Groupe de l'Année 

 JEK7V

 

Il semblerait que la Nature musicale ait horreur du vide. A peine avions nous eut le temps de regretter la disparition de l’éminent CDB que Stéphane Lemarchand, connu autrefois sur le net sous le sobriquet de Coolbeans, lançait un groupe Facebook au nom improbable de  J’ECOUTE UNE K7 DE LA VEDETTE. Certains essayèrent bien de le concurrencer mais peine perdue, c’était bien Stéphane qui avait la plus longue (je parle de sa capacité d’écoute bien sûr). Reprenant à peu de choses près le principe qui avait fait le succès du Classement Des Blogueurs (des sorties récentes proposées quotidiennement à une communauté, avec notes, discussions, mauvaise foi, railleries et comique de répétition) en y enlevant le superflu (le Classement et les Blogueurs) et avec l’aide de la fonctionnalité de Facebook, le JEKV me devint vite un indispensable support pour découvrir des nouveautés ou simplement  suivre l’actualité musicale. Avec l’éternel dilemme, n’épargnant pas le Grand Maitre lui-même, d’écouter un maximum de choses au risque d’être trop superficiel, ou de creuser un nombre restreints de disques au risque de louper des chefs d’œuvre. Quoiqu’il en soit, J’écoute une K7 de la Vedette méritait bien d’introduire ce Récapitulatif 2018, émaillé de nombreuses « Lemarchandises », comme je surnomme les découvertes faites via ce groupe de joyeux lurons. 

 

This is Hardcore 

Hot Snakes - Jericho Sirens     Quicksand - Interiors     Nu Sensae - Sundowning

 

J’avais déjà commencé en 2017, mais cette année fut encore plus noisy. Damien avait ressorti de ces étagères des CDs prenant la poussière depuis la fin des 90’s, me faisant découvrir des tas de groupes énervés qui avaient forgé sa culture musicale. Et le passé s’harmonisant (comme dirait Stephen King, voir plus bas), la plupart de ses groupes se sont reformés récemment. Je pense à HOT SNAKES, dont la discographie entrentendue semble tout à fait enthousiasmante et qui nous a gratifiés cette année d’un très bon Jericho Sirens, ou QUICKSAND dont j’ai découvert avec délice le Interiors sorti l’année dernière. Pas encore de reformation pour les Punks de Nü SENSAE emmenés par la furieuse chanteuse bassiste Andrea Lukic, il faut dire que c’est un groupe beaucoup plus récent dont le dernier album que j’ai énormément aimé, Sundowning, date de 2012.

 

 

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Parmi les albums bruyants sortis cette année, dont je présente ci-dessus un échantillon recommandable, mon préféré aura été sans conteste le Time & Space de TURNSTILE, du Hardcore avec juste ce qu’il faut de vaseline pour pas faire trop mal.

 

 

Oh, Sweet 90’s !  

Mastersystem_-_Dance_Music     bill-ryder-jones-yawn     a3074753628_16

 

En 2018, j’ai comme d’habitude porté une oreille attentive aux harmoniques de ma décennie favorite, avec plus de succès que les années précédentes, les échos du grunge ayant semble-t-il pris le dessus sur le revival shoegaze qui s’éternisait  de manière indécente.  En condensé parfait des 90’s, le Dance Music des inconnus de MASTER SYSTEM est une Lemarchandise pouvant prétendre à figurer dans mon Top 10 si j’en avais établi un, de même que le splendide Yawn de Bill RYDER-JONES, découvert trop tardivement pour en parler plus que ces quelques lignes (pas sûr que j’eusse trouvé les mots pour décrire cette pop indé mélancolique oscillant entre Sparklehorse et Red House Painters). Pour compléter le chapitre, encore une découverte de l’année pour moi avec DEAF WISH et un Lithium Zion qui devrait consoler les amateurs endeuillés de Sonic Youth.

  

 

 Disques Marquants 

The-Liminanas-Istanbul-is-Sleepy     e32af120-f89a-0135-0d0e-2a6d12cd2975-1024x1024     00Daniel_Blumberg_-_Minus     Idles - Joy as an act of resistance

 

Si mes disques de l’année apparaissent au fil des différentes rubriques de cet article, certains méritaient sans doute d’être un peu plus mis à l’honneur par leur insistance à squatter pendant des semaines l’autoradio de ma bétaillère, lieu privilégié des écoutes répétées d’albums ayant franchi la terrible sélection de l’achat matériel. Les LIMINANAS réussissaient à vaincre un a priori venu d’on ne sait où avec l’entêtant Shadow People sorti en tout début d’année, tandis qu’Aidan MOFFAT trouvait en RM HUBBERT le complice parfait pour enfin me séduire, Here Lies the Body étant ce qui se rapprocherait le plus d’un Number One 2018 pour moi. Autre inconnu au bataillon, Daniel BLUMBERG venait perturber les pronostics avec son surprenant Minus, devançant  IDLES qui revenaient avec le manifeste Joy As An Act Of Resistance, certes moins traumatisant que leur album de l’année dernière, mais tellement bourré de titres imparables qu’il eut été impossible de ne pas le citer dans ce récapitulatif.

