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Blinking Lights (and other revelations)

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14 août 2026

L'Enquête #01 - WHO's the Boss ?

 

L'intrigante anecdote de Fred

 

Avec l’ami Fred, il y a un groupe pour lequel nous avons un attachement particulier : les Who. Les histoires légendaires entourant ses quatre éminents membres alimentent régulièrement notre conversation lorsque nous évoquons le rock et sa fascinante mythologie. Parmi les innombrables anecdotes évoquées par un Fred plein d’enthousiasme, celle d’une video illustrant l’ambiance délétère qui semblait régner au sein des Who, aspect à priori incompatible avec une carrière aussi longue et remplie, avait marqué mon esprit. Lors d’un concert, Roger Daltrey serait venu tout sourire partager un instant de complicité avec Pete Townshend et ce serait vu infliger un vent magistral, obligé de reprendre la chanson comme si de rien n’était après cette humiliation publique. Cela faisait un moment que je souhaitais retrouver cette video et enquêter sur l’affaire, mais seule la récente pré-retraite de blinkinglights et les vacances d’été me laissèrent assez de temps pour m’y atteler sérieusement.

 

Tout d’abord il est entendu que mes Who favoris sont Keith Moon et John Entwistle. Le premier pour son improbable jeu de batterie et sa folie furieuse, le deuxième pour être un bassiste inégalé et la charpente sans laquelle les morceaux des Who n’auraient eu ni queue ni tête et le groupe n’aurait jamais pu briller de cette manière sur scène. Cette affaire de video me donne donc l’occasion de me pencher sur les deux autres larrons, Pete Townshend et Roger Daltrey, de voir la part de vérité dans l’association intéressée (digne de Cyrano) des éternels ennemis - le moche qui écrit et le beau qui déclame - pour séduire le public. Ma première source fut le Hors Série #37 du Rock& Folk consacré aux Who que j’ai épluché cet été et qui aborde la carrière du groupe avec des chroniques d’albums et des interviews de manière chronologique. J’ai aussi regardé le film the Kids Are Alright qui reste une référence pour tout fan et les interviews réalisées à l’occasion des 30 ans du groupe qui donnèrent lieu à la sortie de l’indispensable coffret Thirty Year of Maximum R&B et d’un DVD associé.

 

 

Who's Talking to Me ?

 

La première chose, c’est que tous les interviews dans le R&F sont de Pete Townshend.

 

John Entwistle y est le plus absent. the Quiet One serait une véritable énigme, le plus excentrique du lot dans la vie mais s’attelant à être le plus immobile possible lorsqu’il est sur scène. Son interview du 30YMR&B le voit hébété, tenter sans y parvenir de fouiller dans ses souvenirs pour répondre aux questions du journaliste. On peut lui reconnaitre toutefois d’être le seul à clairement répondre sur ses titres préférés et détestés des Who.

 

Keith Moon a droit à plusieurs pages, mais ce ne sont évidemment pas des interviews classiques. Le journaliste suit le batteur frapadingue dans sa tournée des bars (ou chez lui) et revient avec suffisamment de matière pour écrire un bel article ou on se marrera bien mais où l’on n’apprendra rien sur les Who en tant que groupe.

 

Roger Daltrey n’a pas directement la parole dans le R&F, mais il est constamment cité par Pete Townshend dans ses interviews, ce qui en fait ici le 2eme Who par ordre d’importance. On aurait pu préférer un avis direct, mais Daltrey semble ne pas apprécier plus que ça l’exercice de l’interview, et il se montre assez impatient pour celui du 30YMR&B même s’il répond aux questions avec beaucoup de franchise. Il faudrait lire son autobiographie (My Generation) pour en avoir le cœur net, mais pas sûr que son point de vue soit finalement très différent de celui de Townshend, en tout cas dans ce que j’ai pu lire ou écouter de ses dires il n’y a pas vraiment de radicale divergence sur tel ou tel aspect de leur histoire commune.

 

Et donc, Pete Townshend occupe la plus large place du Hors-Série R&F avec les chroniques d’album. Ce qui est assez frappant, c’est qu’il n’a pas grand-chose d’intéressant à dire jusqu’à la mort de Keith Moon. En clair, ses interviews deviennent intéressantes au moment même où sa musique perd de son intérêt, je ne sais pas quel symbole il faut y voir mais auparavant il n’a quasi rien à dire et se contredit sans cesse, c’est assez dingue ! Et c’est corroboré par mes videos de référence. the Kids Are Alright est un total chaos, et dans ce sens c’est certainement le reportage le plus représentatif des Who, mais du coup les infos sur les membres du groupe sont faméliques. C’est d’ailleurs le running gag de la video, une interview sur LWT où Russel Harty ne parvient jamais à obtenir la moindre réponse sensée du groupe, notamment à cause des pitreries de Keith Moon qui je pense arrangent bien les autres. A l’inverse l’interview de Townshend pour le 30YMR&B, qui date de 1994 donc, est ultra riche et intéressante, le guitariste ayant dans l’ensemble une bien meilleure mémoire que ses collègues et surtout un réel plaisir à raconter le passé de son groupe. On notera au passage l’extrait off où un Pete visionnaire s’inquiète de la mainmise de Robert Murdoch sur l’information, et de sa capacité à faire des fake news et donc à contrôler la population (1).

 

 

Débuts et Premiers Coups

 

L’histoire commence par the Detours, groupe de reprises fondé par Roger Daltrey au début des années 60 qui intègre successivement John Entwistle puis Pete Townshend. A l’époque les choses sont très claires : « Roger était le boss absolu, je bossais pour lui et si je ne le faisais pas je me faisais frapper. Il n’est jamais allé jusque-là mais il l’aurait fait, il me lançait un regard d’acier et je me tenais tranquille. Mais c’était cool car il prenait toutes les responsabilités ». S’ensuivent la transformation des Detours en power trio (the High Numbers renommé the Who), le recrutement de Keith Moon, et l’arrivée du manager Kit Lambert, véritable 5eme Who, qui pousse Pete Townshend à composer. Les musiciens ont personnalisé leur son, et un nouvel équilibre se met en place, non sans tensions. Il semblerait qu’au début chacun ait un objectif différent, et que cela ait peu à voir avec la musique ! Selon Townshend, Moon ne s’intéresse pas trop à la batterie et n’en joue jamais en dehors des concerts des Who. Ce qu’il aime avant tout c’est l’aspect communautaire et l’occasion de pouvoir se défouler et faire n’importe quoi. John Entwistle serait surtout intéressé par les deux premiers termes de la devise du rock. « on a été riches bien plus tard que je ne le pensais. Je suis trop vieux pour profiter de cet argent maintenant ». Bon finalement il aura su quoi en faire, comme le prouve sa mort très rock and roll dans un hôtel de Las Vegas en 2002. Pete Townshend ne voit d’abord le rock que comme un vecteur pour véhiculer sa vision artistique, qui passe notamment par les fringues et la destruction. Dans les premières interviews sa plus grande fierté est la veste Union Jack portée par Entwistle bien plus que l’écriture de classiques comme « I Can’t Explain », par la suite la destruction systématique de ses guitares sur scène sera un piège qui se refermera sur lui et occupera (de manière un peu lassante) une bonne moitié des questions des journalistes. Seul Roger Daltrey a une idée très précise dès le départ de son ambition (« un peu macho »), celle du leader d’un rock band de clubs et pubs sur lequel tous les regards se portent. Les membres des Who se livrent donc une concurrence féroce sur scène pour tirer la couverture à soi, ce qui participe à leur légende (2), mais ils s’emmerdent en studio.

 

Dans ces conditions l’enregistrement de My Generation tient du miracle tant les 4 gars se détestent, Roger ayant déjà par exemple cogné Keith Moon en cours de tournée. Après quelques remous le groupe parvient finalement plus ou moins à s’entendre, et Kit Lambert, plus pour des raisons financières que pour cristalliser l’entente, décide de demander à chacun des Who de composer pour l’album suivant, A Quick One (3). Force est de constater que le résultat de l’écriture partagée est assez raté à quelques pépites près. Pire, le disque est trop court, d’où l’idée diabolique de Lambert (encore lui) de pousser Townshend à écrire une chanson de 10 mn pour le compléter, ce qui aboutira au collage « A Quick One while he’s away », premier essai d’un mini opéra rock avant le coup de maitre que l’on connait. A propos de ce titre l’une des rares anecdotes de l’époque apprise dans le R&F, c’est que les « cello cello »  qu’on entend en boucle dans l’intervalle musical entre les parties « we’ll soon be home » et « you are forgiven » sont chantées par le groupe pour exprimer le fait qu’ils auraient bien vu une mélodie de violoncelle en renfort à cet endroit mais que cela leur fut refusé pour des questions de cout par leur producteur. Voilà qui illustre tout l’humour et la frustration des Who. Car Pete Townshend au cours de ses interviews semble un éternel frustré : par rapport aux autres groupes - dont il dit tout et son contraire, par exemple sur Cream - ou par rapport aux autres guitaristes plus doués et connus que lui, en particulier Jimmy Hendrix qui lui aurait piqué son utilisation du larsen. Une frustration qui, à l’instar d’autres stars du rock (4), est sans doute un bon moteur créatif. En tout cas le disque suivant, the Who Sell Out, dont Pete Townshend assurera la majorité de l’écriture aidé occasionnellement par John Entwistle (formule qui perdurera dorénavant), concept album malin figurant l’écoute de Radio London avec ses jingles et ses spots publicitaires, est un petit bijou.

 

 

C'est un Roc ! C'est un Pic ! C'est un Cap ! Le Tournant Tommy

 

Mais le succès de the Who Sell Out n’est pas dithyrambique, et vu la casse hebdomadaire des zouaves les dettes s’accumulent. En tant que compositeur principal, Pete Townshend a une pression énorme, il doit absolument frapper un grand coup. Ce sera le grandiloquent Tommy, dont le nébuleux concept sera extirpé du cerveau de Townshend et expliqué aux autres par Kit Lambert (fils d’un compositeur classique), à priori véritable deuxième créateur de l’album. Avec Tommy, l’interdépendance un peu malsaine entre Pete Townshend et Roger Daltrey se met définitivement en place : Daltrey se voit offrir un rôle à la hauteur de son ambition créé sur mesure par son guitariste, tandis que Townshend voit enfin son travail reconnu à sa juste valeur grâce au charisme de son chanteur. En témoignent ces deux extraits d’interviews tirés du R&F :

 

Townshend : « mon grand moment avec lui, ça a été Woodstock […] J’étais à genoux, je jouais et j’ai regardé Roger, il avait l’air d’un dieu. Il est beau. Il a l’air heureux, gentil. On a tous dit dans le groupe : Oh merde, on a vraiment un chanteur, une star. Quelqu’un qui va nous porter. »

 

Townshend à propos de l’adaptation classique avec l’orchestre symphonique de Londres en 1973 : « ce qui était intéressant cette fois, c’est que quand je me suis assis avec ma femme, Karen, j’ai vu Roger pour la première fois depuis le public. Je me souviens de m’être tourné vers elle en disant : Putain il est doué non ? Et il était génial. J’ai toujours pensé que Roger était un peu ringard, une sorte de fléau à faire tournoyer son micro et gêner le son de ma guitare. C’est le moment où j’ai réalisé que, par le biais de Tommy, Roger avait tissé ce lien avec le public et était devenu un acteur de théâtre. J’ai eu un plus grand respect pour lui après ça. »

 

 

Age d'Or et Têtes de Bois

 

Bref, avec Tommy, Roger a atteint son but de toujours, devenir le chanteur leader d’un groupe et être adulé, et il le doit à Pete Townshend. Evidemment, l’album qui suit se doit d’être encore plus fort, malheureusement il semblerait que l’apport de Kit Lambert sur Tommy ne soit pas une légende puisqu’au moment où Townshend veut sortir son nouveau concept d’opéra rock futuriste Lifehouse, le manager est allé se droguer ailleurs et la chose ne sortira jamais, simplifiée - pour le mieux, selon la plupart des connaisseurs - par le producteur Glyn Johns pour aboutir à l’album Who’s Next, assez classique dans sa forme. Un coup dur pour Townshend qui commence à sombrer dans la drogue et l’alcool. Au moment de la sortie de Quadrophenia, Daltrey se met à soupçonner  Kit Lambert d’avoir détourné de l’argent du groupe, ce qui déclenchera une bagarre entre les deux frères ennemis : Townshend est hospitalisé suite à un crochet du droit envoyé par Daltrey qui semble ne pas avoir perdu la fougue de ses jeunes années. Après la sortie de the Who by Numbers, sous-estimé album introspectif de Townshend, mais aussi d’une série d’albums solos de la part de chacun des membres du groupe, l’ambiance est explosive. Un procès a été attenté contre les désormais anciens managers Kit Lambert et Chris Stamp, et Daltrey et Townshend s’insultent par médias interposés. Malgré tout Roger Daltrey reste toujours très impliqué dans l’enregistrement des albums alors même que Who Are You n’a déjà plus grand chose à dire, et Pete Townshend a toujours un mot pour louer l’interprétation et le talent vocal de son chanteur.

