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Blinking Lights (and other revelations)

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20 novembre 2025

ZËRO - Mardi 18 Novembre 2025 - Le Transbordeur - LYON

 

En ce mardi soir j’étais dans la fosse peu dense du Transbo club en compagnie de Damien et de (bonne surprise) Christophe. Mais j’étais surtout dans les brumes de Glasgow à vibrer la naissance du post rock. Je surfais sur la vague en Californie et je cherchais désespérément de l’ombre à Tucson Arizona. J’étais en banlieue de Melbourne dans une tourmente bruitiste et chevelue. J’étais en transe au pays de l’umlaut, à Cologne dans les 70’s ou en 2007 dans une ancienne centrale Thermique au Mitte. J’étais dans les bars enfumés de Chicago fasciné par les rythmiques folles du jazz comme un lapin par les phares d’une Buick Special année 50, et dans les marécages de Louisiane à écouter un bluesman hurlant - à moins que ce ne soit l’inverse. Je naviguais sans âge sur un immense fleuve asiatique, au son lointain de percussions métalliques et boisées. J’étais New Yorkais branché dans le quartier du Lower East Side pour voir défoncé des guitaristes jouer avec une perceuse ou des films de 3 heures aux bandes sons vaporeuses. Je me réveillais dans le bruit d’une foule acclamant le funk brûlant d’un James Brown dans ses grandes années. J’étais partout à la fois, j’étais le monde. Et ce monde avait une origine, un point Zëro. Lyon, mec. J’étais à Lyon.

 

 

Setlist : Baltimore - Fast Car - Niagara Falls - Ich... Ein Groupie - One Track Mind - Boogie Tango Thrill - We Blew It - Underwater Frequencies - Custer - Threads - Queen of Pain - Alligator Wine - Telepathic Overdrive – Uprising // ??? - There was a Time/Super Bad

 

 

ZËRO - Fast Car (Live Paris 2024)

ZËRO - There was a Time/Super Bad (Live Lille 2025)

 

 

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4 novembre 2025

WET LEG - Mardi 28 Octobre 2025 - Le Transbordeur - LYON

Wet Leg

 

Faux Real

 

Octobre se sera apparenté à un marathon pour moi, et ce mardi en était la conclusion dans une sorte d’apothéose. Le début de vacances aurait dû me trouver partiellement reposé, mais après un aller-retour express en Bretagne par la route et un après-midi complet d’accrobranches avec Soline qui aura voulu la savourer jusqu’à la dernière minute, c’est en mode zombie que je me retrouvai avec ma pinte dans la fosse du Transbordeur alors que les deux énergumènes qui assurent la première partie de soirée ont déjà commencé leur show. Musicalement, Faux Real est à peu près tout ce que je déteste, les frangins se contentant de chanter sur une bande son electro pop avec force vocodeur, balançant à l’occasion quelques notes d’une flûte traversière ou d’une guitare ressemblant à un cadenas argenté en guise de caution musicale. Pour le spectacle en revanche, les androgynes francophones, aux costumes blancs identiques très étudiés, se donnent à fond dans des chorégraphies originales et tentent d’entraîner avec ferveur un public lyonnais mi-figue mi-raisin, allant jusqu’à interpréter leur dernier morceau au milieu de la fosse. J’avais décidé de me prendre à leur jeu et à leurs beats entraînants et si les Faux Real ne me vendront jamais de disque au moins auront-ils mis un grand sourire sur mon visage.

 

Rhian Teasdale

 