  

 

Découvertes de l’Année  

amyl - korto

On l’a vu, j’ai découvert énormément de groupes cette année, notamment par l’entremise du JEKV, et beaucoup de mes albums favoris proviennent d’artistes que je ne connaissais pas du tout (2018 est donc un très bon cru musical pour moi). En groupes tout neufs, je citerai AMYL & The SNIFFERS, avec Big Attraction & Giddy Up, compilation de deux EP de punk retro réjouissante qui sera suivie je l’espère de grand formats tout aussi bons.  Et les français de KORTO dont l’album éponyme aura été tout à fait à la hauteur de mes attentes après leur très bon concert en première partie de Protomartyr. 

 

Concerts de l’Année 

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Puisqu’on parle de Concerts, 2018 aura été là encore une année particulièrement bonne, ce qui m’oblige à m’étaler un peu plus que lors des récapitulatifs précédents.  A tout seigneurs tout honneur, commençons par la prestation aussi flamboyante que prévue d’IDLES au TINALS (un festival qui aura été une fois de plus riche en émotions scéniques, pourvu que ça dure !). Presqu’aussi attendus, les géniaux PROTOMARTYR  auront offert au public du Marché Gare un concert d’autant plus savoureux que j’y étais accompagné d’une bande de potes bien rock n’roll. J’ai aussi une tendresse particulière pour la parenthèse magique qu’Alela DIANE nous offrit avec Mélaine aux Subsistances, et pour la découverte en solitaire d’ACID MOTHER TEMPLES sur la scène du Sonic.

 

 

 

Titres de l’Année 

Trois chansons se détachent assez facilement dans le classement annuel, je complète avec une petite  playlist de quelques autres titres me revenant en mémoire.

MOANING - Artificial

Aidan MOFFAT & RM HUBBERT - Everything Goes

Daniel BLUMBERG - Used to be Older

 

 

 

Disque surcoté de l’Année  

 

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Beaucoup de monde s’est emballé pour le Double Negative de LOW, un disque que j’ai détesté mais surtout que je n’ai absolument pas compris. Impossible donc de le trouver surcoté, d’autant que je n’ai jamais été un grand fan du groupe, et encore moins de ses travaux récents. Cette année, le seul album dont l’accueil général me semble incroyablement dithyrambique est le All Nerve des BREEDERS. Certes les fans l’attendaient depuis 10 ans, certes il est bien meilleur que les deux précédents (pas bien difficile…), de là à consacrer comme une incroyable réussite un disque qui contient 15 minutes de bonne musique (sa première moitié en gros), il y a un immense pas que ne peuvent franchir que ceux qui confondent la personnalité attachante de Kim Deal et son art.  

 

Déceptions de l’Année  

yo la tengo - damned - viagra boys

 

Enchainons avec les déceptions de l’année, peu nombreuses, les groupes dont je n’attendais plus grand-chose n’étant par définition pas concernés par cette rubrique. N’eut été l’excellent Fade de 2013, je n’aurais rien espéré de YO LA TENGO, mais leur There’s A Riot Going On s’est révélé encore plus insipide que je ne le craignais.  Déception encore plus importante pour le successeur du très bon So,Who’s Paranoid ?  attendu depuis 10 ans.  The DAMNED sortent avec Evil Spirits leur premier disque sage et lisse depuis sans doute le début de leur existence, il y a 40 ans. Le cas de VIAGRA BOYS est plus complexe. Auteurs d’un titre fabuleux que je n’ai pas résisté à inclure à ma playlist (mais il date de 2016), en bonne place dans les concerts et découverte de l’année suite à leur prestation au TINALS, ils n’ont de manière surprenante pas concrétisé les espoirs que j’avais mis en eux sur leur premier album, Street Worms, dont la seconde face eut fait un 3eme excellent EP, mais qui, trop long et trop répétitif, me laisse à penser qu’il s’agit surtout d’un groupe à voir en live.

