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Au Collège et Lycée, je l’ai déjà évoqué sur ce blog, j’étais dans une école privée Marseillaise qui s’enorgueillissait de ses 100 % de réussite au bac. Bien sûr, ce résultat n’était obtenu qu’en triant très soigneusement les élèves, écartant année après année tout ceux dont on détectait qu’ils puissent potentiellement échouer à l’examen, ce qui en faisait donc en réalité un très mauvais établissement scolaire. C’était une école jésuite, dont les prêtres se contentaient du catéchisme et ne donnaient plus cours comme dans l’ancien temps, cependant le directeur était Jésuite jusqu’à la fin de ma scolarité, et c’était plutôt un bien, car si la Tradition était une valeur importante et parfois lourde, elle comprenait aussi son lot de joyeusetés - notamment le carnaval des terminales qui étaient autorisés à envahir les autres classes déguisés et y foutre le bordel (l’année après mon départ, le directeur fut remplacé par un laïque et cette Boite à Bac perdit progressivement le peu d’âme qui lui restait (1)). 

 

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Une initiative originale que je vécu fut l’organisation par un groupe de profs d’un festival de cinéma durant les derniers jours scolaires restant après le bac de Français. Les élèves devaient se répartir en groupes de 5 à 10, se munir d’un caméscope auprès d’un parent et produire un petit film au cours des 2-3 jours laissés libres à cette intention, avant une projection dans la salle de spectacle et un vote par catégories, comme aux Césars. N’ayant pas de caméscope et très peu d’amis, je ne fus intégré dans un groupe in extremis que grâce à la gentillesse de Laurent, qui m’offrit un vague rôle de figurant dans le scénario qu’il avait imaginé (rappelons qu’il était absolument obligatoire de participer au festival sous peine de sanction, évidemment). Laurent faisait partie de ces rares élèves (n’existant probablement que dans ce genre d’écoles) qui était admiré par beaucoup tout simplement parce qu’il était très brillant, excellant dans toutes les matières mais particulièrement en littérature (gros succès auprès des filles de la section A – et un 20 en oral de français, pour l’anecdote). Son scénario, qu’il avait dû tirer d’une nouvelle de je ne sais quel auteur, s’appelait Un Ver à la Maison, une histoire que je retrouverais à mon grand étonnement bien plus tard dans le film Harry, un ami qui vous veut du bien. J’ai passé les deux jours du tournage à lire des Bds dans la chambre de Laurent pendant que les autres multipliaient les prises, et à écouter les chansons que Laurent avait choisi pour la bande son. Parmi elles figurait une pièce instrumentale au piano de William Sheller que je trouvais absolument géniale, mais dont je ne notais pas l’intitulé (comme un con). C’est donc 5 ans plus tard, en tombant à la médiathèque sur un coffret de Sheller, que je cru pouvoir enfin retrouver ledit titre. Pas de bol, 4 Cds et 61 morceaux, mais pas celui que je recherchais. J’en profitais pour enregistrer un bon quart de ce Carnet de Notes, d’où sa présence incongrue sur cette cassette 065.  

 

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William Sheller, je ne sais vraiment pas comment il est considéré aujourd’hui. Fait-il partie de ces chanteurs français à succès ringardisés tel Jean Jacques Goldman, ou de ces poètes respectés comme Dominique A ? Est-il classé tel un vulgaire Julien Clerc dans la variété (avec un petit v) ou dans les grands messieurs de la Chanson Française (avec un grand C et un grand F, même si elle est souvent Belge) ? J’en sais rien et je m’en fous pas mal, j’y entends un peu de tout, avec en plus ce côté précieux et classique qui sans doute me freina un peu, là où je tombais bien plus tard instantanément fan de Yann Tiersen. Le fait est que Sheller su me séduire avant tout parce que j’adore le piano, et que ce coffret n’est pas avare en superbes mélodies de cet instrument. Outre quelques jolies pièces instrumentales, il y a pas mal de chansons jouées uniquement sur du piano, certainement tirées de l’album live En Solitaire. C’est celles-ci qui ont ma préférence, avec en sommet le tube « Un Homme Heureux », dont la mélancolie m’a toujours accroché, et qui prend d’autres accents encore en ces jours particuliers de mon existence. Il y a de jolis textes (« Genève », « Nicolas »), des arrangements superbes (« les Miroirs dans la boue »), de la musique de chambre, des slows vieillots (« Comme je m’ennuie de toi »), des singles FM 80’s (« Les Filles de l’Aurore »), et des titres tout à la fois touchants et kitsch (« Simplement »). Globalement, c’est très plaisant. Les derniers extraits sont deux compositions jouées par un orchestre que j’ai trouvé très bonnes (« Chamber Music », « Octuor »).

 

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Quant au film Un Ver à la Maison, il récolta un très grands nombre de prix attribués par les Professeurs. Les prix donnés par les élèves allèrent plutôt vers le remake des Bronzés filmé par le groupe des Populaires, dont le bellâtre de la promo en Jean Claude Duss accrochant un nouveau fait de gloire à son palmarès avec son authentique scène du vol du maillot (habillé donc simplement d’une vague poignée d’algues en guise de cache sexe). Comme quoi il y avait encore un peu de place pour la déconne dans ce marasme élitiste.

 

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(1)    Le hasard - ou résonnance, on en reparlera - a fait qu’entre la rédaction et la publication de cet article, j’ai croisé une ancienne élève de cette école qui a tenté d’y inscrire sa fille. Avec ce qu’elle m’a raconté, je m’aperçois que j’étais encore loin du compte….

 

 

 

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Après un court voyage dans les terres désolées de l’album Portishead, dont un magnifique et glacé « Western Eyes », je redécouvre l’album d’un groupe que je connais très peu, et qui ne verra probablement que cette apparition sur mon blog : Faith No More.  Je n’étais pas du tout dans la musique au moment de leur plus grand succès (the Real Thing), à peine lors de la sortie d’Angel Dust (1992), et si la pochette au chien de King for a Day Fool for A Lifetime m’avait marqué j’étais trop occupé ailleurs pour l’écouter. C’est donc avec Album of the Year, apparemment assez bien nommé puisque c’est à force de le voir dans les tops que je l’avais emprunté, que je découvrais Faith No More. Un peu trop tard donc. J’avais plutôt aimé puisque je l’avais enregistré aux deux tiers, et la réécoute a été assez intéressante, mais il est très difficile de juger ce disque sur une seule écoute et sans avoir d’historique ou d’attache avec le groupe. Il y a énormément de styles qui se percutent, depuis le metal violent de « Collision » (paye ta transition avec Portishead), le simili trip hop de « Stripsearch », le hardcore de « Naked in Front of the Computers », les passages de chant pop, le groove fou à la Red Hot (« Home Sick Home »), les claviers à moitié prog… tout ceci est bien dur à appréhender, quoique bien bon dans l’ensemble. On comprend que ces expérimentations et ce talent diversifié fit la gloire de Faith No More, mais qu’il contribua sans doute aussi à perturber un public forcément moins nombreux que pour des formations plus ancrées dans un style particulier. Le rapprochement qui m’est venu le plus souvent à l’écoute est celui avec l’indus produit 90’s style Nine inch Nails ou Marilyn Manson, voire par extension le Outside de David Bowie, mais globalement Album of the Year échappe à toute classification. Un peu trop exigeant pour ma pomme, pas sûr que j’y revienne du coup, surtout qu’Album of the Year fut le dernier du groupe pendant  18 ans, jusqu’à ce que sorte en 2015 un Sol Invictus post-reformation pécuniaire qui n’a semble-t-il pas fait grand bruit.