L'Enquête #01 - WHO's the Boss ?
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L'intrigante anecdote de Fred
Avec l’ami Fred, il y a un groupe pour lequel nous avons un attachement particulier : les Who. Les histoires légendaires entourant ses quatre éminents membres alimentent régulièrement notre conversation lorsque nous évoquons le rock et sa fascinante mythologie. Parmi les innombrables anecdotes évoquées par un Fred plein d’enthousiasme, celle d’une video illustrant l’ambiance délétère qui semblait régner au sein des Who, aspect à priori incompatible avec une carrière aussi longue et remplie, avait marqué mon esprit. Lors d’un concert, Roger Daltrey serait venu tout sourire partager un instant de complicité avec Pete Townshend et ce serait vu infliger un vent magistral, obligé de reprendre la chanson comme si de rien n’était après cette humiliation publique. Cela faisait un moment que je souhaitais retrouver cette video et enquêter sur l’affaire, mais seule la récente pré-retraite de blinkinglights et les vacances d’été me laissèrent assez de temps pour m’y atteler sérieusement.
Tout d’abord il est entendu que mes Who favoris sont Keith Moon et John Entwistle. Le premier pour son improbable jeu de batterie et sa folie furieuse, le deuxième pour être un bassiste inégalé et la charpente sans laquelle les morceaux des Who n’auraient eu ni queue ni tête et le groupe n’aurait jamais pu briller de cette manière sur scène. Cette affaire de video me donne donc l’occasion de me pencher sur les deux autres larrons, Pete Townshend et Roger Daltrey, de voir la part de vérité dans l’association intéressée (digne de Cyrano) des éternels ennemis - le moche qui écrit et le beau qui déclame - pour séduire le public. Ma première source fut le Hors Série #37 du Rock& Folk consacré aux Who que j’ai épluché cet été et qui aborde la carrière du groupe avec des chroniques d’albums et des interviews de manière chronologique. J’ai aussi regardé le film the Kids Are Alright qui reste une référence pour tout fan et les interviews réalisées à l’occasion des 30 ans du groupe qui donnèrent lieu à la sortie de l’indispensable coffret Thirty Year of Maximum R&B et d’un DVD associé.
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Who's Talking to Me ?
La première chose, c’est que tous les interviews dans le R&F sont de Pete Townshend.
John Entwistle y est le plus absent. the Quiet One serait une véritable énigme, le plus excentrique du lot dans la vie mais s’attelant à être le plus immobile possible lorsqu’il est sur scène. Son interview du 30YMR&B le voit hébété, tenter sans y parvenir de fouiller dans ses souvenirs pour répondre aux questions du journaliste. On peut lui reconnaitre toutefois d’être le seul à clairement répondre sur ses titres préférés et détestés des Who.
Keith Moon a droit à plusieurs pages, mais ce ne sont évidemment pas des interviews classiques. Le journaliste suit le batteur frapadingue dans sa tournée des bars (ou chez lui) et revient avec suffisamment de matière pour écrire un bel article ou on se marrera bien mais où l’on n’apprendra rien sur les Who en tant que groupe.
Roger Daltrey n’a pas directement la parole dans le R&F, mais il est constamment cité par Pete Townshend dans ses interviews, ce qui en fait ici le 2eme Who par ordre d’importance. On aurait pu préférer un avis direct, mais Daltrey semble ne pas apprécier plus que ça l’exercice de l’interview, et il se montre assez impatient pour celui du 30YMR&B même s’il répond aux questions avec beaucoup de franchise. Il faudrait lire son autobiographie (My Generation) pour en avoir le cœur net, mais pas sûr que son point de vue soit finalement très différent de celui de Townshend, en tout cas dans ce que j’ai pu lire ou écouter de ses dires il n’y a pas vraiment de radicale divergence sur tel ou tel aspect de leur histoire commune.