 

Bonnes Surprises de l’Année  

Ty-Segall-Freedoms-Goblin     spiritualized-and-nothing-hurt-white-vinyl 

 

A contrario, il y a eu cette année deux très bonnes surprises, disques que j’ai écoutés un peu par hasard et qui m’ont vraiment plu. Le beaucoup trop prolifique TY SEGALL,  dont je laisse passer énormément de choses et dont l’Emotional Mugger de 2015 m’avait fait dire qu’il était un peu cramé, nous a pondu avec Freedom’s Goblin un improbable double album de rock psyche qui, bien qu’évidemment un peu long, regorge d’excellents titres et mérite ma foi sans rougir de figurer au menu de ce récapitulatif. Et il y a ce magnifique album de SPIRITUALIZED, un groupe lâché depuis bien des années, et pour cause : ses disques cultes ne m’ont pas marqué (si j’aime assez Lazer Guided Melodies, Ladies And Gentlemen We Are Floating In Space m’emmerde) et  je n’ai plus aucun souvenir de Let it Come Down et Amazing Grace (on se remettra ça en mémoire dans quelques années si j’atteints le numéro 163 dans ma tape story). And Nothing Hurt est une vraie merveille du début à la fin, qui fait feu de tout bois et remplace par exemple brillamment le dernier opus raté de Mercury Rev. De quoi me donner envie d’écouter les deux disques précédents passés à la trappe…

 

Vieilleries de l’Année  

     

wire

 

Depuis 2015 et la sortie de l’album Wire, je me suis attaché à découvrir l’immense discographie de WIRE. Cette année a été celle de la réédition de leurs trois premiers albums, que j’ai réussi à trouver d’occasion. Ils sont d’une immense richesse et je n’ai pas fini d’en faire le tour, mais au moins ai-je déjà vaincu la malédiction de Pink Flag, album culte sur lequel je m’étais maintes fois cassé les dents et que j’ai  enfin pris plaisir à écouter. Je lui préfère cependant largement les deux suivants, Chairs Missing et 154, en particulier ce dernier qui est donc mon favori de la trilogie. 

 

nick cave - dead can dance

 

Avec le voyage temporel que constitue l’écoute de mes vieilles cassettes, qui ont tout pile 20 ans ce qui engendre quelques amusantes harmoniques, il est deux explorations discographiques dans lesquelles me voilà replongé. Tout d’abord celle, passionnante,  de Nick CAVE and the BAD SEEDS, qui m’aura remis en mémoire le terrible the Firstborn is Dead. Dans un registre complètement différent, celle de DEAD CAN DANCE m’aura surtout permis de réévaluer le très éclectique live Toward the Within.

 

Artwork de l’Année 

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On en aura vu des vertes et des pas mures sur JEKV, Stéphane s’étant fait une spécialité de présenter des albums aux redoutables « Mochettes », mais sachant aussi mettre à l’honneur quelques « Pochouettes ». Selon les gouts, on classera dans l’une ou l’autre catégorie la pochette de Smote Reverser, pour ma part je la trouve vraiment sympa. C’est aussi l’occasion de signaler que THEE OH SEES viennent de signer là l’un de leurs tout meilleurs disques, qui a énormément tourné chez moi même si je n’ai absolument rien trouvé à dire dessus pour un article. 

 

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En complément, signalons le très bel artwork de Zwischen Demut Und Disco, album electro ambient des Allemands de SANKT OTTEN, et la simplicité de celui de the Deconstruction, énième sortie dispensable de EELS.

 

Jeu Video 

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2018 aura été  l’année d’un abandon (peut être définitif ?) des jeux sur PC au profit de ma Super Nintendo Mini, en particulier du génial the Legend of Zelda : A Link to the Past sur lequel j’ai passé quelques mois avec l’assistance occasionnelle mais très précieuse (des indices, pas des soluces) de la Golbline, tenue de main de Maitre par Thom via sa nouvelle rubrique sur les Jeux Videos. 

 

 Livres 

C’est encore une fois le passé qui retoque à ma porte : Stephen KING revient en force avec la sortie du film Ca l’année dernière et celle du remake de Simetierre prévue pour l’année prochaine. Entre temps, j’ai  rédigé une chronique cet été sur les trois cassettes de ma mise en musique de Ca qui m’a donné envie de le relire, et discuté avec Juliet, fan de littérature (et donc de Stephen King) qui m’a prêté Rage et 22/11/63, soit l’un de ses plus anciens et l’un de ses plus récents romans (34 ans séparent les deux livres).

