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C’est plein d’enthousiasme que j’attaque cette dernière journée de concerts, avec pour commencer le deuxième et dernier clash du programme. Je serais bien allé voir par curiosité ce que donne Deerhunter sur scène, mais l’écoute de Fading Frontier (et le souvenir du pourtant très coté Halcyon Digest) aura été loin de me convaincre de rater la prestation en son territoire de l’ami HAROLD MARTINEZ. Je le retrouve dans le Patio, toujours souriant malgré la fatigue : le duo en cours de tournée vient en effet de se taper 14h de route depuis la Bretagne. Alors qu’Harold et Fabien s’installent sur la petite scène, la pluie commence à tomber, heureusement assez calme et intermittente pour permettre de profiter du concert sans être complètement trempé. C’est devant un public relativement peu nombreux, quoique croissant, qu’Harold Martinez exécute son folk-blues-rock appuyé, avec l’aisance que permettent l’expérience scénique récente et le fait de jouer à La Paloma, lieu que le duo connait par cœur pour y avoir régulièrement travaillé. Si le concert est moins renversant que lors de leur passage à Lyon il y a quelques semaines, ce n’est pas tant du à la fatigue (le chant est toujours aussi prenant, la batterie toujours aussi puissante) qu’à une durée de set très restreinte, les obligeant à couper court des titres qu’ils avaient intensément prolongé au Kraspek Myzik. Le concert aura cependant assurément suffit à convaincre des spectateurs de passage dont certains manifestèrent leur frustration quant à sa fin prématurée. Il faut dire que le dernier titre joué, « Jim Crow Laws » (appelé à devenir un classique des setlist, comme le déjà ancien « the Killer Crows »), est magistral et donnait vraiment envie d’en avoir plus.

 

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Je file juste à côté pour mon premier concert du week end dans la grande salle, qui accueille CIGARETTES AFTER SEX, déjà à l’œuvre depuis quelques minutes. C’est l’occasion rêvée de découvrir ce groupe dont tout le monde parle et de me faire ma propre idée, même si les descriptions lues depuis quelques mois laissent supposer que je vais m’ennuyer à mourir. Je me cale au bar avec une bière et écoute tranquillement les titres langoureux qui défilent devant un public nombreux et attentif. Rapidement je suis gagné par cette ambiance chaleureuse. Certes le fait de jouer en intérieur (indispensable), la semi pénombre bien étudiée, et l’état dans lequel je suis (légèrement fatigué et alcoolisé) n’y sont pas pour rien, mais le talent du groupe est indéniable. Je comprends tout à fait leur succès (1) en me laissant progressivement envahir par le pouvoir apaisant et vaguement érotique d’une setlist extrêmement monolithique (un ou deux titres m’ont quand même plus particulièrement touché). C’est bien simple, j’ai eu subitement envie de danser un slow, un truc qui ne m’était pas arrivé depuis les Boom ENIM au début des années 2000. Sans surprise, les chanceux couples dans la fosse ne se privent pas, normal c’est absolument irrésistible. Le nom du groupe apparait dès lors plus judicieux que ridicule, tout au plus auraient-ils pu se baptiser Cigarettes Before Sex, leur musique s’adaptant plutôt à de tendres préliminaires. Je m’arrache à regret de ces Barry White indé puisqu’il est temps d’aller se placer du côté de la grande scène extérieure où des légendes 90’s sont annoncées.

 

(1)     Peut-être pas dans de telles proportions. Et ce que je ne comprends pas du tout, c’est le plaisir qu’on les musiciens sur scène. Le bassiste doit horriblement s’emmerder avec sa note à la minute, non ? 

 