 

L’inévitable mort de Keith Moon et son remplacement par Kenney Jones signent autant la fin des Who tels qu’ils le furent auparavant que la résurrection d’un groupe que le déclin du fantasque batteur entrainait par le fond (savoir si cette résurrection était indispensable est un autre débat). Pour rappel, Roger Daltrey avait transformé the Detours en the Who en prenant le chant lead (il avait alors viré les deux chanteurs du groupe) et en abandonnant la guitare, laissant le seul Pete Townshend à l’instrument. John Entwistle avait alors compensé l’absence de la 2eme guitare en développant son fameux jeu de bassiste soliste. A son arrivée, Keith Moon qui voyait la musique en groupe comme une sorte de concours avait décidé d’en remplir autant qu’Entwistle, obligeant Pete Townshend à rester dans un jeu principalement rythmique, puisque la paire normalement dévolue à ce rôle l’avait déserté. Kenney Jones est évidemment un batteur beaucoup plus classique, attaché au rythme. John Entwistle aurait donc dû lui aussi réajuster son jeu à ce moment-là mais s’y refusa par habitude et peur de l’ennui. Pour lui et pour Roger (qui le détestait), la mayonnaise ne prit jamais avec le nouveau batteur. Pete Townshend est plus mesuré, regrettant évidemment le génial et fidèle ami Moon mais appréciant de pouvoir s’appuyer sur la rythmique de Kenney Jones pour développer un peu plus son jeu de guitariste soliste. Quoi qu’il en soit l’accouchement de Faces Dances est difficile, et Roger Daltrey reproche (de manière incroyablement culottée selon moi) à Pete Townshend d’avoir gardé ses meilleures chansons pour son album solo Empty Glass !

 

 

Soeur Disco, Clé de l'Enigme

 

Dans l’Edito du Hors-Série R&F, que je suppose écrit par Pete Townshend pour l’occasion donc au moment où il a atteint 80 ans, on trouve une réflexion surprenante au milieu des plaintes de mal aux articulations et aux oreilles habituelles au 4eme âge (il y a dans le magazine une interview de 1975 où il se plaint déjà d’être trop vieux pour faire du rock, et l’on pense évidemment bien fort à la fameuse phrase de « My Generation » avec laquelle les journalistes l’emmerdent continuellement depuis 1965). Cette réflexion donc, est un regret : celui de ne pas avoir plutôt fait une carrière solo. De quoi s’étouffer quand on connait l’apport de ses potes des Who que je tente de décrire depuis x paragraphes, et quand on connait les albums solo de Townshend. Et en même temps il y a une certaine logique à ce que ces disques soient inférieurs s’il réservait toutes les bonnes compositions pour ceux des Who, et le fait d’être surtout un artiste de scène avec des tournées continuelles (qu’il avait là aussi juré d’arrêter depuis au moins celle de Who’s Next) l’a peut-être empêché, qui sait, de produire le chef d’œuvre qu’il espérait. Bref, cette affaire est un peu la quadrature du cercle et on retrouve une nouvelle fois l’éternelle frustration du compositeur. Dans ce même édito, autre phrase à faire bondir le fan : « je pense que notre plus grande réussite a été de créer l’hymne de stade ». Un paradoxe de plus quand on sait que les Who étaient l’un des rares groupes de sa génération à être respecté par les Punks (cf la reprise de « Substitute » par les Sex Pistols par exemple).  L’album It’s Hard se veut d’ailleurs un hommage aux Clash (même si à mon avis ce n’est pas sûr qu’ils en furent très flattés).

 

Mais puisqu’on parle de gigantesques tournées et d’hymne de stade, nous voilà rendus à la fin de l’interview de Pete Townshend pour le 30YMR&B, à qui on a posé comme aux autres la question de son titre le plus honni des Who. Voici sa réponse : « Je déteste « Sister Disco » encore plus que « Dreaming from the Waist ». Parce qu’il y a un passage où systématiquement, à chaque moment et à chaque fois que nous l’avons joué, un passage où Roger venait vers moi, se tenait à côté de moi, et faisait une sorte de sourire gaga qui, vous savez, est supposé montrer au public une sorte de relation à la Everly Brothers que nous aurions, et qui en fait n’existait pas. Et j’étais censé être de connivence. Le style de regard genre « on se connait tellement bien. On ressemble à des ennemis, mais en fait on est des potes ». Et souvent c’était le moment où je le regardais droit dans les yeux et je grommelais un peu genre « tu es un putain de connard ». Et il se mettait en colère si je faisais ça (rire), si je ne jouais pas le jeu ». La voilà la fameuse video vue par Fred ! En réalité il n’avait pas vu une video de l’action mais une video de Pete Townshend racontant l’action, ce qui, on le sait après avoir lu une série d’interviews du bonhomme, est bien différent. D’autant que juste après cette déclaration, Townshend reconnait que c’est lui qui a initié la chose, allant vers Roger et s’asseyant pour jouer de la guitare acoustique à ses cotés à la fin de la chanson. Et c’est bien ceci que j’ai vu sur une video live de la tournée de 1982. Par acquis de conscience j’ai aussi regardé une video de 1979 (tournée Who’s Next dont est issu « Sister Disco ») sans fait marquant ainsi que celle du 30YMR&B qui est une répétition où l’ambiance est à la rigolade. Sur la version à Cleveland de la tournée 1989, on y est presque à 2mn50 - mais regardez comme nos deux amis sont mignons la dernière minute de la chanson. Alors existe-t-il sur les internets un extrait live de « Sister Disco » montrant vraiment ce fameux rejet ? C’est possible, mais vous m’excuserez de ne pas avoir poussé mes investigations plus loin que ces quatre versions, je ne suis pas masochiste non plus. Finalement l’extrait video qui illustre le mieux la relation ambiguë de Roger Daltrey et Pete Townshend, on le trouve dans le générique de fin de the Kids are Alright, qui présente une succession de moments de toute période où, le concert terminé, les 4 membres du groupe se rejoignent devant la scène et se tiennent par le cou pour saluer le public. Sur l’extrait de la tournée Who Are You, la dernière avec Keith Moon, et alors que ce dernier est particulièrement tactile (embrassant chacun de ses collègues dans le cou), Roger et Pete ont un contact visuel, hésitent… et se donnent une poignée de main sans même se regarder (à 2mn14).

 

 

the Endless Story

 

Aujourd’hui, les choses n’ont guère changée, voire le fossé c’est encore plus creusé entre les deux survivants, mais puisqu’ils ont décidé de réactiver le groupe pour Endless Wire, chacun a retrouvé son rôle. Pete a toujours besoin de Roger pour le bouger à faire des tournées, à prendre plus de risques et à être un peu plus ambitieux pour les shows, à faire des choses plus variées. Roger a toujours besoin de Pete pour écrire les chansons, même si pour le tout dernier album en date (Who) le guitariste lui avait envoyé 12 demos que Daltrey n’a initialement pas aimé, lui suggérant même d’en faire un album solo alors que Townshend les avait spécialement écrites pour lui ! Les deux musiciens ne se sont jamais croisés pour l’enregistrement du disque. En fait ils ne se voient jamais en dehors des concerts.

 

 

(1) Pete Townshend : « this is pretty alarming. Information is Power ! Angry comes from fear, people are angry because they feel insecure. »

 

(2) Roger Daltrey : « it was always there on stage. It never was there on record. »

 

(3) A cette période sort aussi le single « Anyway, Anyhow, Anywhere », seul titre des Who à ma connaissance à être co-signé par Daltrey et Townshend, même si ce dernier explique que l’apport du chanteur fut symbolique. Pete Townshend a mis tout son cœur dans l’écriture de la chanson et, persuadé de tenir un tube, tombe de haut devant son relatif insuccès. Une blessure vivace si l’on en juge le nombre d’interviews, parfois très tardives, où celle-ci ressort…

 

(4) J’ai fortement pensé à Billy Corgan qui si on écoute ses interview a pratiquement tout inventé du rock des 90’s, c’est tout juste si Nirvana ne lui doit pas tout…

 

 

Bonus Tracks

 

J’ai écouté il y a de nombreuses années l’intégralité des productions solo des 4 Who, il y a de bonnes chansons, principalement chez Pete Townshend, mais pas de chef d’œuvre ou même de disque capable de se mesurer avec les meilleures productions des Who. Il se trouve que je possède quand même un disque de Pete Townshend et un de Roger Daltrey. Au cours de mes nombreuses années d’achats musicaux j’ai dû tomber sur ces deux live que j’ai acquis parce qu’ils coutaient quelques euros et que les setlists étaient constitué essentiellement de titres des Who, et je trouve amusant en guise de bonus de les réécouter et de livrer mes impressions.

 

 

Il faut d’abord noter que cet album de Pete Townshend affiche aussi son backing band éphémère Deep End, avec qui il donna seulement 3 concerts. Un détail qui n’en est pas forcément un, quand on pense que le groupe intègre notamment Davild Gilmour dont on reconnait le son et le jeu de guitare solo à mille lieues de celui de Townshend. En réalité Townshend avait envie d’occuper un rôle totalement différent de celui habituel chez les Who et d'être le chanteur supporté par un groupe, d’où aussi certainement cette setlist particulière, composée globalement d’une moitié de compos personnelles et d’une moitié de reprises (le concert intégral, publié par la suite, compte 27 morceaux mais le ratio est sensiblement le même). Si on décompose un peu plus les 10 titres sélectionnés initialement, on trouve un patchwork de chansons des Who, de reprises déjà jouées avec les Who ou non, de morceaux publiés en solo et même « After the Fire », un titre qu’il avait composé pour un album solo de Roger Daltrey ! Ce concert a été joué à la Brixton Academy en 1985 avec un groupe renforcé de choristes, section cuivre et percussion, pour autant la débauche de personnel caractéristique des 80’s (qui sera reprise pour la tournée pécuniaire de 1989 des Who) n’éclabousse pas ici l’ensemble des chansons. Si les deux extraits de la carrière solo de Townshend ont mal vieilli (notamment « Stop Hurting People »), on découvre une jolie reprise de the Beat, « Save it for Later », dont l’interprétation sobre n’est même pas gâchée par le solo de saxophone. La version de « Pinball Wizard » uniquement en guitare acoustique/voix parait même trop épurée, un comble ! D’une manière générale, si le chant de Pete Townshend est tout à fait correct et les versions dans l’ensemble intéressantes, l’explosivité légendaire des Who en live manque terriblement sur le disque. Pete Townshend’s Deep End Live ! a donc un intérêt plutôt historique que musical.

 

 

L’album de Roger Daltrey annonce d’emblée la couleur, avec l’intitulé A Celebration (the Music of Pete Townshend and the Who). Il s’agit d’une partie d’un concert (12 titres sur les 26 joués) extrait d’une tournée hommage en 1994 où le chanteur avait mis les petits plats dans les grands pour son songwriter favori avec orchestre symphonique et une palanquée d’invités prestigieux (dont Sinead O’Connor, Alice Cooper, Lou Reed ou John Entwistle), allant jusqu’à jouer avec le backing band habituel de Townshend. Selon le principe, que des compositions de Townshend, dans l’immense majorité publiées par les Who, avec quelques extraits de sa carrière solo et le fameux « After the Fire » en sus. Quoi de mieux pour illustrer le côté ambitieux de Daltrey loué par Townshend dans une de ses dernière interviews que ce live qui commence par un medley des thèmes les plus connus des Who réarrangées pour orchestre symphonique (« Overture » permettant de jouer au blind test) et propose ensuite des chansons rarement jouées (« the Song is Over », « Imagine A Man ») ou des réinterprétations comme un « Dr. Jimmy » hard rock avec Linda Perry au chant ou le support du groupe d’irish folk the Chieftains donnant à « Baba O‘Riley » une teneur celtique inhabituelle. On ne peut s’empêcher de penser que Roger Daltrey a bien plus mis en avant la musique de Townshend que celui-ci ne l’avait fait pour lui-même avec ses Deep End, à deux paradoxes près : l’apport de l’orchestre symphonique est plutôt réussi et bien dosé à l’exception de l’unique titre solo de Townshend retenu sur le disque, « the Sea Refuses No river », beaucoup trop lyrique. Et l’ensemble du disque a une belle énergie à l’exception d’un « Who are You » un peu timide dont l’invité au chant n’est autre que… Pete Townshend lui-même !