Je profite de la pause pour m’avancer au cœur d’un public extrêmement hétérogène : tout âges, tout genre, tout style, c’est assez inhabituel. La musique de Wet Leg se situe au carrefour de nombreux styles et ratisse assez largement autant qu’elle peut rebuter certaines connaissances justement par cette accessibilité jugée suspecte. D’abord duo féminin, le groupe est aujourd’hui complété par trois gars bien chevelus qui viennent se placer en triangle sur la scène du transbordeur, le costaud batteur Henry Holmes au fond, le claviériste/guitariste Joshua Mobaraki à gauche et le bassiste Ellis Durand à droite. Quant aux deux membres fondatrices, elles sont aussi différentes qu’on peut l’être : la guitariste Hester Chambers, vêtue d’un T-Shirt noir extra-large, se planque au centre du triangle derrière sa comparse tandis que Rhian Teasdale prend toute la lumière aux avants postes de la scène. Vêtue d’un haut de bikini et d’un jean contenant plus de trous que de tissus, elle assure le chant principal et renforce de sa guitare jaune fluo une bonne moitié des compos avec un magnétisme indéniable. La chaleur s’installe d’emblée avec le disco-rock « Catch these fists » issu du second album sorti cette année qui sera joué en intégralité et un « Wet Dream » tout autant dansant, tiré lui du premier album très largement repris aussi. Les chansons courtes, interprétées assez fidèlement aux albums -  les plus rock, comme « Oh No » sont toutefois bien plus appuyées – s’enchainent, et confirment ce qu’on savait déjà : elles sont toutes, dans leur style respectif, super bien foutues. Etonnant que certains résument le groupe à leur tube « Chaise Longue » ou fustigent un Moisturizer prétendument déjà vain, alors que les refrains ou riffs font mouche systématiquement, entre pur pop régressive et faux airs de rock alternatif 90’s (« liquidize »). Curieusement, le seul petit loupé à déplorer de mon côté sera le pourtant excellent titre inauguratif de l’album éponyme, « Being in Love »,  tellement court que je n’aurais jamais réussi à vraiment en capter la mélodie.

 

Wet Leg

 

Aucun ennui donc, d’autant que le groupe a l’air de s’éclater sur scène et que Rhian Teasdale communique juste ce qu’il faut avec le public, tout en dévoilant un jeu de poses étudiées avec l’assurance d’une bête de scène moins jeune qu’elle n’en a l’air. Sortant d’un brouillard scénique régulièrement alimenté, ses longs cheveux lisses flottant dans le vent d’un ventilateur judicieusement placé, elle me rappelle furieusement Avril Lavigne  dont j’avais avoué en ces pages un coupable attachement pour le premier album, en particulier pour la midinetterie « I’m with you ».  Mais si des titres comme « don’t speak » peuvent effectivement évoquer la rockeuse skatteuse de ma jeunesse, les Wet Leg ont avec Moisturizer largement prouvé des talents de composition et d’interprétation bien supérieures à icelle. Pourront en témoigner tout ceux ayant vibré en live sur l’enchainement « 11 :21 » (trip hop au chant complexe une nouvelle fois superbement maitrisé) « Pillow Talk » (quasi metal) et « u and me at home » (pop toute en légèreté). Brillant, mais le grand frisson est à suivre, avec « Too Late Now », mon titre favori du groupe dont la seule présence à la setlist aura justifié mon déplacement ce soir.  

Et ce n’est pas fini, puisque les britanniques ont gardé une poignée de leurs meilleurs titres en final. J’imaginais que le concert se terminerait sur une version prolongée du tube « Chaise longue » mais Wet Leg en livre une interprétation fidèle à l’album, qui secoue un public plus fasciné que remuant, et préfère conclure par leur nouveau single « Mangetout », pop rock aux paroles bien décapantes. Il n’y a logiquement pas de rappel - avec 20 titres joués le quintet n’a quasi plus rien sous le coude - et les lumières se rallument immédiatement après le salut chaleureux des musiciens au son de, je vous le donne en mille, « I’m with you » d’Avril Lavigne ! Presqu’une évidence finalement, en revanche je suis plus que surpris de constater que les très jeunes gens autour de moi connaissent les paroles de cette chanson de 2002 par cœur. Pas de disques au merchandising (le Brexit a encore frappé), seule petite déception d’une excellente soirée qui eut toutefois été bien meilleure si je ne l’avais vécu en solitaire.

