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Cette fois, j’y étais. J’avais découvert, émerveillé, la Fac. J’avais déchanté, failli me perdre. J’avais saisi ma chance et buché comme un fou, ou du moins au maximum de mes capacités, et ça avait fonctionné : mon dossier avait été sélectionné par une école, à Metz. Pas forcément la ville rêvée pour un Marseillais, mais pour moi c’était bien, parce que c’était loin. Après un détour de 6 mois en stage à Annecy au bon gout de liberté, cette fois, j’y étais vraiment : mon chez moi. 18 m2, un lit, un bureau, une salle de bain-WC et une petite cuisine dans l’entrée, dans une résidence étudiante sympa et moderne avec ordis et machines à laver en libre accès. Un refuge pendant un an et demi. J’ai rarement été aussi heureux que pendant cette période. La pression scolaire était minime (les premières années sont les plus dures en Ecole d’Ingénieur, et je les avais brillamment évitées), j’avais plein de nouveaux potes, il y avait des fêtes sans discontinuer et j’avais un peu d’argent donné par mes parents chaque mois. J’étais à fond dans la musique, et il est assez symbolique que c’est à cette période que je croisais la route de Mogwai, qui deviendrait vite mon groupe favori. La première fois que j’avais entendu les Ecossais, c’était avec « Christmas Steps », l’un des titres les plus emblématiques du Post Rock d’origine, qui figurait sur la bien nommée compilation Everything is Nice, sortie pour les 10 ans du label Matador. J’avais emprunté le Young Team à la médiathèque de Metz, qui était bien pourvue mais moins prise d’assaut que celle de Marseille (j’y avais notamment trouvé le Sweet Relief 2 de l’épisode 092, cherché en vain jusqu’alors), et j’étais devenu fan instantanément du groupe. Le Young Team n’apparait pas sur ces cassettes (1), car je l’avais fait graver par un pote. Pour d’obscures raisons, il avait enregistré les chansons dans l’ordre décroissant des durées, ce qui fait que j’ai longtemps confondu « Yes ! i am a long way from home » (premier véritable titre du disque) avec « Mogwai Fear Satan » (premier titre de mon disque gravé) et longtemps cru que « Mogwai Fear Satan » était la chanson la plus courte de Young Team.

 

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Le fait que quantité d’artistes, dont beaucoup de pointures, se soient rués sur les morceaux du Young Team pour en faire des remixes suffit à prouver l’importance que le disque a pu avoir. Je ne sais pas s’il y a beaucoup d’exemples de premier album remixé de la sorte, mais en 1997, Mogwai est rentré quasi instantanément dans la cour des grands. Vu la vénération que je portais au disque, j’ai évidemment emprunté très rapidement Kicking A Dead Pig - Mogwai Songs Remixed, très curieux de voir comment avaient été transformés mes chansons fétiches. Sans surprise la matière sonore de Young Team est du pain béni pour les remixers de tout poil, et les titres de Kicking A Dead Pig sont réussis (je les avais tous retenus sauf deux). La plupart ont laissé tomber les explosions coupant brusquement les passages calmes qui caractérisaient la musique du groupe pour se concentrer sur le côté répétitif et hypnotique des morceaux, en leur donnant plus ou moins de reflets electro. On oscille entre des relectures soft comme la très belle version de « Tracy » par Kid loco ou un « Like Herod » par Hood qui préfigure presque le Mogwai actuel, de la techno déstructurée (« Summer » par Klute’s Weird Winter), le drone bien sombre élaboré par Third Eye Foundation pour « A Cheery Wave from stranded Youngsters » ou la transe très agressive de µ Ziq sur un « Mogwai Fear Satan » méconnaissable. Pas mal d’expérimentations intéressantes nous font tendre l’oreille à la recherche des mélodies d’origine, comme sur le « Helicon 2 » de Max Toundra qui enchaine différentes ambiances assez différentes ou le brillant « Gwai on 45 » des copains d’Arab Strap, morceau mélangeant de nombreux titres du Young Team dans une composition onirique au rythme electro où l’on reconnait le style du duo mais qui peut évoquer aussi Yann Tiersen. Tandis que DJ q réussi l’exploit de transformer le titre le plus plombant du groupe, «  R U still into it ? », en un electro club dansant bien agréable, le mot de la fin est donné aux célèbres My Bloody Valentine qui s’attaquent eux aussi à « Mogwai Fear Satan » (il s’agit d’un disque bonus de 4 remixes de cette chanson, dont un par Mogwai eux même). Un défi relevé haut la main, puisque malgré sa longueur (16mn, tout comme l’originale), ce remix est le meilleur de Kicking A Dead Pig. En gardant le riff de batterie d’origine associé à des claviers inédits, My Bloody Valentine respecte la version de Mogwai tout en y insufflant sa propre personnalité, notamment au travers d’une longue interruption médiane faite des multiples couches de guitares saturées qui ont fait leur légende. 

En s’appuyant sur les mélodies originales mais en faisant preuve d’une imagination et d’une diversité bienvenue, Kicking A Dead Pig est un très bel exercice du genre qui ne pourra que séduire les fans d’un groupe qui n’a jamais cherché à rester sur ses acquis, et s’est employé à explorer divers horizons tout en conservant son identité musicale. Celle qui m’a tant fait rêver, ce mystère que  Kicking A Dead Pig garde intact.

 

(1)    En fait c’est la seule fois où Mogwai figure sur cette rubrique, puisque j’ai par la suite directement acheté tous leurs disques

 

 

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Dur d’évaluer à sa juste valeur un Evol ainsi dispersé sur plusieurs cassettes. Après avoir fortement apprécié « Expressway to yr. Skull » en épisode 093, voici donc la première moitié du disque qui lance Sonic Youth dans la formation qu’ils garderont jusqu’à leur séparation, avec Steve Shelley à la batterie. Si « Tom Violence » ne tient pas toutes les promesses de son intitulé, la suite sera plus accrocheuse, notamment ce « Shadow of a Doubt » fascinant qui alterne passages en harmoniques et voix chuchotée de Kim Gordon avec des explosions saturés qui deviendront habituelles chez le combo New Yorkais. Un parallèle intéressant avec la musique de Mogwai écoutée juste avant que ce titre évoque partiellement, peut être une piste pour les origines multiples du post rock. Autre lien, bien plus identifié, avec le rock alternatif qu’on peut déjà entendre sur « Starpower », excellent morceau comprenant un passage avec une base rythmique répétitive sur laquelle viennent couiner des guitares expérimentales, procédé qu’on retrouvera par la suite sur quantité d’albums des 90’s. Quand « Death to our Friends » présente le côté plus dissonant et punk de Sonic Youth, « Green Light », avec son développement basé sur deux accords répétitifs, préfigure le Washing Machine qui sortira dix ans plus tard. Une décennie de recherches soniques tout azimut avant de construire des albums plus cohérents, et peut être plus sages, et dont Evol peut être vu comme un coup d’envoi séminal.