 

L’écoute de ces deux albums live montre bien que Pete Townshend avait besoin d’un interprète de la trempe de Roger Daltrey quand ce dernier n’aurait rien fait sans son talentueux songwriter. Mais aussi qu’aucun séparément n’approche le niveau qu’ils ont pu avoir ensemble au sein des Who.

 

 

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6 août 2026

La Chanson #01 - "Daffodil Lament" - the CRANBERRIES

 

 

the CRANBERRIES - "Daffodil Lament"

 

 

A l’occasion du trajet pour me rendre sur le lieu des vacances familiales, j’ai ressorti No Need to Argue que je pense sans mentir n’avoir pas posé sur la platine depuis 20 ans, tant il est vrai que les rares fois où j’ai envie d’écouter les Cranberries c’est toujours le premier album - je vous épargne son intitulé fatigant – que je sors car c’est mon favori des deux (je n’ai plus suivi la carrière du groupe après). Cela m’a fait un peu bizarre de me replonger dans un disque tant écouté à l’époque, d’y retrouver ses points faibles et forts, aux premiers rangs desquels évidemment la voix de Dolores O’Riordan à la tessiture impressionnante, même si elle n’est pas exempte de défauts (je ne suis personnellement pas très fan du yodel). Dans les souvenirs encore vivaces dans mon esprit, le titre « Daffodil Lament », mon favori du groupe.

 

« Daffodil Lament » est d’abord particulier parce que c’est le seul à avoir une structure un tant soit peu complexe, il dure d’ailleurs plus de 6 minutes ce qui en fait le plus long sorti par les Cranberries. Le single « Zombie » dure 5 minutes mais il n’aura échappé à personne que c’est les 4 mêmes accords en boucle, le reste est un excellent travail de producteur et un chant remarquable. « Daffodil Lament » est lui composé de plusieurs parties, qui suivent l’histoire racontée par la chanteuse, une histoire de rupture et d’émancipation. Dolores O’Riordan est connue pour être une fervente catholique, elle a chanté pour le pape à de nombreuses reprises et s’est exprimée contre l’avortement, il serait donc malvenue de la présenter comme féministe. Mais il faut aussi lui reconnaitre d’avoir su s’imposer dans un groupe de mecs qui existait avant elle et d’avoir dû toute sa vie lutter contre le souvenir d’abus sexuels commis par un ami de la famille lorsqu’elle avait entre 4 et 8 ans, drame qui a certainement nourri sa démarche artistique. Ainsi les deux premiers albums des Cranberries alternent chansons légères ou enthousiastes et chansons désespérées ou pleines de tensions, par exemple « Dreams » vs « Pretty » (1) sur Everybody Else is doing it, so why can’t we ? (ah finalement je ne vous l’ai pas épargné). Sans doute faut-il aussi y voir une manifestation de la bipolarité (2) diagnostiquée chez Dolores O’Riordan, en tout cas « Daffodil Lament » est un condensé de ces différentes facettes de la songwritteuse.

 

 

L’intro commence sur des arpèges assez simples sur un tempo relativement lent, caractéristiques commune à beaucoup de titres des Cranberries, auxquels s'ajoute une mélodie faite avec un Ebow sur une guitare électrique qui donne une sonorité d’instru folklorique et ajoute instantanément un parfum celtique à la composition, autre trait particulier du groupe.

 

« Holding on, that's what I do since I met you
And it won't be long, Would you notice if I left you?
And it's fine for some 'cause you're not the one
You're not the one, there 
There, there, there, there, there
 »

 

Le premier couplet est mélancolique, la chanteuse exprime sa lassitude par rapport à l’attitude indifférente de son compagnon. Elle semble admettre pour de bon qu’elle s’est trompée, et les derniers there there se chargent de tension alors que la batterie intervient, renforçant le sentiment orageux.

 

« All night long, laid on my pillow
These things are wrong »

 

La reprise de la mélodie de l’intro se fait donc plus intense, avant que tout ne redevienne calme pour le deuxième couplet, aux arpèges différents et presque plus doux. C’est la nuit, la chanteuse ne dort pas et ressasse les évènements récents, sa relation ne lui convient pas et des actes irréversibles ont été commis. Soudain sa colère éclate :

 

« I can't sleep here! »

 

Pour moi tout le talent de Dolores O’Riordan, et donc des Cranberries,  est résumé dans cette note sur le « Here », à 2 :07, cri de rage difficilement contenu où tout bascule, où la décision est prise, où la chanteuse ne peut tout simplement plus supporter la situation une minute de plus. Feargal Lawler, qui encore moins que les frères Hogan ne peut briller particulièrement avec la musique des Cranberries, vient ici renforcer l’éclat d’un coup de caisse claire + crash.

 

« So lovely, so lovely, so lovely »

 

Nouveau retour à la mélodie initiale, intensifiée, puis c’est une pause minimaliste, une attente tendue du bouleversement, volontairement prolongée pour en augmenter la tension, avec cette note de basse inlassablement répétée. A 3 :22 c’est la délivrance.

 

« I have decided to leave you forever
I have decided to start things from here
Thunder and lightning won't change
What I'm feeling and the daffodils look lovely today
And the daffodils look lovely today
Look lovely today »

 

De nouveaux arpèges (très beaux) et le titre prend une allure plus pop avec l’ensemble du groupe, tandis que la chanteuse annonce sa décision irrévocable de partir et recommencer sa vie. Les jonquilles symboliques de ce printemps sont pour la première fois évoquées.

 

« Ooh, in your eyes I can see the disguise
Ooh, in your eyes I can see the disguise
Has anyone seen lightning?
Has anyone looked lovely? »

 

La chanteuse rencontre un peu de résistance, la musique se fait un peu plus rock. Le compagnon montre son désaccord, est-il violent ? Pas de quoi inquiéter la chanteuse, qui se permet même d’être ironique en affirmant son indépendance, notamment de la prétendue force ou beauté de son désormais ex.

 

« And the daffodils look lovely today
And the daffodils look lovely today
Look lovely today

Look lovely……
Na na na na na na….. »

 

Indépendance re-symbolisée par les jonquilles, marquant le fait que la chanteuse a d’ores et déjà complètement basculé sur autre chose et n’as besoin de rien d’autre que la beauté de la nature pour être heureuse, ce qui est traduit dans la chanson par ces look lovely et lalala guillerets, presque Disneyiens, répétés ad lib sur le fond pop déjà mentionné précédemment.

 

 

La chanson pourrait s’arrêter là, à 5 :11, mais après une coupure franche les Cranberries ajoutent un final de voix a capella sur un bourdon d’orgue avec une tonalité très religieuse. Cela m’évoque plutôt une veillée funèbre, mais on pourrait aussi y voir une prière matinale ou encore tout autre chose, et donc avec cette dernière minute chorale chacun est libre d’imaginer la fin à donner à l’histoire, qu’elle soit plutôt tragique ou heureuse.

 

On peut aussi penser que ce final ne fait pas vraiment partie de « Daffodil Lament », et que sur l’album c’est un instrumental de transition vers la dernière chanson « No Need to Argue » (superbe aussi d’ailleurs), très sombre et interprétée de la même manière juste en chant et orgue. En tout cas lorsque le groupe joue en live « Daffodil Lament », il zappe cette fin dépouillée.

 

A noter que je ne suis pas le seul à être spécialement touché par ce titre, puisqu’au moment de sortir Stars : the Best Of 1992-2002 il fut demandé aux fans d’ajouter 3 titres de leur choix à la liste des singles composant la compilation. Les votes mirent  « Daffodil Lament » en première position.

 

 

(1) Autre titre chéri en colère contenue où Dolores O’riordan ne se laisse pas faire

 

(2) Une des nombreuses similitudes avec Sinead O’Connor qui, malgré sa colère envers l’Eglise (on se rappelle de la photo du pape déchirée sur un virulent « Fight the Real Ennemy ») avait rendu hommage à Dolores O’Riordan à sa mort, notamment en interprétant le titre « No Need to Argue ».

 

 

31 juillet 2026

Nick CAVE and the BAD SEEDS - Mercredi 15 Juillet 2026 - Théâtre Antique - VIENNE

La Grand Cave attaque les hostilités

 

 

Dynamite Shakers

 

La venue du plus célèbre prophète du rock dans l’Antique Théâtre de Vienne avait mis les fidèles de toute la région, et même d’ailleurs, en émoi. Des rendez-vous avaient été pris, des bas-de-laine vidés, des covoiturages organisés. Bastien s’était tenu prêt pour une première révélation mais, dépourvu de permis et en l’absence de navette SNCF réservée aux seuls spectacles de Jazz à Vienne, avait dû s’en remettre à la Calexicomobile pour le mener à bon port. Sa foi était dès lors mise à rude épreuve par la naïveté légendaire du conducteur d’icelle, ce larron pensant qu’un départ à 19h assurerait gite et boisson en centre fosse. C’était sans compter quelques bouchons et la traque laborieuse d’une couteuse place de parking qui nous voyait débarquer en plein milieu de la première partie, alors que les amis plus prévoyants étaient déjà sur place depuis fort longtemps. M’abandonnant à ma pause technique, Bastien s’échouait à l’extrême droite de la scène contre une enceinte lui masquant l’essentiel du show, lui qui aime tant être bien en avance pile devant. J’en concevais quelques remords, mais au moins aura-t-il entendu le maitre. De mon côté, et guidé par quelque instinct mystique je naviguais à l’extrême gauche et, jouant honteusement des coudes, parvenait à atteindre les sieurs La Buze et Daniel. En pèlerin prévenant, ce dernier hydratait son compère assoiffé (j’avais dû renoncer au bar pris d’assaut) à l’aide des gourdasses prévues par son épouse, au son des Dynamite Shakers, quatuor Vendéen qui s’employait sur scène à dispenser un rock peu original mais bien exécuté et au demeurant fort plaisant d’autant qu’avoiné avec la conviction de l’insolente jeunesse qui peut se vanter d’avoir préchauffé un théâtre romain blindé pour l’un des plus virulents disciples du Dieu Elvis encore en activité.