 

 

Setlist : catch these fists - Wet Dream - Oh No - Supermarket - liquidize - jennifer's body - Being in Love - pond song - Ur Mum - don't speak - davina mccall – pokemon - 11:21 - pillow talk - u and me at home - Too Late Now - Angelica - Chaise Longue – CPR – mangetout

 

 

WET LEG - Chaise Longue (Live Paris 30 Octobre 2025)

 

28 octobre 2025

SPRINTS - Mercredi 22 Octobre 2025 - Marché Gare - LYON

 

Letter to Self, a été un énorme coup de cœur et mon album favori de l’année dernière, mais je n’avais malheureusement pas eu la possibilité de voir Sprints le défendre en concert à ce moment-là. C’est d’autant plus regrettable qu’on sait pertinemment que les jeunes groupes de ce style donnent en général le meilleur d’eux même sur leur premier album et leur première tournée, et la sortie cette année de All that is over tend à le confirmer : un bon disque mais qui ne présente pas les sommets d’émotion de son prédécesseur. Je n’allais néanmoins évidemment pas bouder leur venue au Marché Gare, et me pointais donc en ce mercredi soir avec ma binouze dans l’agréable salle non sans être auparavant passé au merchandising pour l’achat d’un CD dédicacé par Karla Chubb après une petite discussion (1).

 

Lùlù

 

La première partie est assurée par Lùlù, une sorte de super groupe Lyonnais formé notamment à partir de certains membres de Decibelles dont une batteuse sacrément énergique. Les cinq musiciens sont assez jeunes mais on sent déjà une bonne expérience, tant dans la maitrise scénique que dans le sens de la composition. Les chansons sont fun, bourrées d’astuces rythmiques pour les dynamiser, c’est carré et les Lùlù ne ménagent pas leur peine, entre chant volontaire, solo de Gibson endiablés et chœurs bien assurés par les autres musiciens. Je trouve ca sympa en live, mais ce n’est pas forcément un rock que j’écouterai en boucle à la maison. En cause un set trop monolythique - si chaque compo possède un relief bien sculpté par les différentes combinaisons d’instruments, elles sont toutes sur un tempo d’enfer et assez semblables – et surtout un chant en Français (ou pire, en Italien !) auquel j’ai du mal à adhérer. A noter toutefois un super hommage au Sonic, la péniche phénix lyonnaise bien connu du public comme du groupe (nous y avions notamment découvert T-Shirt, dont le bassiste de Lùlù est un transfuge, et dont le premier album revient régulièrement sur ma platine).

 

Sprints

 

Pas question de quitter ma place au centre de la fosse que j’espère squatter durant le set de Sprints, j’y suis rejoint par mon compère Damien, par des jeunes filles petites qu’on invite à s’avancer et par des vieux gars immenses qui nous bouchent vite la vue. Après une attente que je trouve assez longue bassiste et guitariste se placent chacun d’un coté de la scène tandis que le moustachu batteur lance un beat sous les acclamations d’un public aussi dense que bouillonnant.  Karla Chubb vient en leadeuse se placer au centre et attaque le chant de « Something's Gonna Happen », sans doute mon titre favori de All that is over, avant de troquer machine contre guitare (qu’elle conservera quasi tout le long du set) pour un autre très bon extrait de ce 2eme album puis le très grungy « Adore Adore Adore » tiré de Letter to Self. Excellente entrée en matière sur le papier, si ce n’est que le son manque d’ampleur et que le groupe est assez brouillon, notamment un batteur un peu imprécis. Plaisant mais pas la baffe promise par les disques, et ca ne va pas s’arranger sur les chansons suivantes (toutes extraites d’un All that is over qui sera joué en intégralité), déjà beaucoup moins emballantes de base. Arrivé à ce stade je me dis que certains commentaires négatifs lus au sujet de la tournée précédente et que j’avais attribué à des aigris de la vie n’étaient peut être pas si inappropriés que ça.

