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OH SEES - Face Stabber

 

Sur le papier, Face Stabber cumulait les défauts : un album très long, sorti après un Smote Reverser génial et donc difficilement détrônable, surtout à quelques mois d’intervalle. C’était sans compter le talent des Oh Sees, groupe au sommet de son art qui sans changer d’un iota son style garage psyche flirtant régulièrement avec le Krautrock, parvient à foutre sur le cul un auditeur pourtant habitué au meilleur. Les musiciens sont faramineux (notamment Tim Hellman, sans doute l’un des meilleurs bassistes du rock actuel), et réussissent à trouver le juste équilibre entre solos démonstratifs et développements répétitifs tout en s’éclatant manifestement (le disque débute quand même par une rythmique à la girafe couineuse). Album fourmillant de trouvailles sonores et de fausses pistes jouissives, zébré d’éclairs punk, prog ou afro-rock, les Oh Sees varient fond et forme, proposant après un enchainement de titres inhabituellement courts « Henchlock », monumentale conclusion de 20 minutes rivalisant avec les plus grands classiques 70’s du genre. Face Stabber frôle la perfection (à un inutile « Captain Loosely » près) et viendra tout comme son prédécesseur égailler les classements annuels avec sa pochette vintage et colorée.

 

 

 

The_Murder_Capital_-_When_I_Have_Fears 

the MURDER CAPITAL - When I Have Fears  

 

Le premier album de the Murder Capital a fait sensation il y a quelques mois. J’avoue que l’agitation et les dithyrambes générales, venant après une série de buzz identiques, m’a quelque peu rebutée, d’autant que les comparaisons avec certains groupes de la nouvelle vague post punk que j’écoutais énormément me laissaient sceptiques par leur côté trop systématique. Conscient malgré tout de son potentiel, je décidais de mettre When I Have Fears de côté et d’y revenir plus tard au risque de le laisser passer par manque de temps, comme tant d’autres. La traditionnelle baisse de sorties de fin d’année m’a donné l’occasion de le réécouter, et on peut dire que la pause volontaire a été bienvenue, me donnant le recul pour mieux juger ce disque à l’aune des sorties de l’année.

Il faut savoir reconnaitre ses erreurs, et les deux principaux doutes que j’avais exprimé se sont envolés lors de ces réécoutes. La comparaison avec Fontaines DC, que j’avais trouvé hâtive, me semble aujourd’hui justifiée (1), voire même évidente à certains moments (« Feeling Fades » ressemble énormément au terrible « Hurricane Laughter » de Dogrel). En même temps, When I Have Fears est à la fois moins inégal que Dogrel (ce qui veut dire qu’il ne contient pas de tubes aussi immédiats) et plus riche, proposant une palette d’ambiance qui va bien au-delà du post punk. C’est là ma deuxième erreur, l’album que j’avais ainsi jugé trop dispersé n’en est en fait que plus marquant, les compositions de the Murder Capital étant réussies dans le registre post punk chiadé à la Damned (« More is Less ») comme dans les rythmiques pesantes et l’atmosphère glauque inspirée par Joy Division (« Slowdance », « Love, Love, Love »). Mieux, avec des guitares aux sonorités très 90’s (2) et un chant souvent mélodique, the Murder Capital réussi à émouvoir régulièrement, de la ballade « On twisted ground » au rapide « Don’t Cling to Life » évoquant les maitres du genre, Protomartyr. Faisant preuve d’une maturité et d’une maitrise peu commune pour un jeune groupe, the Murder Capital osent même une chanson en piano voix plombée, magnifique « How the Streets Adore me Now » à l’intensité remarquable. Intense, voilà bien l’adjectif qu’on utiliserait pour qualifier d’un mot ce When I Have Fears, prémice on le suppose d’une carrière à suivre de près.

(1) C’est beaucoup moins vrai pour Idles, mis à part quelques passages en tout début d’album.

(2) L’album est produit par Flood et mixé par Alan Moulder, dont les noms évoqueront pléthore d’albums cultes aux gens de ma génération.

 

 

Dinosaur_Pile-Up_Celebrity_Mansions

DINOSAUR PILE-UP - Celebrity Mansions 

 

C’est en entendant ma collègue éclater de rire que j’ai su que Celebrity Mansions était un bon album. Une hilarité inhabituelle due à la vision de ma houppette apparaissant et disparaissant derrière le panneau séparant nos bureaux au rythme des délicieuses compos punchy  du joyeux trio: sans m’en être aperçu, je headbanguais en rédigeant mes specs techniques.  C’est que Dinosaur Pile-up s’y entend pour raviver les souvenirs des 90’s, sautant du coq à l’âne avec délectation,  à l’image d’un « Trash Metal Cassette » introductif caricaturant le metal de notre jeunesse sur ses couplets enchainés tranquillou  avec des refrains de  punk mélodique. On croisera ainsi quelques images sonores de Red Hot Chili Peppers, des Pixies, de Nirvana ou des President of the United States of America, dont les Dinosaur Pile-up partagent l’irrésistible second degré, comme le suggère l’improbable pochette. Si Celebrity Mansions est à forte teneur skate punk, il fourmille de transitions incongrues,  de clins d’yeux appuyés à ma génération mais surtout d’excellents morceaux. D’abord vu comme une récréation aussi réjouissante qu’anecdotique, l’album s’est ainsi imposé au fil des écoutes comme un nécessaire futur achat.

 

 

The-Gereg

the HU - the Gereg 

L’origine inhabituelle de ce groupe pourrait en faire une sorte de curiosité folklorique, mais the Hu fait avant tout de la bonne musique. En utilisant des instruments traditionnels (guimbarde, morin khuur (1), flute),  le quatuor mongol évite le cliché du groupe de metal testostéroné en slip clouté et propose au contraire une synthèse réussie entre la musique traditionnelle et le hard rock. Nul besoin de saturation et de double pédale, le chant gutural, souvent renforcé de chœurs, suffit à donner une impression de puissance à cet ensemble cohérent de compositions originales. Par le jeu des instruments et des tempos utilisés, on navigue entre musiques guerrières ou contemplatives, comme le suggère des titres comme « Wolf Totem » ou « the Legend of mother Swan ». Teintant leurs chansons d’accents hard ou blues, sachant aussi bien évoquer la tension que la spiritualité, the Hu proposent un album profondément humain qui nous transporte instantanément vers les grands espaces naturels de leur pays, un peu comme 16 Horsepower avait su le faire en son temps. Et si l’aigle, le cheval fougueux ou le grand Genghis Khan font bien sur une apparition sur the Gereg, c’est, à l’inverse du premier Manowar venu, en hommage à une culture ancestrale qui leur est propre. Et que nous avons grand plaisir à partager tout au long de ce disque. 

(1)    Instrument à corde dont le son évoque le violon