 

Nick et les Bad Seeds

 

Le dernier soubresaut adolescent envolé, l’attente fut longue et l’impatience des fidèles se figeait en cous tendus, effluves sudorales et soupirs patraques tandis que je prenais joyeusement des nouvelles de mes deux compères, pas avares en burlesques anecdotes. Soudain une vétérane effervescence agita les lieux à l’apparition des Dix. Il y avait là en fond de scène les Quatre choristes tout de blanc vêtues, dont l’apport sera loin d’être anecdotique, teintant la plupart des titres d’un parfum gospel mais se déchainant à l’envie en incantations diaboliques. En deuxième rang la claviériste Carly Paradis en costard cravate, Jim Sclavunos entouré d’un véritable capharnaüm de percussions, ce bon vieux Colin Greenwood qui a récupéré le poste de bassiste (1) et tout à gauche l’excellent Larry Mullins et sa batterie hybridant rock et classique (avec des timbales notamment). Enfin au premier rang le guitariste George Vjestica et le chimérique multi instrumentiste Warren Ellis encadrent Nick the Ripper, costume cravate impeccable dont il s’effeuillera au fil de la soirée, teint cireux mais cheveux noir corbeau, qui vient d’apparaitre sous les acclamations de la foule et attaque le concert comme il y a 4 ans à Fourvière par un « Get Ready for Love » idéal pour lancer la cérémonie. L’esprit abandonne toute résistance dès le « From Her to Eternity » et son xylophone dissonant qui suit, dans un long tourbillon hypnotique que poursuit un « Train Long-Suffering » que je suis ravi d’entendre pour la première fois en live. Dès lors le public ne sera plus qu’une assemblée de marionnettes à la merci du Grand Cave qui comme à son habitude fera monter les bras au ciel, taper des mains, chanter en chœur (j’en passe et des meilleures) des quinquagénaires et leur progéniture convertie comme dans les Mega Church américaines. Il vole des larmes tel un vampire sur « O Children », aspire les derniers récalcitrants d’un « Tupelo » irrésistible, les chœurs les percussions la basse minimaliste et métronomique nous entrainent fascinés tandis que le chanteur nous maintient sous sa coupe en parcourant la scène de long en large, agrippant des mains, se hissant sur les plus fanatiques, désignant les gradins les plus éloignés d’un index squelettique. Il s’amuse des déclarations d’amour et des requêtes de titres, s’éponge le visage avec le tissu emprunté à une spectatrice intronisée par surprise Sainte Véronique, montre la lune autant que le spot lumineux au milieu des gradins, surjoue l’idole pour mieux se moquer des idolâtres. C’est le moment de calmer le jeu, le toujours superbe « Carnage » amorce la séquence, puis Nick Cave prêche pour la joie, ce si petit mot à l’importance pourtant capitale, et fait reprendre l’intro de « Joy » pour une note à priori approximative. Colin Greenwood, concentré à l’extrême, s’appuyant en permanence sur Larry Mullins, parfois sur Warren Ellis, blêmi encore plus si c’était possible. « Rings of Saturn » lasse, « Bright Horses » est clairement le titre de trop, mais ce sera le seul moment dispensable de cette très longue messe. Car Janet Ramus a quitté ses amies anges pailletées pour s’avancer vers le piano de Nick et entamer un duel avec lui sur un bouleversant « Henry Lee » (2). Dès lors c’est l’enchainement des immenses classiques, l’ensorcelant « the Mercy Seat » qui n’en fini plus d’électriser le public, le bondissant « Papa Won’t Leave you Henry », les funestes cloches de « Red Right Hand » et son classique couplet retravaillé à l’adresse d’un spectateur (ici une histoire de T-Shirt moche si j’ai bien compris), l’entêtante « the Weeping Song » et enfin l’immense « Jubilee Street » les ayant toutes surpassées, avec l’inoubliable histoire de Bee et son final de plus en plus rock, hey, regardez le, il se transforme, il vibre, il rayonne, regardez le, il vole, regardez nous, on vibre, on rayonne, on vole !!! Impossible d’offrir une meilleure conclusion au set et pourtant le Grand Cave et ses Dix y parviennent avec un titre que je ne connais pas (3). Le très étendu et pulsatoire « Hollywood » maintient le public dans son hypnose par un fond musical minimaliste sur lequel la voix de Nick s’impose en une litanie qu’on aurait souhaitée interminable, tant il est vrai que long est le chemin de la tranquillité de l’esprit.

 

 

Pas certaine d’avoir clairement vu le groupe et leur meneur quitter les lieux, l’assemblée se lance machinalement dans un rappel et ne reprend ses esprits qu’à l’entame de « City of Refuge », autre classique incantatoire prétexte à reprise chorale d’un refrain scandé ad lib par la foule. Nick Cave, farfouillant dans des partitions posées sur son piano, annonce alors deux titres rarement joués, ce que prouveront à la fois l’utilisation inhabituellement soutenue du prompteur et le regard paniqué de Colin Greenwood scrutant le moindre geste de George Vjestica pour tenter de se repérer dans les titres qui, chanceux que nous sommes, sont deux splendides ballades, la mélancolique « Nobody’s Baby Now » et la lugubre « Stranger than Kindness » qui aura bouleversé les plus vieux fans présents ce soir-là. Dès lors, « Into My Arms », habituelle conclusion jouée solo, ne sera qu’une ultime étreinte pour nous signifier que cette fois ci les lumières se rallumeront définitivement.

 

2h30 de concert, on ne va pas s’en plaindre, mais du coup il est assez tard et il va m’être impossible de discuter comme je le voudrais avec les nombreuses personnes que je connais dans le public. A commencer par mes chers La Buze et Daniel, rejoins exceptionnellement par un JP légèrement agoraphobe qui s’était tenu éloigné de la fosse jusqu’alors. Songez que la première rencontre des 4 Fantastiques pour un concert d’Emily Jane White au Sirius était demeurée unique jusqu’à ce moment, 18 ans plus tard ! Nous avons donc beaucoup à nous dire d’autant que JP est encore plus bavard que Daniel, mais je dois couper court à regret car Marie que je dois ramener à Lyon s’inquiète de ma position. C’est au moment où je me mets en quête de la rejoindre que je suis hélé par un autre groupe de potes entraperçus auparavant dans la fosse. J’aurais aimé demander à Christophe quelle place prenait ce concert parmi les 10 du Cave auquel il a assisté, à Valérie si elle avait bien suivi les consignes et tapé dans ses mains malgré son éventail, à leur Malouine de fille si elle avait conscience d’avoir les parentes les plus cools du multivers mais je bavarde, je bavarde et Bastien attend depuis une demi-heure que je le rejoigne à l’entrée. C’est donc en trio avec Marie que nous prendrons la route après l’inévitable cohue pour sortir du parking, mais en bonne compagnie le temps passe vite. Malgré l’heure très tardive et la certitude d’être défoncé à l’importante réunion que mon chef a eu l’outrecuidance de convoquer aux aurores le lendemain, je me couche avec le bonheur d’avoir passé un excellent concert qui aura fait l’unanimité auprès de toutes les personnes interrogées. Nul n’avait bien sûr douté du Grand Cave !

 

 

(1) Avec son costume noir il ressemble plus que jamais à un croque-mort et peut se prévaloir d’une sacrée bonne tête de Bad Seeds

 

(2) Bouleversant malgré la partie de barbichette mentale qui se joue tout au long du titre entre les deux musiciens surjouant leur personnage respectif et qui aboutira par la victoire in extremis de Janet sur un Nick explosant de rire à l’avant dernière mesure

 

(3) Et pour cause il est issu de Ghosteen, que je n’ai quasi jamais écouté tant il est peu engageant

 

 

Setlist : Get Ready for Love - From Her to Eternity - Train Long-Suffering - Wild God - O Children - Tupelo - Carnage - Joy - Rings of Saturn - Bright Horses - Henry Lee - The Mercy Seat - Papa Won't Leave You, Henry - Red Right Hand - The Weeping Song - Jubilee Street – Hollywood // City of Refuge - Nobody's Baby Now - Stranger Than Kindness - Into My Arms

 

 

Nick CAVE and the BAD SEEDS - "From Her to Eternity" Live Vienne 15 07 2026

 

Nick CAVE and the BAD SEEDS - "Jubilee Street" Live Vienne 15 07 2026

 

Nick CAVE and the BAD SEEDS - "Stranger Than Kindness" Live Vienne 15 07 2026

 

 

16 juillet 2026

WET LEG - Lundi 13 Juillet 2026 - Théâtre Antique - LYON

Rhian Teasdale dans la brume

 

Wet Leg c’est le duo féminin branchouille et bien marketé qui a sorti le tube « Chaise Longue » il y a 5 ans. Pas mal de gens en sont restés à cette sommaire mais entendable définition, beaucoup se seront régalés d’un premier album accrocheur, d’autres dont je suis, loin de le trouver dispensable, auront adoré un deuxième disque inspiré et plus éclectique et enfin certains seront devenus des acharnés maitrisant tout des codes et des paroles du groupe. C’est tout ce monde-là, du plus sceptique au plus fan, qui se retrouvait en ce mardi soir dans un Théâtre Antique au public aussi hétérogène que sympathique. On croise dans la fosse Nico, qu’en grand physionomiste je ne reconnais pas alors que je l’avais il y a quelques années conduit au festival Levitation où nous avions découverts entre autres les punkettes complètement dingues de Lambrini Girls. On discute groupes du moment, se mettant d’accord sur le très bon premier album de Station Model Violence, avant de plaisanter avec des spectatrices encombrées de pintes de bières menaçant de me baptiser si les copains attendus ne repèrent pas leur position, tout en jetant un œil au fiston Malo et sa pote venus en mode découverte grâce à des places offertes en bonus d’un stage de seconde aussi cool qu’instructif. Elisa n’est pas bien grande et nous nous avançons plus au centre d’une fosse joviale pour qu’elle puisse mieux observer la showoman Rhian Teasdale, son mini short à plumes et sa guitare transparente, mais ce ne sera pas chose aisée tant la scène est noyée de fumigènes, seul indéniable défaut d’un concert par ailleurs très similaire à celui auquel j’avais assisté l’année dernière.

 

Wet Leg

 

Même fun général, même vagues d’intensité et sommets – les frissons sur « Too Late Now », la bonne baffe sur l’enchainement « 11:21 » « Pillow Talk », le flamboyant final sur les tubes des deux albums etc… - même interprétation sans autre apport live qu’une intensité plus appuyée, même Hester Chambers planquée dans la fumée ou derrière sa copine en raison d’une phobie sociale qui laisse planer le doute sur sa participation aux futures tournées, même « mangetout » conclusif sans rappel. De quoi passer un très bon moment donc, et je n’en attendais pas plus, sachant très bien que ce concert ne serait guère indispensable après celui du Transbordeur, d’autant plus en l’absence de nouveau matériel. En fait, j’avais pris ma place uniquement parce que les Lambrini Girls étaient annoncées en première partie, attendant un spectacle plus audible qu’au Levitation - l’album Who Let the Dogs Out sorti après ayant rassuré quant à leurs capacités musicales - mais non moins ravageur. Las, le quatuor anglais annulait sa venue pour une raison inconnue et l’organisation des Nuits de Fourvière remplaçait en catimini (1) sur l’affiche leur nom par celui de Los Bitchos. Double peine que de ne pas se prendre dans la gueule le punk des Rrriotts Lambrini Girls et devoir supporter en lieu et place le surf cumbia psyche rock instrumental de ces Londoniennes fort douées sur leurs instruments respectifs (en plus de souscrire à la tradition de la bassiste canon) mais dont la prestation plus adaptée en fond musical de cocktail dinatoire chicos que sur une grande scène de festival lasse au bout de trois morceaux. Un constat assez partagé à la sortie par les nombreux potes ayant fait le déplacement, là où la prestation des Wet Leg recueillera des avis bien plus variés. Mes deux ados auront pour leur part beaucoup aimé, et c’est bien là le principal…

 

Los Bitchos

 

(1)  Assez scandaleux d’ailleurs cette absence d’annonce officielle, n’eut été l’info donné par mon infiltré de fiston j’aurais appris le truc le soir même. Une dissimulation sans doute motivée par la conscience qu’une bonne partie du public de cette soirée, l’une des rares du festival à ne pas avoir fait le plein, venait pour le groupe de Brighton qui avait déjà annulé au dernier moment une date complète 8 mois à l’avance fin 2025 à l’Epicerie Moderne…

 

 

Setlist : catch these fists - Oh No - Wet Dream - Supermarket - liquidize - jennifer's body - Being in Love - pond song - Ur Mum - Too Late Now - davina mccall - 11:21 - pillow talk - u and me at home - Angelica - Chaise Longue - CPR - mangetout

 

 

WET LEG - "Being in Love" Live Nuits de Fourvière 13 07 2026

 

LOS BITCHOS - "?" Live Cactus Festival 2026

 

5 juillet 2026

BEIRUT - Jeudi 02 Juillet 2026 - Théâtre Antique - VIENNE

 

Mélaine a découvert Beirut récemment, lorsque le morceau « Nantes » a été diffusé sur France Inter, et voyant que le groupe passait à Vienne elle a écouté quelques albums et décidé de prendre deux places pour leur venue au Théatre Antique. De mon côté j’ai juste dû jeter une oreille au Gulag Orkestar prêté obligeamment en son temps par mon fan de pote Julien et croisé le groupe sur quelques compilations et à Rock en Seine 2010 où je les avais écouté de loin. Mais la perspective d’une sympathique soirée avec ma chérie dans un joli lieu au son d’une musique agréable à défaut d’être renversante me tentait vraiment, notamment parce que cette période où nous travaillons encore mais où nous sommes le soir venu libérés de nos obligations parentales est aussi courte que rare et qu’il convient d’en profiter comme il se doit.

