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Nouvel album, nouvelle tournée et nouvel arrêt à Lyon pour Yann Tiersen, après un passage aux Nuits de Fourvière 2017 qui m’avait laissé un sentiment mitigé. Un avis assez positif sur All, une configuration moins rêche que la fois précédente (où Tiersen était en solo) et surtout un lieu inhabituel et semblant idéal me décidèrent à prendre deux places pour cette date rapidement complète. Ainsi, après avoir confié les lardons à notre baby sitter habituelle fort heureusement disponible, Mélaine et moi nous dirigions vers l’Auditorium d’un bon pas pour un petit quart d’heure de marche en cette soirée d’Automne naissant. Les premiers inconvénients de ce beau lieu le plus souvent dévolu au classique me reviennent en mémoire alors que je renonce à ma traditionnelle binouze d’ouverture (on ne peut pas rentrer dans la salle avec) et que je dois me contenter de saluer de loin les amis Christophe et Valérie sis au balcon surplombant le nôtre.

 

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Pour le reste, nous sommes très bien placés et calés dans nos moelleux fauteuils pour assister à une première partie dont l’intervention va être chronométrée : une demi-heure pour convaincre la frange la plus sage d’un public lyonnais déjà pas très rock à la base, la mission semble impossible, d’autant que la musique de Geysir ne se prête guère à un réchauffage d’ambiance. Le duo joue un gothique 80’s plutôt bien fait mais peu adapté au lieu et très statique. Le chanteur/guitariste et la chanteuse/bassiste se font face au centre de la scène, séparés par  des claviers et machines sur lesquels ils lancent des boucles en y ajoutant quelques notes répétitives de leurs instruments. Pas forcément en décalage avec l’univers récent de Tiersen, mais hormis une jolie voix masculine (1) sous employée, l’ensemble présentait peu d’intérêt live. La dernière note a à peine retenti que je suis déjà devant la porte du balcon, forçant la jeune fille m’ayant réprimandé parce que je prenais une photo à se précipiter pour me l’ouvrir dans les règles. Premier au bar et au casse dalle, c’est pas classe mais efficace ! Nous y sommes rejoints par un couple de bons amis avec lesquels nous devisons joyeusement sur nos marmailles respectives. Ils nous apprennent à cette occasion que le concert de Tiersen, selon l’affichage à l’entrée de l’Auditorium, durera deux heures, ce qui occasionne quelques craintes vu la fatigue accumulée lors d’un week end bien chargé.

 

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 Alors que nous sommes de retour à nos places, les lumières s’éteignent et nous écoutons en guise d’introduction un long texte littéraire sur un massacre de loups et l’équilibre perdu entre l’homme, le loup, les cerfs et la montagne. C’est assez plombant, un peu pompeux voire ridicule, mais qu’importe, voici Yann Tiersen qui vient s’installer derrière son grand piano, dos au public, et qui nous met dans l’ambiance avec une petite série instrumentale conclue par le classique « La Dispute » alternant mélodica et piano. Il présente ensuite rapidement ses musiciens en brodant une histoire assez marrante sur Alex, le magnétophone placé sur l’avant de la scène et qui diffusera tous les enregistrements de la nature qu’on peut entendre sur All. Voici donc les deux musiciens originaires des Feroe (Jens Thomsen, Olavur Jakupsson) et Emilie, l’épouse de Yann, qui viennent le rejoindre et alterneront avec lui sur les différents instruments placés sur scène : de nombreux claviers (pianos, clavecin, toy piano, machines), des percussions, un machin bizarre avec un soufflet horizontal, et ces cloches tubulaires (déjà vues chez Swans) au son pur qui sont pour un bonne partie dans l’ambiance spéciale de la soirée. Le quatuor se lance dans l’interprétation intégrale et dans l’ordre de All. Je suis content de n’avoir pas réécouté le disque depuis un petit moment, le redécouvrir en live est vraiment plaisant, surtout à l’Auditorium. Rien à dire, la salle est parfaite pour ce genre de musique, et même si l’interprétation diffère assez peu de la version studio, la qualité sonore et les jeux de lumière féériques y ajoutent un indéniable surplus d’émotion.  Avant « Usal Road », l’un des nombreux passages au violon seul de la soirée, un Yann Tiersen décidément plus bavard qu’à l’accoutumée nous gratifiera d’une nouvelle anecdote de sa manière maladroite et timide sur la genèse du titre, lors d’un voyage à vélo aux états unis où le couple sera coursé par un puma affamé. Après une nouvelle pause solo au violon et au piano, le quatuor se reforme pour une réinterprétation intéressante d’une série de vieux titres, dont un très beau « Le Compteur ». Nous préfèrerons à l’inévitable « Sur le Fil », morceau toujours le plus applaudit à chaque tournée, l’extrait d’Infinity (« Grønjørð ») qui mettra en valeur les qualités vocales d’Olavur Jakupsson pour une évasion bien loin des soucis quotidiens qui nous encombraient l’esprit il y a quelques heures encore.

 

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 « Le Vieux en veut encore »  (on dirait une dédicace à mon encontre) est suivi de quelques jolies phrases aux claviers puis de la longue version live de « Rue des Cascades », avant que le groupe ne salue une première fois un public qui, bien qu’allégé de nombreux imbéciles pressés, ne ménage pas ses applaudissements. Le rappel sera la seule déception du concert pour ma part, avec en unique extrait de mon cher Dust Lane « Chapter 19 » (soit le seul morceau du disque que je n’aime pas) et un morceau chanté que je ne reconnais pas (probablement un inédit). Pas grave, les deux heures seront finalement passé bien vite, preuve que la magie a parfaitement fonctionné ce soir. Mélaine, malgré de légères critiques sur les tics de composition et certaines parties vocales, est enchantée elle aussi, de même que Valérie qui m’envoie quelques textos enthousiastes. 6eme fois que je vois Yann Tiersen en concert, et chaque date aura été différente : le breton est décidément un musicien hors pair et un professionnel passionné et passionnant, et il n’y a aucune raison pour que cela change… 

 

(1)    Lionel Laquerrière, musicien du groupe Nestorisbianca, qui accompagnait Tiersen sur scène lors de la fabuleuse tournée d’Infinity.  

 

Setlist : Porz Goret – Naval - La dispute – Tempelhof – Koad - Erc'h - Usal road – Pell – Bloavezhioù – Heol – Gwennilied – Aon – Prad - Beure kentañ - Tempelhof  2 - 7:PM - Mouvement Introductif - Comptine d'un autre été : L'Après-midi - Le Compteur - La Valse des monstres – Grønjørð - Sur le Fil - Le Vieux en veut encore - La Jetée - Rue des Cascades // Chapter 19 - Pedennoù diouz an noz