133

 

R-3253601-1513941776-9301

 

A l’écoute du misérable dernier album de Eels (Earth to Dora), je ne peux qu’être nostalgique de la période bénie où la moindre face B, le moindre obscur titre du groupe était une merveille à tomber par terre. D’où mon acharnement à les débusquer, bien aidé en cela par la médiathèque qui m’évitait de dépenser ma maigre thune pour d’inutiles compilations dont seuls quelques extraits m’intéressaient. Il ne faut pas chercher plus loin la présence en ces cassettes de la BO du film the End of Violence, que je n’ai jamais vu de ma vie. Et oui, ce « Bad News », ballade minimaliste et déchirante interprété par le seul E, surplombe de bien haut toutes les compositions qu’il a pu placer depuis 15 ans sur ses disques. Si le film de Wim Wenders semble avoir récolté de bien mauvaises critiques, sa BO présente quelques noms accrocheurs et m’a permis quelques belles découvertes. Le célèbre DJ Shadow, dont on me parle depuis des années sans que j’ai daigné m’y intéresser, propose un titre (« Untitled Heavy Beat (Part 1&2) ») qui m’a immédiatement fait penser aux titres instrumentaux de Calexico. Pas raccord avec l’image que je me faisais de sa musique, mais en revanche tout à fait dans le ton de cette BO qui dégage un parfum d’Americana, me laissant supposer que son action se déroule en Californie ou en Arizona. Il y a le côté festif, avec la cumbia endiablée de Raul Halo, mais surtout le coté mélancolique. Spain déroule une ballade sobre et précise, une peinture musicale des grands espaces qui m’a séduite (mais les quelques disques du groupe que j’avais écouté m’ont plutôt ennuyés, va savoir…). Whiskeytown, ex groupe de Ryan Adams (je l’ignorais), propose un joli blues agrémenté de slide guitar, tandis que Michael Stipe accompagne Vic Chesnutt pour un folk déglingué forcément désespéré (« Injured Bird »). En écoutant ces belles chansons, je me suis plutôt imaginé une histoire d’amour impossible, ou un le road trip d’un type brisé qui cherche dans la fuite un sens à sa vie. Las, il semblerait que the End of Violence ne soit qu’un banal film d’espionnage...

(doté cependant d'une belle affiche en hommage à Hopper)

 

 

 

R-573107-1170451687

 

L’épisode précédent, lors de notre chronique du deuxième album de Pavement Crooked Rain Crooked Rain, nous supposions que sur son prédécesseur le groupe n’était pas tout à fait mur. Et bien voici donc ce premier album, un Slanted and Enchanted qui semble, tout du moins dans sa partie retenue, nous faire mentir. Certes, la moitié délaissée contenait sans doute quelques erratiques morceaux du style de ceux des tout premiers EP qui nous avaient fraisouillé les oreilles en épisode 130, mais la progression de Pavement sur les morceaux ici présents laisse pantois. Tout d’abord des petits tubes qui définissent presque le son du rock indé 90’s, sorte de pop foutraque à la guitare bien saturée et au chant et solos approximatifs (« Summer Babe » évidemment, mais aussi « Trigger Cut/Wounded Kite-at 17 » ou « Perfume-V »). On est ici sur le registre joyeux et enthousiaste, voire blagueur (« Two States »), et l’on croque la vie à pleines dents. Ce qui est assez incroyable, c’est qu’usant quasiment de la même recette Pavement a encore plus de talent dans le registre mélancolique (« Here »), dans ce genre de ballades poignantes à la rage contenue qui fini par déborder en cris et accords sauvages. C’est ici l’inoubliable « In the Mouth a Desert ». Décidément, en 1992 Pavement est déjà un grand groupe. Mais je ne m’en rendrais compte que bien longtemps après.

 

 

R-2852319-1304002576

 

Redécouverte plaisante d’un groupe que je connais très peu, et qu’on ne trouvera qu’avec ce disque dans cette rubrique : the Grateful Dead. Se peut-il que je m’y sois intéressé après avoir lu qu’ils étaient la principale inspiration de Phish, sur le Billy Breathes desquels je venais de flasher ? Ce qui est sûr, c’est que la filiation est évidente, les points communs étant très nombreux, notamment la forte participation du piano (et non de claviers, c’est important) et le gout reconnu pour des prestations live épiques et laissant souvent libre court à l’improvisation. D’où sans doute aussi le (bon) choix du double live Europe ’72 comme porte d’entrée. Je n’en avais retenu qu’une moitié, mais j’ai passé un très agréable moment. Si la prépondérance du blues attendu est bien là, notamment avec la splendide reprise du classique « Morning Dew » (1) qui clôture l’album, c’est bien par une country endiablé (le mal nommé « Cumberland blues ») et un pur Rock N Roll à l’ancienne (« One More Saturday Night ») que le concert débute. Par la suite, nous aurons maintes fois l’occasion de vérifier que Jerry Garcia n’a pas volé sa convocation régulière parmi les meilleurs guitaristes de tous les temps, avec ce son cristallin et ses fabuleuses envolées. On retiendra particulièrement le jeu en picking impressionnant sur « China Cat Sunflower ». On sent toute la technique et l’expérience scénique du groupe, notamment sur le bluesy « Epilog » qui semble improvisé, mais avec quelle maitrise ! Bref, si la discographie du groupe reste intimidante, ce copieux live fera très bien l’affaire pour représenter dignement les Grateful Dead dans une collection de disques.

 

(1)    Entendu chez quantité de groupes, dont Nazareth