 

C’est donc particulièrement détendus que nous prenions le train spécialement affrété vers la gare de Vienne, située idéalement à une quinzaine de minutes de marche du Théâtre Antique. Nous sommes sacrément en avance et pourtant les gradins inférieurs sont déjà bien occupés, nous nous posons dans la tranche du milieu, où nous aurons une belle vue sur la scène. Un aller-retour à l’unique stand de bouffe et au bar me laisse assez admiratif de l’efficacité de l’organisation, l’attente aura été minime vu l’affluence. L’occasion de soulever le constat commun d’une supériorité de Jazz à Vienne en comparaison des Nuits de Fourvière : organisation donc, mais aussi beauté des lieux, son, public et ambiance générale, tout nous a semblé mieux. L’éblouissant soleil est sur le point de passer derrière la scène pour notre plus grand confort lorsque la première partie s’installe tranquillement.

 

 

Vincent Peirani

 

Il s’agit de Vincent Peirani et lorsque je vous aurais dit que c’est un accordéoniste qui fait du jazz, secondé de surcroit par un saxophoniste, vous comprendrez que je ne pars pas confiant sur l’heure musicale qui s’annonce. Le quintet, complété par un batteur, un bassiste et un pianiste, attaque effectivement par un machin langoureux de la pire espèce, mais les extraits qui suivent ne sont pas déplaisants, fort bien accompagné comme je le suis, une bière à la main en cette belle soirée d’été où le brin d’air ambiant nous épargne l’estouffade de ces derniers jours. Je passe beaucoup de temps à observer le batteur et sa technique évidemment redoutable, notamment le jeu de cymbales qui fait toute la spécificité du jazz, ainsi que son utilisation de deux caisses claires encadrant le charley. Comme je l’ai dit le son est excellent ce qui permet de saisir toutes les nuances, et le rythme assez soutenu m’évite l’ennui. Chacun y va de son solo, et le saxo en mode free jazz ne me dérange pas trop, bizarrement l’accordéon est peut être l’instrument le moins mis en avant mais je comprends que Vincent Peirani est surtout le compositeur de tous les morceaux ce qui lui vaut ce titre de leader. Il annonce d’ailleurs une suite en trois mouvements d’une quarantaine de minutes au sujet du temps qui passe (composée pendant la période covid), et là on retombe dans un jazz vraiment barbant, je file prendre une autre bière. Finalement les spectateurs réclament un rappel, on craint le pire mais un medley de trois titres pop (sic) revisités est annoncé, le premier étant immédiatement reconnaissable et faisant grand bruit dans le public. Je me demande comment Vincent Peirani prend le fait de s’être emmerdé à passer des mois à plancher sur des pièces ultra savantes pour que le moment le plus acclamé de son concert soit le riff de basse de « Under Pressure » mais bon, moi je trouve ça sympa et je joue au blind test pour détecter dans la fusion jazzy « Glory Box » et un Beatles que j’ai sur le bout de la langue (arf, c’était « I Want you » bien sûr !).

 

Beirut

 

Il doit déjà être 23h quand les six musiciens de Beirut montent enfin sur scène, conduits par le leader Zach Condon qui se place bien au centre. Jouant tour à tour du ukulele, de la trompette allemande (1) ou des claviers, c’est surtout son chant merveilleux qui est le principal atout du groupe. Il est encadré par un trompettiste et un tromboniste qui assurent aussi de très belles secondes voix, alors que derrière on trouve la paire rythmique et un claviériste/accordéoniste. De quoi enchainer les jolies chansons avec un accent plutôt mélancolique, et des mélodies de cuivres qui ne peuvent qu’évoquer Calexico, rare groupe que nous ayons en commun avec Mélaine. Usant souvent de mid tempo ternaire, avec un aspect fanfare renforcé par le jeu du batteur quasi exclusivement sur caisse claire, Beirut reste dans un registre un peu trop homogène à mon gout, et une fois la découverte passée commence au fil de la setlist à m’ennuyer légèrement. Quelques titres sortent du lot, comme ce « No no no » très dansant ou « Santa Fe » qui use cette fois d’un rythme plus rock, mais c’est l’instrumental « Cocek » qui va relancer mon intérêt avec des accents folkloriques Balkans qu’on n’avait jusqu’à présent qu’entraperçus.  Il est suivi par « Nantes » qui semble être le véritable tube de Beirut vu la réaction du public, c’est effectivement un excellent titre sur lequel le groupe a choisis de conclure son set. S’en suivront deux rappels avec une ballade et deux morceaux là encore assez orientés Balkans - ils sont issus du premier album – concluant de belle manière un concert assez court. Suffisant pour moi mais les vrais amateurs ont dû être un peu frustrés, surtout quand on voit le plein tarif des places… Pour moi et Mélaine la soirée romantique est loin d’être terminée, et même si le lendemain au boulot ca piquait un peu c’était vraiment cool d’en profiter jusqu’à la dernière goutte.

 

(1) Mélaine a regardé dans le train du retour ce que pouvait être cette trompette qui se joue sur le côté et non sur le dessus, et c’est effectivement un instrument spécial doté de palettes comme un cor et non des pistons habituels.

 

 

Setlist : Gallipoli - So Many Plans - No No No - Postcards From Italy - The Shrew - Guericke’s Unicorn - Elephant Gun - The Rip Tide - Fisher Island Sound - Santa Fe - A Sunday Smile - Cocek - Nantes // Villa Sacchetti - Mount Wroclai (Idle Days) // The Gulag Orkestar

 

PS : pour les intéressés le concert a été enregistré pour diffusion sur France Inter

 

 

BEIRUT - "Cocek" + "Nantes" Live Paris Salle Pleyel 30 juin 2026

 

Vincent PEIRANI - "Bremain Suite" Live

 

 

 

 

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28 juin 2026

HELLO DARKNESS + the MOOD's TRIP + JACQUELINE - Dimanche 21 Juin 2026 - La Péniche de J+P - LYON

 

Seb prend en main l'installation acrobatiquement

 

La Fête de la Musique est loin d’être un passage obligé pour Hello Darkness, avec 4 participations en plus de 15 ans d’existence. La dernière fois c’était il y a deux ans, à l’instigation de Seb qui nous avait déniché un spot sur la grande scène de Jonage. Et c’est encore lui qui proposait cette année une autre formule originale, à savoir un co-plateau sur la péniche d’un de ses potes. La fin juin est en général une période très chargée pour les parents, sans compter le besoin de vacances qui se fait sentir, aussi la bonne tenue de cet évènement pour le fun, a fortiori en période de canicule, n’allait pas de soi, mais Seb organisa l’ensemble de la soirée avec une telle motivation qu’il brisait les dernières réticences. Le plan était le suivant : trois groupes se succèderaient sur une scène improvisée sur le ponton de la péniche pour des sets d’environ une heure, les invités des propriétaires Jérémie et Pauline ainsi que les proches des groupes s’installeraient à bord devant la scène tandis que les autres spectateurs ou éventuels badauds pourraient assister au concert depuis le quai de Saône. Pour la première fois depuis le début d’Hello Darkness je ne participe en rien aux phases de transport et d’installation, c’est reposant et permet de ne pas ajouter du stress à une période qui n’en compte que trop, mais cela implique que je vais devoir jouer sur une autre batterie que la mienne. Pas grave puisque l’enjeu est de surtout s’amuser, et puis c’est Mike des Mood’s Trip qui prête la sienne donc tout va bien se passer. Seb a en effet recontacté ses très sympathiques potes avec qui nous avions joué une fois à la Triperie (et aussi pour le dernier concert de Kraken) pour le co-plateau compété par le groupe Jacqueline qui sont des connaissances de Jérémie.

 

Jacqueline

 

 Je me pointe donc en milieu d’aprem sur la fameuse péniche amarrée dans le quartier Confluence, quasiment sous le pont de La Mulatière. C’est un endroit excentré, et le jardin qui nous fait face, composé d’arbres rachitiques et d’aménagements sportifs, est peu agréable, je comprends vite que vu la chaleur écrasante et le peu de communication qu’on a fait il n’y aura pas un clampin qui passera sur le quai. A bord en revanche l’ambiance est conviviale et un brin survoltée, je retrouve Seb et Julien qui fignolent les derniers préparatifs (un enregistrement live et des captations via caméras go-pro sont prévus), fait connaissance avec les autres musiciens et visite la péniche familiale qui est rudement bien aménagée. En plus on a open frigo avec boissons fraiches à volonté, c’est vraiment super cool. Les impératifs de chacun ont dessiné un planning de passage et un déroulé de soirée qui nous oblige à balancer sans Damien, retenu avec ses gamins, mais cela ne nous pose pas vraiment de souci, j’ai le loisir de tester la batterie et mis à part des toms plus petits que ceux habituels qui me feront taper quelques coups dans le vide je suis correctement installé sous mon parasol PMU. On patiente encore un moment en discutant tranquillement pour attendre quelques spectateurs supplémentaires puis Jacqueline lance les hostilités à 17h30. Le quatuor propose un solide rock psychédélique qui évoque instantanément King Gizzard (et un peu Gong), avec des morceaux à rallonge bien techniques découpés en savantes tranches dont beaucoup sont instrumentales. Aux avants postes Igor, trublion chanteur guitariste, dont le chant est noyé d’effets caractéristiques du style musical, derrière lui Léo assure de sa Fender les nuances et les solos, le gaucher batteur Malo en configuration plus minimaliste que la mienne (et surtout que Mike !) alterne jeu métronomique et fulgurances complexes tandis que Tony assure avec sa basse une solide structure aux morceaux grâce à une technique impressionnante (c’est le seul pro du soir, et ça s’entend). Un concert hyper plaisant et carré qui aurait mérité un peu plus de public mais, en grand amateur des King Gizzard, je serais vraiment heureux de recroiser les Jacqueline sur scène.

 

the Mood's Trip

 

Après un changement de plateau où Mike remonte sa cathédrale avec la bonne humeur qui le caractérise, nous retrouvons the Mood’s Trip pour le deuxième set de la soirée, alors que les deux frigos installés sur le pont continuent à rafraichir les amis qui se pointent régulièrement. Nous retrouvons avec plaisir la musique dynamique du quatuor, Raphael et son chant aigu tranquillement assuré soutenu à la guitare et aux vocaux par Seb dans une complémentarité typique des formations 90’s, le discret et précis Nico à la basse et le jeu très dense et varié de Mike, qui use même (avec parcimonie) d’une double pédale. Le set est aussi varié que dans mon souvenir, avec des touches de funk, de hard rock, des passages plus mélodiques et un gros penchant pour le rock alternatif. Je reconnais même quelques chansons et à l’unisson avec un public convaincu réclame un rappel qui prendra la forme de leur fameuse reprise du « Here comes the rain again » de Eurythmics, bonne occasion de faire participer les gens à quelques chœurs endiablés sur les refrains.

 

Hello Darkness

 

Il est environ 19h quand nous nous plaçons à notre tour sur la scène,  le soleil est ras et tape donc plus directement sur le siège de batterie placé tout à tribord de péniche, hors du champ d’ombre de la toile qui abrite la scène, autant dire que je me prépare à un beau concours d’écrevisse avec Mike qui est sorti écarlate de son concert. Nous faisons une mini balance pour Damien qui est monté à bord depuis un moment afin qu’il trouve un minimum ses marques, même s’il doit lui aussi composer avec un matériel emprunté, et attaquons notre set par nos morceaux les plus tranquilles avant d’accélérer progressivement le tempo. Même si je suis en position centrale et proche de mes potes, tous les amplis sont logiquement dirigés vers le public et, ne disposant pas de retours, je n’entends que très faiblement ce qui est joué. Difficile donc de juger de la prestation générale, en tout cas tout se passe bien de mon côté et ça a l’air de bien rouler pour les autres, à quelques paroles de chansons zappées près. Puisque mon prédécesseur officiait aussi aux chœurs me voilà doté d’un micro pour beugler quelques phrases sur « Forever Uncertain » où  nous finissons miraculeusement à l’unisson, avant l’enchainement « Year of the Dog » / « Stella Song » cette fois bien placé qui enchante la jeunesse au premier rang. En joli cadeau de fête des pères, toute ma famille est venue encourager Hello Darkness : Héloïse a débarqué avec une belle bande de copains bien motivés, Malo est à fond, Soline est quelque part avec une copine qu’elle s’est trouvée (la fille de Raph il me semble) et Mélaine a bravé sa fatigue pour écouter une énième fois nos chansons. L’occasion d’ailleurs d’apprendre par ses soins que notre son en façade était bien meilleur que dans les bars où on joue habituellement, notamment au niveau du chant qui est souvent le point faible de notre réglage et qui cette fois était bien audible. Dans l’emballement général nous jouons nos deux morceaux les plus punks (« Bubble » et « Steam Roller ») à un tempo aussi infernal que la température extérieure, moment explosif pour moi qui du coup brouillonne un peu mes roulements. Pas très carré mais l’esprit est là, quant à la suite du concert elle se déroulera très bien, on s’amuse beaucoup notamment Seb et Julien qui travaillent leur jeu de scène. Un excellent moment que nous prolongeons jusqu’à la dernière goutte de sueur, n’ayant pas de contrainte horaire, avec 19 chansons au compteur.

