115809

 

 

DSC_3558

 

Je n’y connais pas grand-chose en littérature, et ça ne m’intéresse pas trop. J’aime bien lire, j’ai d’ailleurs passé mon enfance  à ne faire quasiment que ça, mais cela reste un loisir dont je me dispense par périodes. Je picore des bouquins un peu par hasard, ils me plaisent plus ou moins mais je ne saurais trop juger de leur qualité dans l’absolu, connaissant très peu de classiques. De ceux que j’ai étudiés à l’école, quelques uns m’ont plu mais aucun ne m’a durablement marqué, à l’exception des Dix Petits Nègres d’Agatha Christie, lu au collège, que j’ai trouvé génial  (j’ai ensuite dévoré une bonne partie de l’immense œuvre de la célèbre créatrice d’Hercule Poirot). Lorsqu’on me demande quel est mon livre favori, je réponds immanquablement ÇA de Stephen King. ÇA n’a pas été mon premier King, j’avais au moins lu les splendides Différentes Saisons (mon 2eme livre préféré ?) et Minuit 2 avant. Mais j’ai été fasciné comme jamais par cette histoire que j’ai dévoré en quelques quasi nuits blanches en pleine période d’examens à la Fac (Juin 1995 ?). En 1997, j’ai réemprunté ÇA à la Médiathèque pour le relire, mais surtout pour le décortiquer et réaliser un projet assez fou : mettre en musique le Livre, Chapitre après Chapitre (1). Un truc que j’ai toujours adoré chez Stephen King, c’est le découpage maniaque de ses bouquins en diverses parties et sous parties dûment numérotées et intitulées. ÇA comprend 5 grosses parties (séparées par autant d’intermèdes), découpées en 23 chapitres, chacun intégrant un certain nombre de sous chapitres (une dizaine en moyenne). A chacun de ces sous chapitres j’avais associé l’extrait d’une chanson dont le Titre, l’Ambiance ou les Paroles me semblaient représentatives. J’avais répertorié pour chaque sous chapitre dans un carnet fait main un petit extrait du livre, suivi de tous les renseignements sur la chanson associée et parfois une partie des paroles si elles collaient spécialement au sujet. A quelques reprises une chanson pouvait couvrir plusieurs sous chapitres ou l’inverse, mais la plupart du temps chacun avait son extrait musical propre, ce qui donna cet enchainement de 211 extraits musicaux courant sur trois cassettes de 90 mn, entre le « Sing Swan Song » de CAN dont l’intro ruisselante suggérait le caniveau entrainant le bateau en papier de Georgie et le « Forever Free » de WASP évoquant les dernières pensées du héros Bill avant qu’il s’en retourne chez lui Libéré Délivré.

 

ca01        ca02

 

ca03     DSC_3390

 

