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TURNSTILE - Time & Space

 

Dans les lots de disques énervés écoutés cette année, Time & Space du groupe Turnstile, originaire de Baltimore, m’a particulièrement accroché. Partant sur des bases punk / grunge, un peu comme si Nirvana n’avait enregistré que des « Territorial Pissings » (à laquelle le titre « Moon » fait énormément penser), Turnstile se démarque en ajoutant quelques touches inhabituelles à leur deuxième album, et une tonalité plutôt fun. Je pense notamment à ces petits délires Metal qui viennent, par une rythmique bien typique (« Generator ») ou un solo incongru (« Can’t Get Away »), casser la linéarité des morceaux. Pour le reste, c’est du hardcore de très bonne facture, 13 titres pour 25 mn d’énergie brute et de hurlements.

 

 

 

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Efrim Manuel MENUCK - Pissing Stars

 

Avec la sortie l’année dernière de Luciferian Towers, je n’étais pas spécialement en manque des sonorités de Godspeed You Black Emperor, aussi ne voyais je pas bien d’intérêt à cet album solo de leur guitariste et leader officieux Efrim Manuel Menuck, sorti évidemment sur Constellation avec une pochette en noir et blanc laissant envisager une grande proximité avec la musique du groupe (1). En réalité j’ai bien fait de me laisser finalement tenter, car si on reste dans la grande famille du post rock expérimental,  et que des liens sont esquissés (« Hart_Kashoggi »), Pissing Stars reste un disque assez singulier et captivant. A l’exception d’un « A Lamb In The Land Of Payday Loans » qu’on qualifierait presque de pop, en comparaison des morceaux l’entourant, et qui fait office de respiration bienvenue, le Canadien s’affranchit des notions de rythme et de mélodie, ou plutôt il les redéfinit dans un minimalisme lancinant à l’aide de drones, de claviers lointains et erratiques, de couches sonores plus ou moins accessibles. De manière étonnante, la voix est un élément capital, voire remarquable, de Pissing Stars : avec une basse continue et un chant fragile, comme luttant contre des éléments hostiles, Efrim Menuck évoque une psalmodie monacale, et matérialise la spiritualité des désespérés. Pissing Stars est sombre, on y entend l’errance et l’oubli, et on ne s’étonne pas d’y voir citer Calais, ville-symbole si douloureux des injustices de ce monde. Dans cet océan de résignation on pourra peut-être détecter, selon les écoutes, une espérance poindre dans la beauté des enfants ou l’envoutant dernier titre, s’autorisant une guitare et un chant mélodique. Avant que ceux-ci ne se fassent emporter dans une tempête de larsens.

 

(1)          Elle semble tirée de la même série que celle de Asunder, Sweet And Other Distress

 

  

 

 

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PREOCCUPATIONS - New Material

 

Jusqu’à présent, je n’avais pas été assez à l’aise avec les albums de Preoccupations pour les évoquer sur ce blog, même lorsqu’ils s’appelaient encore Viet Cong. Si j’accrochais à une partie de leurs chansons, je trouvais leurs albums bien trop inégaux pour me convaincre complètement, le groupe me perdant dans ses hésitations entre math rock peu efficace et garage bien puissant.  De ce point de vue New Material est une incontestable réussite, un disque cohérent de bout en bout, 8 titres de Post Punk sans fioritures bien produits et joliment illustrés par une pochette impeccable. La batterie, dont le son évoque immédiatement Joy Division, a troqué le démonstratif pour un jeu métronomique efficace, chant et guitare s’inscrivant plutôt dans une ambiance 80’s, jusqu’à évoquer le Bowie de cette période (« Antidote »).

Le problème étant justement que je suis assez peu sensible à cette ambiance Cold Wave, et que je me retrouve une nouvelle fois à apprécier certains titres - le démarrage enthousiasmant sur « Espionage » et le final grandiose, « Doubt » et « Compliance », soit donc les titres les plus proches de Joy Division - sans être touché par le reste. Par exemple « Solace », fort bien troussé mais qui me laisse relativement froid. Si la nouvelle orientation du groupe est sans aucun doute bénéfique, elle m’en aura paradoxalement éloigné un peu plus… C’est donc un autre rendez-vous manqué avec Preoccupations, mais pour celui-ci, je plaide coupable….