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Thom Yorke de passage à Lyon, l’occasion ne se représenterait pas de sitôt, surtout dans une salle comme le Transbordeur, de bonne taille pour le commun des mortels mais à la jauge fort limitée pour quelqu’un de la stature du leader de Radiohead. Pour des raisons pas toujours évidentes à comprendre, il est en effet devenu une légende bien au-delà de ce que sa musique, loin d’être facile d’accès, ne le laisserait supposer. Et j’allais encore le vérifier en manquant de peu de me retrouver le bec dans l’eau au moment de la mise en vente des places, écoulées en 5 minutes, ne choppant la mienne que grâce aux conseils via facebook d’une amie (je suis lamentable dans ce genre d’exercice). Pas le temps de tergiverser donc, on pèserait le pour et le contre plus tard. Car j’avais bien conscience que  ce concert pouvait tout aussi bien m’emballer que m’ennuyer à mourir, avec toute la palette de sentiments entre les deux. Côté positif, de bonnes raisons (j’ai beaucoup aimé le premier album, the Eraser, et plutôt apprécié l’album d’Atoms for Peace) et d’autres plus discutables (y aller pour ne pas regretter de ne pas y être allé, espérer quelques reprises de Radiohead). Côté négatif, outre le prix, le fait que j’ai trouvé son dernier album en date, Tomorrow’s Modern Boxes, complètement inintéressant et le fait de savoir que, souvent, il n’y a aucun morceau de Radiohead dans la setlist.

 

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Me voilà donc assez tardivement arrivé dans un Transbordeur blindé, pour constater que le contrôle d’identité annoncé régulièrement par les organisateurs pour limiter la revente à prix d’or des places sur le net n’était pas du flan (c’est la première fois que je vois ça). La première partie a déjà fini son concert qui a du être bien limité dans le temps, comme j’en ai maintenant pris l’habitude dans cette salle. Je vais donc me placer tranquillement avec une bonne pinte dans une fosse déjà aux trois quart pleines, mais j’ai une vue suffisante sur la scène à mon gout. Un peu plus d’attente que prévu, mais voici donc Thom Yorke qui se présente sous les acclamations d’un public qui commençait à s’impatienter, accompagné par Nigel Godrich et un jeune homme qui s’occupera uniquement des projections visuelles assez réussies sur le triptyque géant disposé en fond de scène. Les deux musiciens alterneront entre claviers, machines, basse et un peu de guitare par moment.  Le set commence très calmement par « Interference », un des bons morceaux de Tomorrow’s Modern Boxes (le seul dont je me souvenais vraiment), et se poursuit par deux autres titres récents. On comprend rapidement que le concert est pensé comme un set electro, tous les titres sont enchainés et il parait bien improbable d’y glisser une reprise de Radiohead, mais ce n’est pour l’instant pas gênant : les projections colorées, la voix bien connue et la présence du chanteur, tout ceci est assez fascinant et le temps passe agréablement. Mention spéciale en cette première moitié de concert pour « Black Swan », où Thom Yorke montrera une maitrise redoutable (que je ne lui connaissais pas) de la basse et pour « Nose Grows Some »,  autre titre du dernier album qui montre que le délicat mélange d’une electro minimaliste et du chant quasi a capella de Thom Yorke peut parfois se révéler superbe.  Après ce moment hors du temps, l’enchainement de deux excellents titres de the Eraser, « Cymbal Rush » et « the Clock », constituera le sommet de la soirée. Seuls ces morceaux sembleront d’ailleurs capables de tirer le public de l’attention polie qu’il manifestera tout au long du concert. A croire que la plupart étaient là, un peu comme votre serviteur, plus pour l’évènement que pour la musique. Je n’en suis pas absolument certain, reste que Thom Yorke aura été de loin celui qui aura le plus dansé  en ce Mercredi soir.

 

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Mais le tournant du concert a eu lieu, et son gros dernier tiers va se révéler assez ennuyeux. Composé de titres de  Tomorrow’s Modern Boxes et de tout nouveaux morceaux du même genre (qui ne laissent présager rien de bon pour le futur album), le set se perd dans une electro assez fade dont même le premier extrait d’Atoms for Peace ne relèvera pas le niveau. L’effet de fascination du début s’est estompé, le show tourne en rond et j’attends en vain un morceau connu pour me remettre dans le spectacle. Et ça ne viendra pas pour la fin du set, conclu par un titre d’electro pure assez pénible (« Twist »), pas plus que pour le début du rappel, à ma grande déception. Heureusement, celui-ci se poursuivra par un bon extrait de the Eraser (« Atoms for Peace ») et l’un des meilleurs titres joués ce soir, « Default », tiré de l’album d’Atoms for Peace, super groupe dans lequel officient Nigel Godrich et Thom Yorke. Ce dernier revient seul pour un ultime rappel et, en guise de cadeau pour cette foule bien sage, offre un court mais savoureux « Glass Eyes », extrait de A Moon Shaped Pool (dernier album de Radiohead) en piano voix. Sympa mais j’aurai bien pris, à la place, un « Like Spinning Plates » ou « Sail to the Moon ». Ainsi se termine un concert qui, avec ses 19 titres,  aura été généreux pour les fans (mais y en avait-il beaucoup ?), un peu long pour les autres. J’aimerai vraiment savoir ce qu’en ont sincèrement pensé les Lyonnais qui se sont battus pour y être. Pour moi ce fut en demi-teinte, mais je ne regrette pas d’avoir pu en juger personnellement, en Live.

 

Setlist : Interference - A Brain in a Bottle - Impossible Knots - Black Swan - I Am a Very Rude Person - Pink Section - Nose Grows Some - Cymbal Rush - The Clock - Two Feet Off the Ground - Amok - Not the News - Truth Ray – Traffic – Twist // The Axe - Atoms for Peace – Default // Glass Eyes