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Emballé par les deux derniers albums des Liminanas, j’avais pris mes places très tôt pour leur venue au Transbordeur. Du coup ce mercredi soir ne tombait pas forcément bien, et je fus surtout victime d’un début de soirée poissarde qui ne me mis pas dans de bonnes dispositions, d’autant que contrairement à ce que j’avais pensé pas un seul de mes collègues habitués des salles lyonnaises ne s’y rendais. Départ du boulot beaucoup trop tardif et sous une pluie battante (en trottinette), frustration de ne voir ma famille qu’en coup de vent, blocage à l’entrée (j’ai bien cru que je n’allais pas pouvoir rentrer, j’ai dû retrouver une preuve d’achat de mon billet dans mes mails sur mon téléphone), transparence absolue au bar où la moitié de la salle a été servie en me passant devant, je me retrouve enfin dans une fosse relativement clairsemée quelques minutes à peine avant l’entrée des musiciens sur scène (1) : ils vont devoir être sacrément bons pour renverser la vapeur. Disons le d’emblée, si le groupe n’a pas démérité c’était mission impossible à cause de la principale déception du concert : le public. Là encore je m’étais fourvoyé puisque le spectateur type était un mec, vieux, fumeur de joint et surtout incroyablement statique. Aller voir Les Liminanas pour ne pas danser, surtout après un disque tel que De Pelicula (en collaboration avec Laurent Garnier), voilà qui me dépasse un peu, aussi irais je bien vite rejoindre aux avants postes les deux ou trois couples remuants de la fosse.

 

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C’est un groupe imposant de 7 personnes qui investissent la scène, avec en son centre le duo original des Liminanas, attaquant directement le set avec « Saul », introduction tranquille de l’album De Pelicula. Marie, la Meg White made in France (musicalement, pas physiquement), n’a que trois éléments sur sa batterie : au moins pas d’esbrouffe, on sait qu’une bonne partie de la rythmique sera faite par les machines du gars sur sa gauche, qui apportera aussi quelques parties de percussion et tiendra le chant sur certains morceaux, plutôt efficacement. Lionel, le Warren Ellis made in France (physiquement, pas musicalement), avoinera ses boucles d’accords sur sa guitare électrique et s’assurera de la cohésion du groupe avec quelques signes de la tête, notamment pour la fin des morceaux, mais ne pipera mot. C’est un autre guitariste, à sa droite, qui récupèrera le chant de pas mal de titres, mais ce n’était pas forcément judicieux car sa voix, trop jeune et trop aigue, ne convenait pas vraiment aux compositions du groupe (pour les reprises, c’était bon). En particulier sur « dimanche », superbe tube qui perd une très grosse partie de son accroche sans le chant spécial de Bertrand Belin. Au deuxième plan, on trouve un barbu aux claviers et guitares, un bassiste efficace et au milieu un grand bonhomme naviguant entre accordéon, guitare, machines, mais qui semble surtout être un pote embarqué dans l’aventure pour avoir son quota d’intermittence.

 

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Les Liminanas poursuivent avec l’instrumental « Je rentrais par le bois... BB », et on pense un moment qu’ils vont jouer leur dernier album dans l’ordre, mais le titre suivant, plus rock dans l’esprit, est extrait de l’album de L’Epée, leur collaboration avec Anton Newcombe et Emmanuelle Seigner. De De Pelicula ils retiendront la meilleure moitié pour leur setlist, agrémentée d’une belle sélection de titres plus anciens, comme ce très plaisant « the Gift » issu de Shadow People évoquant les Jesus and Mary Chain, et quelques reprises qui apportent un peu de variété. Suite à ce très bon premiers tiers consacré aux productions récentes du groupe, le concert marque un peu le pas avec quelques extraits plus anciens ou dispensables, avant de repartir de plus belle pour ce qui sera le meilleur moment de la soirée. Encadrant les plus intenses morceaux de De Pelicula, « Que Calor ! » et « Steeplechase », imparables electro rocks hypnotiques qui feraient danser un paralytique (mais apparemment pas un Lyonnais), se trouve l’excellente surprise que constitue la reprise de « Mother Sky » de Can, que l’ensemble du groupe (avec le jeune au chant et tambourin) se réapproprie de belle manière et a l’intelligence de prolonger jusqu’à transe. Quand les Liminanas saluent une première fois le public, après une reprise des Undertones un peu pourrie, je suis surpris, n’ayant pas vu le temps passer. C’est l’heure d’un rappel mérité, si on en juge par les applaudissements et les cris, Marie passe au chant, laissant les machines officier seules à la rythmique, et l’on se dit que ce serait peut-être la formule idéale pour les Liminanas, tant ce « My Black Sabbath » est charmant, l’absence de batterie ne se faisant nullement sentir. Un long instrumental hypnotique se terminant par une accélération comme on les aime fait un beau final à ce concert sympathique, mais qui ne m’aura pas transcendé. Les Liminanas sont plutôt un groupe à voir en festival, ou tout du moins avec une bonne bande de potes. Tout seul, ça le faisait moins…

 

(1)    J’étais donc très loin de voir la première partie, d’ailleurs je ne sais même pas ce que c’était. 

 

Setlist : Saul - Je rentrais par le bois... BB - Last Picture Show (L’Épée cover) - Istanbul Is Sleepy - Shadow People - Juliette dans la caravane – Dimanche - The Gift - Down Underground – Crank (The Beach Bitches cover) - One of Us, One of Us, One of Us... - Que Calor! - Mother Sky (Can cover) – Steeplechase - Teenage Kicks (The Undertones cover) // My Black Sabbath - Je m'en vais / the Train Creep A-Loopin