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Amusantes, ces incongruités sporadiques dans ma série de cassettes. Après avoir notamment savouré un best of de William Sheller (épisode 65), voici Dominique Dalcan qui s’invite dans la rubrique. En réalité, c’est surtout la BO de Ma Vie en Rose qui importe ici, étant donné que je n’ai jamais rien écouté d’autre de ce chanteur français relativement confidentiel. Le film, en revanche, avait pas mal fait parler de lui à sa sortie, en 1997. Je l’avais bien apprécié dans mon souvenir et avait été assez touché par cette histoire de petit garçon se rêvant en fille, au grand désarroi de ses parents, bourgeois bien installés dans une belle maison de banlieue cossue où il est primordial de bien paraitre aux yeux de ses voisins (Michèle Laroque jouait fort bien la Maman de ce garçonnet prénommé Ludo). Il me semble que c’est une des premières fois que cette thématique du « mauvais genre » était proposée frontalement au grand public, mais il m’est difficile d’en juger, n’ayant eu dans ma jeunesse aucune ouverture sur le sujet (Ma Vie en Rose a d’ailleurs pu paraitre horriblement consensuel à des spectateurs plus avertis que moi à l’époque). Précurseur donc, je l’ignore, en tout cas il y avait là les prémices de débats qui enfleront jusqu’à  exploser il y a quelques années avec la fameuse théorie du genre. Je pense de toutes manières que ce n’est pas tant de ce côté-là qu’il fallait chercher mon attachement au film, mais plutôt dans l’histoire d’un gamin qui se réfugie dans un monde imaginaire pour fuir une réalité qui l’accable et le jugement des autres. 

Quoi qu’il en soit la musique du film m’avait suffisamment accroché pour que j’emprunte le CD à la médiathèque. J’en avais enregistré la majeure partie (en omettant évidemment la chanson phare interprétée par Zazie – dommage, je l’aurai bien réécouté par curiosité), et j’ai beaucoup réécouté la cassette par la suite. Je me souvenais d’ailleurs très bien de la mélodie de « Le vol du Trio », qui a un côté mélancolique évoquant les BO de Yann Tiersen (qui cette année-là sortait son splendide Le Phare, mais je ne ferais sa rencontre et en deviendrais fan que bien plus tard). Après un début plutôt doux, invitant à la rêverie (les cuivres et cordes mêlées de « Rose, mode majeur »), « en Exil » marque le basculement dans une atmosphère plus sombre, voire carrément oppressante pour le très réussi « A la Recherche de Ludo » mariant sons électroniques et piano répétitif. Pour « Le bâillon sur la table », ce sont les violons qui se font dramatiques, avant un retour à l’enfance sur « Le Duel », habile variation sur un air d’harmonica emprunté à Morricone. Constituée de pièces instrumentales pour la plupart très courtes, le BO de Ma Vie en Rose est agréable et réussie dans le sens où elle retranscrit la vie de Ludo, faite de jeux et d’échappées, de tensions et de confrontations. Un moment d’autant plus savoureux que je n’ai jamais eu l’occasion de revoir le film : c’est moi ou il n’a pas été rediffusé à la télé depuis des lustres ?

 

 

 

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Il est fort dommage de devoir écrire quelques mots sur Aladdin Sane (déjà chroniqué en ce blog, comme tous les albums de David Bowie, lors du Blog Tour de 2009, et on voit mal quoi en dire de plus) sans en réécouter le titre phare, mais c’est le jeu ma pauvre lucette, et voilà « Aladdin Sane » pour une raison obscure relégué cassette suivante avec « Watch that Man ». On y perd donc l’apparition emblématique du piano de Mike Garson, mais c’est pour mieux se concentrer sur les fabuleux Spiders from Mars qui nous tricotent une splendeur dont le maitre mot est : Groove (avec un G majuscule, vous le noterez). Il y a « the Jean Genie » évidemment, son riff entêtant entré dans la légende, et il y a la basse de Trevor Bolder (écrasant tout le reste sur « Cracked Actor »). Un groupe à son sommet (ouais, j’l’ai déjà dit pour Ziggy Stardust mais j’le redis quand même), qui arrive carrément à surpasser les Stones sur la reprise de « Let’s Spend the Night Together ». On en oublierait presque Bowie, tiens, sauf qu’il y a « Time », cet espèce de cabaret rock aliéné semblant estampillé Bob Ezrin (voir par exemple certains titres de the Wall) sur lequel notre génial caméléon vient gouailler un chant exceptionnel. On est en 1973, et ca fait un chef d’œuvre de plus au compteur pour Mister Jones, qui dit mieux ?

 

 

 

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Quand on essaye de retrouver de tête la discographie de Sonic Youth, il est un album qui est régulièrement oublié. Aucun fan ne le cite d’ailleurs comme son favori, même pas les plus snobs d’entre eux (et Dieu sait qu’un fan de Sonic Youth snob c’est quasiment un pléonasme). Cet album, c’est Experimental Jet Set, Trash and No Star. Ce n’est certainement pas le meilleur, mais pas le moins bon non plus, et je l’avais presque intégralement enregistré (il occupe toute la deuxième face de cette cassette). Alors, quoi ? Est-ce son imbitable titre, là où des Sister, Evol, Goo, Dirty claquent comme des évidences ? Est-ce d’être coincé entre deux des plus marquantes parutions des Sonic Youth, Dirty et Washing Machine ? Est-ce cette inhabituelle succession de titres courts, le dernier morceau étant le seul à dépasser les 5 mn ? Ou bien tout simplement son contenu, ne présentant que très peu de classiques qui survivront aux années 90 ?

Bref, le fait est que Sonic Youth semble plus que jamais tiraillé entre ses aspirations noisy expérimentales (« Starfield Road ») et un apaisement empreint de tristesse souvent porté par Kim Gordon (« Doctor’s Order »), entre le punk le plus élémentaire (excellent « in the Mind of the Bourgeois Reader ») et les développements plus complexes et cérébraux qui seront de plus en plus sa marque de fabrique par la suite (« Tokyo Eye »). Experimental Jet Set, Trash and No Star nous fait le coup du yo yo et n’accroche que par intermittence faute de cohérence, la plus belle exception étant bien entendu l’excellent  « Bull in the Heather », synthèse réussie d’un rock n roll brut et du Krautrock toujours très inspirant de Can. A quelques dispensables extraits près (« Screaming Skull »), Experimental Jet Set, Trash and No Star s’écoute attentivement et avec plaisir, sans pour autant nous faire vraiment ressentir le génie créatif du quatuor  New Yorkais. Album de transition, album paresseux, album réfléchi ? Dans le doute, on savourera d’autant mieux les brefs accès de folie émaillant la setlist, cet « Androgynous Mind » martelé et marquant, ces cris de bonheur de Kim sur « Sweet Shine ». Peut-être qu’un bon album, c’est finalement trop peu pour du Sonic Youth….