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La journée débute comme la précédente, mis à part que nous sommes un peu plus en forme et que nous profitons enfin de la piscine (sauf Constance, qui est encore plus frileuse que moi). Nouvelle partie de Shazam, nouvel apero, c’est le farniente absolu et il faut se faire violence pour nous diriger vers le Tinals où les SHONEN KNIFE sont programmées à 17h45 (nous n’avons même pas tenté les dédicaces Bds malgré la présence de mon cher Fabcaro). D’ailleurs nous sommes en retard et le groupe est déjà sur la grande scène extérieure quand nous arrivons.

 

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Présentées comme une des sources d’inspiration de Kurt Cobain (ce qui ne nous apprend pas grand-chose mais doit surement être vendeur), les SHONEN KNIFE sont un trio pétillant de dames d’un certain âge : il est cependant difficile de deviner leurs presque  40 années de carrière sur des visages éclairés en permanence par un immense sourire. Musicalement, on ne va pas tourner autour du pot : c’est du punk plagié sur les Ramones (1), avec quelques incursions dans un hardcore festif. Non seulement j’aime bien leurs chansons, mais le concert est hyper fun et délirant, entre les diverses chorégraphies, les figures imposées style rocks stars et les interventions joyeuses des deux frangines qui se partagent le micro. J’apprends ainsi qu’un album live est sorti récemment, et je ne résisterai certainement pas à la tentation de l’acquérir.

 

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Après cette introduction punchy de nos Manga Ramones, nous profitons d’un trou dans la prog pour nous poser avec de bonnes bières au Barrio, où l’inévitable et délirant Sound-Truck est pour l’instant en pause. Une bonne heure de discussions et de selfies plus tard, nous retrouvons le gang des lyonnais et nous positionnons devant la petite scène pour le très attendu concert de FONTAINES DC, auteurs pour l’instant de mon album préféré cette année. La hype a d’ailleurs contaminé le site, puisque lors des balances c’est une foule compacte qui se presse et s’interroge : pourquoi le chanteur n’est pas là, pourquoi on n’entend pas le guitariste qui le remplace sur « Hurricane Laughter » ? Mais ouf, alors que le véritable concert commence, voilà notre tête à claques de Grian Chatten qui apparait et commence à tourner comme un lion en cage sur l’intro de « Hurricane Laughter » lancé par ses acolytes dans une configuration identique à celle du Sonic, où on les avait découvert (ils sont juste moins bourrés et mieux coiffés).

 

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Dommage d’ailleurs de griller en début de set leur meilleure cartouche, d’autant que le titre suivant, le mollasson « the Lotts », fait direct retomber la sauce. Le groupe enchaine par la suite tous ses irrésistibles tubes, depuis mon favori « Too Real » jusqu’au hit « Boys in the Better Land », devant un parterre remuant conquis d’avance. Finir par le titre le plus court et le plus radical de Dogrel, le manifeste « Big », est une excellente idée, une conclusion à l’image d’un set expéditif, sans fioritures mais sans surprises.  Le quintet se barre sans un mot un quart d’heure avant l’horaire prévu, un gigantesque bras d’honneur qui a du bien faire chier ceux qui étaient venu spécialement pour eux. Maxime est révolté, ce que je comprends moins : j’essaye de lui faire prendre conscience que ce départ anticipé est à peu près la seule chose qu’on puisse qualifier de punk dans leur prestation, mais peine perdue. Pour ma part j’ai bien aimé la concision du set (les 3 morceaux non joués de l’album n’auraient fait que l’alourdir) et n’en demandais pas plus au groupe, mais le concert n’aura fait qu’alimenter mes doutes sur son futur : à un moment l’attitude ne suffira plus, et il faudra réécrire des chansons.

 

rv1     rv1 - lolito de palermo

 