 

Karla Chubb

 

Fort heureusement, après un calme « Better » semblant avoir la faveur des filles du premier rang qui la chantent à tue-tête, Sprints décoche « Literary Mind », gigantesque tube de Letter to Self, et amène au concert l’intensité qui lui manquait jusqu’à présent. Il n’est pas étonnant qu’on trouve dans cette 2eme moitié de set l’essentiel des plus vieux titres, que ce soit ceux du premier album ou les B-Sides (regroupées sur la compilation the Back Catalogue regorgeant de pépites). Plus surprenant, c’est au moment où le tempo ralenti que la puissance émotionnelle du groupe, et notamment le chant déchirant de Karla Chubb, se fait le plus sentir (le cold wave de « Abandon », la bombe à retardement « to the Bone » ou « Desire » et sa guitare flamenco qui explose en hurlements après une insoutenable mise en tension progressive). La fin du set est redoutable et fini de m’emballer complètement, avec cette impression que les Dublinois sont enfin à fond dans leur élément - difficile de démêler si c’est les chansons qui me plaisent mieux, le groupe qui est meilleur ou moi qui suis dans de meilleures dispositions. Quoi qu’il en soit, en m’étant écarté d’une fosse décidément trop encombrée d’imbéciles je profite à max de l’enchainement des tueries punkoides « Pieces » et « Need » et d’un de mes titres favoris « Up and Comer ». La solide chanteuse fait un peu la police dans les premiers rangs, lance quelques diatribes ponctuées par l’inévitable Free Palestine ! et fédère le public autours de discours bienveillants (adjectifs que certains traduiraient aujourd’hui par l’indéfini woke), tandis que le bassiste (et préposé aux secondes voix), blouson de cuir et boucle d’oreille pendouillante, encourage les pogos et les slams tant qu’ils ne sont pas dangereux.

 

Slam immortalisé par Damien

 

C’est déjà l’heure du dernier titre et à ce moment-là, le temps semble s’être accéléré pour moi depuis l’entame laborieuse et j’en aurais bien pris un peu plus (2), alors que Sprints est sur scène depuis presque 2 heures et a interprété pas moins de 17 titres. Le 18eme, ce sera le post punk classico « Little Fix » prolongé ad lib pour permettre de faire monter les filles du public sur scène, puis, façon Idles, de proposer à la ronde que l’une d’elle prenne la guitare pour un mono accord en boucle. Devant les dénégations gênées et l’absence de réactions à la demande générale pour le renfort d’un guitariste amateur, je m’avance mais au moment où je grimpe sur scène la chanteuse viens de finalement désigner un sympathique petit jeune. Histoire de rentabiliser le trajet et de garder la face je me lance alors dans ce que je m’étais juré ne plus jamais faire : un slam avec les poches pleines (ouf j’ai rien perdu, notamment pas ma petite clé de consigne). Une fois regagné le plancher des vaches c’est au tour de Karla Chubb de se prêter longuement à cet exercice tout en continuant à beugler. Le concert se termine sur cette note festive, avec une scène envahie et un public aux anges trempé de sueur. A l’habituel débrief à chaud (c’est le cas de le dire) attablés autour d’une bière, Damien semble conquis là où je suis un peu plus mitigé, la fin de concert ayant toutefois amplement justifié mon déplacement ce soir. Disons que je retournerais avec plaisir voir Sprints mais que je ne ferais pas des kilomètres non plus. Tout dépendra de la qualité des futurs disques en espérant que les Irlandais ne s’usent pas trop vite, entre tournées incessantes et publications à la chaîne, et sachent prendre un peu de recul pour conserver la force de frappe qui m’avait mis KO lors de leur découverte.

 

(1) Béni soit le système de consigne du Marché Gare qui permet de faire ses achats avant, évitant ainsi la ruée d’après le concert.