Et donc, Pete Townshend occupe la plus large place du Hors-Série R&F avec les chroniques d’album. Ce qui est assez frappant, c’est qu’il n’a pas grand-chose d’intéressant à dire jusqu’à la mort de Keith Moon. En clair, ses interviews deviennent intéressantes au moment même où sa musique perd de son intérêt, je ne sais pas quel symbole il faut y voir mais auparavant il n’a quasi rien à dire et se contredit sans cesse, c’est assez dingue ! Et c’est corroboré par mes videos de référence. the Kids Are Alright est un total chaos, et dans ce sens c’est certainement le reportage le plus représentatif des Who, mais du coup les infos sur les membres du groupe sont faméliques. C’est d’ailleurs le running gag de la video, une interview sur LWT où Russel Harty ne parvient jamais à obtenir la moindre réponse sensée du groupe, notamment à cause des pitreries de Keith Moon qui je pense arrangent bien les autres. A l’inverse l’interview de Townshend pour le 30YMR&B, qui date de 1994 donc, est ultra riche et intéressante, le guitariste ayant dans l’ensemble une bien meilleure mémoire que ses collègues et surtout un réel plaisir à raconter le passé de son groupe. On notera au passage l’extrait off où un Pete visionnaire s’inquiète de la mainmise de Robert Murdoch sur l’information, et de sa capacité à faire des fake news et donc à contrôler la population (1).
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Débuts et Premiers Coups
L’histoire commence par the Detours, groupe de reprises fondé par Roger Daltrey au début des années 60 qui intègre successivement John Entwistle puis Pete Townshend. A l’époque les choses sont très claires : « Roger était le boss absolu, je bossais pour lui et si je ne le faisais pas je me faisais frapper. Il n’est jamais allé jusque-là mais il l’aurait fait, il me lançait un regard d’acier et je me tenais tranquille. Mais c’était cool car il prenait toutes les responsabilités ». S’ensuivent la transformation des Detours en power trio (the High Numbers renommé the Who), le recrutement de Keith Moon, et l’arrivée du manager Kit Lambert, véritable 5eme Who, qui pousse Pete Townshend à composer. Les musiciens ont personnalisé leur son, et un nouvel équilibre se met en place, non sans tensions. Il semblerait qu’au début chacun ait un objectif différent, et que cela ait peu à voir avec la musique ! Selon Townshend, Moon ne s’intéresse pas trop à la batterie et n’en joue jamais en dehors des concerts des Who. Ce qu’il aime avant tout c’est l’aspect communautaire et l’occasion de pouvoir se défouler et faire n’importe quoi. John Entwistle serait surtout intéressé par les deux premiers termes de la devise du rock. « on a été riches bien plus tard que je ne le pensais. Je suis trop vieux pour profiter de cet argent maintenant ». Bon finalement il aura su quoi en faire, comme le prouve sa mort très rock and roll dans un hôtel de Las Vegas en 2002. Pete Townshend ne voit d’abord le rock que comme un vecteur pour véhiculer sa vision artistique, qui passe notamment par les fringues et la destruction. Dans les premières interviews sa plus grande fierté est la veste Union Jack portée par Entwistle bien plus que l’écriture de classiques comme « I Can’t Explain », par la suite la destruction systématique de ses guitares sur scène sera un piège qui se refermera sur lui et occupera (de manière un peu lassante) une bonne moitié des questions des journalistes. Seul Roger Daltrey a une idée très précise dès le départ de son ambition (« un peu macho »), celle du leader d’un rock band de clubs et pubs sur lequel tous les regards se portent. Les membres des Who se livrent donc une concurrence féroce sur scène pour tirer la couverture à soi, ce qui participe à leur légende (2), mais ils s’emmerdent en studio.
Dans ces conditions l’enregistrement de My Generation tient du miracle tant les 4 gars se détestent, Roger ayant déjà par exemple cogné Keith Moon en cours de tournée. Après quelques remous le groupe parvient finalement plus ou moins à s’entendre, et Kit Lambert, plus pour des raisons financières que pour cristalliser l’entente, décide de demander à chacun des Who de composer pour l’album suivant, A Quick One (3). Force est de constater que le résultat de l’écriture partagée est assez raté à quelques pépites près. Pire, le disque est trop court, d’où l’idée diabolique de Lambert (encore lui) de pousser Townshend à écrire une chanson de 10 mn pour le compléter, ce qui aboutira au collage « A Quick One while he’s away », premier essai d’un mini opéra rock avant le coup de maitre que l’on connait. A propos de ce titre l’une des rares anecdotes de l’époque apprise dans le R&F, c’est que les « cello cello » qu’on entend en boucle dans l’intervalle musical entre les parties « we’ll soon be home » et « you are forgiven » sont chantées par le groupe pour exprimer le fait qu’ils auraient bien vu une mélodie de violoncelle en renfort à cet endroit mais que cela leur fut refusé pour des questions de cout par leur producteur. Voilà qui illustre tout l’humour et la frustration des Who. Car Pete Townshend au cours de ses interviews semble un éternel frustré : par rapport aux autres groupes - dont il dit tout et son contraire, par exemple sur Cream - ou par rapport aux autres guitaristes plus doués et connus que lui, en particulier Jimmy Hendrix qui lui aurait piqué son utilisation du larsen. Une frustration qui, à l’instar d’autres stars du rock (4), est sans doute un bon moteur créatif. En tout cas le disque suivant, the Who Sell Out, dont Pete Townshend assurera la majorité de l’écriture aidé occasionnellement par John Entwistle (formule qui perdurera dorénavant), concept album malin figurant l’écoute de Radio London avec ses jingles et ses spots publicitaires, est un petit bijou.
