Nick CAVE and the BAD SEEDS - Mercredi 15 Juillet 2026 - Théâtre Antique - VIENNE
La venue du plus célèbre prophète du rock dans l’Antique Théâtre de Vienne avait mis les fidèles de toute la région, et même d’ailleurs, en émoi. Des rendez-vous avaient été pris, des bas-de-laine vidés, des covoiturages organisés. Bastien s’était tenu prêt pour une première révélation mais, dépourvu de permis et en l’absence de navette SNCF réservée aux seuls spectacles de Jazz à Vienne, avait dû s’en remettre à la Calexicomobile pour le mener à bon port. Sa foi était dès lors mise à rude épreuve par la naïveté légendaire du conducteur d’icelle, ce larron pensant qu’un départ à 19h assurerait gite et boisson en centre fosse. C’était sans compter quelques bouchons et la traque laborieuse d’une couteuse place de parking qui nous voyait débarquer en plein milieu de la première partie, alors que les amis plus prévoyants étaient déjà sur place depuis fort longtemps. M’abandonnant à ma pause technique, Bastien s’échouait à l’extrême droite de la scène contre une enceinte lui masquant l’essentiel du show, lui qui aime tant être bien en avance pile devant. J’en concevais quelques remords, mais au moins aura-t-il entendu le maitre. De mon côté, et guidé par quelque instinct mystique je naviguais à l’extrême gauche et, jouant honteusement des coudes, parvenait à atteindre les sieurs La Buze et Daniel. En pèlerin prévenant, ce dernier hydratait son compère assoiffé (j’avais dû renoncer au bar pris d’assaut) à l’aide des gourdasses prévues par son épouse, au son des Dynamite Shakers, quatuor Vendéen qui s’employait sur scène à dispenser un rock peu original mais bien exécuté et au demeurant fort plaisant d’autant qu’avoiné avec la conviction de l’insolente jeunesse qui peut se vanter d’avoir préchauffé un théâtre romain blindé pour l’un des plus virulents disciples du Dieu Elvis encore en activité.
Le dernier soubresaut adolescent envolé, l’attente fut longue et l’impatience des fidèles se figeait en cous tendus, effluves sudorales et soupirs patraques tandis que je prenais joyeusement des nouvelles de mes deux compères, pas avares en burlesques anecdotes. Soudain une vétérane effervescence agita les lieux à l’apparition des Dix. Il y avait là en fond de scène les Quatre choristes tout de blanc vêtues, dont l’apport sera loin d’être anecdotique, teintant la plupart des titres d’un parfum gospel mais se déchainant à l’envie en incantations diaboliques. En deuxième rang la claviériste Carly Paradis en costard cravate, Jim Sclavunos entouré d’un véritable capharnaüm de percussions, ce bon vieux Colin Greenwood qui a récupéré le poste de bassiste (1) et tout à gauche l’excellent Larry Mullins et sa batterie hybridant rock et classique (avec des timbales notamment). Enfin au premier rang le guitariste George Vjestica et le chimérique multi instrumentiste Warren Ellis encadrent Nick the Ripper, costume cravate impeccable dont il s’effeuillera au fil de la soirée, teint cireux mais cheveux noir corbeau, qui vient d’apparaitre sous les acclamations de la foule et attaque le concert comme il y a 4 ans à Fourvière par un « Get Ready for Love » idéal pour lancer la cérémonie. L’esprit abandonne toute résistance dès le « From Her to Eternity » et son xylophone dissonant qui suit, dans un long tourbillon hypnotique que poursuit un « Train Long-Suffering » que je suis ravi d’entendre pour la première fois en live. Dès lors le public ne sera plus qu’une assemblée de marionnettes à la merci du Grand Cave qui comme à son habitude fera monter les bras au ciel, taper des mains, chanter en chœur (j’en passe et des meilleures) des quinquagénaires et leur progéniture convertie comme dans les Mega Church américaines. Il vole des larmes tel un vampire sur « O Children », aspire les derniers récalcitrants d’un « Tupelo » irrésistible, les chœurs les percussions la basse minimaliste et métronomique nous entrainent fascinés tandis que le chanteur nous maintient sous sa coupe en parcourant la scène de long en large, agrippant des mains, se hissant sur les plus fanatiques, désignant les gradins les plus éloignés d’un index squelettique. Il s’amuse des déclarations d’amour et des requêtes de titres, s’éponge le visage avec le tissu emprunté à une spectatrice intronisée par surprise Sainte Véronique, montre la lune autant que le spot lumineux au milieu des gradins, surjoue l’idole pour mieux se moquer des idolâtres. C’est le moment de calmer le jeu, le toujours superbe « Carnage » amorce la séquence, puis Nick Cave prêche pour la joie, ce si petit mot à l’importance pourtant capitale, et fait reprendre l’intro de « Joy » pour une note à priori approximative. Colin Greenwood, concentré à l’extrême, s’appuyant en permanence sur Larry Mullins, parfois sur Warren Ellis, blêmi encore plus si c’était possible. « Rings of Saturn » lasse, « Bright Horses » est clairement le titre de trop, mais ce sera le seul moment dispensable de cette très longue messe. Car Janet Ramus a quitté ses amies anges pailletées pour s’avancer vers le piano de Nick et entamer un duel avec lui sur un bouleversant « Henry Lee » (2). Dès lors c’est l’enchainement des immenses classiques, l’ensorcelant « the Mercy Seat » qui n’en fini plus d’électriser le public, le bondissant « Papa Won’t Leave you Henry », les funestes cloches de « Red Right Hand » et son classique couplet retravaillé à l’adresse d’un spectateur (ici une histoire de T-Shirt moche si j’ai bien compris), l’entêtante « the Weeping Song » et enfin l’immense « Jubilee Street » les ayant toutes surpassées, avec l’inoubliable histoire de Bee et son final de plus en plus rock, hey, regardez le, il se transforme, il vibre, il rayonne, regardez le, il vole, regardez nous, on vibre, on rayonne, on vole !!! Impossible d’offrir une meilleure conclusion au set et pourtant le Grand Cave et ses Dix y parviennent avec un titre que je ne connais pas (3). Le très étendu et pulsatoire « Hollywood » maintient le public dans son hypnose par un fond musical minimaliste sur lequel la voix de Nick s’impose en une litanie qu’on aurait souhaitée interminable, tant il est vrai que long est le chemin de la tranquillité de l’esprit.