 

(2) D’autant que hélas mille fois hélas, « Letter to Self » et surtout mon adoré « Shadow of the Doubt » n’ont pas été joué, ce qui enlève de sacrés points à la soirée

 

Setlist : Something's Gonna Happen - Descartes - Adore Adore Adore - Rage - Feast - Coming Alive - Better - Literary Mind - How Does the Story Go? - Abandon - To the Bone - Beg - Heavy - Pieces - Up and Comer - Need - Desire - Little Fix

 

SPRINTS - Coming Alive (Live Lyon 22 10 2025)

 

20 octobre 2025

2025 Sélection #03: Lexi JONES, CLAMM, CLAIMED CHOICE, RANK, ALICE COOPER

Lexi JONES – Xandri

 

 

Le népotisme, notamment dans le domaine artistique, m’a toujours inspiré un sentiment d’injustice mêlé de jalousie, bref un rejet viscéral qui m’a fait boycotter bon nombre de fils ou filles, pour le meilleur et pour le pire. Ainsi aurais-je facilement pu jeter le bébé avec l’eau du bain si l’ami Thom ne m’avait convaincu de prêter l’oreille à ce premier album de la fille d’un des plus grands musiciens modernes, en mettant en avant la démarche aussi humble que naïve de Lexi Jones qui comptait publier sur le net quelques compos sans plus attirer l’attention que le péquin moyen. Si cette intention est largement attestée par la production modeste (pas de grand nom au générique), l’autonomie complète de l’artiste (en mode DIY de A à Z), et l’absence de teasing pour ce Xandri, elle n’a évidemment pas résisté à la curiosité des fans de David Bowie et à l’emballement médiatique qui s’ensuivit devant la qualité de l’album. Car Lexi Jones est indéniablement douée, et ses compositions affichent une grande maitrise technique sans verser dans le démonstratif, un équilibre loin d’être évident, à fortiori pour quelqu’un d’aussi jeune. En gardant une ambiance homogène de piano, de guitare arpégées et d’arrangements de claviers plus orchestraux, la New Yorkaise varie les styles avec bonheur, entre piano bar, folk épuré ou rengaine pop ensoleillée (« the Edge »), rajoutant subtilement un peu de lyrisme par-ci ou de dissonances par-là (excellent « Let me go »). Mais c’est surtout au niveau du chant que Lexi Jones fait immédiatement taire les doutes sur sa légitimité, tant celui-ci est superbe sur une amplitude impressionnante (« Moral Compass »), achevant de donner à Xandri une identité propre, affranchie autant que possible d’une hérédité de toute manière largement infusée dans la musique actuelle tant elle est riche. Un premier album dont la fraicheur n’a d’égale que la qualité, et qui s’impose dans les sorties marquantes de l’année. Enfin quand je dis sortie, celle-ci n’est pour l’instant que numérique, et rien n’indique une diffusion en physique, pas plus qu’une interprétation live ou une carrière lancée : tout dépendra de la volonté de la talentueuse jeune femme qui pourrait tout aussi bien se consacrer à ses activités de photographe ou designer, en revenant de temps en temps publier ses chansons, l’air de rien. Une telle approche nous la rend quoi qu’il arrive fort sympathique dans le paysage musical actuel.

 

Lexi JONES – Let me Go

 

CLAMM – Serious Acts

 

 

Auteurs il y a 3 ans d’un Care remarqué en ce blog, les Australiens de Clamm montent encore d’un cran avec Serious Acts, condensé garage punk aux reflets hardcore sur une demi-heure bien agressive. Rythmique entêtante, guitares brutales et aboiements en tout genre font donc la base d’un album homogène, l’auditeur étant tout de suite mis dans le bain bouillonnant et sombre sur l’excellent « And I Try » d’ouverture, faisant partie des compositions un peu plus construites, par opposition aux purs titres punk (simple, efficace, lapidaire) dont « Bear the Brunt » est le meilleur exemple. Malgré sa qualité, Serious Acts n’aurait peut-être pas eu droit à sa chronique sans sa pièce centrale, un « More Serious Acts » de quasi 7 mn, rouleau compresseur se frayant un chemin jusqu’au podium des meilleurs titres de 2025. Il est pourtant à l’opposé des chansons que j’aime habituellement, ultra répétitif, aussi mélodique qu’une armée en marche, texte scandé comme en slogans, poings levés pour une révolution, et petit à petit, happant l’auditeur qui, presque sans s’en rendre compte, se retrouve au moment où les guitares intensifient le mouvement à marcher avec le groupe en réclamant un changement. Déjà changé lui-même par cette simple écoute.

