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J’aimais bien cette époque où mes artistes favoris publiaient quantité de magnifiques B-Sides sur des EP indispensables. Radiohead a fait partie de ce club, et si je n’enregistrais qu’un seul titre de ce No Surprises / Running From Demons (destiné à la base au marché japonais) c’est que tous les autres figuraient au menu du Airbag / How am i driving ? que je possédais déjà. « Bishop’s Robes »  est non seulement une très belle chanson, mais c’est aussi une des seules que Radiohead interpréta au Dôme de Marseille en cette fameuse soirée du 21 octobre 1997 que je ne connaissais pas. Si cela ne justifiais pas l’achat de l’EP (fort cher pour un seul titre), je ne manquais donc pas de l’emprunter à la médiathèque dès que j’en eus l’occasion.

 

 

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J’ai assisté à la pire prestation scénique de ma vie en 1998 dès mon 3eme concert, par  un groupe que je ne connaissais pas alors et que j’adorerais par la suite. C’était à Marseille au Poste à Galène (1), une petite salle à la programmation bien pointue, et je m’étais déplacé pour voir Cat Power pour sa tournée Moon Pix. Nous avions dû patienter une bonne demi-heure avant  de pouvoir entrer, car  les artistes n’étaient pas prêts. En réalité, comme je m’en rendrais compte dans la soirée, ils s’étaient copieusement pochetronnés la gueule au vin rouge au lieu de faire leurs balances, et si le Cat Power trio avait pu s’en arranger moyennant un délai supplémentaire et relativement assurer leur set, il n’en fut pas du tout de même pour Fuck. Dans un bordel indescriptible, jusqu’à un gamin qui jouait de la game boy dans un coin de la scène, la troupe hilare avait péniblement tenté d’aligner quelques accords alors que la moindre note de basse faisait trembler tout le bar. Cerise sur le gâteau, l’un des guitaristes s’était excusé avec un large sourire en se trompant de ville (« hey guys, let’s play for the people who pay good monney, come on Montpellier ! ») ce qui n’avait pas augmenté leur cote auprès de Marseillais à la susceptibilité bien connue. Devant un public consterné, Fuck n’avait de mémoire pu aller au bout que d’un seul morceau avant de céder la place à une Chan Marshall titubante et son verre de pinard.

 

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si tu n'as pas trouvé les personnages qui s'enculent sur la pochette, il y a une deuxième chance ici... 

 

A bien y réfléchir, cette manière de saborder ce qui devait être la chance de leur vie (signés sur Matador, le label de Cat Power, ils étaient embarqués dans une tournée mondiale en soutient d’une artiste qui était déjà une star du rock indé) était tout à fait représentative d’un groupe qui s’était employé dès le début à ne surtout pas avoir de succès. S’appeler Fuck pour un groupe Américain, c’était l’assurance de ne jamais passer sur MTV, de ne jamais être cité à la télé, de n’être référencé qu’avec plein d’étoiles à la place des lettres dans toutes les bases de données, et d’être absolument introuvable sur l’internet balbutiant. Que le groupe ait produit un tube et cela n’y aurait rien changé, ils s’étaient tiré une rafale de mitraillette dans le pied avant même de commencer. Bien sûr, c’était parfaitement voulu par Timothy Prudhomme, pièce maitresse du quatuor, excellent songwritter semblant trop effrayé à l’idée d’être pris au sérieux et s’arrangeant, tel un clown triste, pour toujours parsemer ses productions de quelques farces grotesques. C’est le cas de ce Pardon My French, leur meilleur album et leur plus connu (2). Qui pourrait se douter que derrière cette pochette potache (où il faut évidemment chercher les personnages qui s’enculent) se cache une merveille Lo-fi, capable de rivaliser par moments avec les meilleurs du genre, Sparklehorse ou Eels post Beautiful Freak en tête ? Constitué d’une multitude de petites chansons souvent axées folk blues mais aux qualités mélodiques renversantes, Pardon my French donne souvent l’impression d’une œuvre inachevée, sans que l’on sache si les idées inexploitées le furent par j’m’en foutisme ou par pudeur. C’est particulièrement frustrant sur des titres comme « Dirty Brunette », sans doute mon favori, dont on aurait bien vu la tension rare sur ce disque s’éterniser en un final grandiose, mais qui se termine en queue de poisson  avant le seuil des 3 minutes que Fuck ne franchit qu’à quelques reprises (notamment sur les blues « Tether » et « Sometimes » dont la beauté ne fait qu’accentuer l’impression que les autres chansons sont trop courtes). Les petites ballades délicates abondent, et si Timothy Prudhomme marche sur les plates-bandes de Mark Linkous, c’est pour passer précipitamment à autre chose dès que le climax est installé (« One Lb of In », « Am i Losin’ »). 