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C'est un Roc ! C'est un Pic ! C'est un Cap ! Le Tournant Tommy
Mais le succès de the Who Sell Out n’est pas dithyrambique, et vu la casse hebdomadaire des zouaves les dettes s’accumulent. En tant que compositeur principal, Pete Townshend a une pression énorme, il doit absolument frapper un grand coup. Ce sera le grandiloquent Tommy, dont le nébuleux concept sera extirpé du cerveau de Townshend et expliqué aux autres par Kit Lambert (fils d’un compositeur classique), à priori véritable deuxième créateur de l’album. Avec Tommy, l’interdépendance un peu malsaine entre Pete Townshend et Roger Daltrey se met définitivement en place : Daltrey se voit offrir un rôle à la hauteur de son ambition créé sur mesure par son guitariste, tandis que Townshend voit enfin son travail reconnu à sa juste valeur grâce au charisme de son chanteur. En témoignent ces deux extraits d’interviews tirés du R&F :
Townshend : « mon grand moment avec lui, ça a été Woodstock […] J’étais à genoux, je jouais et j’ai regardé Roger, il avait l’air d’un dieu. Il est beau. Il a l’air heureux, gentil. On a tous dit dans le groupe : Oh merde, on a vraiment un chanteur, une star. Quelqu’un qui va nous porter. »
Townshend à propos de l’adaptation classique avec l’orchestre symphonique de Londres en 1973 : « ce qui était intéressant cette fois, c’est que quand je me suis assis avec ma femme, Karen, j’ai vu Roger pour la première fois depuis le public. Je me souviens de m’être tourné vers elle en disant : Putain il est doué non ? Et il était génial. J’ai toujours pensé que Roger était un peu ringard, une sorte de fléau à faire tournoyer son micro et gêner le son de ma guitare. C’est le moment où j’ai réalisé que, par le biais de Tommy, Roger avait tissé ce lien avec le public et était devenu un acteur de théâtre. J’ai eu un plus grand respect pour lui après ça. »
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Age d'Or et Têtes de Bois
Bref, avec Tommy, Roger a atteint son but de toujours, devenir le chanteur leader d’un groupe et être adulé, et il le doit à Pete Townshend. Evidemment, l’album qui suit se doit d’être encore plus fort, malheureusement il semblerait que l’apport de Kit Lambert sur Tommy ne soit pas une légende puisqu’au moment où Townshend veut sortir son nouveau concept d’opéra rock futuriste Lifehouse, le manager est allé se droguer ailleurs et la chose ne sortira jamais, simplifiée - pour le mieux, selon la plupart des connaisseurs - par le producteur Glyn Johns pour aboutir à l’album Who’s Next, assez classique dans sa forme. Un coup dur pour Townshend qui commence à sombrer dans la drogue et l’alcool. Au moment de la sortie de Quadrophenia, Daltrey se met à soupçonner Kit Lambert d’avoir détourné de l’argent du groupe, ce qui déclenchera une bagarre entre les deux frères ennemis : Townshend est hospitalisé suite à un crochet du droit envoyé par Daltrey qui semble ne pas avoir perdu la fougue de ses jeunes années. Après la sortie de the Who by Numbers, sous-estimé album introspectif de Townshend, mais aussi d’une série d’albums solos de la part de chacun des membres du groupe, l’ambiance est explosive. Un procès a été attenté contre les désormais anciens managers Kit Lambert et Chris Stamp, et Daltrey et Townshend s’insultent par médias interposés. Malgré tout Roger Daltrey reste toujours très impliqué dans l’enregistrement des albums alors même que Who Are You n’a déjà plus grand chose à dire, et Pete Townshend a toujours un mot pour louer l’interprétation et le talent vocal de son chanteur.