Je ne sais pas ce que vous faisiez à 20 ans, mais c’était surement des trucs plus intéressants que passer des heures à caler avec précision des cassettes pour capter tout pile ces extraits désirés - j’avais très peu de CDs à l’époque, l’essentiel de ces cassettes ÇA a été enregistré à partir de celles présentées dans cette rubrique - ou écrire en tout petit sur des feuillets à carreaux des passages de votre bouquin préféré. Il faut dire que l’année de mes 20 ans a été l’une des pires de ma vie : j’étouffais chez mes parents, pas de permis de conduire, pas d’argent, pas de copine, peu d’amis, et un avenir plus qu’incertain, sous la menace de tripler ma 2eme année de Deug. C’est sans doute pour ça que je fantasmais sur mon enfance, et que mon Leitmotiv d’alors était de garder une part d’enfance en moi, de ne jamais devenir complètement un de ces connards d’adultes qui m’entouraient. La plupart de mes artistes, livres ou films fétiches de cette époque sont marqués par cette thématique, et en premier lieu ÇA, qui présentait en plus une équipe de Losers magnifiques auxquels je m’identifiais (la notion d’équipe, avec des personnages aux caractères et compétences très différents est aussi quelque chose que j’ai toujours adoré). La Maxime du livre, réécrite à l’envie - Enfants, la fiction n’est que la vérité que cache le mensonge, et la vérité cachée dans ce récit est suffisamment simple : la Magie existe – je m’y suis accroché pendant de longues années. Des Promesses avaient été faites à ce sujet, et Kitty Kat serait surement déçue de savoir qu’elles ne furent pas tenues (et je préfère éviter de penser à l'alternative…) Mon syndrome de Peter Pan a peut-être cessé à la naissance d’Héloïse, mais en réalité il était déjà condamné en Juin 2001. 25 ans, c’est un bon âge pour devenir adulte... Comme le pense Bill Denbrough lorsqu’il retrouve ses copains d’enfance au début de la 3eme partie, Nous avons grandi. Nous ne pensions pas que cela nous arriverait, pas à nous. Mais si je rentre dans cette pièce, la réalité me rattrapera définitivement  (ceci illustré par la chanson « 10 Years » de ce bon vieux Duff McKAGAN). Depuis, je n’ai pas relu ÇA. Je me suis d’ailleurs rendu compte au cours de quelques discussions avec des amis lors de la sortie récente du film d’Andres Muschietti, que j’avais complètement oublié certains passages, pas forcément anodins en plus. Je voulais relire ÇA avant de chroniquer ces cassettes, pour pouvoir mieux juger de leurs pertinence, mais je tiens absolument à acheter l’édition en un seul Tome, le pavé quasi Biblique que j’avais lu dans ma petite Mezzanine à l’époque, et je ne l’ai encore jamais vu. Donc la réécoute a plutôt été l’occasion de voir si cela faisait remonter en moi des souvenirs de lecture ou pas (avec l’aide indispensable du livret, quand même…)

 

DSC_3392            b

a           c 

 

Quand j’ai  mis en musique  ÇA, je devais en être environ à la cassette 030. Ce n’était pas mes tout débuts de passionné de musique, mais j’avais encore très peu de connaissances. Il y a beaucoup trop de GUNS N’ROSES dans ces cassettes, sans que cela soit souvent pertinent, beaucoup trop de WASP et de métal en général. Cela dit, en ce qui concerne l’ambiance générale de ÇA, peur, cauchemars, meurtres, monstres, on la retrouve bien plus dans le Heavy Metal que dans le Rock ou la Pop, par exemple. Et puis j’avais pas mal de concept albums assez adaptés, genre le début de the Crimson Idol de WASP, qui raconte comment un couple détruit par la mort de leur fils en vient à délaisser complètement le second : la même histoire que celle de Bill Denbrough et ses terres désolées. Il y a évidemment beaucoup de SMASHING PUMPKINS, la variété des styles qu’ils abordaient se prêtant bien aux diverses émotions décrites dans le livre, et Billy Corgan ayant beaucoup abordé le thème de l’Enfance et de l’Adolescence, au moins sur Siamese Dreams et Mellon Collie and the Infinite Sadness. Pas mal de Johnny THUNDERS, qui a je trouve un coté  enfant brisé, et dont certaines paroles vont comme un gant à ce projet (dans « Children are People Too », il balance presque un résumé du livre en une phrase : « Children live with Hostility, they better learn to fight »). Il y a énormément d’ALICE COOPER, ce qui se comprend aisément, la musique du groupe ayant ce côté malsain vaguement camouflé par des oripeaux Pop Rock qui est pile dans le ton du bouquin. J’ai littéralement pillé les deux premiers albums tout bizarres, le Killer (pour le sang), le Love it to Death (pour la folie), le School’s out (pour l’enfance) mais aussi Welcome to my Nightmare (une évidence) et the Last Temptation (dont le concept, un petit garçon faisant face à ses peurs incarnées par un Coop Clownesque semble bien inspiré par ÇA) et quelques autres, bref, ALICE / ÇA même maquillage même combat. Tout ceci semble assez éloigné des gouts de Stephen King, grand amateur de Rock, mais un brin plus classique. J’ai bien réussi à caser « Tutti Frutti », « Pipeline » ou « Green River » (cités dans le livre) voire quelques RAMONES, dont le fameux  Hey Ho ! Let’s Go !  est un refrain capital dans Simetierre, ce qui provoquera la rencontre de l’écrivain et des Faux Frères, au cours de laquelle Dee Dee écrira le tube « Pet Semetary ». Dans le Chapitre 11 intitulé Promenades, où chaque personnage adulte est confronté à nouveau à sa terreur enfantine (partie du livre où j’avais enchainé les B.O de films d’épouvante, ce qui fonctionne bien mais est un peu facile), Richie Tozier tombe sur des affiches d’un groupe constitué de célèbres musiciens morts, annonçant assez clairement les gouts de King : Jimi Hendrix guitare solo John Lennon guitare d’accompagnement Phil Linott guitare basse Keith Moon percussion Chanteur invité Jim Morrisson. De cette liste on ne trouvera dans mes cassettes que quelques BEATLES, aucun THIN LIZZY et seulement trois titres des WHO dont j’étais pourtant un immense fan. Mais les WHO ont un coté fun et délirant qui ne colle pas trop à l’univers de ÇA. Idem pour les DAMNED d’ailleurs, qu’on entend très peu (essentiellement pour leur épique « Curtain Call » qui fait une bonne bande son pour la bataille finale).