Rien ne me tente dans ce qui est programmé l’heure suivante, il est temps d’aller chercher le casse-croute préparé à l’avance et posé à la consigne, d’autant que la suite va être intense. On mange sur un pouf en écoutant de loin les DIRTY PROJECTORS, un groupe que Denis a adoré par le passé mais qui l’a déçu sur ses derniers disques.  Des réserves s’imposent vu le degré d’attention que j’ai porté au concert, mais je n’ai pas du tout aimé ce que j’ai entendu, le groupe me semblant entrer dans le style de pop ultra produite à la Animal Collective que j’avais surnommé le Rock de Laboratoire. La suite, c’est encore sur la petite scène extérieure avec RENDEZ-VOUS, groupe français que nous attendions de voir avec impatience tous les trois. Si j’ai apprécié et pas mal écouté Superior State, leur album sorti l’année dernière, je ne lui ai pas cependant réservé l’accueil qu’il méritait, le problème étant qu’il vient après une énorme vague de Post Punk similaire dont je commençais à être un peu fatigué (je pense notamment aux albums de Frustration). Pour le moment, RENDEZ-VOUS attaque son concert avec deux morceaux que je ne connais pas un peu éloignés de ce style, plutôt dans une surprenante veine Indus-Gothique. Par la suite, les parisiens reviennent à des sonorités plus attendues, en l’occurrence les trois premiers morceaux de Superior State, mais avec un son nettement plus brutal que sur disque. Le claviériste, le guitariste, l’ex batteur des Quetzal Snakes et le sombre bassiste/chanteur raide comme un i entourent un leader agité alternant claviers, guitares ou beuglements et motivant un public nombreux qui ne lésine pas sur le pogo et les slams. Denis et Constance désirant s’avancer un peu, je joue des coudes mais me retrouve seul comme un con au moment d’affronter les mêmes imbéciles qu’à It It Anita. J’ai subitement la moitié du crâne douché de bière, et vu le nuage de poussière dans lequel on évolue je me retrouve bien vite avec une tête de troll. Après ce coup-là, on va moucher marron pendant un bon moment…. Le groupe n’en a cure, et déroule son set avec un sérieux à la limite de la suffisance, enchainant les titres où les solides lignes de basse ne s’arrêtent jamais. Une belle performance, peut-être un peu trop linéaire pour me laisser à terme un souvenir plus précis qu’une intense tranche de rock empoussiérée.

 

low - yoann galiotto

 

Se profile maintenant l’un des clash les plus cornéliens du Tinals. SHAME et LOW sont pourtant aux antipodes l’un de l’autre mais tous deux ont excellente réputation sur scène, et tant notre trio que de nombreux festivaliers sur facebook regrettaient vivement le fait de les avoir mis en concurrence. Pouvoir assister à un concert de LOW en festival et en intérieur est une chance à ne pas manquer, car je n’aurais pas payé pour les voir spécifiquement (et d’ailleurs je ne l’ai pas fait lors de leur récent passage à l’Epicerie Moderne). Je ne suis en effet pas un très grand fan du groupe, ayant picoré leur discographie et, bien qu’il y ait toujours eu une part de superbes morceaux  dans les disques que j’ai écouté, n’ayant finalement eu comme coup de cœur que le très vieux the Long Division. Quant à leur dernier disque, le clivant Double Negative, je ne l’ai tout simplement pas compris, considérant l’ubuesque production expérimentale comme un véritable gâchis. Je suis très curieux d’entendre comment tout ceci va être retranscris sur scène, et puis ça me changera un peu du gros son entendu jusqu’à présent ce week end (et dans le pire des cas si je m’emmerde je retournerai voir SHAME). Constance et Denis ont le même raisonnement, nous voilà dans la grande salle au milieu d’une fosse ayant récupéré semble-t-il tous les cheveux gris du festival.

 

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LOW attaque son concert dans la pénombre, éclairé en contre-jour par trois rideaux de néons-écrans du plus bel effet (mais j’imagine un cauchemar pour les photographes). Sereins, élégants et souriants, les trois membres du groupe posent une ambiance captivante par des boucles lancinantes sur lesquelles les voix d’Alan Sparhawk et Mimi Parker viennent saisir l’auditeur. La cohérence du set est évidente, les chansons de Double Negative (une moitié de la setlist), débarrassées de la plupart  des bidouillages de studio, se mêlent parfaitement à une sélection précise de vieux titres courant du premier album (1994) au Ones and Sixes de 2015. Cette diversité, et l’enchainement de chansons moins longues que je ne l’imaginais (mis à part « Do you Know How to Waltz » et son drone saturé post rock final) donnent un relief inattendu à un concert qu’on n’a pas songé une seconde à quitter, même en ne reconnaissant que deux titres à tout casser (« No Comprende » et « Monkey », titre le plus rock sur la dizaine interprétée).  Une heure de musique intense que j’ai beaucoup aimée, malgré une fin un petit peu abrupte. Denis et Constance sont eux carrément bouleversés, LOW a vaincu nos doutes respectifs : c’est ce qu’on appelle le talent.

 

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Il n’est donc pas évident de se remotiver et de bouger à l’autre bout du site pour le concert de PRETTIEST EYES, où nous retrouvons le gang des Lyonnais, pour la plupart enchantés du tabassage en règle opéré par SHAME sur la grande scène. De toutes manières nous n’avons pas le choix, il est impossible d’accéder à l’intérieur de la Paloma à cause d’un second concert de FONTAINES DC que les organisateurs ont eu l’idée improbable de programmer dans un Patio très largement sous-dimensionné (et tant pis pour ceux qui voudraient juste récupérer leur sac ou se placer en avance au Club pour le concert de SCARLXRD). PRETTIEST EYES est un trio claviers/basse/batterie qui balance un garage blues hyper entrainant, nonobstant quelques petits défauts (toujours sceptique sur le concept de batteur/chanteur, et puis l’effet d’écho à la Jane’s Addiction sur la voix est assez irritant). On aurait pu se laisser entrainer à l’image d’un public assez fourni, mais j’ai un peu l’esprit ailleurs, tout à mon inquiétude de rater le concert censé terminer sur un coup d’éclat ce week-end génial : SCARLXRD.