 

CLAMM – More Serious Acts

 

CLAIMED CHOICE – Claimed Choice

 

 

Certes il y a pas mal de boucan expéditif sur ce blog, mais finalement assez peu de dignes héritier du pub rock fin 70’s dont certains groupes fondateurs sont pourtant bien présents dans mes étagères. Découverts au Club Transbo en première partie de Tramhaus, Claimed Choice vient mettre une bonne tarte de rappel avec cet EP éponyme, en maitrisant si bien son sujet que sans les deux titres chantés en français on eut pu les croire nés dans le caniveau d’un pub de Londres. Chant bien gras cherchant à en découdre, tempo maximal, les Lyonnais déroulent leurs compos sans fioritures mais sans facilités non plus, en témoignent quelques passages de guitare pas à la portée du premier rebelle venu (le riff de « Six Pieds sous terre » par exemple). Claimed Choice est un disque direct : 20 minutes de baston et rendez-vous en enfer ! (et le dernier arrivé est un fan de Phil Collins !)

 

CLAIMED CHOICE – Knock you out

 

RANK – Heaven

 

 

Le fan débarque en terrain connu au Heaven, retrouvant sur « Unkind » une paire rythmique au jeu solide et continu sur laquelle les guitares se répondent, jouant de silence, d’agressivité ou de délicatesse pour amener le relief voulu aux compositions. L’exercice des références pourrait amener dans la chronique les noms d’Interpol ou Fontaines DC selon le tempo, mais Rank a en 15 ans construit sa propre identité, qu’on repère d’autant plus vite qu’on habite à proximité de Lyon. On pourrait d’ailleurs au fil des premiers extraits regretter que le désormais quatuor use autant d’un savoir-faire certes irréprochable mais déjà bien exploité sur les quatre albums précédents, avant qu’ « Ethanol » ne vienne subitement renverser la table de mixage à la manière d’un alcoolique repenti en plein manque. La surprenante introduction en toms tribaux et chant erratique hypnotise avant que les guitares débarquent pour une intensification progressive et viennent enfoncer le clou jusqu’à un final tout en cris hallucinés. Rank enchaine habilement avec l’un de leurs tubes les plus pop, qui en remontre mélodiquement aux morceaux les plus connus et sautillant des Cure, un « So Pure » s’inscrivant d’emblée parmi leurs meilleures compos. Si on ajoute en fin d’album le lugubre et dépouillé « Sour » construit autour d’un inhabituel piano et un final tout aussi réussi aux tonalités ibériques (« Crushed »), on sort d’Heaven convaincu que Rank a encore bien des choses à dire et sait enrichir le son du groupe au fil des arrivées et d’aventures musicales que j’observe, sur le coté de la scène, avec beaucoup d’admiration.

 

RANK – So Pure

 

ALICE COOPER – the Revenge of Alice Cooper

 

 

Le Alice Cooper Band, c’est l’histoire de collégiens qui fondent un groupe de reprises, puis qui enregistrent quelques compos sous divers noms, qui montent à la ville lumière chercher gloire et fortune, font leurs armes dans la douleur avant de tout risquer sur un pari (nouveau déménagement), de devenir l’un des plus grands groupe de rock de son époque, puis de tomber dans diverses addictions et finir par se fritter non sans avoir en l’espace de 5 ans seulement accouché de plusieurs chefs d’œuvre incomparables. C’est la grande histoire du rock, et si seul le leader restera dans la lumière les décennies suivantes, si sans doute ils se perdirent de vue un peu beaucoup, ce ne fut jamais passionnément : leur lien était trop fort. The Revenge of Alice Cooper c’est avant tout les retrouvailles 50 ans après leur séparation de ce groupe légendaire (1), l’envie de rejouer et composer ensemble alors que l’heure tourne (ils approchent des 80 ans). Un message d’autant plus fort que Vincent Furnier, Dennis Dunaway, Mickael Bruce et Neal Smith (2) se font un point d’honneur d’inclure le 5eme larron Glen Buxton (décédé en 1997) au projet, par l’écriture d’un titre autour d’un des ses vieux riffs demo (« What happened to you ») et l’hommage sur la ballade « See you on the other Side », forcément très émouvante, qui clôture l’album.