 

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Unité d’action, de temps et de lieu, Rage est un coup de poing lu en trois jours, qui ne s’embarrasse pas de théorie ni de decorum. Il décrit pourtant magnifiquement la société américaine et ses travers par l’histoire esquissée de quelques familles d’Américains moyens. On sent que Stephen King n’est pas allé chercher bien loin son inspiration, et qu’il puise dans ses propres souvenirs pour tendre ce miroir déformant d’une jeunesse malsaine. Malgré ou grâce à sa concision, Rage est un livre beaucoup plus marquant que 22/11/63. 

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Celui-ci est  en effet une fresque épique d’environ 1000 pages, et on y retrouve quelques travers des productions récentes du proclamé Maitre de l’Epouvante. King digresse énormément, s’attache trop à ses personnages, tente de placer l’étendue énorme de ses recherches historiques sur l’assassinat de Kennedy et la période des 60’s, et nous refait le coup de l’autocitation (quoique plus subtilement que dans La Tour Sombre). 22/11/63 reste un très bon livre cependant, et il permet de retrouver longuement, soir après soir, un univers fort bien retranscrit qu’on prend plaisir à parcourir. On y apprend aussi pas mal de choses, en plus de la conviction de Stephen King que l’assassinat de Kennedy fut bien perpétré par Oswald seul, de sa propre initiative  (j’en étais resté, pour ma part, aux tireurs multiples et à la quasi impossibilité de la théorie officielle de « la balle folle »).

 

BDs de l'Année 

J’ai failli ne rien avoir à proposer comme BD cette année, mais le hasard a fait que je suis tombé In Extremis à Noel sur deux BDs marquantes portant sur le même sujet : la guerre en Syrie (en fait c’est pas le hasard, c’est mes belles sœurs qui sont très impliquées sur le sujet des migrants). 

 

l odyssee D hakim

 

L’Odyssée d’Hakim (premier volume sur 3 prévus), de Fabien TOULMé, raconte la réussite d’un jeune Syrien qui devient propriétaire d’une jardinerie, puis les évènements qui  amènent à la guerre et à sa fuite de pays en pays à mesure que la région s’embrase. C’est un reportage au scénario aussi clair que les dessins sont simples, avec pas mal de passages pédagogiques. Rien de mieux pour présenter les migrants pour ce qu’ils sont : des gens comme nous victimes d’évènements extérieurs et qui ont quasiment tout perdu du jour au lendemain. Je crains malheureusement que ce genre de livre ne prêche qu’aux convaincus… 

 

Amour-minuscule

 

Un Amour Minuscule, one shot de Teresa RADICE et Stefano TURCONI, aborde le même thème, mais l’histoire est beaucoup plus dense et éparpillée, avec un scénario et une construction complexe et émaillée de textes et de poésies (c’est parfois limite confus, mais je l’ai aussi lu beaucoup trop vite). On y suit, au travers de multiples flashbacks et ellipses temporelles, l’histoire d’amour entre une Italienne et un Syrien, mais aussi leurs histoires familiales. On y croise donc la dictature en Argentine, l’extrême gauche Italienne, la politique Syrienne, cependant qu’on suit l’épopée d’Ismail, coincé en Syrie et contraint de suivre la route des migrants pour regagner l’Italie où l’attend Iris, enceinte et sans nouvelles de lui. Si je n’ai pas été sensible aux nombreux textes sur la grossesse insérés dans l’histoire (l’Amour Minuscule en question), j’y ai trouvé de splendides réflexions sur la croyance et la religion. Pour ça, pour la description terrible et instructive du trajet d’Ismail jusqu’à Lampedusa, et pour plein d’autres évènements, dessins et personnages, Un Amour Minuscule est une BD que je conseille à tous mes amis ouverts d’esprit. 

Ces histoires devraient permettre à nos contemporains de relativiser leurs soucis (même si j’avoue franchement que personnellement je n’y arrive pas trop) et la prétendue dérive anti démocratique de la France. S’y retrouvent la description d’un pays idyllique, la Syrie, où tout semble rouler naturellement en apparence mais où les limites à la Liberté individuelle conduisent à des comportements sociaux très codifiés et à une frustration généralisée qui exploseront, avec l’aide de catalyseurs extérieurs redoutables, pour mener à la situation actuelle. De quoi faire réfléchir puisque nous avons, de notre côté, encore les cartes en main. 

 

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Je souhaite donc à tous mes lecteurs une Excellente année 2019 faite de Liberté, de Fraternité et d’Amour.