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On ne sait jamais à quel point l’histoire a été réécrite lors de la séparation des Pixies, mais c’est comme ça : Frank Black a toujours été le gros con égocentrique, Kim Deal la victime brimée s’envolant vers une légitime émancipation. Tout le monde s’est réjoui lorsque « Cannonball » (une scie pourtant rapidement insupportable) a fait un carton et a propulsé Last Splash a des niveaux de vente que Frank Black n’a jamais approché, malgré un début de carrière génial. Kim Deal est cool, elle est restée cool après un Title TK anecdotique (dont le seul extrait ce soir, « Off You », sera aussi le seul gros raté du concert), et même après un Mountain Battles lamentable (évidemment absent de la setlist). Beaucoup ont apprécié All Nerve, dernier né des Breeders sorti cette année, en assortissant leurs louanges de quelques taquets aux nouveaux Pixies, alors que bon, l’album ennuie sa première moitié passée bien qu’il ne dure qu’une demi-heure… Mais c’est un fait que j’ai constaté par moi-même à Nîmes : Kim Deal est cool. Elle a le sourire jusqu’aux oreilles, charrie sa frangine qui lui répond sur le même ton,  blague avec le public subissant une ondée soutenue, bref tout le monde s’amuse bien mis à part Josephine Wiggs qui fera la gueule tout le concert. the BREEDERS ont beau avoir plus de 25 ans d’existence et des centaines de concerts derrière eux, on dirait un groupe de lycéens découvrant le live : longues minutes de préparation entre les chansons, déplacements maladroits de Kim, concentration extrême de Kelley sur ses solos de deux notes… Forcément, la prestation dans son ensemble ne casse pas des briques, mais l’ambiance générale emporte notre adhésion, d’autant que la setlist est quasi parfaite, mis à part la faible place accordée à l’excellent Pod (représenté par le seul « Glorious »). Les chansons de All Nerve s’intègrent parfaitement (il n’y a pas de hasard, seuls les cinq premiers titres du disque ont été interprétés), pour le reste quel plaisir de savourer la douce énergie de « No Aloha » ou « Divine Hammer », de se prendre un « S.O.S » en pleine poire ou la reprise « Drivin’ on 9 », sans doute ma favorite feel good song. Après un « Cannonball » de bon aloi, je m’extrais à regret de la fosse où j’avais fini par me placer, constatant que cette fois le son y étais parfaitement équilibré. Sachant qu’il y a une jauge à l’entrée de la Paloma, je préfère être bien en avance pour ne pas louper Idles, précaution inutile si j’en juge un public semblant encore moins nombreux que la veille, mais on ne sait jamais… De loin, j’entendrais amusé que Kim Deal n’a pas pu s’empêcher d’intégrer « Gigantic » à la setlist. C’est par une version plus nerveuse de ce titre que les Pixies avaient achevé le concert de leur première reformation aux Eurocks. C’était il y a 15 ans, pourtant Kim Deal semblait paradoxalement bien plus jeune et resplendissante aujourd’hui. Comme si, entre rock et sourire, il fallait choisir…

 

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Cette fois, j’y étais. Non seulement je voulais absolument voir Idles, mais encore avais je le sentiment qu’il fallait les voir maintenant, lors de la tournée pour le premier album, que les choses seraient forcément différentes par la suite. Et encore était-ce un peu tard, dans une salle un peu trop grande, à l’aube d’un second disque à qui la setlist réserverait sans aucun doute plus ou moins de place. Mais j’y étais, et je n’avais absolument aucun doute sur la qualité de ce qui m’attendait. En revanche, lorsqu’on attend un concert avec une telle impatience, le risque est grand d’être déçu. Il n’en a rien été. Les cinq Idles ont surgi, et le rythme de « Heel / Heal », morceau d’ouverture de Brutalism, a tabassé le public et l’a contaminé en 2 secondes. Sur scène : des psychopathes. Le guitariste de gauche, son instrument sous le menton, gambade sur scène avec un grand sourire, on dirait un faune. Son collègue se déplace plié en deux, berçant sa guitare comme un père particulièrement sadique. Plus tard, lorsqu’il aura sauté dans la foule et qu’il se sera longuement fait porter par celle-ci, on se dira en l’observant avec ses piercings et ses longs cheveux trempés que le fait que ce mec soit dentiste est l’une des anecdotes les plus étonnantes que le rock nous ait offert. Le bassiste, un géant chauve et barbu, se balance d’avant en arrière, hilare. Le chanteur se tape la tête comme un dément ou saute à pieds joints comme un gamin capricieux.  Seul le batteur, trop occupé à matraquer ses futs, semble avoir un comportement normal.

 

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Dans la fosse, c’est guère mieux. Je hurle les paroles quand je les reconnais. Je gueule quand je ne les connais pas (ah, ce « Idles Chant », figurant sur leur premier EP que je n’ai jamais écouté, comme il se prête bien au poing tendu en chœur !). Je fais quatre slams (autant qu’en 20 ans de fosse), dont un qui foire lamentablement sous le regard désolé d’un videur, tandis qu’un autre s’interromps rapidement et brutalement par une chute sur le dos (ippon !). Heureusement que JC Menu n’était pas là, il se serait bien marré. Mais il n’aurait pas pu dessiner dans cette tornade informe et suante aux innombrables bras et jambes et bouches hurlantes. L’ambiance reste très bon enfant, on fait gaffe à celui qui tombe, on ramasse le portable du copain, c’est sans doute le groupe qui veut ça. Quand notre ami le Faune, embarqué par la marée humaine, et longuement porté en triomphe dans toutes les positions (même debout) peine à regagner la scène, et qu’un agent de la sécurité mouille la chemise pour l’y ramener, le guitariste s’arrêtera un moment pour le remercier et lui serrer la pince avec un grand sourire avant de retourner avoiner sa guitare et accompagner ses potes criant depuis de longues minutes Dance till the Sun Goes Round ! (« White Privilege »). C’est que Idles ne se trompe pas de cible. Le Motherfucker du titre « Mother » repris à l’unisson est adressé à la politique des conservateurs menant à l’exploitation de toute une catégorie de la population, dont la mère de Joe Talbot faisait partie avant son décès ayant inspiré une grande partie du disque. Idem pour « Faith in the City », charge contre les Evangélistes cupides, « Well Done » contre le modèle consumériste et son allié la télévision, ou « Danny Nedelko », nouveau single pro-migrants. La forme est violente, mais leur slogan reste positif : Long Live to the Open Minded ! Une raison supplémentaire de les adorer, eux qui ont nommé leur second album, à paraitre en Aout, Joy As an Act of Resistance, et qui s’emploient chaque soir sur scène à concrétiser ce sacerdoce.