 

On n’ira pas jusqu’à dire qu’après ça la qualité intrinsèque de cet album est anecdotique, mais elle passe clairement au second plan du moment qu’elle reste honorable, ce qui est le cas. On déplore bien un ou deux titres plus poussifs mais dans l’ensemble c’est du hard rock ou du rock n’roll de très bonne facture que le groupe nous partage, avec une technique encore flamboyante et une envie d’en découdre et de s’amuser qui nous saute aux oreilles. On ne fantasmera pas cependant sur un retour en grâce du combo : sans le mojo du riff de Mickael Bruce (malgré un joli effort sur « Up all Night ») ou leur inspiration phénoménale pour des fresques épiques démentes (une tentative sur « Blood on the Sun », mais ça demeure assez sage), le Alice Cooper Band reste tanqué dans le classique là où il fut exceptionnel dans les 70’s. Si le fan se plait à détecter les nombreux coups d’yeux maquillés dans le retro, replaçant telle partie de guitare ou telle ambiance dans la discographie du Coop’ (le blues poisseux de « Black Mamba » n’aurait pas dépareillé sur le Welcome to my Nightmare par exemple), il subit aussi quelques accords usés jusqu’à la corde de pendu par des centaines de groupes depuis l’origine du rock. Manière peut être pour ces vieux potes de retrouver leur adolescence, quand ils interprétaient les Beatles et les Yardbirds devant les copains de promo. Les jeunes chiens fous passeront leur chemin, les vieux sages se demanderont si finalement, ce n’est pas cela l’essentiel.

 

(1) En réalité le terrain était déjà bien préparé, depuis les featurings sur Welcome 2 my Nightmare (2011), suivis du mythique concert de réunion à l’Astrotuf en 2018, jusqu’aux compositions communes émaillant les dernières œuvres solo du Coop.

 

(2) Auquel il faut ajouter, cela va sans dire, le producteur et 6eme Coop’ Bob Ezrin

 

ALICE COOPER – Intergalactic Vagabond Blues

 

 

12 octobre 2025

MCLUSKY - Mercredi 08 Octobre 2025 - Marché Gare - LYON

Quai Bondy

3 mois sans concert, je commençais à avoir des fourmis dans les oreilles, mais le mois d’Octobre va être chargé. Et on commence par la venue rare de mclusky, auteurs d’un come-back fracassant cette année salué en ce blog sur le précédent article. La musique des gallois, c’est le noise rock qui a bercé l’adolescence de mon compère Damien grâce à qui j’ai découvert le groupe et qui m’accompagne bien évidemment en cette soirée au Marché Gare. Coup de chance, ce cher La Buze est à Lyon pour des raisons professionnelles et se joint inopinément à nous. Mais pour le moment c’est seul que j’assiste avec ma pinte de bière au set de la première partie, Quai Bondy, trio lyonnais dont nous apprendrons vite qu’il s’agit de la dernière représentation avant rideau final. Grand échalas à la guitare sur ma gauche, batteur planqué derrière des lunettes noires sur ma droite, et au centre un bassiste chanteur au non look total et à la voix de fausset surprenante. Commencé sous des auspices rockabilly 80’s à la Cramps, le concert va par la suite s’aventurer en terres plus new wave avec en pivot central un long titre aux accents L’Effondras, autant dire mon passage préféré d’un concert plutôt plaisant, avec ce qu’il faut de dynamisme, de fun et d’accès nerveux pour m’embarquer vers des sonorités pas forcément dans mes habitudes. Les compagnons d’aventure se déchaînent dans le public (et même sur scène) pour le baroud d’honneur de Quai Bondy dont l’explosion finale punk se fait autant dans la joie que dans l’émotion.

