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Devenu grand fan de Cat Power, et en attendant un successeur à Moon Pix, j’empruntais Dear Sir, premier album de l’américaine enregistré en 1994 (1). Le coté extrêmement brut du disque ne m’avait pas rebuté, puisque je l’avais intégralement retenu. Certes son successeur What would the Community Think ne croule pas vraiment sous les arrangements et la production, mais là on dirait que ce Dear Sir a été carrément enregistré avec un seul micro planté au centre de la salle de répète. Toutes basées sur des boucles répétitives ultra simples de quelques accords, les compositions semblent même à moitié improvisées, bon nombre d’entre elles finissant par mourir quand l’un des membres du trio arrête de jouer et que les autres s’en aperçoivent quelques mesures plus loin. Ainsi décrit, l’album parait assez rébarbatif mais il fonctionne en fait très bien, par le seul charisme du chant de Chan Marshall, aussi cru, habité et déchirant qu’on pouvait s’y attendre.

Evoluant dans un registre grungy teinté de noise qu’elle abandonnera progressivement par la suite, Chan Marshall est soutenue par la batterie basique d’un Steve Shelley (from Sonic Youth, of course) qui se met au niveau et au service de la chanteuse dont il est l’un des premiers soutiens. Pas mal de grands morceaux émergent de cet étrange objet austère et  confiné, l’intense « Rockets », l’émouvant « Mr Gallo » ou le final « Headlights », assez représentatif puisqu’il tient simplement sur deux accords mais qu’il scotche l’auditeur sur place. Comme extraits d’autres sessions d’enregistrement, les deux sombres chansons « 3 Times »  et « Great Expectations », avec leur lenteur et leurs arpèges,  font le lien avec What would the Community Think. L’écart sonore avec les autres morceaux renforce le coté amateur et un peu brouillon de ce premier disque, sans qu’on sache s’il s’agit d’un parti pris ou d’une limite technique. Mais Dear Sir marque surtout car il ne laisse aucun doute sur le fait que Cat Power sera une artiste qui compte. 

(1)    Je n’ai jamais trop su où placer Myra Lee, sorti en 1996 mais dont l’enregistrement semble concomitant à Dear Sir.

 

 

 

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Après avoir chroniqué deux albums 90’s des Throwing Muses plutôt sympathiques, remontons dans le temps pour redécouvrir leur 3eme album, Hunkpapa, enregistré en 1988, alors que Tanya Donelly officiait encore à la guitare au côté de sa grande demi sœur Kristin Hersh, leader affirmée du groupe. Comme craint, le retour aux 80’s fait assez mal, aucune des compositions ici retenues n’ayant trouvé grâce à mes oreilles - il faut quand même signaler que les 4 premiers titres de l’album, les plus connus, sont enregistrés cassette suivante selon une logique qui m’échappe, on attendra donc un peu pour se faire un avis définitif. Plus que la production vieillotte (ah, ces cuivres sur « Take »), c’est surtout le n’importe quoi stylistique qui m’a fait tiquer, le mélange entre rock agressif, blues et – surprise ! – country (« Mania », « the Burrow ») n’étant pas du meilleur effet, quand ce n’est pas d’improbables transitions au sein d’un même titre qui perdent l’auditeur (« Dragonhead »). L’habitué des travaux solo de Kristin Hersh regrettera le manque de subtilité de cette œuvre de jeunesse tout en mesurant le chemin parcouru jusqu’à un Red Heaven (1992) beaucoup plus solide. Mais attendons donc le prochain épisode pour conclure….

 

 

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Une cassette décidément bien bordélique puisque du disque Evol de Sonic Youth ne figurent ici que deux extraits (le reste est en cassette 095). J’en touche un mot quand même car le titre « Madonna, Sean and Me » (aka « Expressway to Yr. Skull »), qui clôture Evol, est assez fantastique et me semble consacrer ce 4eme album comme le premier où le groupe trouve le style caractéristique qui fera son succès. C’est aussi le premier où Steve Shelley officie à la batterie, ce qui n’y est sans doute pas étranger.

 

 

 

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Les deux chefs d’œuvre de Marilyn Manson enfin mis en boite cassettes 048 et 067, il me restait à découvrir l’origine du mal, à savoir le premier album Portrait of an American Family. Un disque évidemment fascinant, que je m’étais empressé d’enregistrer en intégralité (1). En 1994, Marilyn Manson semble déjà un musicien aguerri, et sait très bien où il veut aller. Son but : personnifier l’Amérique dans ce qu’elle a de monstrueux, horrifier le bon W.A.S.P et se marrer de le voir vouer aux enfers son propre reflet dans le miroir qu’il lui tend. La pochette est, dans ce sens, magnifiquement réussie : qui est le monstre, l’énergumène tatoué au regard dément et au look extravagant, ou l’américain moyen sur son canapé bouffant de la merde en continu, émissions de télé incluses ? 

L’album frappe fort d’entrée (après un prélude flippant), avec un titre délicatement nommé « Cake and Sodomy » et commençant par « i am the god of fuck ».  En 6 mots, voilà déjà le petit label Parental Advisory Explicit Lyrics qui fait son apparition sur la jaquette, tandis que Manson fustige justement dans ce morceau l’hypocrisie de l’Amérique puritaine. Sur « Organ Grinder », il en remet une couche (« I wear this fucking mask because you cannot handle me ») avant d’inverser la chasse aux sorcières sur « Dogma ». Musicalement, s’il subsiste quelques restes d’un Hard Rock bien digéré (« Cyclops »), le groupe Marilyn Manson se singularise déjà par sa spécialité : le groove violent. C’est flagrant sur « Dope Hat » ou « Wrapped in Plastic », morceaux sur lesquels la basse tient une place prépondérante (bien plus que sur la plupart des grands groupes 90’s du genre). Et ce n’est même pas le génial Twiggy Ramirez qui tient la 4 cordes, mais un certain Gidget Gein dont l’addiction à l’héroïne, qui ne semble pas avoir perturbé ses prises studio, provoquera le renvoi du groupe juste après la sortie de l’album (et la mort par overdose en 2008). Il est d’ailleurs étonnant de voir la continuité entre Portrait of an American Family et Antichrist Superstar alors que l’intégralité du groupe, mis à part Wayne Gacy (claviers), a été renouvelé entre les deux albums. Il faut certainement y voir l’influence du producteur, le célèbre Trent Reznor, qui par l’habillage indus de ces morceaux donne la touche finale et indispensable au style inimitable de Marilyn Manson. Coup d’essai, coup de maitre, le Grand Epouvantail est prêt à détourner tous les Kids du droit chemin, ce qui sera fait dès l’année suivante avec la reprise de « Sweet Dreams » puis avec le clou bien enfoncé d’Antichrist Superstar. 

(1)    Mais, décidément, les 3 derniers extraits sont sur une autre cassette : la 096