L’inévitable mort de Keith Moon et son remplacement par Kenney Jones signent autant la fin des Who tels qu’ils le furent auparavant que la résurrection d’un groupe que le déclin du fantasque batteur entrainait par le fond (savoir si cette résurrection était indispensable est un autre débat). Pour rappel, Roger Daltrey avait transformé the Detours en the Who en prenant le chant lead (il avait alors viré les deux chanteurs du groupe) et en abandonnant la guitare, laissant le seul Pete Townshend à l’instrument. John Entwistle avait alors compensé l’absence de la 2eme guitare en développant son fameux jeu de bassiste soliste. A son arrivée, Keith Moon qui voyait la musique en groupe comme une sorte de concours avait décidé d’en remplir autant qu’Entwistle, obligeant Pete Townshend à rester dans un jeu principalement rythmique, puisque la paire normalement dévolue à ce rôle l’avait déserté. Kenney Jones est évidemment un batteur beaucoup plus classique, attaché au rythme. John Entwistle aurait donc dû lui aussi réajuster son jeu à ce moment-là mais s’y refusa par habitude et peur de l’ennui. Pour lui et pour Roger (qui le détestait), la mayonnaise ne prit jamais avec le nouveau batteur. Pete Townshend est plus mesuré, regrettant évidemment le génial et fidèle ami Moon mais appréciant de pouvoir s’appuyer sur la rythmique de Kenney Jones pour développer un peu plus son jeu de guitariste soliste. Quoi qu’il en soit l’accouchement de Faces Dances est difficile, et Roger Daltrey reproche (de manière incroyablement culottée selon moi) à Pete Townshend d’avoir gardé ses meilleures chansons pour son album solo Empty Glass !
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Soeur Disco, Clé de l'Enigme
Dans l’Edito du Hors-Série R&F, que je suppose écrit par Pete Townshend pour l’occasion donc au moment où il a atteint 80 ans, on trouve une réflexion surprenante au milieu des plaintes de mal aux articulations et aux oreilles habituelles au 4eme âge (il y a dans le magazine une interview de 1975 où il se plaint déjà d’être trop vieux pour faire du rock, et l’on pense évidemment bien fort à la fameuse phrase de « My Generation » avec laquelle les journalistes l’emmerdent continuellement depuis 1965). Cette réflexion donc, est un regret : celui de ne pas avoir plutôt fait une carrière solo. De quoi s’étouffer quand on connait l’apport de ses potes des Who que je tente de décrire depuis x paragraphes, et quand on connait les albums solo de Townshend. Et en même temps il y a une certaine logique à ce que ces disques soient inférieurs s’il réservait toutes les bonnes compositions pour ceux des Who, et le fait d’être surtout un artiste de scène avec des tournées continuelles (qu’il avait là aussi juré d’arrêter depuis au moins celle de Who’s Next) l’a peut-être empêché, qui sait, de produire le chef d’œuvre qu’il espérait. Bref, cette affaire est un peu la quadrature du cercle et on retrouve une nouvelle fois l’éternelle frustration du compositeur. Dans ce même édito, autre phrase à faire bondir le fan : « je pense que notre plus grande réussite a été de créer l’hymne de stade ». Un paradoxe de plus quand on sait que les Who étaient l’un des rares groupes de sa génération à être respecté par les Punks (cf la reprise de « Substitute » par les Sex Pistols par exemple). L’album It’s Hard se veut d’ailleurs un hommage aux Clash (même si à mon avis ce n’est pas sûr qu’ils en furent très flattés).