 

d      e

f      DSC_3391

 

Après le premier Chapitre décrivant le meurtre de Georges Denbrough par le Clown ÇA (comprenant bien sur « Pour Elise » de BEETHOVEN), figure un chapitre de mise en place pas aussi interminable que celui du Seigneur des Anneaux, mais bien long quand même, celui de la mort d’Adrian Mellon que j’ai résumé en foutant « Under the Bridge » des RED HOT CHILI PEPPERS (le seul titre que j’ai mis en entier). Heureusement, le Chapitre suivant (Six coups de fil) est génial, parmi mes pages favorites tout auteur confondu. C’est celui où Mike appelle l’un après l’autre ses anciens camarades, qu’on découvre alors. Stanley Uris prend un bain est illustré par « Suicide Note Pt I » de PANTERA. Richard Tozier prend la poudre d’Escampette par « Scared to Death » de WASP (on ne pouvait mieux faire). Ben Hanscom prend un verre par « Don’t Follow » d’ALICE IN CHAINS, surtout pour les paroles « scared to death no reason why do wathever to get me by ». Beverly Rogan prend une raclée par « Hand in my Pocket » d’Alanis MORISSETTE, ce qui est assez raté. D’une manière générale je suis un peu passé à côté du personnage de Beverly, bien qu’on ait quelques points communs je ne me suis pas identifié à elle, et j’en ai assez peu de souvenirs ce qui rend une relecture d’autant plus indispensable. J’aimais bien Richie, mais mon personnage à moi c’était Eddie. Eddie Kaspbrak prend ses médicaments, illustré de manière presque évidente par « Mother » de PINK FLOYD. Et enfin Bill Denbrough s’accorde un congé par « Babe i’m gonna leave you » de LED ZEPPELIN. Le premier intermède est représenté par « Wave of Mutilation » des PIXIES. Il y a des titres comme ça, qui semblent fait pour cet exercice. « Race with the Devil » de GIRLSCHOOL, « Only Women Bleed » d’Alice COOPER, « the Thing that should not be » de METALLICA, « Floaty » des FOO FIGHTERS, « Ed is Dead » des PIXIES, « Silver Rocket » de SONIC YOUTH … Bref, dans l’ensemble on retrouve bien l’esprit du livre, même s’il y a quelques passages moins inspirés (la 2eme face de la cassette 2 par exemple, il faudrait que je vérifie si cela correspond à un petit creux dans le bouquin). A l’inverse certains épisodes étaient encore très vivaces dans mon esprit, par exemple l’affrontement contre le ÇA Loup Garou (« of Wolf and Man » de METALLICA et « the Wolf » de MOTORHEAD), et bien sur la mort de ÇA dans son épouvantable dernier Avatar, « the Black Widow ». Ne restait plus qu'à être  « Forever Free » comme dirait Blackie Lawless ou Bill Denbrough. Un Mensonge, bien sûr. On reste entouré de Fantômes jusqu’à la fin de sa vie, et ne plus y croire n’y change rien.  

(1)    Sans compter l’autre projet complètement fou, voire inconscient, de baser tout l’imaginaire d’un camp de Louveteau sur ÇA, j’en parle épisode 037

 

DSC_3359