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Pas certaine d’avoir clairement vu le groupe et leur meneur quitter les lieux, l’assemblée se lance machinalement dans un rappel et ne reprend ses esprits qu’à l’entame de « City of Refuge », autre classique incantatoire prétexte à reprise chorale d’un refrain scandé ad lib par la foule. Nick Cave, farfouillant dans des partitions posées sur son piano, annonce alors deux titres rarement joués, ce que prouveront à la fois l’utilisation inhabituellement soutenue du prompteur et le regard paniqué de Colin Greenwood scrutant le moindre geste de George Vjestica pour tenter de se repérer dans les titres qui, chanceux que nous sommes, sont deux splendides ballades, la mélancolique « Nobody’s Baby Now » et la lugubre « Stranger than Kindness » qui aura bouleversé les plus vieux fans présents ce soir-là. Dès lors, « Into My Arms », habituelle conclusion jouée solo, ne sera qu’une ultime étreinte pour nous signifier que cette fois ci les lumières se rallumeront définitivement.
2h30 de concert, on ne va pas s’en plaindre, mais du coup il est assez tard et il va m’être impossible de discuter comme je le voudrais avec les nombreuses personnes que je connais dans le public. A commencer par mes chers La Buze et Daniel, rejoins exceptionnellement par un JP légèrement agoraphobe qui s’était tenu éloigné de la fosse jusqu’alors. Songez que la première rencontre des 4 Fantastiques pour un concert d’Emily Jane White au Sirius était demeurée unique jusqu’à ce moment, 18 ans plus tard ! Nous avons donc beaucoup à nous dire d’autant que JP est encore plus bavard que Daniel, mais je dois couper court à regret car Marie que je dois ramener à Lyon s’inquiète de ma position. C’est au moment où je me mets en quête de la rejoindre que je suis hélé par un autre groupe de potes entraperçus auparavant dans la fosse. J’aurais aimé demander à Christophe quelle place prenait ce concert parmi les 10 du Cave auquel il a assisté, à Valérie si elle avait bien suivi les consignes et tapé dans ses mains malgré son éventail, à leur Malouine de fille si elle avait conscience d’avoir les parentes les plus cools du multivers mais je bavarde, je bavarde et Bastien attend depuis une demi-heure que je le rejoigne à l’entrée. C’est donc en trio avec Marie que nous prendrons la route après l’inévitable cohue pour sortir du parking, mais en bonne compagnie le temps passe vite. Malgré l’heure très tardive et la certitude d’être défoncé à l’importante réunion que mon chef a eu l’outrecuidance de convoquer aux aurores le lendemain, je me couche avec le bonheur d’avoir passé un excellent concert qui aura fait l’unanimité auprès de toutes les personnes interrogées. Nul n’avait bien sûr douté du Grand Cave !
(1) Avec son costume noir il ressemble plus que jamais à un croque-mort et peut se prévaloir d’une sacrée bonne tête de Bad Seeds
(2) Bouleversant malgré la partie de barbichette mentale qui se joue tout au long du titre entre les deux musiciens surjouant leur personnage respectif et qui aboutira par la victoire in extremis de Janet sur un Nick explosant de rire à l’avant dernière mesure
(3) Et pour cause il est issu de Ghosteen, que je n’ai quasi jamais écouté tant il est peu engageant
Setlist : Get Ready for Love - From Her to Eternity - Train Long-Suffering - Wild God - O Children - Tupelo - Carnage - Joy - Rings of Saturn - Bright Horses - Henry Lee - The Mercy Seat - Papa Won't Leave You, Henry - Red Right Hand - The Weeping Song - Jubilee Street – Hollywood // City of Refuge - Nobody's Baby Now - Stranger Than Kindness - Into My Arms
Nick CAVE and the BAD SEEDS - "From Her to Eternity" Live Vienne 15 07 2026
Nick CAVE and the BAD SEEDS - "Jubilee Street" Live Vienne 15 07 2026
Nick CAVE and the BAD SEEDS - "Stranger Than Kindness" Live Vienne 15 07 2026
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