Mais puisqu’on parle de gigantesques tournées et d’hymne de stade, nous voilà rendus à la fin de l’interview de Pete Townshend pour le 30YMR&B, à qui on a posé comme aux autres la question de son titre le plus honni des Who. Voici sa réponse : « Je déteste « Sister Disco » encore plus que « Dreaming from the Waist ». Parce qu’il y a un passage où systématiquement, à chaque moment et à chaque fois que nous l’avons joué, un passage où Roger venait vers moi, se tenait à côté de moi, et faisait une sorte de sourire gaga qui, vous savez, est supposé montrer au public une sorte de relation à la Everly Brothers que nous aurions, et qui en fait n’existait pas. Et j’étais censé être de connivence. Le style de regard genre « on se connait tellement bien. On ressemble à des ennemis, mais en fait on est des potes ». Et souvent c’était le moment où je le regardais droit dans les yeux et je grommelais un peu genre « tu es un putain de connard ». Et il se mettait en colère si je faisais ça (rire), si je ne jouais pas le jeu ». La voilà la fameuse video vue par Fred ! En réalité il n’avait pas vu une video de l’action mais une video de Pete Townshend racontant l’action, ce qui, on le sait après avoir lu une série d’interviews du bonhomme, est bien différent. D’autant que juste après cette déclaration, Townshend reconnait que c’est lui qui a initié la chose, allant vers Roger et s’asseyant pour jouer de la guitare acoustique à ses cotés à la fin de la chanson. Et c’est bien ceci que j’ai vu sur une video live de la tournée de 1982. Par acquis de conscience j’ai aussi regardé une video de 1979 (tournée Who’s Next dont est issu « Sister Disco ») sans fait marquant ainsi que celle du 30YMR&B qui est une répétition où l’ambiance est à la rigolade. Sur la version à Cleveland de la tournée 1989, on y est presque à 2mn50 - mais regardez comme nos deux amis sont mignons la dernière minute de la chanson. Alors existe-t-il sur les internets un extrait live de « Sister Disco » montrant vraiment ce fameux rejet ? C’est possible, mais vous m’excuserez de ne pas avoir poussé mes investigations plus loin que ces quatre versions, je ne suis pas masochiste non plus. Finalement l’extrait video qui illustre le mieux la relation ambiguë de Roger Daltrey et Pete Townshend, on le trouve dans le générique de fin de the Kids are Alright, qui présente une succession de moments de toute période où, le concert terminé, les 4 membres du groupe se rejoignent devant la scène et se tiennent par le cou pour saluer le public. Sur l’extrait de la tournée Who Are You, la dernière avec Keith Moon, et alors que ce dernier est particulièrement tactile (embrassant chacun de ses collègues dans le cou), Roger et Pete ont un contact visuel, hésitent… et se donnent une poignée de main sans même se regarder (à 2mn14).
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the Endless Story
Aujourd’hui, les choses n’ont guère changée, voire le fossé c’est encore plus creusé entre les deux survivants, mais puisqu’ils ont décidé de réactiver le groupe pour Endless Wire, chacun a retrouvé son rôle. Pete a toujours besoin de Roger pour le bouger à faire des tournées, à prendre plus de risques et à être un peu plus ambitieux pour les shows, à faire des choses plus variées. Roger a toujours besoin de Pete pour écrire les chansons, même si pour le tout dernier album en date (Who) le guitariste lui avait envoyé 12 demos que Daltrey n’a initialement pas aimé, lui suggérant même d’en faire un album solo alors que Townshend les avait spécialement écrites pour lui ! Les deux musiciens ne se sont jamais croisés pour l’enregistrement du disque. En fait ils ne se voient jamais en dehors des concerts.
(1) Pete Townshend : « this is pretty alarming. Information is Power ! Angry comes from fear, people are angry because they feel insecure. »
(2) Roger Daltrey : « it was always there on stage. It never was there on record. »
(3) A cette période sort aussi le single « Anyway, Anyhow, Anywhere », seul titre des Who à ma connaissance à être co-signé par Daltrey et Townshend, même si ce dernier explique que l’apport du chanteur fut symbolique. Pete Townshend a mis tout son cœur dans l’écriture de la chanson et, persuadé de tenir un tube, tombe de haut devant son relatif insuccès. Une blessure vivace si l’on en juge le nombre d’interviews, parfois très tardives, où celle-ci ressort…
(4) J’ai fortement pensé à Billy Corgan qui si on écoute ses interview a pratiquement tout inventé du rock des 90’s, c’est tout juste si Nirvana ne lui doit pas tout…
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Bonus Tracks
J’ai écouté il y a de nombreuses années l’intégralité des productions solo des 4 Who, il y a de bonnes chansons, principalement chez Pete Townshend, mais pas de chef d’œuvre ou même de disque capable de se mesurer avec les meilleures productions des Who. Il se trouve que je possède quand même un disque de Pete Townshend et un de Roger Daltrey. Au cours de mes nombreuses années d’achats musicaux j’ai dû tomber sur ces deux live que j’ai acquis parce qu’ils coutaient quelques euros et que les setlists étaient constitué essentiellement de titres des Who, et je trouve amusant en guise de bonus de les réécouter et de livrer mes impressions.