 

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Si SCARLXRD (prononcer Scarlord, le guss remplaçant tous les o par des x dans les titres de chansons) évolue dans un style qui m’est étranger, le hip hop, sa musique de rage et de fureur, entre hurlements et gros son quasi industriel, me parle assez (j’avais d’ailleurs apprécié l’année dernière le concert de Ecca Vandal dans un créneau similaire). Bref j’ai bien aimé son album 0000.Infinity, et me voyais déjà me défouler une dernière fois sur cet ultime concert original. Hélas, c’était sans compter cette maudite jauge qui nous interdisait tout accès au Club. Après 10 minutes de queue où j’entrevois juste le bond d’une silhouette musclée au travers de la porte, nous renonçons et décidons de partir après un bref salut aux potes. Très déçu par ce final avorté et voyant que les au-revoir s’éternisent, je retente ma chance un quart d’heure après et finit par pénétrer dans un Club chaud bouillant mais largement assez aéré pour accueillir un bon nombre de spectateurs supplémentaires. J’aurais donc finalement droit à une petite moitié de set de SCARLXRD, qui tient plus de la performance que du concert à proprement parler. Le jeune rapper anglais ne chante que sporadiquement sur des boucles balancé par un acolyte aussi remuant que lui. L’idée est plutôt d’entrainer le public à coup de harangues, de sauts et de danses sportives ininterrompues. Cela fonctionne plutôt bien, même si je serais curieux d’avoir l’avis de vrais spécialistes de hip hop sur ce genre de show en quasi playback (2).

 

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 Le trio le plus Rock de cette Edition 2019 !

 

Il est temps de faire un petit bilan de cette édition 2019 du TINALS. L’ambiance est toujours aussi géniale, le site, les bénévoles, les petits à coté qui facilitent la vie du public en font le festival le plus agréable que je connaisse. Avec Denis et Constance, un logement confortable et le soleil en prime, le week end fut merveilleux. Coté musical, il faut quand même pousser un coup de gueule : c’est inacceptable de ne pas pouvoir assister aux concerts souhaités en ayant payé son billet. On espère que l’organisation reverra sa copie quant à la programmation des groupes  suivant l’heure et la taille des salles, car non seulement les blocages sont inadmissibles mais la peur de louper un concert favorise l’immobilisme au détriment du papillonnage propice aux découvertes. Le résultat de ce line-up est que, malgré les nombreuses jolies trouvailles dont le Tinals a le secret qui émaillaient la programmation sur le papier, je n’ai fait que très peu de découvertes cette année: vraiment dommage. Pour le reste la plupart des groupes attendus ont tenu leur rang, le son était bon et j’ai pu voir pour la première fois quelques artistes cultes ou jeunes combos prometteurs : Top ! En regagnant la Calexicomobile de Papa, nous croisons le groupe de Maxime qui fait une photo souvenir sur l’esplanade : en voilà d’autres qui n’ont pas passé un morne week-end. Nous avions choisi de dormir une nuit supplémentaire et de partir le lendemain vers Lyon. Sage décision que nous avons payée en embouteillage bien lourdingue. Manière comme une autre de réaliser que la fête était finie, et qu’il nous faudrait péniblement revenir à notre quotidien. Jusqu’à l’année prochaine. 

 

(1)    D’ailleurs j’apprends sans réelle surprise en rédigeant cet article qu’elles ont sorti un tribute album appelé Osaka Ramones. 

(2)    Denis m’a bien parlé de la ridicule performance de Rico Nasty, mais c’était aussi musicalement très pauvre apparemment.

  

Setlist de Fontaines DC: Hurricane Laughter - The Lotts - Chequeless Reckless - Too Real - Sha Sha Sha - Liberty Belle - Boys in the Better Land – Big 

Setlist de Rendez-Vous: Intro – Euroshima – Double Zero – Paralysed – Sentimental Animal – Exuviae – Workout – Distance – Last Stop 

Setlist de Low: Quorum - Dancing and Blood - Always Up - No Comprende – Monkey - Do You Know How to Waltz? – Lazy - Always Trying to Work It Out - Especially Me – Fly - Disarray

 

PHOTOS: Shonen Knife = abc / Piscine = Constance / Fontaines DC 1 + Low 2 + Scarlxrd  + photo bonus = Moi / Fontaines DC 2 + Rendez-Vous 1 + Prettiest Eyes = Robert Gil (photosconcerts.com) / Rendez-Vous 2 = Lolito de Palermo / Low 1 = Yoann Galiotto / Rock Trio = un gentil festivalier

 

SHONEN KNIFE: 

FONTAINES DC: 

RENDEZ-VOUS: 

LOW: 

PRETTIEST EYES: 

SCARLXRD: 

 

BONUS! on est pas bien, là, au TINALS, décontracté des oreilles....

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