 

Sur la Péniche...

 

Etant assez nombreux le démontage est une formalité, certains rentrent assez vite là où d’autres (dont je fais partie) discutent et profitent de l’hospitalité de Jérémie et Pauline que nous remercions grandement pour cette sympathique initiative et cette organisation sans prise de tête. La soirée se prolonge avec un DJ Set pour la bande d’amis de nos hôtes qui si j’en juge par les différents retours que nous avons eu a beaucoup apprécié l’ensemble des concerts. Sans fausse modestie je trouve que la musique proposée était de qualité en regard de ce qu’on peut entendre à une fête de la musique, Hello Darkness a heureusement tenu le rang (1) ce qui n’était pas évident avec les démonstrations de Jacqueline puis des Mood’s Trip, d’ailleurs nous commençons déjà à évoquer un deuxième épisode l’année prochaine, avec pourquoi pas une communication plus large. En attendant pour Hello Darkness ça va être les vacances, et une rentrée agitée entre la perspective d’un nouvel enregistrement et la menace de la fermeture de notre salle de répète.

 

 

(1) Malheureusement le son était beaucoup trop fort pour les go pros qui ont saturé tout du long, donc pas d’enregistrement pour en témoigner…

 

 

Setlist : 44 Hours – Wolf - Burn Out - Nothing's Burried Forever - Minor Fall, Major Lift – Prisoner - Forever Uncertain - Year of the Dog - Stella Song - the Reed – Bubble - Steam Roller - Where i Fall - Silent Spring - Rage Room – Slowride - One Fan Band – Inherent - the Beat

 

24 juin 2026

FOO FIGHTERS - 19 Juin 2026 - La Defense Arena - PARIS

 

De mes 3 enfants Malo est le seul (pour l’instant) à avoir accroché au rock, cette musique du siècle dernier, bien aidé en cela par un talent naturel pour la batterie dès son plus jeune âge, qui l’amena au fil des années à travailler de nombreux morceaux proposés par ses différents professeurs. Parmi eux « Everlong », dont son interprétation bluffa l’ensemble des personnes y ayant assisté, qui l’amena à s’intéresser à un groupe dont son père était loin d’être un spécialiste (cf l’épisode #03 de La Favorite sur ce blog). Persuadé dès lors que les Foo Fighters figuraient sur le podium de Malo (1), je saisissais l’occasion d’une tournée mondiale passant par Paris pour lui offrir un billet pour Noel, bien content aussi de l’accompagner pour ce bon moment, n’ayant jamais eu l’occasion de voir le groupe sur scène. Le trajet du vendredi est assez stressant, j’ai pris mon après-midi mais Malo doit quitter prématurément son stage de seconde (aux Nuits de Fourvière) et me rejoindre en transport à la gare, nous devons ensuite récupérer les clés de notre logement à Paris, y poser nos sacs et filer en métro à la Defense Arena sachant que le billet indique une ouverture à 18h. Finalement tout se déroule comme sur des roulettes et nous devons franchir les portes de l’immense salle peu après 18h30. A notre grand étonnement il ne semble pas y avoir de distinction entre la fosse or et la fosse normale mis à part une barrière centrale que l’on peut contourner sans contrôles, nous nous plaçons donc devant celle-ci, à un endroit offrant une belle visibilité sur la scène mais très peu dense, nous permettant de nous asseoir pour attendre le premier groupe de la soirée, Otoboke Beaver.

 

Tout l’enjeu de ne pas arriver trop tardivement était en effet pour moi d’assister au set de ce rrriot girl japonais complètement frapadingue qui promettait une bonne demi-heure déjantée, en tout cas j’étais fort curieux et impatient. Mais au moment où les lumières s’éteignent c’est à notre étonnement le quatuor Irlandais Inhaler qui apparait sur la scène. J’avais jeté une oreille sur leur dernier disque avant de venir et si parfois je m’interroge sur la pertinence de mon jugement (suis-je ringard, ai-je loupé l’innovation musicale, suis-je passé à côté d’un fond brillant etc… ?) au moins avec Inhaler les choses sont claires : c’est vraiment de la merde. Une pop mollassonne et poseuse sans l’ombre d’un relief qui n’acquiert aucune substance supplémentaire en live, si ce n’est que j’ai trouvé une des chansons pas mal et que le leader est presque aussi beau que celui de A-Ha. C’est à croire que les Foo Fighters ont choisi ce groupe pour les précéder comme faire-valoir, leurs compos les plus mainstream semblant du virulent hardcore en rapport. Après avoir pensé que les deux premières parties avaient été inversées, nous comprenons vu l’horaire lorsqu’Inhaler termine son concert que celui des Otoboke Beaver a en fait déjà eu lieu : dommage mais il nous était de toutes manières physiquement impossible d’être à 18h pile dans une fosse qui devait d’ailleurs ne pas être bien garnie.

 

 

C’est à 20h30 précises que Dave Grohl arrive sur scène avec une patate qui ne le quittera pas de la soirée, suivi par les 5 autres membres du groupe qui attaquent après un bon moment d’harangue bruyante à la foule le très rock « All my Life », extrait du 4eme album, à priori un vrai tube tant le refrain est repris en cœur par une majorité des spectateurs. Nous étions d’ailleurs entourés de véritables fans qui ont dansé et chanté quasiment tout du long, ce qui était très sympa vu que nous n’étions pas du tout compressés à l’inverse des personnes contre la barrière juste derrière nous. Nous avons droit d’emblée à une astuce que les Foo Fighters reproduiront à de multiples reprises : la fausse fin de chanson avec une longue pause avant un redémarrage brutal pour un dernier refrain enflammant le public, quitte parfois à enchainer celui-ci directement avec la chanson qui suit. Dave Grohl est un immense showman qui se déplace sur les travées latérales de la scène pour quelques parties de guitare destinées au public tout à droite ou à gauche, fait chanter le public en mode « Jean-Michel à vous ! », organise des concours de beuglement, mime des discussions avec le public et explique de temps en temps le contexte de certains titres en titillant la fibre nostalgique des gens, le tout sans trop en faire et en gardant un smile à toute épreuve. Difficile de lui contester le statut de star du rock la plus cool du monde, et de ne pas y voir une des principales raisons du succès constant des Foo Fighters depuis 31 ans. Cela ne nous rajeunit pas, mais comme nous l’explique Dave c’est la durée jour pour jour qui nous sépare de la sortie française du premier single « This is a call » (2) interprété pour mon plus grand plaisir à la fin de la première séquence du concert.

 

Comme à mon habitude, j’ai pris soin de ne pas consulter la setlist de la tournée mais je ne me fais pas trop d’illusions : je m’attends à un best of agrémenté d’une poignée d’extraits du dernier album Your Favorite Toy. Le concert sera bien plus que cela, et Dave Grohl me détrompera assez vite en annonçant à un public radieux et à votre serviteur stupéfait un show de 3 heures, mais le premier tiers est effectivement une succession de titres assez attendus, avec ses hauts et ses moins hauts. Au rayon grand frisson « Times like These » fait son effet mais pas autant que mon favori « My Hero », magnifique cartouche grillée presque trop tôt sur laquelle je beugle, très ému, d’autant que le public est invité à une séance karaoké géante pour prolonger l’interprétation de refrains supplémentaires. Autre bon moment de la séquence, la power ballade « These Days » qui prend une belle ampleur entouré d’une foule de fans accompagnant un Dave Grohl décidément impeccable dans ces vocaux pas évidents. « No Son of Mine », sorte de hard rock inspiré par Motorhead qu’ils citent même en y intégrant quelques mesures de « Ace of Spades », donne lieu à une bataille de solos de guitare tandis que quelques techniciens montent à la vitesse de l’éclair un mini plateau avec batterie, claviers et spots lumineux sur la partie de la scène qui s’avance au centre de la première fosse.

 

Manimal

 

Première vraie surprise de la soirée, un set semi-acoustique est donc prévu en plein milieu du public. Entamé avec l’anecdotique « Wheels », celui-ci se poursuit avec l’une des plus vieilles compos de Dave Grohl, « Marigold », enregistré à l’époque de Nirvana et figurant en face B du single « Heart-Shaped Box ». Annonçant un titre rarement joué j’envisage une reprise desdits Nirvana mais il s’agit du marrant « For all the Cows » issu du premier album. L’interprétation en est d’ailleurs un peu hésitante, mais je ne peux m’empêcher de penser que le groupe, tout serré sur ce bout de scène, s’offre un retour aux sources, d’avant le gigantisme des tournées et la maitrise technique insolente. Ils semblent en tout cas s’amuser follement ce qui évidemment participe à la réussite du concert. Après le prévisible « Big Me » Dave Grohl reste seul sur scène pour un émouvant « Under You » qui clôture cette inattendue séquence. Le moins mauvais titre de Concrete and Gold et le premier extrait (enfin !) du dernier album relancent la machine, avant une nouvelle surprise concoctée par le groupe.

 

Pour présenter chaque musicien, ils ont eu l’idée de faire une reprise du groupe auquel chaque membre appartenait avant de rejoindre les Foo Fighters, chaque titre étant accompagné d’images d'époque dudit groupe projetées en fond de scène. Cela commence par le guitariste Chris Shiflett qui chante « Invincible », reprise de No Use for a Name, excellent titre hardcore qui sera d’ailleurs le meilleur du lot - je note de m’intéresser à ce groupe que je connaissais de nom (ha ha) sans jamais, honte sur moi,  en avoir écouté le moindre disque. En revanche je connais très bien Sunny Day Real Estate, ancien groupe du bassiste Nate Mendel, qui nous gratifie d’une belle reprise de « Seven ». Il assure relativement bien les vocaux malgré leurs difficulté (le chanteur original Jeremy Enigk a une voix très aigue) même s’il est heureusement soutenu par Dave Grohl pour le refrain. Suit une reprise beaucoup plus pop et complètement décalée avec l’esprit de la soirée, mais toutefois bien fun, celle de « One Headlight » de the Wallflowers, premier groupe du claviériste Rami Jaffee. Puis sans transition c’est l’attendu reprise du groupe culte Germs fondé par Pat Smear, aujourd’hui troisième guitariste des Foo, un « Manimal » assez brouillon mais punk à mort. Quant à l’excellent batteur Ilan Rubin, il est le leader d’un groupe nommé the New Regime et nous offre une version instrumentale survoltée du rock n’roll « Tap dancing in a Minefield » montrant qu’il maitrise aussi bien la guitare que la batterie. Pendant ce temps, c’est bien sur Dave Grohl qui l’a remplacé derrière les futs avec la maitrise qu’on lui connait, Malo est ravi de voir une de ses idoles jouer de manière assez imprévisible. On s’attendait logiquement à une reprise de Nirvana dans cette configuration, mais la séquence souvenirs s’arrêtera là. Certains ont entendu le riff de batterie de « Smells like Teen Spirit » dans ce « Tap dancing in a Minefield », ce qui expliquerait les quelques photos du jeune Dave intercalée dans les images de the New Regime, mais il faudrait convoquer la VAR et franchement on s’en fout un peu : j’ai trouvé cette idée mettant à l’honneur les musiciens vraiment excellente, elle a apporté de la fraicheur et de la variété au concert en plus d’être très certainement inédite à cette tournée 2026.

 

Aurora

 

Il est maintenant temps d’aborder la dernière ligne droite du concert, et les Foo Fighters ont évidemment gardé un enchainement redoutable en magasin, commençant par le fabuleux « Monkey Wrench » qui nous remet tout de suite dans le bain, Malo est en folie d’autant plus que le morceau s’achève par un phénoménal solo de batterie d’Ilan Rubin. « Breakout » enfonce le clou avant un magnifique « Aurora », power ballade dédiée à Taylor Hawkins bénéficiant d’un jeu de lumières reproduisant des aurores boréales particulièrement réussi. Des frissons parcourent la fosse et les gradins au fil d’une intensification qui semble ne jamais se finir. Enfin le set s’achève par le dynamique et très bon premier single de Your Favorite Toy puis « Best of you » dont je comprends qu’il est tout simplement le titre le plus connu, le plus attendu et donc le plus chanté par le public du groupe.

 

photo Coline Lefevre

 

A ce moment-là cela fait 2h45 que le concert a commencé et on ne serait pas du tout contre un rab, que nous offrent bien sur des Foo Fighters toujours à fond. Avec « the Teacher », premier titre du rappel, on touche vraiment à la partie que j’aime le moins chez le groupe, une tentative de prog rock qui leur sied mal et qui dure, comme le veux ce maudit style, des plombes (Dave Grohl joue alors sur une guitare double manche, what else...). Heureusement la chanson qui suit est une de mes préférées, « Exhausted », dont l’inattendue présence sans la setlist m’arrache presque des larmes. Et puis retenti l’inévitable « Everlong » de conclusion, qui offre un dernier moment de communion père-fils intense en même temps qu’une ultime démonstration  de tout le talent du quintet.  C’est peu dire que ce show a dépassé mes attentes (3) et complètement comblé celles de Malo : le Père Noel du rock a débarqué avec des cadeaux plein sa guitare et ne s’est clairement pas foutu de sa gueule.

 

 

(1) J’apprendrais par la suite que son trio de tête est Guns N’Roses, System of a Down et Linkin Park…

 

(2) A ma grande surprise, cela a semblé être l’un des singles les moins connus de ceux interprétés ce soir…

 

(3) Au jeu de la setlist parfaite il y aurait évidemment des choses à redire, mais en restant raisonnable il m’aura manqué un petit « Weenie Beenie » et surtout un peu plus d’extraits de Your Favorite Toy, grand perdant de la soirée à mon sens : « Spit Shine », « Amen Caveman » voire « Child Actor » auraient judicieusement pu être saupoudrés dans la setlist.

 

 

Setlist : All My Life - The Pretender - Times Like These - Rope - Stacked Actors - My Hero - Learn to Fly - These Days - Walk - This Is a Call - No Son of Mine - Wheels - Marigold - For All the Cows  - Big Me - Under You - La Dee Da - Your Favorite Toy - Invincible + Seven + One Headlight + Manimal + Tap Dancing in a Minefield - Monkey Wrench - Breakout - Aurora - Caught in the Echo - Best of You // The Teacher - Exhausted - Everlong

 

 

FOO FIGHTERS - "Monkey Wrench" Live Paris 19/06/2026

 

FOO FIGHTERS - "Big Me" Live Paris 19/06/2026

 

 

13 juin 2026

MASSIVE ATTACK - Jeudi 11 Juin 2026 - Théâtre Antique de Fourvière - LYON

 

Certes j’avais déjà vu Massive Attack 5 fois, mais la dernière remontait à 15 ans en arrière. N’ayant cette année pas fait mon traditionnel festival de printemps, et ayant l’opportunité d’avoir un tarif réduit permettant de faire passer le prix de la place de scandaleux à très cher, je me décidais à aller voir s’il y avait quelque changement dans le show du groupe quand bien même il n’a sorti aucun nouvel album depuis 2010. Les Nuits de Fourvière ont réservé aux britanniques deux soirées ayant affiché complet assez rapidement, me voilà donc remontant en ce jeudi soir une file d’attente impressionnante alors que j’ai plus d’une heure d’avance sur l’horaire indiqué (début 21h30, pas de première partie). Heureusement la gestion de l’entrée est efficace, et même après un détour aux toilettes et au bar c’est dans une fosse quasi vide que je débarque, enchanté de retrouver Bastien aux avants postes : il faut dire que le collègue est un grand fan mais que c’est la première fois qu’il va voir le groupe, il est donc arrivé avec 3 heures d’avance ! Précaution inutile donc sauf si on voulait s’asseoir dans les gradins, ce qui d’ailleurs aurait été une bonne idée avec le recul, le festival ayant toujours autant de mal à sonoriser correctement la fosse pour des groupes exigeants du point de vue de l’équilibre acoustique (souvenir cruel de la venue de Portishead en ces lieux en 2014). Mais cela m’aura permis de retrouver ces chers Christophe et Valérie qui débarquent peu après moi et me tombent dessus par hasard, permettant de passer le temps de manière très agréable en discutant avant l’arrivée du groupe sur scène.

 

 

Les premiers applaudissements retentissent à l’allumage du grand écran en fond qui va accueillir comme d’habitude la multitude d’informations et de visuels très politisés accompagnant les chansons du groupe, puis les musiciens débarquent, avec un ilot central pour les machines et claviers encadrés par le bassiste et le guitariste, à l’extrémité gauche une batterie électronique et à droite une batterie classique, sur le devant les 3 micros pour les différents chanteurs qui vont se succéder tout au long de la soirée. La mise en route est assez longue, avec beaucoup de claviers et une tonalité electro, avant que « Risingson » ne lance véritablement les hostilités. Autant le dire tout de suite, le concert va souffrir de beaucoup de défauts et je vais en sortir bien déçu. On a évoqué les problèmes de sons, sans doute dû pour beaucoup à notre position (notamment un volume trop timide, en particulier pour la guitare) mais c’est surtout la batterie acoustique en face de laquelle nous étions qui va me poser problème. Outre une sonorité pas géniale, le batteur jouait avec un petit décalage d’avance sur le temps ce qui m’a extrêmement dérangé, m’empêchant de rentrer dans la plupart des chansons. Aucun groove du coup (puisque le groove nait d’un micro décalage APRES le temps), ce qui pour Massive Attack est évidemment catastrophique (1). Autre problème, le chant d’Horace Andy qui autrefois envahissait l’espace de son vibrato magique et te foutais les poils en 3 secondes est aujourd’hui fort diminué. A 75 balais le vénérable rasta est toujours juste mais n’a tout simplement plus la puissance d’antan. Enfin à l’habituel hypnotisant défilé de statistiques politiques et de schémas rouges et blanc défilant sur écran géant en fond de scène est aujourd’hui ajouté quantité de videos tirées des réseaux ou de chaines d’informations, qui si elles restent pertinente sur le fond sont beaucoup trop envahissantes : on est continuellement sorti de la musique par des images de Trump ou de fusillades, sans compter les bizarres intermèdes musicaux electro pop qui émaillent le set. Pour le positif, restent la basse mythique du groupe et le chant toujours aussi pur d’Elizabeth Fraser, seule à avoir arraché quelques maigres frissons à votre serviteur au cours de ce concert.

 

 

Inutile de dire que dans ces conditions les très épurées « Teardrop » et « Song to the Siren » (superbe reprise de This Mortal Coil reprenant Tim Buckley) seront de loin les sommets de la setlist, même si « Inertia Creeps » et « Safe from Harm » toujours prolongée d’un long final bien rock restent d’excellents moments. La particularité des concerts de Massive Attack est de très souvent agrémenter une setlist constitué pour grosse partie d’une base immuable depuis des décennies avec des titres spécifiques à une tournée, des raretés parfois restées complètement inédites (la date des Nuits de Fourvière en 2008 avait d’ailleurs été particulièrement riche avec 5 titres rares que j’avais dans mon souvenir beaucoup appréciés). Pour ce xLive 2026 Tour, Robert Del Naja et ses acolytes interprètent joliment le mélancolique « Take It There », mais auront surtout mis l’accent sur des reprises qu’on suppose choisies pour leur impact politique plutôt que pour leur cohérence musicale. Si j’ai trouvé intéressante l’histoire derrière la naissance de la K Pop et l’hommage à travers la reprise de Seo Taiji and Boys, et assez fun celle de Ultravox, je trouve que mis à part donc « Song to the Siren » ces titres se mariaient mal avec les compositions du groupe, accentuant cet effet d’exclusion à la bulle musicale attendue. Les temps changent, et on pourra au moins reconnaitre à Massive Attack d’avoir en quelque sorte relifté leur show, mais de mon côté on ne m’y reprendra pas de sitôt. Au final mes compagnons de fosse auront eux bien apprécié le spectacle. Je croise aussi une bande d’amis d’Héloïse qui ont kiffé la soirée, l’une d’elle me disant même que c’est assez normal, Massive Attack ayant bercé leur enfance. Je n’ose lui demander par quel miracle c’est possible (est ce parce qu'elle est née l'année de la sortie d'Heligoland?), mais bon de toutes manières je n’y comprends plus rien aux gouts des jeunes en matière de rock aujourd’hui. Dans tous les cas, je semble avoir été le seul ronchon du soir, tant pis pour moi…

 

 

(1) Problème assez incompréhensible mais je n’ai pas rêvé puisque Bastien m’en a parlé avant même que je l’évoque lorsque nous avons fait un petit bilan au boulot le lendemain. Vraiment frustrant, puisque cette batterie rock est normalement un des gros plus des versions live des morceaux de Massive Attack.

 

 

 

MASSIVE ATTACK - Group Four / In My Mind (Live Copenhague 01 06 2026)

MASSIVE ATTACK - Song to the Siren (Live Copenhague 01 06 2026)

11 juin 2026

La Favorite #03 - FOO FIGHTERS

 

 

J'ai établi au fil de l'eau une petite liste de groupes ou d'artistes dont la discographie me semble intéressante à parcourir et pouvant donner lieu à un article, notamment dans cette rubrique de La Favorite. Autant le dire tout de suite, les Foo Fighters n'en faisaient pas partie: même si j'ai beaucoup aimé leurs débuts, cela fait belle lurette que je n'ai plus suivi leur actualité, présageant d'une œuvre plutôt déclinante et de toutes manières au mieux anecdotique. Mais il se trouve que mon fiston Malo m'a semblé bien accroché par le groupe, ce qui est assez compréhensible pour un batteur de son niveau qui s'est frotté avec succès à quelques reprises derrière les fûts, notamment "Everlong". Je lui offrait donc pour Noël une place de concert pour la tournée 2026 des Foo Fighters, et, l'accompagnant forcément, décidais de me mettre à niveau sur leur discographie, bien plus surprenante que je ne le pensais. De quoi finalement rédiger cet article une semaine avant un aller retour à Paris et sa Defense Arena.

 

Foo Fighters (1995)

 

Envisagé comme un projet personnel chatartique suite au suicide de Cobain, ce premier album de Foo Fighters  composé et enregistré entièrement en solo par Dave Grohl était trop bon pour rester confidentiel. Impressionnant sur l'ensemble des instruments (la batterie c'est pas une surprise, le chant un peu plus) Dave Grohl reprend une bonne part de l'esprit Nirvana (qu'on retrouve par exemple dans certains plans de guitare ou l'énergie générale) mais élargi le spectre avec des moments plus pop - chœurs, optimisme voir humour cf le bluesy "For all the Cows" - et d'autres très rock alternatif (le recrutement par la suite de la paire rythmique de Sunny Day Real Estate, pionniers de l'emo, n'est pas si improbable). Difficile d'avoir du recul sur un disque que je connais par cœur (je l'ai bien plus écouté que le Nevermind), je ne lui trouve encore aujourd'hui aucun déchet, les prétendants à La favorite se bousculant: la concision hardcore de "Wattershed" ?   L'imparable riff de "Alone + Easy Target", l'alternance mélodie/bourrinage de "Good Grief" ? L'émotion contenue d'"Exhausted", chanson dont l'admirable production nous fait ressentir corporellement la dépression de l'artiste ? Allez, aujourd'hui j'opte pour le punkoide "Weenie Beenie", on a peu de chance d'écouter un truc pareil dans les albums suivants...

 

the Colour and the Shape (1997)

 

Désormais vrai groupe, Foo Fighters reste sur la même lancée énergique mais arrondi les angles, accouchant d'un modèle du genre rock alternatif accessible. Jouant méthodiquement la formule des montagnes russes et des explosions dans la setlist ou au sein même des compositions, le groupe propose certes un album un peu moins constant que le précédent mais surtout une collection de tubes à faire pâlir de jalousie des concurrents plus établis. Parmi eux bataille serrée entre la mélodie de "My Hero" et l'accélération de "New Way Home", que je sélectionne in fine pour son final jouissif.

 

There Is Nothing Left to Lose (1999)

 

Réduits à un trio avec le nouveau batteur Taylor Hawkins, les Foo Fighters épuisés par l'enregistrement et la tournée précédente décident qu'il n'y a plus rien à perdre et expérimentent de nouveaux sons sans trop se prendre la tête sur la compo. Résultat, un album assez fade, surtout dans sa deuxième face bourrée de ballades. Bien que quelques fulgurances apparaissent parfois durant des titres qui, fait nouveau, avoisinent tous les 4 mn, bien peu séduisent suffisamment du début à la fin pour faire une Favorite convenable. Si "Aurora" figure parmi les réussites du Foo Fighters nouvelle formule, je lui préfère quand même la plus classique mais surtout plus efficace "Breakout".

 

One by One (2002)

 

Sans revenir au niveau de the Colour and the Shape, les Foo Fighters retrouvent sur One by One un peu de couleur et beaucoup de dynamisme par rapport à l'album précédent, dans la lignée d'un morceau d'ouverture plein de promesses. Le nouveau guitariste apporte quelques bons riffs et mélodies assez typiques du rock alternatif 00's. Quelques titres lourdingues subsistent mais dans l'ensemble les compos sont plaisantes voire enthousiasmantes sur certains refrains.

 

In Your Honor (2005)

 

A partir de ce 5eme album, c'est découverte totale pour moi sur la discographie des Foo Fighters. Et In Your Honor se révèle être une sacrée bonne surprise. Le double album avait de quoi faire peur, mais il est relativement concis (80 mn) et séparé en deux disques distincts, un électrique et l'autre acoustique.  Le premier marque une volonté de débauche d'énergie et de grosses guitares, avec une forte coloration emo. Dans ses meilleurs passages il retrouve l'efficacité de the Colour and the Shape ("No way Back") voire de manière aussi surprenante que jouissive la virulence du premier disque ("the Last Song"), Dans les moins bons il rappelle que Dave Grohl est aussi fan de Queen mais ca reste vraiment bien. Le disque acoustique me touche moins bien que les compositions soient de bonne facture, certaines étant même tout à fait excellentes dans le genre ("on the Mend"). Le dernier clou dans le cercueil du grunge est planté sur le feutré "Virginia Moon", featuring Norah Jones, mais dans l'ensemble le disque est plus plaisant qu'ennuyeux. Du coup j'aborde la suite avec un intéret renouvelé.

 

Echoes, Silence, Patience and Grace (2007)

 

Après un album tranchant net entre gros son et acoustique, les Foo Fighters font une synthèse sur Echoes, Silence, Patience and Grace (quel nom pourri), avec donc en spécialité la chanson qui commence tranquille en guitare folk pour mieux exploser à mi-chemin en rock saturé. C'est du haut niveau technique et c'est tout a fait ma came mais il faut bien reconnaitre que mis à part peut être le morceau "Cheer Up, Boys (Your Make Up Is Running)" un peu identifiable l'ensemble est assez impersonnel et l'on est bien en peine de distinguer ces compos de celle d'un autre bon groupe alternatif des 00's. 

 

Wasting Light (2011)

 

On pourrait être heureux que les Foo Fighters se soient débarrassés des ballades peu inspirées qui handicapaient certains de leurs albums (dont le précédent), mais la volonté de pure énergie live se transforme trop souvent sur Wasting Light en bourrinage un peu vain, laissant craindre que la mue en gros groupe de stade sans âme soit ici achevée. Restent quelques refrains pour espérer, quelques pistes plus lumineuses ("These Days", "Walk") et surtout l'un des meilleurs titres punkoide qu'ils aient écrits depuis longtemps, "White Limo".

 

Sonic Highways (2014)

 

8 villes des Etats Unis, une chanson enregistrée dans chaque ville avec une célébrité locale, des textes inspirés d'interview de quidams sur place, une pochette différente par ville, tel est le concept aussi original qu'enthousiasmant imaginé par Dave Grohl pour leur album Sonic Highways. Las, je ne suis certes pas un spécialiste mais bien malin qui identifiera les spécificités musicales de ces villes sur les pistes proposées. Où sont l'expérimentation New Yorkaise, la country de Nashville, le jazz de la Nouvelle Orléans et, comble suprême, en quoi la ballade "Subterranean" est elle représentative de Seattle, patrie du grunge , terreau initial des Foo Fighters? Au final un album homogène sans grand intérêt qui flirte avec le glam metal tendance Chicago ou Los Angeles (ne figurant même pas dans lesdites 8 villes!) avec quelques titres plus motivants, comme "Outside" cette fois bien colorée du rock californien ou l'explosif "The Feast And The Famine" que je sélectionne en favorite.

 

Concrete and Gold (2017)

 

Foo Fighters insiste sur son metal de stade tout en l'hybridant avec des éléments pop ou progressif. On croise ainsi des accents des Beatles, Pink Floyd ou Led Zep dans des gros riffs qui tachent enrobés de chœurs dégoulinants, on dirait du Muse sans la démonstration technique. J'imagine que c'est le concept: des petits bout d'or enchâssés dans des gros blocs de béton. En tout cas c'est très lourd à digérer.

 

Medicine at Midnight (2021)

 

Après le fiasco précédent et devant sa pochette hideuse, on ne peut pas dire que je m'engageais avec confiance dans ce Medicine at Midnight. Surprise, les Foo Fighters semblent avoir retrouvé le chemin de la concision, avec une grosse demi-heure au compteur et des durées de morceaux qui redeviennent plus acceptables, et surtout le sens de la mesure et de l'efficacité. Que ce soit dans un classique rock FM dynamique, quelques rythmiques metal ou même un funk lorgnant sur le Let's Dance de Bowie ("Medicine At Midnight"), la plupart des chansons sont bien foutues et entrainantes à défaut d'être d'une originalité folle. Résultat, un disque bien plus facile à écouter que ceux qui sont sortis les 15 années précédentes.

 

But Here We Are (2023)

 

En deuils après le décès de leur batteur Taylor Hawkins, les Foo Fighters repartent cependant de plus belle en commençant leur nouvel album par une bonne série de chansons rock alternatif pêchues aux belles mélodies de guitare, à l'image d'un "Under You" qui rappelle les meilleurs génériques de Séries comiques 90's. Malheureusement la deuxième partie de But Here We Are s'enlise un peu dans des power ballad parfois sympathiques, parfois poussives, mais en tout cas loin de l'allant qui a précédé.

 

Your Favorite Toy (2026)

 

Je n'ai pas eu l'impression que les Foo Fighters aient survendu à chaque nouvelle sortie, comme tant d'autre groupes, de prétendu retour au son de leur premier album - ils ont plutôt semblé soit courir après l'efficacité moins abrasive de the Colour and the Shape, soit se lancer dans des expérimentations inspirées par le prog et pas souvent bienvenues - mais l'eussent ils fait pour Your Favorite Toy  que je ne les aurais pas cru. Et pourtant ! Tout comme le Foo Fighters de 1995 Your Favorite Toy réserve une bonne moitié de chansons à l'énergie punk et aux refrains hurlés, avec une production relativement brute, le reste exploitant le rock alternatif ou la power pop développée au cours des 30 années de carrière. Différence marquante dans les thématiques abordées, l'époque a changée et pas pour le meilleur: prenons par exemple '"Amen, Caveman" intitulé assez humoristique qui cache en fait le constat d'un retour à la loi du plus fort. Si ce nouvel album fait plutôt dans la simplicité (certains titres sont même carrément bateau), on ne saurait le regretter vu le potentiel choucroutesque du groupe entrevu sur quelques malheureux épisodes de ce challenge. J'avais des craintes légitimes à l'idée de me farcir une setlist probablement composée  pour moitié de la nouvelle production des Foo Fighters sur scène à Paris, j'en suis assez ravi aujourd'hui, mais on verra bien le moment venu !

 

 

LA FAVORITE - FOO FIGHTERS

 

FOO FIGHTERS - "Weenie Beenie"

THE COLOUR AND THE SHAPE - "New Way Home"

THERE IS NOTHING LEFT TO LOSE - "Breakout"

ONE BY ONE - "Times Like These"

IN YOUR HONOR - "The Last Song"

ECHOES, SILENCE, PATIENCE AND GRACE - "But, Honestly"

WASTING LIGHT - "White Limo"

SONIC HIGHWAYS - "The Feast And The Famine"

CONCRETE AND GOLD - "La Dee Da"

MEDICINE AT MIDNIGHT - "Waiting On A War"

BUT HERE WE ARE - "Rescued"

YOUR FAVORITE TOY - "Amen, Caveman"

 

 

Allez, en Bonus un classement perso des 12 albums des FOO FIGHTERS:

 

6 juin 2026

LA FAVORITE #02 - Neil YOUNG (Synthèse)

 

 

S’attaquer à la discographie de Neil Young, c’est rencontrer un personnage passionnant. Et si j’ose dire, plus passionnant que sa musique. Bon évidemment, découvrir ses grands classiques avec 50 ans de retard, c’est forcément passer à côté de l’essentiel, tout comme il est difficile de percevoir l’originalité du songwritting d’un gars dont la musique a été digérée par des générations d’artistes qui occupent mes étagères à disques. Ce que j’ai préféré chez le Loner, c’est sa liberté. On le dit parrain du grunge, mais il a cette attitude presque punk de n’en faire qu’à sa tête. L’anecdote de la sortie complètement wtf de son disque de rock n’roll Everybody's Rockin' pour faire chier Geffen est ma favorite, mais on sent au gré des ballotements de sa discographie qu’il n’a jamais caressé le fan dans le sens du poil et préféré exploiter chacune de ses idées, aussi farfelue soit elle. Evidemment, des fois c’est raté mais une telle audace force le respect.

 

Neil Young a souvent une trouvaille étonnante, un coté décalé, un regard sur le monde original. Avec sa passion des vieilles automobiles, ses enregistrements dans des granges et tant d’autres lubies à peine entraperçues ces quelques mois (les trains électrique miniatures, tout comme Rod Stewart), on pourrait le soupçonner de quelque particularité du style haut potentiel, d’autant qu’il est l’auteur de plusieurs inventions bricolées dans son garage. On retrouve cet aspect expérimental sans limites dans certains albums qui donnent du sel à une discographie parois ronronnante tant il est vrai que la liberté de Neil Young, c’est aussi souvent de ne pas trop se faire chier.

 

Marqué par le divorce de ses parents et sa maladie enfantine – dont il gardera des séquelles qui influenceront son jeu de guitare très personnel, comme Tony Iommi ou d’autres, le Canadien a des failles qu’il comble par la musique : inutile de dire que cela se ressent dans ses chansons et participe forcément à l’attachement qu’on éprouve envers leur auteur en les écoutant. Le Loner est très engagé dans la défense de l’environnement et contre le capitalisme débridé de ses désormais concitoyens étasuniens, ce qui non seulement fourni de très bon textes à ses chansons engagées mais rajoute aussi une couche à son charisme. Tout ceci alimente la légende d’un homme désormais âgé mais aux combats bien modernes, tout comme sa musique est issue des origines du rock mais souvent emprunte d’une tonalité bien contemporaine.

 

Dernier aspect fascinant du Loner, et non des moindres, ses incessantes tournées revisitant un répertoire de plus en plus vaste et donnant lieu à pléthore d’enregistrements live dont les titres aux versions parfois fort différentes ont certainement été étudiées et recherchées par des complétistes pouvant depuis 20 ans se régaler de live, inédits et autres raretés compilées dans des archives sortant à intervalles réguliers comme autant de trésors livrés par Neil Young à sa fanbase. De mon côté si j’ai d’ores et déjà noté quelques albums supplémentaires à écouter (notamment ceux du Buffalo Springfield) et si je n’exclue pas de picorer dans les archives à l’occasion, j’en termine ici pour ce challenge avec ce classement tout personnel qui pourra choquer certains connaisseurs mais qu’il faut prendre avec beaucoup de recul. N’oublions pas qu’il a été établi sur la base d’une seule écoute pour la plupart des disques, et loin de la rigueur que j’apporte habituellement à ce genre d’exercice. Après tout le challenge était surtout de lister mon titre préféré de chaque album écouté, liste complète que je livre aussi après le fameux classement.

 

 

PLAYLIST DEEZER Neil YOUNG - LA FAVORITE

 

 

 

 

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