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Il faut d’abord noter que cet album de Pete Townshend affiche aussi son backing band éphémère Deep End, avec qui il donna seulement 3 concerts. Un détail qui n’en est pas forcément un, quand on pense que le groupe intègre notamment Davild Gilmour dont on reconnait le son et le jeu de guitare solo à mille lieues de celui de Townshend. En réalité Townshend avait envie d’occuper un rôle totalement différent de celui habituel chez les Who et d'être le chanteur supporté par un groupe, d’où aussi certainement cette setlist particulière, composée globalement d’une moitié de compos personnelles et d’une moitié de reprises (le concert intégral, publié par la suite, compte 27 morceaux mais le ratio est sensiblement le même). Si on décompose un peu plus les 10 titres sélectionnés initialement, on trouve un patchwork de chansons des Who, de reprises déjà jouées avec les Who ou non, de morceaux publiés en solo et même « After the Fire », un titre qu’il avait composé pour un album solo de Roger Daltrey ! Ce concert a été joué à la Brixton Academy en 1985 avec un groupe renforcé de choristes, section cuivre et percussion, pour autant la débauche de personnel caractéristique des 80’s (qui sera reprise pour la tournée pécuniaire de 1989 des Who) n’éclabousse pas ici l’ensemble des chansons. Si les deux extraits de la carrière solo de Townshend ont mal vieilli (notamment « Stop Hurting People »), on découvre une jolie reprise de the Beat, « Save it for Later », dont l’interprétation sobre n’est même pas gâchée par le solo de saxophone. La version de « Pinball Wizard » uniquement en guitare acoustique/voix parait même trop épurée, un comble ! D’une manière générale, si le chant de Pete Townshend est tout à fait correct et les versions dans l’ensemble intéressantes, l’explosivité légendaire des Who en live manque terriblement sur le disque. Pete Townshend’s Deep End Live ! a donc un intérêt plutôt historique que musical.
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L’album de Roger Daltrey annonce d’emblée la couleur, avec l’intitulé A Celebration (the Music of Pete Townshend and the Who). Il s’agit d’une partie d’un concert (12 titres sur les 26 joués) extrait d’une tournée hommage en 1994 où le chanteur avait mis les petits plats dans les grands pour son songwriter favori avec orchestre symphonique et une palanquée d’invités prestigieux (dont Sinead O’Connor, Alice Cooper, Lou Reed ou John Entwistle), allant jusqu’à jouer avec le backing band habituel de Townshend. Selon le principe, que des compositions de Townshend, dans l’immense majorité publiées par les Who, avec quelques extraits de sa carrière solo et le fameux « After the Fire » en sus. Quoi de mieux pour illustrer le côté ambitieux de Daltrey loué par Townshend dans une de ses dernière interviews que ce live qui commence par un medley des thèmes les plus connus des Who réarrangées pour orchestre symphonique (« Overture » permettant de jouer au blind test) et propose ensuite des chansons rarement jouées (« the Song is Over », « Imagine A Man ») ou des réinterprétations comme un « Dr. Jimmy » hard rock avec Linda Perry au chant ou le support du groupe d’irish folk the Chieftains donnant à « Baba O‘Riley » une teneur celtique inhabituelle. On ne peut s’empêcher de penser que Roger Daltrey a bien plus mis en avant la musique de Townshend que celui-ci ne l’avait fait pour lui-même avec ses Deep End, à deux paradoxes près : l’apport de l’orchestre symphonique est plutôt réussi et bien dosé à l’exception de l’unique titre solo de Townshend retenu sur le disque, « the Sea Refuses No river », beaucoup trop lyrique. Et l’ensemble du disque a une belle énergie à l’exception d’un « Who are You » un peu timide dont l’invité au chant n’est autre que… Pete Townshend lui-même !
L’écoute de ces deux albums live montre bien que Pete Townshend avait besoin d’un interprète de la trempe de Roger Daltrey quand ce dernier n’aurait rien fait sans son talentueux songwriter. Mais aussi qu’aucun séparément n’approche le niveau qu’ils ont pu avoir ensemble au sein des Who.
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