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Dans l’Ancien Testament, celui qui veut se repentir de ses péchés s’habille de sacs en toile et se couvre la tête de cendres en signe de soumission à Dieu. Ou c’est le prophète qui, agissant ainsi, tente de sensibiliser la population à un châtiment prochain et l’inciter à la conversion. David Eugene Edwards en prophète donc, et son chant clamé comme assourdi par une tempête de sable. La guitare slide pour la menace qui pèse, la batterie pour la marche du temps, la basse bien lourde pour l’orage qui s’annonce. Tel est le bien nommé Sackloth ‘N’ Ashes, premier album de Sixteen Horsepower que j’avais enfin déniché, assez longtemps après l’uppercut Low Estate. Enregistré intégralement, avec le titre inédit paru sur la version européenne (l’américaine, sorti un an auparavant a une pochette figurant un paysan assis, une poule perchée sur un genou).

L’atmosphère est pesante, jusque dans les country rock au banjo sautillant, dans les bals et les accordéons plaintifs, dans les bordels et les remords tardifs : le prophète est là, et au-dessus Dieu note les faux pas.  Pas de respiration dans ces trois quart d’heure (1) de prêche, c’est la réussite d’un groupe qui a trouvé son style si particulier, mais aussi le (moindre) défaut d’un album parfois un peu répétitif. Tous les titres n’ont pas de riff de guitare aussi marquant que celui de « Heel on the Shovel », toutes les rythmes ne sont pas aussi hypnotisant que celui de « Harm’s Way » où le déjà expérimenté Jean-Yves Tola fait des merveilles à la batterie. Par la suite, Sixteen Horsepower ne cessera d’affiner son talent, mais déjà il y a ce titre introduisant si merveilleusement les concerts, ce violon comme une alarme, cette basse comme un glas : « American Wheeze », cette course perdue d’avance contre la mort et l’heure des comptes.

 

(1) Allez, il y en a une, le « Red Neck Heel » de saloon…

 

 

 

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On avait quitté Liz Phair en dilettante torse nu sur la pochette d’Exile in Guyville, endossant à l’instinct et sans trop d’arrière-pensée le rôle de la fille moderne assumant une sexualité libre et sans contraintes. Après avoir enchainé avec un Whip-Smart qui dans mon souvenir jouait sur le même terrain (on en aura le cœur net très prochainement), Liz Phair souhaita légitimement passer à autre chose (en jeune mariée et nouvelle maman), comme en témoigne une pochette sage et sobre. Whitechocolatespaceegg est donc le fameux album de la maturité, un mot qui évidemment n’allait pas du tout avec l’image qu’avait construite l’artiste et toute l’industrie du disque derrière elle. Dans un monde où l’on met facilement en case, surtout les filles, se distinguer de la masse peut se révéler un piège à terme : voici comment Whitechocolatespaceegg fit un bide. De manière logique un petit peu, certaines chansons d’Exile in Guyville, une fois les textes provocateurs retirés, n’ayant plus grand intérêt. De manière injuste surtout, tant les morceaux proposés sur ce troisième disque soutiennent la comparaison avec leurs illustres prédécesseurs, que ce soit dans la folk où l’on retrouve la voix grave si particulière de la chanteuse (« Perfect World ») ou dans la pop rock tubesque de ce « Polyester Bride » assez fun.

L’album est souvent plus léger que ce que l’artwork ne le laissait supposer, (amusante « Girl’s Room » que l’on aurait aimé fréquenter), et, beaucoup moins dépouillé qu’Exile in Guyville, propose des sonorités plus variées, guitares à effets (« Whitechocolatespaceegg » évoquant Belly) côtoyant sons funky (« Love is nothing ») et claviers plus new wave (« Headache »). Whitechocolatespaceegg, loin d’être indispensable, ne méritait certainement pas d’être boudé tant par les critiques que le label. Il  ne fait décidément pas bon vieillir pour une fille qui a montré ses seins dans sa jeunesse, et Liz Phair se plantera en beauté par la suite, tentant de rattraper le coup en donnant aux producteurs ce qu’ils attendaient d’elle, devenant ainsi la caricature de ce qu’elle avait justement fait voler en éclat avec son premier album surprise. Mais nous verrons cela dans les derniers épisodes de cette rubrique, si l’on y arrive…

 

 

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Pas très commode d’évoquer un groupe aussi connu et novateur que Jane’s Addiction au travers d’une compilation de raretés posthume, surtout si c’est le seul album qu’on ait jamais entendu d’eux. Bizarre d’ailleurs que je n’ai pas cherché à aller plus loin, le « Kettle Whistle » introductif, sorte d’easy grunge flottant au chant embrumé émaillé d’incidents rock, étant tout à fait dans mes gouts. Loi des disques du genre, Kettle Whistle s’éparpille déjà sur les trois titres ici présents entre rock évoquant Pearl Jam, voire Jimmy Hendrix, et funk jazzy à la caisse claire affolante. Tout ceci est très bon, et l’on a hâte de redécouvrir un album assez largement retenu sur la cassette suivante.