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Je ne sais plus quand j’ai entendu parler de Jeff Buckley la première fois.  Ce qui est sûr, c’est que j’ai refusé catégoriquement de faire partie des fans. Jeff Buckley était extrêmement énervant, car les quelques filles qui aimaient le rock alternatif dans mon entourage étaient toutes amoureuses de lui. Un fils à papa avec une gueule d’ange et un talent immense, c’en était trop : aussi ridicule que cela puisse paraitre, je le snobais principalement par jalousie. Plus tard, je ferais tourner en boucle le Live Mystery White Boy, ce qui me décidera finalement à revenir aux versions originales. Grace est évidemment un bon album, mais il n’est jamais rentré dans la liste de mes favoris, contrairement à celles d’une foule d’amateurs de rock de mon âge.  Je pense qu’il y a une certaine perfection dans ces morceaux, et comme je l’ai souvent dit sur ce blog, la perfection m’emmerde un peu. Je préfère les enregistrements live, avec leurs excès, de longueur ou de saturation. 

Mais revenons un peu en arrière, au moment de la sortie de Sketches for my Sweetheart the Drunk, que j’empruntais assez vite à la médiathèque (je suppose que j’avais cessé d’être jaloux d’un pauvre gars qui s’était noyé à 30 ans). Album posthume donc, dont on ignore s’il eut été proche ou radicalement différent s’il était sorti du vivant de son auteur (a priori Jeff Buckley n’était pas du tout satisfait des sessions d’enregistrements qu’il avait entamées). Quoi qu’il en soit je ne risquais pas d’être dérangé par la perfection de ce double album gavé de demos et d’enregistrements erratiques, dont je n’avais déjà retenu qu’une petite moitié et dont la réécoute s’est révélée fort perturbante. S’il me semble que Grace a un côté assez intemporel  (on vérifiera ca cassette 104), Sketches for my Sweetheart the Drunk est tellement ancré dans les 90’s qu’on dirait une compilation de la décennie, d’autant que Jeff Buckley semble sacrément tâtonner dans la direction qu’il veut faire prendre à son nouvel album.  Limite Hard Rock par moments (et pas toujours du meilleur gout), assez délicates à d’autres, régulièrement anecdotiques, les compositions évoquent souvent le Radiohead des débuts dans la forme, mais malheureusement pas sur le fond. « Yard of Blonde Girls » est même une chanson power pop typique de l’époque qui aurait pu être écrite par n’importe quel groupe de seconde division. Au final, on aura retenu « the Sky is a Landfill », sorte de Led Zeppelin relifté au son alternatif qui évoque l’album précédent, auquel il faut ajouter le très beau « Morning Theft » où l’on retrouve le chant aérien inimitable du Californien. De quoi consoler d’une fin d’album assez redoutable, dont les expérimentations quasi prog rock (« Murder Suicide Meteor Slave »)  auraient dû rester enfouies à tout jamais. Il y a même un titre où l’on peut entendre Jeff Buckley chanter faux  (« I Know we could be so happy baby »).  Bref, si sa mort est évidemment une tragédie, elle permit sans doute de conserver à Jeff Buckley un statut d’artiste culte, sur lequel pu surfer quelques parasites qui exploitèrent sa mémoire avec une indécence rarement égalée dans l’histoire du rock en sortant tout un tas d’albums posthumes, filon inauguré par ce Sketches for my Sweetheart the Drunk qui, lui, a au moins le mérite d’être intéressant.

 

 

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Un an après le carton de leur premier album, the Presidents of the United States of America sortent son successeur sobrement intitulé II. Malheureusement, la récidive n’aura pas lieu, et l’on sent bien à l’écoute de la petite moitié d’album retenue que si le groupe ne démérite pas, il a simplement fait la même chose… en moins bien (c’est flagrant sur le sympathique « L.I.P », par exemple). Ce qui pardonne d’autant moins qu’une bonne partie de leur succès était dû à l’effet de surprise de leur formule originale, sur laquelle ils ne peuvent forcément plus compter.  Mis à part un « Froggie » bondissant assez marrant, l’album proposera surtout le très bon « Lunatic to Love », aussi alternatif que son titre le suppose, et qui condense les talents des POTUSOA, entre couplets punk festifs et refrain mélodique au chant toujours aussi précis.  Pas de quoi me motiver à m’intéresser à la suite des aventures du groupe, dont je n’ai dès lors plus écouté la moindre note.

 

 

 

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Après trois albums solo remarquables, Frank Black stabilisait son backing band en lui donnant un nom. Je ne sais pourquoi j’avais loupé le premier album de Frank Black and the Catholics, mais je me rattrapais en empruntant dès sa sortie ce Pistolero. Si j’ai régulièrement réévalué les disques de cette période (sans doute aussi parce que je savais ce qui allait suivre), Pistolero fut ma première déception : c’était le début d’une série d’albums inégaux, où d’excellents titres pouvaient se planquer  au milieu d’une montagne de trucs sans intérêt. En 1999, il y avait encore une moitié de galette savoureuse, et celle conservée sur cette cassette contient son lot de tubes. Les Catholics étaient vraiment de redoutables musiciens, la seule écoute du punkoide  « I want Rock N’ Roll » suffit à le prouver. Frank Black n’est pas en reste, sortant régulièrement de sa musette quelques riffs de guitare imparables (l’entêtant « So Bay ») et prétendant toujours au titre de meilleur ciseleur d’intro en activité (« I Love your Brain »). Au milieu de ce déchainement de rock brutal très maitrisé,  on trouve même l’une des plus jolies ballades de la carrière post Pixies de Francis, « 85 Weeks ».  Une carrière que j’allais dorénavant suivre scrupuleusement, enregistrant une part de plus en plus maigre de titres flamboyants, jusqu’à l’inévitable reformation des Pixies.