 

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Une lueur inquiétante dans le regard, les voilà qui entonnent un titre de Mariah Carey a capella, avant de repartir de plus belle dans du punk sauvage : ancien ou nouveau titre, tout est à fond pour le plus grand plaisir du public (1). Pour ma part j’aurai eu droit à ma chanson favorite de l’année dernière, « 1049 Gotho », et ne me serait même pas rendu compte dans l’ambiance de l’absence de deux autres favoris, « Rachel Khoo » et « Benzocaine ». Je sors heureux et complètement rincé de la Grande Salle ; l’heure est passée en un éclair, mais il n’en fallait pas plus…

 

(1)     ils n’ont pas joué l’inédit « Colossus », qui est assez différent

 

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Par curiosité, je boitille jusqu’à la Flamingo où Dead Cross est déjà en place, et observe leur concert de loin. C’est l’occasion de voir pour la première fois deux légendes officiant dans ce super groupe : Mike Patton au chant et Dave Lombardo à la batterie. Devant un immense panneau figurant un squelette aux multiples bras, un Mike Patton au look improbable (genre Bono avec une chemisette à fleurs) s’époumone dans son micro sur des titres très courts portés par le jeu exceptionnel de l’ex batteur de Slayer. Du Trash Metal donc, petite note d’originalité dans la programmation que je trouve bienvenue, même si évidemment je suis surtout fasciné par Lombardo. Si j’ai trouvé le concert sympa (1), je pars avant le rappel, vu que deux heures de routes en solitaire m’attendent pour regagner mon cher logis familial. Je me rends compte toutefois en regagnant ma bétaillère que je n’ai pas raté grand-chose : le concert n’aura duré que 40 minutes au lieu de l’heure prévue (il faut dire que l’album de Dead Cross ne dure qu’une demi-heure…)

 

(1)     C’est dire si je ne suis pas spécialiste du style, puisque toutes les critiques que j’ai lu sur ce live ont été négatives…

 

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Il est temps de quitter ce lieu formidable, où seuls quelques problèmes de son auront été à déplorer. Une fois encore, nous aurons eu notre lot de découvertes, de déceptions, de concerts mythiques. Une fois encore nous auront discuté avec Harold, croisé pogotteman dans la fosse (plus chevelu que les fois précédentes), vu des tenues incroyables (mention spéciale à la veste en jean ornée d’un gigantesque blason représentant l’album the Triumph of Steel de Manowar). Une fois encore l’inimitable Robert Gil se baladant avec son marchepied aura pris un malin plaisir à se mettre devant nous à chaque concert (mais on lui pardonne parce qu’on a plein de belles photos comme ça). Une véritable star d’ailleurs, j’ai vu des nanas le supplier littéralement de les prendre en photo. On leur donne rendez-vous l’année prochaine, avec quelques potes je l’espère, pour un plein de souvenirs et d’énergie positive, qui aide à affronter un quotidien pas souvent rock’n roll : mieux vaut hurler au milieu d’une fosse devant un groupe de punk qu’à la tronche de ses collègues de boulot…

 

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Setlist the Breeders: New Year - Wait in the Car - All Nerve - No Aloha - Divine Hammer – Glorious – Spacewoman - Drivin' on 9 - Nervous Mary - S.O.S. - Off You - I Just Wanna Get Along – Cannonball - MetaGoth - Gigantic - Do You Love Me Now? – Saints

 

Setlist de Idles: Heel / Heal – Faith in the City – the Idles Chant – Mother – Samaritans – 1049 Gotho – Divide and Conquer – Danny Nedelko – White Privilege – Love Song – Date Night – Exeter – Well Done - Rottweiler

 

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PHOTOS: Toutes les Photos sont de Robert Gil ( photoconcerts.com(mais l'une d'elle contient un Moi) sauf la photo de la Paloma prise sur le Facebook du TINALS et les photos de Harold Martinez, Dead Cross de loin et Robert Gil devant Idles qui sont de Moi.

 

 HAROLD MARTINEZ:

 

CIGARETTES AFTER SEX:

 

 the BREEDERS:

 

 IDLES:

 

 DEAD CROSS: