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Blinking Lights (and other revelations)

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31 juillet 2026

Nick CAVE and the BAD SEEDS - Mercredi 15 Juillet 2026 - Théâtre Antique - VIENNE

La Grand Cave attaque les hostilités

 

 

Dynamite Shakers

 

La venue du plus célèbre prophète du rock dans l’Antique Théâtre de Vienne avait mis les fidèles de toute la région, et même d’ailleurs, en émoi. Des rendez-vous avaient été pris, des bas-de-laine vidés, des covoiturages organisés. Bastien s’était tenu prêt pour une première révélation mais, dépourvu de permis et en l’absence de navette SNCF réservée aux seuls spectacles de Jazz à Vienne, avait dû s’en remettre à la Calexicomobile pour le mener à bon port. Sa foi était dès lors mise à rude épreuve par la naïveté légendaire du conducteur d’icelle, ce larron pensant qu’un départ à 19h assurerait gite et boisson en centre fosse. C’était sans compter quelques bouchons et la traque laborieuse d’une couteuse place de parking qui nous voyait débarquer en plein milieu de la première partie, alors que les amis plus prévoyants étaient déjà sur place depuis fort longtemps. M’abandonnant à ma pause technique, Bastien s’échouait à l’extrême droite de la scène contre une enceinte lui masquant l’essentiel du show, lui qui aime tant être bien en avance pile devant. J’en concevais quelques remords, mais au moins aura-t-il entendu le maitre. De mon côté, et guidé par quelque instinct mystique je naviguais à l’extrême gauche et, jouant honteusement des coudes, parvenait à atteindre les sieurs La Buze et Daniel. En pèlerin prévenant, ce dernier hydratait son compère assoiffé (j’avais dû renoncer au bar pris d’assaut) à l’aide des gourdasses prévues par son épouse, au son des Dynamite Shakers, quatuor Vendéen qui s’employait sur scène à dispenser un rock peu original mais bien exécuté et au demeurant fort plaisant d’autant qu’avoiné avec la conviction de l’insolente jeunesse qui peut se vanter d’avoir préchauffé un théâtre romain blindé pour l’un des plus virulents disciples du Dieu Elvis encore en activité.

 

Nick et les Bad Seeds

 

Le dernier soubresaut adolescent envolé, l’attente fut longue et l’impatience des fidèles se figeait en cous tendus, effluves sudorales et soupirs patraques tandis que je prenais joyeusement des nouvelles de mes deux compères, pas avares en burlesques anecdotes. Soudain une vétérane effervescence agita les lieux à l’apparition des Dix. Il y avait là en fond de scène les Quatre choristes tout de blanc vêtues, dont l’apport sera loin d’être anecdotique, teintant la plupart des titres d’un parfum gospel mais se déchainant à l’envie en incantations diaboliques. En deuxième rang la claviériste Carly Paradis en costard cravate, Jim Sclavunos entouré d’un véritable capharnaüm de percussions, ce bon vieux Colin Greenwood qui a récupéré le poste de bassiste (1) et tout à gauche l’excellent Larry Mullins et sa batterie hybridant rock et classique (avec des timbales notamment). Enfin au premier rang le guitariste George Vjestica et le chimérique multi instrumentiste Warren Ellis encadrent Nick the Ripper, costume cravate impeccable dont il s’effeuillera au fil de la soirée, teint cireux mais cheveux noir corbeau, qui vient d’apparaitre sous les acclamations de la foule et attaque le concert comme il y a 4 ans à Fourvière par un « Get Ready for Love » idéal pour lancer la cérémonie. L’esprit abandonne toute résistance dès le « From Her to Eternity » et son xylophone dissonant qui suit, dans un long tourbillon hypnotique que poursuit un « Train Long-Suffering » que je suis ravi d’entendre pour la première fois en live. Dès lors le public ne sera plus qu’une assemblée de marionnettes à la merci du Grand Cave qui comme à son habitude fera monter les bras au ciel, taper des mains, chanter en chœur (j’en passe et des meilleures) des quinquagénaires et leur progéniture convertie comme dans les Mega Church américaines. Il vole des larmes tel un vampire sur « O Children », aspire les derniers récalcitrants d’un « Tupelo » irrésistible, les chœurs les percussions la basse minimaliste et métronomique nous entrainent fascinés tandis que le chanteur nous maintient sous sa coupe en parcourant la scène de long en large, agrippant des mains, se hissant sur les plus fanatiques, désignant les gradins les plus éloignés d’un index squelettique. Il s’amuse des déclarations d’amour et des requêtes de titres, s’éponge le visage avec le tissu emprunté à une spectatrice intronisée par surprise Sainte Véronique, montre la lune autant que le spot lumineux au milieu des gradins, surjoue l’idole pour mieux se moquer des idolâtres. C’est le moment de calmer le jeu, le toujours superbe « Carnage » amorce la séquence, puis Nick Cave prêche pour la joie, ce si petit mot à l’importance pourtant capitale, et fait reprendre l’intro de « Joy » pour une note à priori approximative. Colin Greenwood, concentré à l’extrême, s’appuyant en permanence sur Larry Mullins, parfois sur Warren Ellis, blêmi encore plus si c’était possible. « Rings of Saturn » lasse, « Bright Horses » est clairement le titre de trop, mais ce sera le seul moment dispensable de cette très longue messe. Car Janet Ramus a quitté ses amies anges pailletées pour s’avancer vers le piano de Nick et entamer un duel avec lui sur un bouleversant « Henry Lee » (2). Dès lors c’est l’enchainement des immenses classiques, l’ensorcelant « the Mercy Seat » qui n’en fini plus d’électriser le public, le bondissant « Papa Won’t Leave you Henry », les funestes cloches de « Red Right Hand » et son classique couplet retravaillé à l’adresse d’un spectateur (ici une histoire de T-Shirt moche si j’ai bien compris), l’entêtante « the Weeping Song » et enfin l’immense « Jubilee Street » les ayant toutes surpassées, avec l’inoubliable histoire de Bee et son final de plus en plus rock, hey, regardez le, il se transforme, il vibre, il rayonne, regardez le, il vole, regardez nous, on vibre, on rayonne, on vole !!! Impossible d’offrir une meilleure conclusion au set et pourtant le Grand Cave et ses Dix y parviennent avec un titre que je ne connais pas (3). Le très étendu et pulsatoire « Hollywood » maintient le public dans son hypnose par un fond musical minimaliste sur lequel la voix de Nick s’impose en une litanie qu’on aurait souhaitée interminable, tant il est vrai que long est le chemin de la tranquillité de l’esprit.

 

 

Pas certaine d’avoir clairement vu le groupe et leur meneur quitter les lieux, l’assemblée se lance machinalement dans un rappel et ne reprend ses esprits qu’à l’entame de « City of Refuge », autre classique incantatoire prétexte à reprise chorale d’un refrain scandé ad lib par la foule. Nick Cave, farfouillant dans des partitions posées sur son piano, annonce alors deux titres rarement joués, ce que prouveront à la fois l’utilisation inhabituellement soutenue du prompteur et le regard paniqué de Colin Greenwood scrutant le moindre geste de George Vjestica pour tenter de se repérer dans les titres qui, chanceux que nous sommes, sont deux splendides ballades, la mélancolique « Nobody’s Baby Now » et la lugubre « Stranger than Kindness » qui aura bouleversé les plus vieux fans présents ce soir-là. Dès lors, « Into My Arms », habituelle conclusion jouée solo, ne sera qu’une ultime étreinte pour nous signifier que cette fois ci les lumières se rallumeront définitivement.

 

2h30 de concert, on ne va pas s’en plaindre, mais du coup il est assez tard et il va m’être impossible de discuter comme je le voudrais avec les nombreuses personnes que je connais dans le public. A commencer par mes chers La Buze et Daniel, rejoins exceptionnellement par un JP légèrement agoraphobe qui s’était tenu éloigné de la fosse jusqu’alors. Songez que la première rencontre des 4 Fantastiques pour un concert d’Emily Jane White au Sirius était demeurée unique jusqu’à ce moment, 18 ans plus tard ! Nous avons donc beaucoup à nous dire d’autant que JP est encore plus bavard que Daniel, mais je dois couper court à regret car Marie que je dois ramener à Lyon s’inquiète de ma position. C’est au moment où je me mets en quête de la rejoindre que je suis hélé par un autre groupe de potes entraperçus auparavant dans la fosse. J’aurais aimé demander à Christophe quelle place prenait ce concert parmi les 10 du Cave auquel il a assisté, à Valérie si elle avait bien suivi les consignes et tapé dans ses mains malgré son éventail, à leur Malouine de fille si elle avait conscience d’avoir les parentes les plus cools du multivers mais je bavarde, je bavarde et Bastien attend depuis une demi-heure que je le rejoigne à l’entrée. C’est donc en trio avec Marie que nous prendrons la route après l’inévitable cohue pour sortir du parking, mais en bonne compagnie le temps passe vite. Malgré l’heure très tardive et la certitude d’être défoncé à l’importante réunion que mon chef a eu l’outrecuidance de convoquer aux aurores le lendemain, je me couche avec le bonheur d’avoir passé un excellent concert qui aura fait l’unanimité auprès de toutes les personnes interrogées. Nul n’avait bien sûr douté du Grand Cave !

 

 

(1) Avec son costume noir il ressemble plus que jamais à un croque-mort et peut se prévaloir d’une sacrée bonne tête de Bad Seeds

 

(2) Bouleversant malgré la partie de barbichette mentale qui se joue tout au long du titre entre les deux musiciens surjouant leur personnage respectif et qui aboutira par la victoire in extremis de Janet sur un Nick explosant de rire à l’avant dernière mesure

 

(3) Et pour cause il est issu de Ghosteen, que je n’ai quasi jamais écouté tant il est peu engageant

 

 

Setlist : Get Ready for Love - From Her to Eternity - Train Long-Suffering - Wild God - O Children - Tupelo - Carnage - Joy - Rings of Saturn - Bright Horses - Henry Lee - The Mercy Seat - Papa Won't Leave You, Henry - Red Right Hand - The Weeping Song - Jubilee Street – Hollywood // City of Refuge - Nobody's Baby Now - Stranger Than Kindness - Into My Arms

 

 

Nick CAVE and the BAD SEEDS - "From Her to Eternity" Live Vienne 15 07 2026

 

Nick CAVE and the BAD SEEDS - "Jubilee Street" Live Vienne 15 07 2026

 

Nick CAVE and the BAD SEEDS - "Stranger Than Kindness" Live Vienne 15 07 2026

 

 

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16 juillet 2026

WET LEG - Lundi 13 Juillet 2026 - Théâtre Antique - LYON

Rhian Teasdale dans la brume

 

Wet Leg c’est le duo féminin branchouille et bien marketé qui a sorti le tube « Chaise Longue » il y a 5 ans. Pas mal de gens en sont restés à cette sommaire mais entendable définition, beaucoup se seront régalés d’un premier album accrocheur, d’autres dont je suis, loin de le trouver dispensable, auront adoré un deuxième disque inspiré et plus éclectique et enfin certains seront devenus des acharnés maitrisant tout des codes et des paroles du groupe. C’est tout ce monde-là, du plus sceptique au plus fan, qui se retrouvait en ce mardi soir dans un Théâtre Antique au public aussi hétérogène que sympathique. On croise dans la fosse Nico, qu’en grand physionomiste je ne reconnais pas alors que je l’avais il y a quelques années conduit au festival Levitation où nous avions découverts entre autres les punkettes complètement dingues de Lambrini Girls. On discute groupes du moment, se mettant d’accord sur le très bon premier album de Station Model Violence, avant de plaisanter avec des spectatrices encombrées de pintes de bières menaçant de me baptiser si les copains attendus ne repèrent pas leur position, tout en jetant un œil au fiston Malo et sa pote venus en mode découverte grâce à des places offertes en bonus d’un stage de seconde aussi cool qu’instructif. Elisa n’est pas bien grande et nous nous avançons plus au centre d’une fosse joviale pour qu’elle puisse mieux observer la showoman Rhian Teasdale, son mini short à plumes et sa guitare transparente, mais ce ne sera pas chose aisée tant la scène est noyée de fumigènes, seul indéniable défaut d’un concert par ailleurs très similaire à celui auquel j’avais assisté l’année dernière.

 

Wet Leg

 

Même fun général, même vagues d’intensité et sommets – les frissons sur « Too Late Now », la bonne baffe sur l’enchainement « 11:21 » « Pillow Talk », le flamboyant final sur les tubes des deux albums etc… - même interprétation sans autre apport live qu’une intensité plus appuyée, même Hester Chambers planquée dans la fumée ou derrière sa copine en raison d’une phobie sociale qui laisse planer le doute sur sa participation aux futures tournées, même « mangetout » conclusif sans rappel. De quoi passer un très bon moment donc, et je n’en attendais pas plus, sachant très bien que ce concert ne serait guère indispensable après celui du Transbordeur, d’autant plus en l’absence de nouveau matériel. En fait, j’avais pris ma place uniquement parce que les Lambrini Girls étaient annoncées en première partie, attendant un spectacle plus audible qu’au Levitation - l’album Who Let the Dogs Out sorti après ayant rassuré quant à leurs capacités musicales - mais non moins ravageur. Las, le quatuor anglais annulait sa venue pour une raison inconnue et l’organisation des Nuits de Fourvière remplaçait en catimini (1) sur l’affiche leur nom par celui de Los Bitchos. Double peine que de ne pas se prendre dans la gueule le punk des Rrriotts Lambrini Girls et devoir supporter en lieu et place le surf cumbia psyche rock instrumental de ces Londoniennes fort douées sur leurs instruments respectifs (en plus de souscrire à la tradition de la bassiste canon) mais dont la prestation plus adaptée en fond musical de cocktail dinatoire chicos que sur une grande scène de festival lasse au bout de trois morceaux. Un constat assez partagé à la sortie par les nombreux potes ayant fait le déplacement, là où la prestation des Wet Leg recueillera des avis bien plus variés. Mes deux ados auront pour leur part beaucoup aimé, et c’est bien là le principal…

 

Los Bitchos

 

(1)  Assez scandaleux d’ailleurs cette absence d’annonce officielle, n’eut été l’info donné par mon infiltré de fiston j’aurais appris le truc le soir même. Une dissimulation sans doute motivée par la conscience qu’une bonne partie du public de cette soirée, l’une des rares du festival à ne pas avoir fait le plein, venait pour le groupe de Brighton qui avait déjà annulé au dernier moment une date complète 8 mois à l’avance fin 2025 à l’Epicerie Moderne…

 

 

Setlist : catch these fists - Oh No - Wet Dream - Supermarket - liquidize - jennifer's body - Being in Love - pond song - Ur Mum - Too Late Now - davina mccall - 11:21 - pillow talk - u and me at home - Angelica - Chaise Longue - CPR - mangetout

 

 

WET LEG - "Being in Love" Live Nuits de Fourvière 13 07 2026

 

LOS BITCHOS - "?" Live Cactus Festival 2026

 

5 juillet 2026

BEIRUT - Jeudi 02 Juillet 2026 - Théâtre Antique - VIENNE

 

Mélaine a découvert Beirut récemment, lorsque le morceau « Nantes » a été diffusé sur France Inter, et voyant que le groupe passait à Vienne elle a écouté quelques albums et décidé de prendre deux places pour leur venue au Théatre Antique. De mon côté j’ai juste dû jeter une oreille au Gulag Orkestar prêté obligeamment en son temps par mon fan de pote Julien et croisé le groupe sur quelques compilations et à Rock en Seine 2010 où je les avais écouté de loin. Mais la perspective d’une sympathique soirée avec ma chérie dans un joli lieu au son d’une musique agréable à défaut d’être renversante me tentait vraiment, notamment parce que cette période où nous travaillons encore mais où nous sommes le soir venu libérés de nos obligations parentales est aussi courte que rare et qu’il convient d’en profiter comme il se doit.

 

C’est donc particulièrement détendus que nous prenions le train spécialement affrété vers la gare de Vienne, située idéalement à une quinzaine de minutes de marche du Théâtre Antique. Nous sommes sacrément en avance et pourtant les gradins inférieurs sont déjà bien occupés, nous nous posons dans la tranche du milieu, où nous aurons une belle vue sur la scène. Un aller-retour à l’unique stand de bouffe et au bar me laisse assez admiratif de l’efficacité de l’organisation, l’attente aura été minime vu l’affluence. L’occasion de soulever le constat commun d’une supériorité de Jazz à Vienne en comparaison des Nuits de Fourvière : organisation donc, mais aussi beauté des lieux, son, public et ambiance générale, tout nous a semblé mieux. L’éblouissant soleil est sur le point de passer derrière la scène pour notre plus grand confort lorsque la première partie s’installe tranquillement.

 

 

Vincent Peirani

 

Il s’agit de Vincent Peirani et lorsque je vous aurais dit que c’est un accordéoniste qui fait du jazz, secondé de surcroit par un saxophoniste, vous comprendrez que je ne pars pas confiant sur l’heure musicale qui s’annonce. Le quintet, complété par un batteur, un bassiste et un pianiste, attaque effectivement par un machin langoureux de la pire espèce, mais les extraits qui suivent ne sont pas déplaisants, fort bien accompagné comme je le suis, une bière à la main en cette belle soirée d’été où le brin d’air ambiant nous épargne l’estouffade de ces derniers jours. Je passe beaucoup de temps à observer le batteur et sa technique évidemment redoutable, notamment le jeu de cymbales qui fait toute la spécificité du jazz, ainsi que son utilisation de deux caisses claires encadrant le charley. Comme je l’ai dit le son est excellent ce qui permet de saisir toutes les nuances, et le rythme assez soutenu m’évite l’ennui. Chacun y va de son solo, et le saxo en mode free jazz ne me dérange pas trop, bizarrement l’accordéon est peut être l’instrument le moins mis en avant mais je comprends que Vincent Peirani est surtout le compositeur de tous les morceaux ce qui lui vaut ce titre de leader. Il annonce d’ailleurs une suite en trois mouvements d’une quarantaine de minutes au sujet du temps qui passe (composée pendant la période covid), et là on retombe dans un jazz vraiment barbant, je file prendre une autre bière. Finalement les spectateurs réclament un rappel, on craint le pire mais un medley de trois titres pop (sic) revisités est annoncé, le premier étant immédiatement reconnaissable et faisant grand bruit dans le public. Je me demande comment Vincent Peirani prend le fait de s’être emmerdé à passer des mois à plancher sur des pièces ultra savantes pour que le moment le plus acclamé de son concert soit le riff de basse de « Under Pressure » mais bon, moi je trouve ça sympa et je joue au blind test pour détecter dans la fusion jazzy « Glory Box » et un Beatles que j’ai sur le bout de la langue (arf, c’était « I Want you » bien sûr !).

 

Beirut

 

Il doit déjà être 23h quand les six musiciens de Beirut montent enfin sur scène, conduits par le leader Zach Condon qui se place bien au centre. Jouant tour à tour du ukulele, de la trompette allemande (1) ou des claviers, c’est surtout son chant merveilleux qui est le principal atout du groupe. Il est encadré par un trompettiste et un tromboniste qui assurent aussi de très belles secondes voix, alors que derrière on trouve la paire rythmique et un claviériste/accordéoniste. De quoi enchainer les jolies chansons avec un accent plutôt mélancolique, et des mélodies de cuivres qui ne peuvent qu’évoquer Calexico, rare groupe que nous ayons en commun avec Mélaine. Usant souvent de mid tempo ternaire, avec un aspect fanfare renforcé par le jeu du batteur quasi exclusivement sur caisse claire, Beirut reste dans un registre un peu trop homogène à mon gout, et une fois la découverte passée commence au fil de la setlist à m’ennuyer légèrement. Quelques titres sortent du lot, comme ce « No no no » très dansant ou « Santa Fe » qui use cette fois d’un rythme plus rock, mais c’est l’instrumental « Cocek » qui va relancer mon intérêt avec des accents folkloriques Balkans qu’on n’avait jusqu’à présent qu’entraperçus.  Il est suivi par « Nantes » qui semble être le véritable tube de Beirut vu la réaction du public, c’est effectivement un excellent titre sur lequel le groupe a choisis de conclure son set. S’en suivront deux rappels avec une ballade et deux morceaux là encore assez orientés Balkans - ils sont issus du premier album – concluant de belle manière un concert assez court. Suffisant pour moi mais les vrais amateurs ont dû être un peu frustrés, surtout quand on voit le plein tarif des places… Pour moi et Mélaine la soirée romantique est loin d’être terminée, et même si le lendemain au boulot ca piquait un peu c’était vraiment cool d’en profiter jusqu’à la dernière goutte.

 

(1) Mélaine a regardé dans le train du retour ce que pouvait être cette trompette qui se joue sur le côté et non sur le dessus, et c’est effectivement un instrument spécial doté de palettes comme un cor et non des pistons habituels.

 

 

Setlist : Gallipoli - So Many Plans - No No No - Postcards From Italy - The Shrew - Guericke’s Unicorn - Elephant Gun - The Rip Tide - Fisher Island Sound - Santa Fe - A Sunday Smile - Cocek - Nantes // Villa Sacchetti - Mount Wroclai (Idle Days) // The Gulag Orkestar

 

PS : pour les intéressés le concert a été enregistré pour diffusion sur France Inter

 

 

BEIRUT - "Cocek" + "Nantes" Live Paris Salle Pleyel 30 juin 2026

 

Vincent PEIRANI - "Bremain Suite" Live

 

 

 

 

28 juin 2026

HELLO DARKNESS + the MOOD's TRIP + JACQUELINE - Dimanche 21 Juin 2026 - La Péniche de J+P - LYON

 

Seb prend en main l'installation acrobatiquement

 

La Fête de la Musique est loin d’être un passage obligé pour Hello Darkness, avec 4 participations en plus de 15 ans d’existence. La dernière fois c’était il y a deux ans, à l’instigation de Seb qui nous avait déniché un spot sur la grande scène de Jonage. Et c’est encore lui qui proposait cette année une autre formule originale, à savoir un co-plateau sur la péniche d’un de ses potes. La fin juin est en général une période très chargée pour les parents, sans compter le besoin de vacances qui se fait sentir, aussi la bonne tenue de cet évènement pour le fun, a fortiori en période de canicule, n’allait pas de soi, mais Seb organisa l’ensemble de la soirée avec une telle motivation qu’il brisait les dernières réticences. Le plan était le suivant : trois groupes se succèderaient sur une scène improvisée sur le ponton de la péniche pour des sets d’environ une heure, les invités des propriétaires Jérémie et Pauline ainsi que les proches des groupes s’installeraient à bord devant la scène tandis que les autres spectateurs ou éventuels badauds pourraient assister au concert depuis le quai de Saône. Pour la première fois depuis le début d’Hello Darkness je ne participe en rien aux phases de transport et d’installation, c’est reposant et permet de ne pas ajouter du stress à une période qui n’en compte que trop, mais cela implique que je vais devoir jouer sur une autre batterie que la mienne. Pas grave puisque l’enjeu est de surtout s’amuser, et puis c’est Mike des Mood’s Trip qui prête la sienne donc tout va bien se passer. Seb a en effet recontacté ses très sympathiques potes avec qui nous avions joué une fois à la Triperie (et aussi pour le dernier concert de Kraken) pour le co-plateau compété par le groupe Jacqueline qui sont des connaissances de Jérémie.

 

Jacqueline

 

 Je me pointe donc en milieu d’aprem sur la fameuse péniche amarrée dans le quartier Confluence, quasiment sous le pont de La Mulatière. C’est un endroit excentré, et le jardin qui nous fait face, composé d’arbres rachitiques et d’aménagements sportifs, est peu agréable, je comprends vite que vu la chaleur écrasante et le peu de communication qu’on a fait il n’y aura pas un clampin qui passera sur le quai. A bord en revanche l’ambiance est conviviale et un brin survoltée, je retrouve Seb et Julien qui fignolent les derniers préparatifs (un enregistrement live et des captations via caméras go-pro sont prévus), fait connaissance avec les autres musiciens et visite la péniche familiale qui est rudement bien aménagée. En plus on a open frigo avec boissons fraiches à volonté, c’est vraiment super cool. Les impératifs de chacun ont dessiné un planning de passage et un déroulé de soirée qui nous oblige à balancer sans Damien, retenu avec ses gamins, mais cela ne nous pose pas vraiment de souci, j’ai le loisir de tester la batterie et mis à part des toms plus petits que ceux habituels qui me feront taper quelques coups dans le vide je suis correctement installé sous mon parasol PMU. On patiente encore un moment en discutant tranquillement pour attendre quelques spectateurs supplémentaires puis Jacqueline lance les hostilités à 17h30. Le quatuor propose un solide rock psychédélique qui évoque instantanément King Gizzard (et un peu Gong), avec des morceaux à rallonge bien techniques découpés en savantes tranches dont beaucoup sont instrumentales. Aux avants postes Igor, trublion chanteur guitariste, dont le chant est noyé d’effets caractéristiques du style musical, derrière lui Léo assure de sa Fender les nuances et les solos, le gaucher batteur Malo en configuration plus minimaliste que la mienne (et surtout que Mike !) alterne jeu métronomique et fulgurances complexes tandis que Tony assure avec sa basse une solide structure aux morceaux grâce à une technique impressionnante (c’est le seul pro du soir, et ça s’entend). Un concert hyper plaisant et carré qui aurait mérité un peu plus de public mais, en grand amateur des King Gizzard, je serais vraiment heureux de recroiser les Jacqueline sur scène.

 

the Mood's Trip

 

Après un changement de plateau où Mike remonte sa cathédrale avec la bonne humeur qui le caractérise, nous retrouvons the Mood’s Trip pour le deuxième set de la soirée, alors que les deux frigos installés sur le pont continuent à rafraichir les amis qui se pointent régulièrement. Nous retrouvons avec plaisir la musique dynamique du quatuor, Raphael et son chant aigu tranquillement assuré soutenu à la guitare et aux vocaux par Seb dans une complémentarité typique des formations 90’s, le discret et précis Nico à la basse et le jeu très dense et varié de Mike, qui use même (avec parcimonie) d’une double pédale. Le set est aussi varié que dans mon souvenir, avec des touches de funk, de hard rock, des passages plus mélodiques et un gros penchant pour le rock alternatif. Je reconnais même quelques chansons et à l’unisson avec un public convaincu réclame un rappel qui prendra la forme de leur fameuse reprise du « Here comes the rain again » de Eurythmics, bonne occasion de faire participer les gens à quelques chœurs endiablés sur les refrains.

 

Hello Darkness

 

Il est environ 19h quand nous nous plaçons à notre tour sur la scène,  le soleil est ras et tape donc plus directement sur le siège de batterie placé tout à tribord de péniche, hors du champ d’ombre de la toile qui abrite la scène, autant dire que je me prépare à un beau concours d’écrevisse avec Mike qui est sorti écarlate de son concert. Nous faisons une mini balance pour Damien qui est monté à bord depuis un moment afin qu’il trouve un minimum ses marques, même s’il doit lui aussi composer avec un matériel emprunté, et attaquons notre set par nos morceaux les plus tranquilles avant d’accélérer progressivement le tempo. Même si je suis en position centrale et proche de mes potes, tous les amplis sont logiquement dirigés vers le public et, ne disposant pas de retours, je n’entends que très faiblement ce qui est joué. Difficile donc de juger de la prestation générale, en tout cas tout se passe bien de mon côté et ça a l’air de bien rouler pour les autres, à quelques paroles de chansons zappées près. Puisque mon prédécesseur officiait aussi aux chœurs me voilà doté d’un micro pour beugler quelques phrases sur « Forever Uncertain » où  nous finissons miraculeusement à l’unisson, avant l’enchainement « Year of the Dog » / « Stella Song » cette fois bien placé qui enchante la jeunesse au premier rang. En joli cadeau de fête des pères, toute ma famille est venue encourager Hello Darkness : Héloïse a débarqué avec une belle bande de copains bien motivés, Malo est à fond, Soline est quelque part avec une copine qu’elle s’est trouvée (la fille de Raph il me semble) et Mélaine a bravé sa fatigue pour écouter une énième fois nos chansons. L’occasion d’ailleurs d’apprendre par ses soins que notre son en façade était bien meilleur que dans les bars où on joue habituellement, notamment au niveau du chant qui est souvent le point faible de notre réglage et qui cette fois était bien audible. Dans l’emballement général nous jouons nos deux morceaux les plus punks (« Bubble » et « Steam Roller ») à un tempo aussi infernal que la température extérieure, moment explosif pour moi qui du coup brouillonne un peu mes roulements. Pas très carré mais l’esprit est là, quant à la suite du concert elle se déroulera très bien, on s’amuse beaucoup notamment Seb et Julien qui travaillent leur jeu de scène. Un excellent moment que nous prolongeons jusqu’à la dernière goutte de sueur, n’ayant pas de contrainte horaire, avec 19 chansons au compteur.

 

Sur la Péniche...

 

Etant assez nombreux le démontage est une formalité, certains rentrent assez vite là où d’autres (dont je fais partie) discutent et profitent de l’hospitalité de Jérémie et Pauline que nous remercions grandement pour cette sympathique initiative et cette organisation sans prise de tête. La soirée se prolonge avec un DJ Set pour la bande d’amis de nos hôtes qui si j’en juge par les différents retours que nous avons eu a beaucoup apprécié l’ensemble des concerts. Sans fausse modestie je trouve que la musique proposée était de qualité en regard de ce qu’on peut entendre à une fête de la musique, Hello Darkness a heureusement tenu le rang (1) ce qui n’était pas évident avec les démonstrations de Jacqueline puis des Mood’s Trip, d’ailleurs nous commençons déjà à évoquer un deuxième épisode l’année prochaine, avec pourquoi pas une communication plus large. En attendant pour Hello Darkness ça va être les vacances, et une rentrée agitée entre la perspective d’un nouvel enregistrement et la menace de la fermeture de notre salle de répète.

 

 

(1) Malheureusement le son était beaucoup trop fort pour les go pros qui ont saturé tout du long, donc pas d’enregistrement pour en témoigner…

 

 

Setlist : 44 Hours – Wolf - Burn Out - Nothing's Burried Forever - Minor Fall, Major Lift – Prisoner - Forever Uncertain - Year of the Dog - Stella Song - the Reed – Bubble - Steam Roller - Where i Fall - Silent Spring - Rage Room – Slowride - One Fan Band – Inherent - the Beat

 

24 juin 2026

FOO FIGHTERS - 19 Juin 2026 - La Defense Arena - PARIS

 

De mes 3 enfants Malo est le seul (pour l’instant) à avoir accroché au rock, cette musique du siècle dernier, bien aidé en cela par un talent naturel pour la batterie dès son plus jeune âge, qui l’amena au fil des années à travailler de nombreux morceaux proposés par ses différents professeurs. Parmi eux « Everlong », dont son interprétation bluffa l’ensemble des personnes y ayant assisté, qui l’amena à s’intéresser à un groupe dont son père était loin d’être un spécialiste (cf l’épisode #03 de La Favorite sur ce blog). Persuadé dès lors que les Foo Fighters figuraient sur le podium de Malo (1), je saisissais l’occasion d’une tournée mondiale passant par Paris pour lui offrir un billet pour Noel, bien content aussi de l’accompagner pour ce bon moment, n’ayant jamais eu l’occasion de voir le groupe sur scène. Le trajet du vendredi est assez stressant, j’ai pris mon après-midi mais Malo doit quitter prématurément son stage de seconde (aux Nuits de Fourvière) et me rejoindre en transport à la gare, nous devons ensuite récupérer les clés de notre logement à Paris, y poser nos sacs et filer en métro à la Defense Arena sachant que le billet indique une ouverture à 18h. Finalement tout se déroule comme sur des roulettes et nous devons franchir les portes de l’immense salle peu après 18h30. A notre grand étonnement il ne semble pas y avoir de distinction entre la fosse or et la fosse normale mis à part une barrière centrale que l’on peut contourner sans contrôles, nous nous plaçons donc devant celle-ci, à un endroit offrant une belle visibilité sur la scène mais très peu dense, nous permettant de nous asseoir pour attendre le premier groupe de la soirée, Otoboke Beaver.

 

Tout l’enjeu de ne pas arriver trop tardivement était en effet pour moi d’assister au set de ce rrriot girl japonais complètement frapadingue qui promettait une bonne demi-heure déjantée, en tout cas j’étais fort curieux et impatient. Mais au moment où les lumières s’éteignent c’est à notre étonnement le quatuor Irlandais Inhaler qui apparait sur la scène. J’avais jeté une oreille sur leur dernier disque avant de venir et si parfois je m’interroge sur la pertinence de mon jugement (suis-je ringard, ai-je loupé l’innovation musicale, suis-je passé à côté d’un fond brillant etc… ?) au moins avec Inhaler les choses sont claires : c’est vraiment de la merde. Une pop mollassonne et poseuse sans l’ombre d’un relief qui n’acquiert aucune substance supplémentaire en live, si ce n’est que j’ai trouvé une des chansons pas mal et que le leader est presque aussi beau que celui de A-Ha. C’est à croire que les Foo Fighters ont choisi ce groupe pour les précéder comme faire-valoir, leurs compos les plus mainstream semblant du virulent hardcore en rapport. Après avoir pensé que les deux premières parties avaient été inversées, nous comprenons vu l’horaire lorsqu’Inhaler termine son concert que celui des Otoboke Beaver a en fait déjà eu lieu : dommage mais il nous était de toutes manières physiquement impossible d’être à 18h pile dans une fosse qui devait d’ailleurs ne pas être bien garnie.

 

 

C’est à 20h30 précises que Dave Grohl arrive sur scène avec une patate qui ne le quittera pas de la soirée, suivi par les 5 autres membres du groupe qui attaquent après un bon moment d’harangue bruyante à la foule le très rock « All my Life », extrait du 4eme album, à priori un vrai tube tant le refrain est repris en cœur par une majorité des spectateurs. Nous étions d’ailleurs entourés de véritables fans qui ont dansé et chanté quasiment tout du long, ce qui était très sympa vu que nous n’étions pas du tout compressés à l’inverse des personnes contre la barrière juste derrière nous. Nous avons droit d’emblée à une astuce que les Foo Fighters reproduiront à de multiples reprises : la fausse fin de chanson avec une longue pause avant un redémarrage brutal pour un dernier refrain enflammant le public, quitte parfois à enchainer celui-ci directement avec la chanson qui suit. Dave Grohl est un immense showman qui se déplace sur les travées latérales de la scène pour quelques parties de guitare destinées au public tout à droite ou à gauche, fait chanter le public en mode « Jean-Michel à vous ! », organise des concours de beuglement, mime des discussions avec le public et explique de temps en temps le contexte de certains titres en titillant la fibre nostalgique des gens, le tout sans trop en faire et en gardant un smile à toute épreuve. Difficile de lui contester le statut de star du rock la plus cool du monde, et de ne pas y voir une des principales raisons du succès constant des Foo Fighters depuis 31 ans. Cela ne nous rajeunit pas, mais comme nous l’explique Dave c’est la durée jour pour jour qui nous sépare de la sortie française du premier single « This is a call » (2) interprété pour mon plus grand plaisir à la fin de la première séquence du concert.

 

Comme à mon habitude, j’ai pris soin de ne pas consulter la setlist de la tournée mais je ne me fais pas trop d’illusions : je m’attends à un best of agrémenté d’une poignée d’extraits du dernier album Your Favorite Toy. Le concert sera bien plus que cela, et Dave Grohl me détrompera assez vite en annonçant à un public radieux et à votre serviteur stupéfait un show de 3 heures, mais le premier tiers est effectivement une succession de titres assez attendus, avec ses hauts et ses moins hauts. Au rayon grand frisson « Times like These » fait son effet mais pas autant que mon favori « My Hero », magnifique cartouche grillée presque trop tôt sur laquelle je beugle, très ému, d’autant que le public est invité à une séance karaoké géante pour prolonger l’interprétation de refrains supplémentaires. Autre bon moment de la séquence, la power ballade « These Days » qui prend une belle ampleur entouré d’une foule de fans accompagnant un Dave Grohl décidément impeccable dans ces vocaux pas évidents. « No Son of Mine », sorte de hard rock inspiré par Motorhead qu’ils citent même en y intégrant quelques mesures de « Ace of Spades », donne lieu à une bataille de solos de guitare tandis que quelques techniciens montent à la vitesse de l’éclair un mini plateau avec batterie, claviers et spots lumineux sur la partie de la scène qui s’avance au centre de la première fosse.

 

Manimal

 

Première vraie surprise de la soirée, un set semi-acoustique est donc prévu en plein milieu du public. Entamé avec l’anecdotique « Wheels », celui-ci se poursuit avec l’une des plus vieilles compos de Dave Grohl, « Marigold », enregistré à l’époque de Nirvana et figurant en face B du single « Heart-Shaped Box ». Annonçant un titre rarement joué j’envisage une reprise desdits Nirvana mais il s’agit du marrant « For all the Cows » issu du premier album. L’interprétation en est d’ailleurs un peu hésitante, mais je ne peux m’empêcher de penser que le groupe, tout serré sur ce bout de scène, s’offre un retour aux sources, d’avant le gigantisme des tournées et la maitrise technique insolente. Ils semblent en tout cas s’amuser follement ce qui évidemment participe à la réussite du concert. Après le prévisible « Big Me » Dave Grohl reste seul sur scène pour un émouvant « Under You » qui clôture cette inattendue séquence. Le moins mauvais titre de Concrete and Gold et le premier extrait (enfin !) du dernier album relancent la machine, avant une nouvelle surprise concoctée par le groupe.

 

Pour présenter chaque musicien, ils ont eu l’idée de faire une reprise du groupe auquel chaque membre appartenait avant de rejoindre les Foo Fighters, chaque titre étant accompagné d’images d'époque dudit groupe projetées en fond de scène. Cela commence par le guitariste Chris Shiflett qui chante « Invincible », reprise de No Use for a Name, excellent titre hardcore qui sera d’ailleurs le meilleur du lot - je note de m’intéresser à ce groupe que je connaissais de nom (ha ha) sans jamais, honte sur moi,  en avoir écouté le moindre disque. En revanche je connais très bien Sunny Day Real Estate, ancien groupe du bassiste Nate Mendel, qui nous gratifie d’une belle reprise de « Seven ». Il assure relativement bien les vocaux malgré leurs difficulté (le chanteur original Jeremy Enigk a une voix très aigue) même s’il est heureusement soutenu par Dave Grohl pour le refrain. Suit une reprise beaucoup plus pop et complètement décalée avec l’esprit de la soirée, mais toutefois bien fun, celle de « One Headlight » de the Wallflowers, premier groupe du claviériste Rami Jaffee. Puis sans transition c’est l’attendu reprise du groupe culte Germs fondé par Pat Smear, aujourd’hui troisième guitariste des Foo, un « Manimal » assez brouillon mais punk à mort. Quant à l’excellent batteur Ilan Rubin, il est le leader d’un groupe nommé the New Regime et nous offre une version instrumentale survoltée du rock n’roll « Tap dancing in a Minefield » montrant qu’il maitrise aussi bien la guitare que la batterie. Pendant ce temps, c’est bien sur Dave Grohl qui l’a remplacé derrière les futs avec la maitrise qu’on lui connait, Malo est ravi de voir une de ses idoles jouer de manière assez imprévisible. On s’attendait logiquement à une reprise de Nirvana dans cette configuration, mais la séquence souvenirs s’arrêtera là. Certains ont entendu le riff de batterie de « Smells like Teen Spirit » dans ce « Tap dancing in a Minefield », ce qui expliquerait les quelques photos du jeune Dave intercalée dans les images de the New Regime, mais il faudrait convoquer la VAR et franchement on s’en fout un peu : j’ai trouvé cette idée mettant à l’honneur les musiciens vraiment excellente, elle a apporté de la fraicheur et de la variété au concert en plus d’être très certainement inédite à cette tournée 2026.

 

Aurora

 

Il est maintenant temps d’aborder la dernière ligne droite du concert, et les Foo Fighters ont évidemment gardé un enchainement redoutable en magasin, commençant par le fabuleux « Monkey Wrench » qui nous remet tout de suite dans le bain, Malo est en folie d’autant plus que le morceau s’achève par un phénoménal solo de batterie d’Ilan Rubin. « Breakout » enfonce le clou avant un magnifique « Aurora », power ballade dédiée à Taylor Hawkins bénéficiant d’un jeu de lumières reproduisant des aurores boréales particulièrement réussi. Des frissons parcourent la fosse et les gradins au fil d’une intensification qui semble ne jamais se finir. Enfin le set s’achève par le dynamique et très bon premier single de Your Favorite Toy puis « Best of you » dont je comprends qu’il est tout simplement le titre le plus connu, le plus attendu et donc le plus chanté par le public du groupe.

 

photo Coline Lefevre

 

A ce moment-là cela fait 2h45 que le concert a commencé et on ne serait pas du tout contre un rab, que nous offrent bien sur des Foo Fighters toujours à fond. Avec « the Teacher », premier titre du rappel, on touche vraiment à la partie que j’aime le moins chez le groupe, une tentative de prog rock qui leur sied mal et qui dure, comme le veux ce maudit style, des plombes (Dave Grohl joue alors sur une guitare double manche, what else...). Heureusement la chanson qui suit est une de mes préférées, « Exhausted », dont l’inattendue présence sans la setlist m’arrache presque des larmes. Et puis retenti l’inévitable « Everlong » de conclusion, qui offre un dernier moment de communion père-fils intense en même temps qu’une ultime démonstration  de tout le talent du quintet.  C’est peu dire que ce show a dépassé mes attentes (3) et complètement comblé celles de Malo : le Père Noel du rock a débarqué avec des cadeaux plein sa guitare et ne s’est clairement pas foutu de sa gueule.

 

 

(1) J’apprendrais par la suite que son trio de tête est Guns N’Roses, System of a Down et Linkin Park…

 

(2) A ma grande surprise, cela a semblé être l’un des singles les moins connus de ceux interprétés ce soir…

 

(3) Au jeu de la setlist parfaite il y aurait évidemment des choses à redire, mais en restant raisonnable il m’aura manqué un petit « Weenie Beenie » et surtout un peu plus d’extraits de Your Favorite Toy, grand perdant de la soirée à mon sens : « Spit Shine », « Amen Caveman » voire « Child Actor » auraient judicieusement pu être saupoudrés dans la setlist.

 

 

Setlist : All My Life - The Pretender - Times Like These - Rope - Stacked Actors - My Hero - Learn to Fly - These Days - Walk - This Is a Call - No Son of Mine - Wheels - Marigold - For All the Cows  - Big Me - Under You - La Dee Da - Your Favorite Toy - Invincible + Seven + One Headlight + Manimal + Tap Dancing in a Minefield - Monkey Wrench - Breakout - Aurora - Caught in the Echo - Best of You // The Teacher - Exhausted - Everlong

 

 

FOO FIGHTERS - "Monkey Wrench" Live Paris 19/06/2026

 

FOO FIGHTERS - "Big Me" Live Paris 19/06/2026

 

 

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13 juin 2026

MASSIVE ATTACK - Jeudi 11 Juin 2026 - Théâtre Antique de Fourvière - LYON

 

Certes j’avais déjà vu Massive Attack 5 fois, mais la dernière remontait à 15 ans en arrière. N’ayant cette année pas fait mon traditionnel festival de printemps, et ayant l’opportunité d’avoir un tarif réduit permettant de faire passer le prix de la place de scandaleux à très cher, je me décidais à aller voir s’il y avait quelque changement dans le show du groupe quand bien même il n’a sorti aucun nouvel album depuis 2010. Les Nuits de Fourvière ont réservé aux britanniques deux soirées ayant affiché complet assez rapidement, me voilà donc remontant en ce jeudi soir une file d’attente impressionnante alors que j’ai plus d’une heure d’avance sur l’horaire indiqué (début 21h30, pas de première partie). Heureusement la gestion de l’entrée est efficace, et même après un détour aux toilettes et au bar c’est dans une fosse quasi vide que je débarque, enchanté de retrouver Bastien aux avants postes : il faut dire que le collègue est un grand fan mais que c’est la première fois qu’il va voir le groupe, il est donc arrivé avec 3 heures d’avance ! Précaution inutile donc sauf si on voulait s’asseoir dans les gradins, ce qui d’ailleurs aurait été une bonne idée avec le recul, le festival ayant toujours autant de mal à sonoriser correctement la fosse pour des groupes exigeants du point de vue de l’équilibre acoustique (souvenir cruel de la venue de Portishead en ces lieux en 2014). Mais cela m’aura permis de retrouver ces chers Christophe et Valérie qui débarquent peu après moi et me tombent dessus par hasard, permettant de passer le temps de manière très agréable en discutant avant l’arrivée du groupe sur scène.

 

 

Les premiers applaudissements retentissent à l’allumage du grand écran en fond qui va accueillir comme d’habitude la multitude d’informations et de visuels très politisés accompagnant les chansons du groupe, puis les musiciens débarquent, avec un ilot central pour les machines et claviers encadrés par le bassiste et le guitariste, à l’extrémité gauche une batterie électronique et à droite une batterie classique, sur le devant les 3 micros pour les différents chanteurs qui vont se succéder tout au long de la soirée. La mise en route est assez longue, avec beaucoup de claviers et une tonalité electro, avant que « Risingson » ne lance véritablement les hostilités. Autant le dire tout de suite, le concert va souffrir de beaucoup de défauts et je vais en sortir bien déçu. On a évoqué les problèmes de sons, sans doute dû pour beaucoup à notre position (notamment un volume trop timide, en particulier pour la guitare) mais c’est surtout la batterie acoustique en face de laquelle nous étions qui va me poser problème. Outre une sonorité pas géniale, le batteur jouait avec un petit décalage d’avance sur le temps ce qui m’a extrêmement dérangé, m’empêchant de rentrer dans la plupart des chansons. Aucun groove du coup (puisque le groove nait d’un micro décalage APRES le temps), ce qui pour Massive Attack est évidemment catastrophique (1). Autre problème, le chant d’Horace Andy qui autrefois envahissait l’espace de son vibrato magique et te foutais les poils en 3 secondes est aujourd’hui fort diminué. A 75 balais le vénérable rasta est toujours juste mais n’a tout simplement plus la puissance d’antan. Enfin à l’habituel hypnotisant défilé de statistiques politiques et de schémas rouges et blanc défilant sur écran géant en fond de scène est aujourd’hui ajouté quantité de videos tirées des réseaux ou de chaines d’informations, qui si elles restent pertinente sur le fond sont beaucoup trop envahissantes : on est continuellement sorti de la musique par des images de Trump ou de fusillades, sans compter les bizarres intermèdes musicaux electro pop qui émaillent le set. Pour le positif, restent la basse mythique du groupe et le chant toujours aussi pur d’Elizabeth Fraser, seule à avoir arraché quelques maigres frissons à votre serviteur au cours de ce concert.

 

 

Inutile de dire que dans ces conditions les très épurées « Teardrop » et « Song to the Siren » (superbe reprise de This Mortal Coil reprenant Tim Buckley) seront de loin les sommets de la setlist, même si « Inertia Creeps » et « Safe from Harm » toujours prolongée d’un long final bien rock restent d’excellents moments. La particularité des concerts de Massive Attack est de très souvent agrémenter une setlist constitué pour grosse partie d’une base immuable depuis des décennies avec des titres spécifiques à une tournée, des raretés parfois restées complètement inédites (la date des Nuits de Fourvière en 2008 avait d’ailleurs été particulièrement riche avec 5 titres rares que j’avais dans mon souvenir beaucoup appréciés). Pour ce xLive 2026 Tour, Robert Del Naja et ses acolytes interprètent joliment le mélancolique « Take It There », mais auront surtout mis l’accent sur des reprises qu’on suppose choisies pour leur impact politique plutôt que pour leur cohérence musicale. Si j’ai trouvé intéressante l’histoire derrière la naissance de la K Pop et l’hommage à travers la reprise de Seo Taiji and Boys, et assez fun celle de Ultravox, je trouve que mis à part donc « Song to the Siren » ces titres se mariaient mal avec les compositions du groupe, accentuant cet effet d’exclusion à la bulle musicale attendue. Les temps changent, et on pourra au moins reconnaitre à Massive Attack d’avoir en quelque sorte relifté leur show, mais de mon côté on ne m’y reprendra pas de sitôt. Au final mes compagnons de fosse auront eux bien apprécié le spectacle. Je croise aussi une bande d’amis d’Héloïse qui ont kiffé la soirée, l’une d’elle me disant même que c’est assez normal, Massive Attack ayant bercé leur enfance. Je n’ose lui demander par quel miracle c’est possible (est ce parce qu'elle est née l'année de la sortie d'Heligoland?), mais bon de toutes manières je n’y comprends plus rien aux gouts des jeunes en matière de rock aujourd’hui. Dans tous les cas, je semble avoir été le seul ronchon du soir, tant pis pour moi…

 

 

(1) Problème assez incompréhensible mais je n’ai pas rêvé puisque Bastien m’en a parlé avant même que je l’évoque lorsque nous avons fait un petit bilan au boulot le lendemain. Vraiment frustrant, puisque cette batterie rock est normalement un des gros plus des versions live des morceaux de Massive Attack.

 

 

 

MASSIVE ATTACK - Group Four / In My Mind (Live Copenhague 01 06 2026)

MASSIVE ATTACK - Song to the Siren (Live Copenhague 01 06 2026)

11 juin 2026

La Favorite #03 - FOO FIGHTERS

 

 

J'ai établi au fil de l'eau une petite liste de groupes ou d'artistes dont la discographie me semble intéressante à parcourir et pouvant donner lieu à un article, notamment dans cette rubrique de La Favorite. Autant le dire tout de suite, les Foo Fighters n'en faisaient pas partie: même si j'ai beaucoup aimé leurs débuts, cela fait belle lurette que je n'ai plus suivi leur actualité, présageant d'une œuvre plutôt déclinante et de toutes manières au mieux anecdotique. Mais il se trouve que mon fiston Malo m'a semblé bien accroché par le groupe, ce qui est assez compréhensible pour un batteur de son niveau qui s'est frotté avec succès à quelques reprises derrière les fûts, notamment "Everlong". Je lui offrait donc pour Noël une place de concert pour la tournée 2026 des Foo Fighters, et, l'accompagnant forcément, décidais de me mettre à niveau sur leur discographie, bien plus surprenante que je ne le pensais. De quoi finalement rédiger cet article une semaine avant un aller retour à Paris et sa Defense Arena.

 

Foo Fighters (1995)

 

Envisagé comme un projet personnel chatartique suite au suicide de Cobain, ce premier album de Foo Fighters  composé et enregistré entièrement en solo par Dave Grohl était trop bon pour rester confidentiel. Impressionnant sur l'ensemble des instruments (la batterie c'est pas une surprise, le chant un peu plus) Dave Grohl reprend une bonne part de l'esprit Nirvana (qu'on retrouve par exemple dans certains plans de guitare ou l'énergie générale) mais élargi le spectre avec des moments plus pop - chœurs, optimisme voir humour cf le bluesy "For all the Cows" - et d'autres très rock alternatif (le recrutement par la suite de la paire rythmique de Sunny Day Real Estate, pionniers de l'emo, n'est pas si improbable). Difficile d'avoir du recul sur un disque que je connais par cœur (je l'ai bien plus écouté que le Nevermind), je ne lui trouve encore aujourd'hui aucun déchet, les prétendants à La favorite se bousculant: la concision hardcore de "Wattershed" ?   L'imparable riff de "Alone + Easy Target", l'alternance mélodie/bourrinage de "Good Grief" ? L'émotion contenue d'"Exhausted", chanson dont l'admirable production nous fait ressentir corporellement la dépression de l'artiste ? Allez, aujourd'hui j'opte pour le punkoide "Weenie Beenie", on a peu de chance d'écouter un truc pareil dans les albums suivants...

 

the Colour and the Shape (1997)

 

Désormais vrai groupe, Foo Fighters reste sur la même lancée énergique mais arrondi les angles, accouchant d'un modèle du genre rock alternatif accessible. Jouant méthodiquement la formule des montagnes russes et des explosions dans la setlist ou au sein même des compositions, le groupe propose certes un album un peu moins constant que le précédent mais surtout une collection de tubes à faire pâlir de jalousie des concurrents plus établis. Parmi eux bataille serrée entre la mélodie de "My Hero" et l'accélération de "New Way Home", que je sélectionne in fine pour son final jouissif.

 

There Is Nothing Left to Lose (1999)

 

Réduits à un trio avec le nouveau batteur Taylor Hawkins, les Foo Fighters épuisés par l'enregistrement et la tournée précédente décident qu'il n'y a plus rien à perdre et expérimentent de nouveaux sons sans trop se prendre la tête sur la compo. Résultat, un album assez fade, surtout dans sa deuxième face bourrée de ballades. Bien que quelques fulgurances apparaissent parfois durant des titres qui, fait nouveau, avoisinent tous les 4 mn, bien peu séduisent suffisamment du début à la fin pour faire une Favorite convenable. Si "Aurora" figure parmi les réussites du Foo Fighters nouvelle formule, je lui préfère quand même la plus classique mais surtout plus efficace "Breakout".

 

One by One (2002)

 

Sans revenir au niveau de the Colour and the Shape, les Foo Fighters retrouvent sur One by One un peu de couleur et beaucoup de dynamisme par rapport à l'album précédent, dans la lignée d'un morceau d'ouverture plein de promesses. Le nouveau guitariste apporte quelques bons riffs et mélodies assez typiques du rock alternatif 00's. Quelques titres lourdingues subsistent mais dans l'ensemble les compos sont plaisantes voire enthousiasmantes sur certains refrains.

 

In Your Honor (2005)

 

A partir de ce 5eme album, c'est découverte totale pour moi sur la discographie des Foo Fighters. Et In Your Honor se révèle être une sacrée bonne surprise. Le double album avait de quoi faire peur, mais il est relativement concis (80 mn) et séparé en deux disques distincts, un électrique et l'autre acoustique.  Le premier marque une volonté de débauche d'énergie et de grosses guitares, avec une forte coloration emo. Dans ses meilleurs passages il retrouve l'efficacité de the Colour and the Shape ("No way Back") voire de manière aussi surprenante que jouissive la virulence du premier disque ("the Last Song"), Dans les moins bons il rappelle que Dave Grohl est aussi fan de Queen mais ca reste vraiment bien. Le disque acoustique me touche moins bien que les compositions soient de bonne facture, certaines étant même tout à fait excellentes dans le genre ("on the Mend"). Le dernier clou dans le cercueil du grunge est planté sur le feutré "Virginia Moon", featuring Norah Jones, mais dans l'ensemble le disque est plus plaisant qu'ennuyeux. Du coup j'aborde la suite avec un intéret renouvelé.

 

Echoes, Silence, Patience and Grace (2007)

 

Après un album tranchant net entre gros son et acoustique, les Foo Fighters font une synthèse sur Echoes, Silence, Patience and Grace (quel nom pourri), avec donc en spécialité la chanson qui commence tranquille en guitare folk pour mieux exploser à mi-chemin en rock saturé. C'est du haut niveau technique et c'est tout a fait ma came mais il faut bien reconnaitre que mis à part peut être le morceau "Cheer Up, Boys (Your Make Up Is Running)" un peu identifiable l'ensemble est assez impersonnel et l'on est bien en peine de distinguer ces compos de celle d'un autre bon groupe alternatif des 00's. 

 

Wasting Light (2011)

 

On pourrait être heureux que les Foo Fighters se soient débarrassés des ballades peu inspirées qui handicapaient certains de leurs albums (dont le précédent), mais la volonté de pure énergie live se transforme trop souvent sur Wasting Light en bourrinage un peu vain, laissant craindre que la mue en gros groupe de stade sans âme soit ici achevée. Restent quelques refrains pour espérer, quelques pistes plus lumineuses ("These Days", "Walk") et surtout l'un des meilleurs titres punkoide qu'ils aient écrits depuis longtemps, "White Limo".

 

Sonic Highways (2014)

 

8 villes des Etats Unis, une chanson enregistrée dans chaque ville avec une célébrité locale, des textes inspirés d'interview de quidams sur place, une pochette différente par ville, tel est le concept aussi original qu'enthousiasmant imaginé par Dave Grohl pour leur album Sonic Highways. Las, je ne suis certes pas un spécialiste mais bien malin qui identifiera les spécificités musicales de ces villes sur les pistes proposées. Où sont l'expérimentation New Yorkaise, la country de Nashville, le jazz de la Nouvelle Orléans et, comble suprême, en quoi la ballade "Subterranean" est elle représentative de Seattle, patrie du grunge , terreau initial des Foo Fighters? Au final un album homogène sans grand intérêt qui flirte avec le glam metal tendance Chicago ou Los Angeles (ne figurant même pas dans lesdites 8 villes!) avec quelques titres plus motivants, comme "Outside" cette fois bien colorée du rock californien ou l'explosif "The Feast And The Famine" que je sélectionne en favorite.

 

Concrete and Gold (2017)

 

Foo Fighters insiste sur son metal de stade tout en l'hybridant avec des éléments pop ou progressif. On croise ainsi des accents des Beatles, Pink Floyd ou Led Zep dans des gros riffs qui tachent enrobés de chœurs dégoulinants, on dirait du Muse sans la démonstration technique. J'imagine que c'est le concept: des petits bout d'or enchâssés dans des gros blocs de béton. En tout cas c'est très lourd à digérer.

 

Medicine at Midnight (2021)

 

Après le fiasco précédent et devant sa pochette hideuse, on ne peut pas dire que je m'engageais avec confiance dans ce Medicine at Midnight. Surprise, les Foo Fighters semblent avoir retrouvé le chemin de la concision, avec une grosse demi-heure au compteur et des durées de morceaux qui redeviennent plus acceptables, et surtout le sens de la mesure et de l'efficacité. Que ce soit dans un classique rock FM dynamique, quelques rythmiques metal ou même un funk lorgnant sur le Let's Dance de Bowie ("Medicine At Midnight"), la plupart des chansons sont bien foutues et entrainantes à défaut d'être d'une originalité folle. Résultat, un disque bien plus facile à écouter que ceux qui sont sortis les 15 années précédentes.

 

But Here We Are (2023)

 

En deuils après le décès de leur batteur Taylor Hawkins, les Foo Fighters repartent cependant de plus belle en commençant leur nouvel album par une bonne série de chansons rock alternatif pêchues aux belles mélodies de guitare, à l'image d'un "Under You" qui rappelle les meilleurs génériques de Séries comiques 90's. Malheureusement la deuxième partie de But Here We Are s'enlise un peu dans des power ballad parfois sympathiques, parfois poussives, mais en tout cas loin de l'allant qui a précédé.

 

Your Favorite Toy (2026)

 

Je n'ai pas eu l'impression que les Foo Fighters aient survendu à chaque nouvelle sortie, comme tant d'autre groupes, de prétendu retour au son de leur premier album - ils ont plutôt semblé soit courir après l'efficacité moins abrasive de the Colour and the Shape, soit se lancer dans des expérimentations inspirées par le prog et pas souvent bienvenues - mais l'eussent ils fait pour Your Favorite Toy  que je ne les aurais pas cru. Et pourtant ! Tout comme le Foo Fighters de 1995 Your Favorite Toy réserve une bonne moitié de chansons à l'énergie punk et aux refrains hurlés, avec une production relativement brute, le reste exploitant le rock alternatif ou la power pop développée au cours des 30 années de carrière. Différence marquante dans les thématiques abordées, l'époque a changée et pas pour le meilleur: prenons par exemple '"Amen, Caveman" intitulé assez humoristique qui cache en fait le constat d'un retour à la loi du plus fort. Si ce nouvel album fait plutôt dans la simplicité (certains titres sont même carrément bateau), on ne saurait le regretter vu le potentiel choucroutesque du groupe entrevu sur quelques malheureux épisodes de ce challenge. J'avais des craintes légitimes à l'idée de me farcir une setlist probablement composée  pour moitié de la nouvelle production des Foo Fighters sur scène à Paris, j'en suis assez ravi aujourd'hui, mais on verra bien le moment venu !

 

 

LA FAVORITE - FOO FIGHTERS

 

FOO FIGHTERS - "Weenie Beenie"

THE COLOUR AND THE SHAPE - "New Way Home"

THERE IS NOTHING LEFT TO LOSE - "Breakout"

ONE BY ONE - "Times Like These"

IN YOUR HONOR - "The Last Song"

ECHOES, SILENCE, PATIENCE AND GRACE - "But, Honestly"

WASTING LIGHT - "White Limo"

SONIC HIGHWAYS - "The Feast And The Famine"

CONCRETE AND GOLD - "La Dee Da"

MEDICINE AT MIDNIGHT - "Waiting On A War"

BUT HERE WE ARE - "Rescued"

YOUR FAVORITE TOY - "Amen, Caveman"

 

 

Allez, en Bonus un classement perso des 12 albums des FOO FIGHTERS:

 

6 juin 2026

LA FAVORITE #02 - Neil YOUNG (Synthèse)

 

 

S’attaquer à la discographie de Neil Young, c’est rencontrer un personnage passionnant. Et si j’ose dire, plus passionnant que sa musique. Bon évidemment, découvrir ses grands classiques avec 50 ans de retard, c’est forcément passer à côté de l’essentiel, tout comme il est difficile de percevoir l’originalité du songwritting d’un gars dont la musique a été digérée par des générations d’artistes qui occupent mes étagères à disques. Ce que j’ai préféré chez le Loner, c’est sa liberté. On le dit parrain du grunge, mais il a cette attitude presque punk de n’en faire qu’à sa tête. L’anecdote de la sortie complètement wtf de son disque de rock n’roll Everybody's Rockin' pour faire chier Geffen est ma favorite, mais on sent au gré des ballotements de sa discographie qu’il n’a jamais caressé le fan dans le sens du poil et préféré exploiter chacune de ses idées, aussi farfelue soit elle. Evidemment, des fois c’est raté mais une telle audace force le respect.

 

Neil Young a souvent une trouvaille étonnante, un coté décalé, un regard sur le monde original. Avec sa passion des vieilles automobiles, ses enregistrements dans des granges et tant d’autres lubies à peine entraperçues ces quelques mois (les trains électrique miniatures, tout comme Rod Stewart), on pourrait le soupçonner de quelque particularité du style haut potentiel, d’autant qu’il est l’auteur de plusieurs inventions bricolées dans son garage. On retrouve cet aspect expérimental sans limites dans certains albums qui donnent du sel à une discographie parois ronronnante tant il est vrai que la liberté de Neil Young, c’est aussi souvent de ne pas trop se faire chier.

 

Marqué par le divorce de ses parents et sa maladie enfantine – dont il gardera des séquelles qui influenceront son jeu de guitare très personnel, comme Tony Iommi ou d’autres, le Canadien a des failles qu’il comble par la musique : inutile de dire que cela se ressent dans ses chansons et participe forcément à l’attachement qu’on éprouve envers leur auteur en les écoutant. Le Loner est très engagé dans la défense de l’environnement et contre le capitalisme débridé de ses désormais concitoyens étasuniens, ce qui non seulement fourni de très bon textes à ses chansons engagées mais rajoute aussi une couche à son charisme. Tout ceci alimente la légende d’un homme désormais âgé mais aux combats bien modernes, tout comme sa musique est issue des origines du rock mais souvent emprunte d’une tonalité bien contemporaine.

 

Dernier aspect fascinant du Loner, et non des moindres, ses incessantes tournées revisitant un répertoire de plus en plus vaste et donnant lieu à pléthore d’enregistrements live dont les titres aux versions parfois fort différentes ont certainement été étudiées et recherchées par des complétistes pouvant depuis 20 ans se régaler de live, inédits et autres raretés compilées dans des archives sortant à intervalles réguliers comme autant de trésors livrés par Neil Young à sa fanbase. De mon côté si j’ai d’ores et déjà noté quelques albums supplémentaires à écouter (notamment ceux du Buffalo Springfield) et si je n’exclue pas de picorer dans les archives à l’occasion, j’en termine ici pour ce challenge avec ce classement tout personnel qui pourra choquer certains connaisseurs mais qu’il faut prendre avec beaucoup de recul. N’oublions pas qu’il a été établi sur la base d’une seule écoute pour la plupart des disques, et loin de la rigueur que j’apporte habituellement à ce genre d’exercice. Après tout le challenge était surtout de lister mon titre préféré de chaque album écouté, liste complète que je livre aussi après le fameux classement.

 

 

PLAYLIST DEEZER Neil YOUNG - LA FAVORITE

 

 

 

 

31 mai 2026

HELLO DARKNESS - 23 Mai 2026 - La Triperie - LYON

 

Si l’activité d’Hello Darkness sur les réseaux semble routinière, avec quelques photos floues de répètes publiées sporadiquement, nous sommes en réalité dans une phase productive assez intense avec de très nombreux nouveaux titres mis en place ces deux dernières années. Chaque membre de notre quatuor est désormais contributeur de chansons qui, notre vieille expérience en commun aidant, se structurent assez rapidement, à défaut, nous le verrons, d’être encore parfaitement maitrisées. Certaines nous semblent depuis un moment valoir le coup d’être publiées, et l’envie nous a repris d’enregistrer un successeur à Werewolf, notre premier EP. Damien a œuvré pour trouver un studio aux conditions qui conviennent à tous, ce qui n’est pas une mince affaire, mais il nous manque l’éternel nerf de la guerre : le pognon. Et il va bien falloir faire quelques concerts pour remplir les caisses, surtout que nous ne pouvons cette fois pas compter sur le miraculeux et lourd cachet de la Fête de la Musique 2023 au Ninkasi. Malheureusement les démarches entreprises pour dégoter des lieux susceptibles de nous accueillir ont fait chou blanc, et si nous n’y consacrons probablement pas assez de temps on a quand même l’impression que cela devient de plus en plus compliqué. Heureusement il nous reste notre joker de luxe, et, vous l’avez compris, nous voici accueillis par François à la Triperie pour notre 10eme concert tout de même en ce sympathique bar associatif.

 

Inutile de dire que toute la phase de chargement, installation, balances etc… est maintenant réalisée en mode quasi automatique, ma fidèle Berlingo accueille tout le matos et j’ai la chatte de la place juste devant La Triperie, bref la routine excepté le fait que Seb, habituellement largement le plus détendu de la bande, semble ce soir le plus stressé. Peut-être est-ce parce que c’est lui qui a invité Tessa à faire notre première partie. Nous permettions ainsi à la jeune fille, qui fait partie des nombreuses chanteuses qu’il a sollicité pour poser une voix sur les compositions plus electro qu’il enregistre en marge du groupe, de faire sa première prestation sur scène, tandis que la durée courte et la config matérielle minimale de son set nous arrangeait fortement dans le contexte de La Triperie où l’on doit, plus que jamais, jouer nos dernières notes au plus tard à 22h30. Ou alors cette inhabituelle tension chez notre bassiste  était-elle due au fait que le public compterait un groupe de ses amis venus nous voir pour la première fois, dont pas mal de musiciens aguerris au rang desquels le propriétaire d’une contrebasse électrique dont nous reparlerons. Les amis et familles de chacun, ainsi que nos plus vieux fidèles, composaient le reste d’une jauge d’une trentaine de spectateurs dans la norme pour notre groupe.

 

Tessa

 

A 20h30 précises, Tessa se place avec sa guitare classique sonorisée par nos soins sur le tabouret de piano de la Triperie et entame son set composé de quelques compos et reprises telles que « Wicked Game » de Chris Isaak ou « Linger » des Cranberries qu’elle se réapproprie de jolie manière. Si on sent une certaine timidité l’interprétation ne souffre en revanche d’aucune faille et sa voix est effectivement très belle, captivant une assemblée particulièrement attentive. Après cette sympathique entrée en matière et quelques menus réglages nous investissons la scène sans plus de cérémonie et attaquons notre concert par une série de morceaux plutôt posés. Je suis comme d’habitude complètement à droite de la scène, avec Seb à mes côtés, puis Julien et enfin Damien qui est à l’opposé et dont j’entendrais assez peu la guitare (heureusement j’ai une enceinte de chant derrière moi qui me permet de me repérer plus facilement). Avec ma caisse claire assez sonore et étant excentré il m’est difficile de bien capter les parties de mes potes, donc je serais un peu dans ma bulle tout le long du set. « 44 Hours » avec sa partie de batterie inspirée de Mogwai fait une bonne entrée en matière assez peu stressante, même si à l’instar de plusieurs autres titres de première moitié je ne joue pas exactement les bons breaks. « Wolf » est un titre que nous avons beaucoup joué et bien qu’il ne soit pas plus simple que d’autres cela se sent, l’interprétation est juste sans réfléchir et on peut à ce moment un peu plus communiquer avec le public. C’est certainement le travail qu’il nous reste à accomplir pour l’ensemble des compos plus récentes constituant une bonne moitié de notre set, même si heureusement elles sont tous plutôt bien passées. On accélère le tempo avec un enchainement démoniaque que nous avions travaillé mais sur lequel je me suis un peu emmêlé, provoquant un faux départ sur « Stella Song ». Entre autres facétie, Seb avait imaginé faire chanter le public sur ce morceau, ayant imprimé et distribué les paroles à cet effet. Je n’ai pas pu me rendre compte si l’affaire avait bien fonctionné, en tout cas ce n’était pas aussi bouillant que l’année passée et notre remuante fosse de jeunes lycéens.

 

Hello Darkness

 

 

La suite était constituée de titres récents dont un bon bloc d’inédits passés en enfilade. Outre « Minor Fall, Major Lift » et « Bubble », notre hommage respectivement à Pinback et Minor Threat, quelques titres plein d’allant qui sans doute provoquèrent ce constat d’Arnaud, notre plus ancien suiveur, estimant que Hello Darkness se popisait. Pourquoi pas, mais il ne fallait pas oublier les passages noise de « the Reed », le lent et tendu ternaire de « Rage Room » ou encore ce « Forever Uncertain » où pour la première fois je dérogeais à mon aversion pour les batteurs chanteurs en beuglant une strophe par couplet (à la demande de Damien, je précise) dans le micro placé derrière moi - ça c’est plutôt bien passé, même si je ne me suis pas arrêté de jouer au bon moment à la fin du morceau. Mes quelques pains disséminés ici où là ne prêtèrent pas à catastrophe, et avec l’expérience ils ne nous perturbent plus pour la suite, pas plus que l’incident survenu sur « Burn Out » où Julien, travaillant sa présence scénique, bouscula le micro de Damien qui en tombant lui désaccorda complètement la guitare. S’agissant d’un pur titre de live défoulatoire ce n’était pas bien important, mais cela nous fit une nouvelle fois louper l’enchaînement avec le dynamique inédit « One Fan Band » que nous avions choisi pour finir de manière fun le concert.

 

Enfin, finir, il était évident que nous n’allions pas quitter la scène sans avoir utilisé l’instrument qui intriguait tout le monde depuis le début. Nous avions suivi le délire de Seb qui avait littéralement rêvé d’une version jazz de notre vieux morceau « the Beat ». C’est la 3eme fois que nous transformons complètement l’interprétation d’une chanson et je trouve ça plutôt sympa, notre version lente et à moitié improvisée avec la fameuse contrebasse électrique, le balais frottant les cymbales et le petit riff de la panthère rose inséré l’air de rien restera une version plutôt réussie et exclusive à cette soirée, qui s’achève sur le rock tendu de « Slowride »  et son final abrupt. Encore une bien belle soirée musicale à La Triperie avec public, musiciens et tenancier ravis. Ça tombe bien il y en aura d’autres si on veut pouvoir entrer en studio prochainement.

 

 

Setlist: 44 Hours – Wolf – Unzen - Nothing's Burried Forever - Year of the Dog - Stella Song - Minor Fall, Major Lift - Where i Fall - the Reed – Bubble – Inherent - Forever Uncertain - Rage Room - Silent Spring – Prisoner - Burn Out - One Fan Band // the Jazz Beat - Slowride

 

Merci une nouvelle fois à Alice pour les photos et videos.

 

HELLO DARKNESS - "Forever Uncertain" Live à la Triperie 23 Mais 2026

 

19 mai 2026

SIXTEEN HORSEPOWER - Vendredi 15 Mai 2026 - Le 106 - ROUEN

 

J’ai découvert DiEu (1) en 1998 avec l’album Low Estate, et j’en ai évidemment été bouleversé. Hélas, les 16 Horsepower se séparaient en 2004 sans que j’aie eu la moindre occasion de les voir sur scène. Bien sûr je suivais avec attention la suite des aventures de DiEu avec son nouveau groupe Wovenhand, au début de carrière impeccable, et j’assistais à bon nombre de leurs tournées (2), mais la frustration originelle demeurait. Or il advint en cette année de grâce 2026 l’impensable : 16 Horsepower annonçait une tournée Européenne avec, une fois n’est pas coutume, forces dates françaises. Lyon et ses environs boudés ? Qu’à cela ne tienne, la coïncidence entre la date de la descente de DiEu à Rouen et celle de la montée du Christ au Cieux (et son week-end de 4 jours associé) me donnait enfin l’occasion de cette visite au frangin Normand tant de fois repoussée pour cause de vie trop dense.

 

 

La journée du jeudi consacrée à la route, nous nous retrouvions donc en ce vendredi à deux familles déambulant dans les rues médiévales de Rouen en pleine fêtes de la Sainte Jehanne, assez tardivement pour cause de météo capricieuse. Après un trajet depuis la place où ladite Sainte fut vaporisée par les Anglois jusqu’à la Cathédrale qui nous donna un aperçu bref mais savoureux de cette ville où je n’avais encore jamais mis les pieds, nous nous dirigions aussi vite que les petites jambes des fillettes de Benoît nous le permettait vers le quai de Seine où trône Le 106, ancien hangar superbement transformé en salle de concert (et autres activités associatives) dont je lorgne régulièrement depuis Lyon l’impeccable programmation. Après quelques déboires nous voilà attablés à une pizzeria jouxtant la salle, car il faut bien nourrir les gosses ma pauvre dame, mais je commence à transpirer car il est 19h30, soit l’heure d’ouverture indiquée sur nos billets. En habituée la serveuse fait diligence, et mon plat vite avalé je me précipite vers une fosse déjà bien garnie non sans avoir remerciée ma belle-sœur Mélanie de prendre soin de nos progénitures. Car mon frère Benoît, avec qui j’ai fait dans le passé pas mal de festivals - notre dernier concert ensemble fut Radiohead à Nîmes en 2012 – m’accompagne en mode découverte, tandis que Mélaine me suis avec assez d’enthousiasme puisque 16 Horsepower est un des rares groupes de rock auquel j’ai pu la convertir. Leurs gentilles moqueries quant à ma ponctualité musicale psychorigide céderont la place à un certain respect de mon expérience de vieux sage quand 16 Horsepower débarquera sur scène à 20h15, soit donc un quart d’heure après notre arrivée dans la fosse : avouez qu’il aurait été dommage de louper l’entrée de DiEu pour un tiramisu. Entre temps j’aurais été abordé par Laura, qui dès la minute où je m’installais au centre la fosse avait avisé mon sweet Godspeed You ! Black Emperor. S’ensuivait donc une discussion à bâtons rompus sur divers groupes et concert communs (puisqu’elle vient souvent à Lyon). Si le hasard fait de nouveau bien les choses nous devrions pourvoir reparler ensemble cet été à Fourvière pour Massive Attack ou à Vienne pour Nick Cave.

 

Photo Bert Dierick

 

Mais taisons-nous, puisque 16 Horsepower vient d’attaquer son set par le virulent premier titre de son premier album, « I Seen What I Saw ». DiEu est bien sûr assis au centre de la scène, en Majesté, avec ses bottes, son pantalon de cuir, son foulard, des grosses lunettes et un chapeau surmontant sa longue chevelure. L’impure pensée me vient que ces deux derniers accessoires sont dus au fait que DiEu, la soixantaine approchant, commence peut être à devenir bigleux et dégarni mais non, cela ne se peut : c’est juste la sape hyper classe du grand manitou Coloradien. A la droite de la scène l’impassible Pascal Humbert et sa barbe grisonnante vient de ses différentes basses - électrique, acoustique ou contrebasse – apporter un son énorme tantôt groove tantôt profond aux différents morceaux, tandis que le batteur Jean-Yves Tola privilégie un jeu simple mais précis tout en nuances à une technique démonstrative. Enfin à gauche de la scène stoïque derrière ses lunettes noires se tient Chuck French, transfuge de Wovenhand, faisant le 3eme homme et demi, apportant de sa guitare électrique un surcroit de puissance aux chansons les plus rock mais se contentant d’un soutient discret pour celles country ou folk. Le début de concert est plutôt pied au plancher (bien que DiEu soulevasse le sien régulièrement pour une petite transe dont il a le secret), avec guitare slide et titres assez expéditifs, avant que DiEu se saisisse de sa Mandolin Banjo pour le merveilleux « Brimstone Rock », chanson d’ouverture de Low Estate et premier contact pour moi avec 16 Horsepower. D’une manière générale j’ai préféré ce style de morceaux et si je devais apporter un bémol à une setlist pourtant excellente, c’est d’avoir peut être accordé une trop large place au premier album Sackcloth ‘N’ Ashes au détriment de mon favori, Secret South.

 

Photo Bert Dierick

 

Mais justement, voilà que Pascal Humbert empoigne sa contrebasse pour l’émouvant « Straw Foot » avant que le groupe ne me gratifie de mon titre favori, le bouleversant « Splinters », issu lui aussi de ce fameux 3eme album. Pour achever cette série de haut vol, DiEu attrape un immense bandonéon et entame « American Wheeze », titre réveillant quelques vieux souvenirs de jeunesse à Mélaine lorsque, squattant chez moi à nos débuts amoureux elle se réveillait au son dansant de cette chanson lançant l’album live Hoarse. Ces sonorités originales auront contribuées à faire passer un bon moment à Ben qui, s’il n’a pas apprécié la totalité des chansons, ne s’est pas ennuyé un instant. On repart pour une série country rock appuyé, avec toujours des projections en noir et blanc sur un écran en fond de scène, chevaux, chouettes, serpents, buissons et autres images dans l’esprit western collant au groupe. Cette partie du concert consacrée essentiellement aux plus vieux titres est un peu plus homogène, mais rehaussée d’imparables tubes comme « Heel on the Shovel » ou « Black Soul Choir » et puis de toutes manières 16 Horsepower ne faiblit jamais en intensité, notamment avec un « Sac of Religion » tout en chœurs et explosions nerveuses. Mais voici le deuxième titre que j’attendais le plus, « Phyllis Ruth », sombre et tendu, dont j’apprécie particulièrement la partie de batterie et ses cymbales sourdes. C’est le départ d’un final magnifique, avec le retour du bandonéon pour « Harm’s Way » et deux extraits de Secret South pour mon plus grand bonheur, où le quatuor se montre particulièrement carré dans l’exécution. C’est sur les coups de boutoir de « Poor Mouth » que DiEu salue une première fois le public après avoir prononcé ses premières paroles de la soirée, quelques mots de remerciement en français.

 

Photo Bert Dierick

 

Le 106 est complet en cette soirée et c’est l’ensemble de la salle qui encouragera pendant de longues minutes 16 Horsepower à prolonger le plaisir. Pour le rappel, le groupe a d’abord choisi deux extraits de Folklore, leur 4eme et dernier album. Majoritairement fait de reprises et de chansons traditionnelles ce disque m’avait extrêmement déçu à sa sortie, entre autres parce qu’il sentait tellement la fin de l’histoire que le split survenu deux ans après ne m’avait guère surpris. Mais contre toute attente « Hutterite Mile » et « Blessed Persistence », deux compositions contemplatives, presque ambiant, reposant surtout sur le chant habité de DiEu, constituèrent l’un des moments les plus forts de ce set qui n’en manqua point. L’ultime morceau de la soirée (« For Heaven's Sake ») bien qu’excellent, me sembla un curieux point final : je lui aurais préféré en lieu et place (ou même en sus) une des terribles reprises de Joy Division qui ont parsemé la carrière de 16 Horsepower et auraient achevé le set de manière parfaite, mais c’est vraiment pour faire le difficile. Les musiciens saluent chaleureusement tandis que DiEu opère sa traditionnelle bénédiction tressautante à la foule avant de regagner les coulisses après plus d’1h30 de show. Après la classique recherche de setlist je rejoins mes deux comparses au bar, que je privilégie pour le moment au merchandising parce que je crève de soif. Malgré l’efficacité du tenancier moustachu, je serais broucouille quelques instants plus tard auprès des deux jeunes marchandes du temple, les rééditions vinyles de 16 Horsepower ayant été dévalisées, mais je paierais quand même mon obole en repartant avec deux très beaux T-Shirts. Ainsi se termine une bien belle soirée rock mystique, j’ai vu ce que j’ai vu et franchement ca valait le coup.

 

(1) Les habitués savent que c’est ainsi qu’on nomme en ce blog David Eugene Edwards, flamboyant leader de 16 Horsepower.

 

(2) J’ai même été photographié avec DiEu mais par un malheureux accident de blog j’ai paumé la photo, ce qui est quand même très con.

 

Setlist : I Seen What I Saw - Haw - Dead Run - Brimstone Rock - Straw Foot - Splinters - American Wheeze - Prison Shoe Romp - Heel on the Shovel - South Pennsylvania Waltz - Sac of Religion - Strong Man - Black Soul Choir - Black Bush - Phyllis Ruth - Harm's Way - Clogger - Poor Mouth // Hutterite Mile - Blessed Persistence - For Heaven's Sake

 

 

16 Horsepower - Phyllis Ruth - Le 106, Rouen - 15.05.26

 

 

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