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L’autre jour, il m’est arrivé un truc horrible : j’ai acheté un disque de Queen. En plus je me suis fait toper par La buZe, qui passait justement par-là, et qui s’est empressé de le raconter sur son blog. Heureusement qu’il a 3 lecteurs et demi, sinon c’était la honte intersidérale. Songez que ça fait des années que je dis à Fred, grand fan devant l’éternel moustachu, que Queen c’est tout pourri alors même que je n’en connais quasiment rien si ce n’est les tubes figurant sur ce Greatest Hits, répétant par là une mauvaise foi qui me fait bondir chez tous les détracteurs de, au hasard, Guns N Roses (heureusement Fred aime aussi beaucoup les Guns N Roses). Bon, j’ai effectivement acheté ce Best Of pour mon fiston, je vous expliquerai pourquoi d’ici peu, mais il est temps que je l’avoue : il figure(1) bien planqué parmi mes premières cassettes, entre deux best of maison des Guns. J’ai en effet découvert les deux groupes en même temps, mais on voit d’emblée que le traitement n’est pas identique : luxueuses jaquettes colorées patiemment ciselés main pour les Guns, anonyme cassette sans même tracklisting pour Queen.  Avec le recul, il y avait pourtant beaucoup de reproches que je faisais inconsciemment à Queen qui pouvaient parfaitement s’appliquer à mes idoles (hymnes de stade, groupe ringard, un certain sens du mauvais gout…) et aussi quelques qualités communes (guitariste virtuose, bonne présence du piano, mélange de rock et de ballades). Quant à l’avis de mes contemporains, il était également méprisant, voire plus rude concernant les Guns, étant donné qu’il est impossible de détester complètement la majorité des chansons de la cassette ici présentée, tant elles sont sympathiques.

 

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Et c’est bien là pourquoi je fus fan des Guns, groupe qui causait de drogue et de gonzesses faciles, multipliant les castagnes alcoolisés et les scandales, rebelles tatoués et chevelus, plutôt que les sages anglais parlant continuellement d’amour ou de choses positives. « Don’t Stop me Now » par exemple, est si irrésistible qu’elle a été élue chanson la plus réjouissante de tous les temps, on  l’écoute et hop !, on a la patate. C’est terriblement navrant. Même la choucrouterie « Bohemian Rhapsody », qui réussit l’exploit d’associer le rock progressif, l’opéra et le hard rock en une sorte de créature de Frankenstein musicale, est marrante: « Oh, mama mia, mama mia Mama mia, let me go», ça se gueule bien. Oui parce que pour le chanter, y’en a qu’ont essayé, ils ont eu des problèmes… Genre Axl Rose, soit disant le chanteur ayant la plus grande tessiture vocale au monde avec 5 octaves et demi (Mercury est onzième). Suite au texte douteux de « One in a Million », Axl Rose voit dans le concert hommage Freddie Mercury Tribute l’occasion de se racheter auprès de la communauté Gay, en réalisant le double combo reprise de Queen / duo avec Elton John. La version de « Bohemian Rhapsody » enregistrée à cette occasion et figurant sur un de mes bootlegs est si horrible que même moi en avait rigolé à l’époque.

 

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Franchement, les photos sont sans appel: on voit clairement qu'il y a un rebelle et un coquet.... 

 

Car Queen, c’est avant tout Freddie Mercury. Et cela est sans aucun doute une autre raison de mon désintérêt : moi qui étais avant tout attentif à la guitare et à la batterie, je n’avais que faire de ces compos axées principalement sur des chœurs gospel, des simili vocalises, et globalement sur le charisme et l’organe inégalé du chanteur. On a bien quelques fulgurances de Brian May de temps en temps (le solo de « We will Rock you », son unique intérêt), mais qui donc connait le nom du batteur et du bassiste ? Le fait de gloire de John Deacon, c’est le riff de basse de « Another One Bites the Dust », soit donc un titre qui sans le chant et le phrasé unique de Freddie (à qui on laisse d’ailleurs une bonne partie a capella), apparaitrait pour ce qu’il est : du funkouille de merde. Quant à Roger Taylor, son jeu est idéal pour travailler la batterie. Ce qui m’amène enfin au point de départ de cet article : à son premier court de solfège, mon fiston a étudié « We will Rock You ». Noire Noire Blanche. La base de la base. Pour son court de batterie, il pourra se faire la main sur les chansons aux rythmiques lourdingues, travailler ses gammes, pour ensuite s’attaquer aux morceaux progressifs qu’on imagine bien transcrits sur partition. Aucun feeling, un truc impersonnel au possible, à une exception près : « Now i’m there », qui n’est pas sans rappeler les Who, et qui sans surprise est l’un de mes titres favoris. Mais d’ici là, Malo aura j’espère changé de référence en grandissant.

 

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Pareil, la différence saute aux yeux...

 

Pour l’instant, mon cadeau de Noel est un succès total, pour ses frangines aussi d’ailleurs. Ce qui m’a amené à une révélation : si je suis mal à l’aise avec Queen, m’interrogeant sur mon snobisme, sur ces extraits universels et irrésistibles, ainsi que sur ces autres objectivement kitchs ou racoleurs, bref, sur ce quatuor aussi impossible à aimer qu’à détester totalement, c’est tout simplement qu’il s’agit…. du meilleur groupe pour enfants du monde ! La preuve ultime, c’est quand même « Bicycle Race », avec son improbable solo de sonnettes. Mes trois gamins m’ont d’ailleurs interprété une superbe version playback de cette chanson, prestation filmée qui fera le bonheur des convives de leur éventuelle future soirée de mariage. Me voici donc dorénavant doté d’une pirouette géniale : lorsqu’on me demandera mon avis sur Queen, j’aurai cette réponse (commune avec Henri Dès et tant d’autres) : c’est très bien, pour de la musique pour enfants !

 

 

Je mets cependant à part deux titres, que j’apprécie beaucoup, et qui ne figurent pas sur ce Greatest Hits. Le premier introduit cette cassette, et est un éclatant symbole de tout le paradoxe de Queen. Il s’agit de « Show must Go On », soit Queen dans sa période la plus pénible, avec énorme synthétiseur, dithyrambes pompiers et finesse musicale pachydermique, mais qui est aussi, pour des raisons évidentes, l’une des chansons les plus émouvantes du monde. Et puis la magnifique « Under Pressure ». Quand Axl Rose croisa David Bowie, cela se termina en tentative de castagnage parce que le génie s’était permis de flirter avec Erin Everly (sans doute tentée par la perspective de passer une soirée avec un mec doté d’un cerveau). Quand Freddy Mercury croisa David Bowie, cela se termina par leur collaboration sur un titre qui faisait le bonheur du public des deux artistes. Et fait le mien, lorsque je le croise au détour d’un bootleg des tournées récentes de Bowie. Le genre de chanson qui me met en joie, et me donne envie de chanter à tue-tête. Mais chut !, chers 3 lecteurs et demi, que cela reste bien entre nous….

 

(1)    C’est presque le même dans le désordre, à quelques chansons près, notamment la présence sur la cassette de « Show Must Go On » bizarrement absent de l’édition CD.

 

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