 

Dans la pure tradition de ce genre d’albums 90’s, la chanson émouvante côtoie l’anecdotique instrumental, la pop guillerette (l’irrésistible single « Fuck Motel ») fréquente l’ambiance glauque (« Compromise »), les arrangements de cuivre ou de xylophone (plutôt rares) sont concurrencés par des réveils matins ou des bruits improbables. Si cette relative hétérogénéité enlève sans doute à Pardon My French toute prétention au statut d’album culte, il n’en reste pas moins une pépite méconnue que j’avais enregistré intégralement dès que je pu tomber dessus à la médiathèque (malgré un a priori forcément négatif), et que j’ai pris grand plaisir à réécouter aujourd’hui. Sur une dernière facétie (un final en iodle sur la charmante « Scribble Dibble »), Fuck disparaitra des radars tant et si bien que leur récent retour sera passé, hélas, complètement inaperçu.  Pas sûr que nos héros underground s’en soucient.

 

(1)    Dont j’apprends avec tristesse en rédigeant l’article qu’il a été repris cette année et qu’il s’appelle maintenant le Makeda, avec une prog qui n’augure rien de bon pour les amateurs de rock alors qu’elle était encore impeccable au moins jusqu’en 2016… 

(2)    Je n’ai jamais trouvé les autres en médiathèque, et les ai tous achetés bien plus tard sur le net. Seul leur 6eme (avant le hiatus de 15 ans) est un peu moins bon, et celui de l’année dernière, the Band, est tout à fait recommandable, comme je vous en avais fait part ici même il y a peu de temps. 

 

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Retour sur la fin d’un bon disque dont la majorité fut écouté et appréciée en épisode 093. Ces trois derniers titres font honneur au souvenir qu’on avait du premier album de Marilyn Manson, Portrait of an American Family. On y retrouve ce hard rock (quel riff de guitare sur « Misery Machine » !) fondu à blanc avec un groove étonnant (il y a même des cuivres sur « My Monkey »). Le chant, la prod malsaine et bien sur la personnalité unique de Manson font le reste….

 

 

 

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Nous avions réécouté, il y a bien longtemps (épisode 016), un excellent double album où de parfaits inconnus prêtaient allégeance à leur manière au grand maitre Alice Cooper. Humanary Stew, c’est un peu   l’inverse : des musiciens connus (enfin, tout est relatif…) reprennent sans la moindre originalité les plus grand standards du groupe. Aucune prise de risque sur le choix des morceaux, et si la reprise est scolaire, comme le « Elected » exécuté par Steve Jones, Duff McKagan et Matt Sorum (1), c’est un moindre mal tant les rares écarts tentés par certains participants font mal aux oreilles. L’improbable association de Mike Inez, Slash (qui vient rendre une fois de plus hommage à l’une de ses principales sources d’inspiration) et Roger Daltrey, bien à la peine, ne fait pas d’étincelles sur « No More Mr Nice Guy », mais ce n’est rien comparé à l’affreuse prestation vocale de Glenn Hughes sur « Only Women Bleed ». Le plus gros tort d’Humanary Stew aura surtout été de convier quantité de guitaristes et musiciens issus du glam rock /metal pour interpréter des titres de la période vieux hard rock d’Alice Cooper, soit un décalage d’au moins 10 ans avec Constrictor, premier disque où notre Grand Guignol favori raccrochera à ce style alors au top de la mode. D’où des branlages de manches et vocalises qui tombent complètement à côté de la plaque, et font de ce Tribute Album un bon gros raté. 

(1)    Le guitariste des Sex Pistols et la paire rythmique des Guns avaient sorti 3 ans auparavant un fort bon album de punk sous le nom de Neurotic Outsiders.

 

 

 

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Il y a bien longtemps que j’avais intégré la bonne période de Can, mais je cherchais toujours à écouter les albums manquants à ma discothèque, moins cultes et donc moins facilement trouvables. Ce Flow Motion sorti en 1976, soit à peine 7 ans après le premier et génial album Monster Movie, signe le passage pour Can au côté obscur. Cela fait certes un moment qu’ils se débrouillent sans chanteur, mais leurs disques avaient jusqu’alors conservé une certaine part d’expérimentation. Flow Motion, c’est la roue libre. Rien n’est désagréable (j’avais d’ailleurs enregistré l’album en entier, et il avait eu un certain succès populaire), mais on passe du funk discoide (« I Want More ») à une ambient désincarnée (« Cascade Waltz »), voire, hérésie, à du reggae ! Bref, chronique d’une mort artistique annoncée qui prendra 3 albums et autant d’années avant de se concrétiser par un split inéluctable.