respectable de la scène. Tout ça pour que je déménage au bout de trois chansons parce qu’il y avait des géants devant nous et surtout un couple qui entamait un marathon des  comportements insupportables dans une fosse (c’était clairement un concert de couple d’ailleurs, ça se bisouillait de partout autour de moi). Entre temps les 6 membres de Girls in Hawaii étaient entrés sur scène, attaquant d’emblée par une de leur meilleures chansons, « Flavor », qui finissait auparavant leurs shows dans un déluge de décibels et qui fut présenté ici en version courte et sombre. Introduction plaisante aussitôt prolongée par « This Light », le beau premier titre de Nocturne, avant une première montée de tempo sur « Indifference » puis « Switzerland », morceau bien soutenu d’Everest.

 

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Le premiers tiers du concert, exclusivement consacré aux deux derniers albums, expose déjà tout le professionnalisme du groupe, s’appuyant souvent sur le solide chant à deux voix des leaders bien mis en avant sur la scène. Si l’on pouvait craindre la surenchère à la vue du nombre de musiciens, pouvant compter jusqu’à quatre guitaristes ou trois claviéristes, il n’en est rien : les Girls in Hawaii sont experts dans l’art de poser une ambiance, de n’apporter que le nécessaire à une chanson, quitte à ne jouer que quelques notes sur les plus délicates, se permettant aussi d’appuyer tous ensemble pour les quelques extraits bien rocks qu’ils proposeront à un public aux anges, comme par exemple « Time to Forget the Winter » issu de Plan your Escape. Une autre réussite du concert, mis à part donc ce son maitrisé  et cette diversité d’intensité, sera une setlist qu’on peut presque qualifier d’idéale. Non seulement Girls in Hawaii piochera progressivement dans chacun de ses quatre albums à part quasiment égales, mais encore il en sélectionnera les meilleurs extraits (2). Ce fut particulièrement vrai pour un Plan your Escape dont une excellente moitié nous fut servi (y compris, surprise, le savoureux instrumental « Road to Luna »), mais de «Misses » en « Not Dead » en passant par les vieux « Found in the Ground » ou « the Fog », l’enchantement ne fut brisé que l’espace d’un enchainement de deux rébarbatifs nouveautés dance,  «  Walk » et « Monkey ». Encore que le spectacle lumineux travaillé par l’équipe du groupe, largement à la hauteur de ce que j’eu pu voir en grelottant à Bellecour, ne laissa aucunement place à l’ennui. Dernier atout de ce concert, et non des moindres, les éclairages amenaient un surcroît de nuances aux chansons, simulant une nuit étoilée pour les moments calmes, explosant en boules à facettes et rayons épileptiques pour les moments dansants, posant au-dessus du public un brouillard bleu (pour « Blue Shape », bien sûr) ou un arc en ciel (pour « Colors », évidemment). Bien placé dans les derniers rangs au centre de la fosse, j’en pris plein les yeux et les oreilles, ne voyant pas le temps passer jusqu’à un final relevé avec « Birthday Call »  et une version corsée de « Rorschach » en conclusion.

 

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Un rappel est évidemment prévu, qui commence tranquillement sur « Guinea Pig » et offre ensuite un paisible « Colors », dont j’avais oublié combien il me plaisait. Ce titre fut introduit par une des anecdotes dont Antoine Wielemans parsèmera le concert, assez représentative puisqu’elle évoquera de la tisane d’une herbe débarrassée de ses psychotropes achetée en Suisse. De la gentillesse en barre donc, que le groupe tout sourire n’aura eu de cesse de déverser sur le public, jusqu’à cette très belle surprise : la reprise du « Am 180 » de Grandaddy qui va comme un gant au groupe Belge, nous réjouissant par ce tube des magnifiques losers Californiens. Le public insistant de plus belle se voit récompensé d’un ultime morceau interprété en duo par les deux meneurs de Girls in Hawaii, une émouvante version de « Plan Your Escape », balade crépusculaire idéale pour achever une belle soirée musicale.

 

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Pour la prolonger un peu, je retrouve mes amis avec lesquels je parlerai longuement éducation : vu qu’ils ont dix ans d’avance sur moi sur le sujet, j’ouvre grand les oreilles histoire de bien anticiper ce qui va inéluctablement survenir (j’ai pas hâte… mais au moins je pourrais sortir avec Mélaine quand bon me semblera…). Je croise aussi rapidement David, avec qui ma première discussion (lors d’une crémaillère) avait porté sur le rock Belge, et qui semble ravi de ce concert, puisque c’est celui qu’il aura préféré des 3 ou 4 de Girls in Hawaii auquel il a assisté.  Pour moi, à défaut de concert d’anthologie ou pouvant alimenter les discussions animées de potes à grands éclats de rires, ce fut simplement une parenthèse enchantée dans l’hiver, soit donc parfaitement ce dont j’avais besoin…

 

(1)    Qui contient pourtant un Truck Driver’s Gear Change, un truc que je ne supporte pas en général

 

(2)    Manquait juste une de mes favorites, « This Farm will end up in Fire »…  

 

Setlist: Flavor -This Light – Indifference – Switzerland – Misses - Blue Shape - Not Dead - Found in the Ground - Sun of the Sons - Time to Forgive the Winter – Walk – Monkey - The Fog - Road to Luna - Birthday Call – Rorschach // Guinea Pig – Colors - AM 180 // Plan Your Escape

 

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