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The Limiñanas, un nom que je vois trainer régulièrement en couverture de journaux que je ne lis pas. Un duo venu de nulle part (le mari aux guitares, la femme à la batterie, line up d’escrocs popularisé par les White Stripes) excitant des journalistes propre sur eux prompt à annoncer la nouvelle sensation rock  pour attirer le chaland. De quoi alimenter la hype, et voir revenir la pochette de Shadow People  sur le tapis virtuel à de trop nombreuses reprises. Fallait-il qu’il n’y ait vraiment pas grand-chose à se mettre sous la dent en ce mois de Janvier pour que je daigne m’y intéresser… C’est décidé, j’allais leur rendre visite pour tirer sur la fausse barbe du gars et gratter les tatouages décalcomanie de la gonzesse. 

Lionel Limiñana était venu m’accueillir. Du moins était-il sorti du mobil home en entendant les chiens aboyer et s’était-il planté sur l’allée poussiéreuse les bras croisés, attendant que je parcoure la centaine de mètres sous un soleil de plomb en me dévisageant derrière ses lunettes noires.  Arrivé devant lui, je n’avais déjà plus du tout envie de lui tirer sur la barbe, et je luttais pour ne pas baisser les yeux, certain que ce serait pour lui le signal de me renvoyer chez moi avec un coup de pied au cul ; J’ai tenu, on s’est regardé un moment, comme lorsque la musique d’Ennio Morricone annonce une scène de duel dans les vieux Western. Finalement Marie est sortie du Mobil Home, une bouteille bizarre à la main, qu’elle m’a tendu sans un mot. On aurait dit une bouteille de Tequila, avec beaucoup de couleurs. J’ai bu une gorgée d’un liquide fort et un peu épais. Lionel m’a lancé « je ne serais plus la tête de turc de qui que ce soit », puis, sans que je sache trop comment, la musique a commencé. Les Limiñanas semblaient avoir convoqué tous les gros branleurs du rock. Leurs titres étaient composés de quelques accords et on entendait plus le tambourin que la batterie, autant dire que j’ai tout de suite pensé aux Dandy Warhols. Le genre de plans qui, sans la morgue et la décontraction orgueilleuse du groupe de Courtney Taylor-Taylor, rendrait n’importe qui ridicule. Les Limiñanas avaient largement assez de classe pour assurer sur ce terrain-là, d’ailleurs  ils allèrent encore plus loin en jouant la chanson que les frères Reid n’avaient pas réussi à composer depuis le prétendu grand retour des Jesus and Mary Chains (avec l’aide de Peter Hook, apparemment). 

Ma tête commençait sérieusement à tourner, j’avais repris quelques verres de l’étrange breuvage alors qu’un gars psalmodiait une improbable histoire sur une copine Suzie ou Vicky je sais plus, sur une musique hypnotique et interminable, bref : irrésistible. Le local, encombré de pièces de Harley et de canapés défoncés, semblait s’agrandir au fil des titres et accueillir de plus en plus de monde. Dans les brumes et les basses envahissantes j’ai cru apercevoir Iggy, puis les Beatles venus tranquille faire des chœurs, avant que Gainsbourg ne se pointe avec quelques filles aussi bien roulées que son indispensable et éphémère amie nicotinée.  A ce moment-là j’avais oublié les raisons de ma venue, il me semblait connaitre cet improbable lieu depuis des années bien qu’à ma montre une demi-heure à peine s’était écoulée. Quand je me réveillais, tout avait disparu, j’étais allongé à poil sur le sable. Dans ma main, un disque rouge, dédicacé : de la part des copains. Il ne me restait plus qu’à rentrer chez moi, un étrange sourire aux lèvres.