 

mclusky

 

Mes deux potes arrivés, on se place tranquille au centre de la fosse et on tape la discute en attendant le groupe. Damien a beaucoup aimé the World is still here and so are we, Rémi est plus sceptique, quant à moi je l’ai beaucoup écouté et en espère une large part ce soir, en plus d’extraits choisis du best of mcluskyism qui est le seul autre disque que je connaisse vraiment bien (1). La date n’est pas complète mais la fosse est bien garnie tout de même, avec pas mal de fans si j’en juge les acclamations accueillant « Lightsabre Cocksucking Blues » - titre hardcore issu du 2eme album mclusky Do Dallas (2002) qui occupera une bonne moitié de la setlist - introduisant vaillamment ce concert. De gauche à droite nous trouvons le bassiste et préposé aux secondes voix Damien Sayelle, physique imposant, barbe et tignasse rousse bien fournie, le batteur Jack Egglestone qui matraque ses futs derrière un paravent transparent (dispositif sonore toujours un peu curieux qui donne l’impression de restreindre la cohésion du groupe), et Andy Falkous dont la maîtrise d’un chant virulent doublé de parties épileptiques à la guitare force l’admiration.  Les couleurs des premiers titres, bien que toujours marquées de noise, sont assez variées, « Without MSG I am Nothing » ayant un coté groove hip hop là où « What we’ve learned » est un pur punk british façon UK Subs.

 

mclusky

 

Ça démarre bien mais de mon côté il faut attendre le premier extrait du dernier album, « Unpopular Parts of a Pig », pour que je sois complètement entraîné par le groupe, un enthousiasme qui ne va que croitre au fil d’une setlist redoutable. Pour ne citer que mes meilleurs moments, le frénétique « Kafka‐Esque Novelist Franz Kafka » qui acte définitivement la technique exceptionnelle des trois musiciens, la géniale « She Will Only Bring You Happiness » aux accents Pavement, style dans lequel mclusky s’aventure de temps à autre et fait toujours merveille, et mon titre favori qui fait un peu la synthèse des deux, « Alan Is a Cowboy Killer », où je ne résiste pas à enfin intégrer les avants postes évités depuis le début pour cause de fatigue intense. L’ambiance y est bon enfant et heureusement car le sol est d’abord rendu extrêmement glissant par les bières renversées avant qu’il ne devienne un enfer poisseux pour cette même raison. Rajoutant à la qualité de la musique, les interactions entre les fans du premier rang et le pince sans rire Andy Falkous qui se fout gentiment de leur gueule contribuent à l’excellence de la soirée. Après avoir beuglé comme un dément qu’Alan est un tueur de cow boys et headbangué sur le redoutable post hardcore de « People Person » (tuerie du dernier album dont il faut voir le clip), je reprends mon souffle avant de retourner un dernier coup de chaud sur « To Hell With Good Intentions », final annoncé et grand classique qui se prête lui aussi à chanter en chœur à l’injonction du refrain, ce que mes camarades de fosse ne se priveront pas de faire pour prendre une dernière dose de bruit et de bonheur. Pas de rappel donc, mais sans frustration, la durée du set ayant été selon moi idéale. Comme d’habitude, je m’approche de la scène que mclusky a quittée quelques minutes auparavant après un chaleureux salut pour photographier la setlist tandis que Damien zieute les pédales d’effet (en nombre raisonnable) du guitariste et du bassiste (très gros son d’une manière générale), puis nous rejoignons Rémi pour papoter au bar peinards. Nous avons tout 3 bien apprécié le concert et sommes admiratifs de la classe générale et de l’énergie déployé par ces cinquantenaires. Sur ce bon moment houblonné traversé de souvenirs scéniques marquants plus ou moins anciens s’achève le genre de soirées qui rendent la vie supportable. On en espère beaucoup d’autres prochainement.

 

(1) j’ai été plutôt verni puisque les deux constituent les ¾ d’une setlist si bonne que j’en oubliais l’absence de « Autofocus On The Prime Directive », l’une de mes favorites récentes.

 

 

Setlist : Lightsabre Cocksucking Blues - Without MSG I Am Nothing - Collagen Rock - What We've Learned - Unpopular Parts of a Pig - Chekov's Guns - Kafka‐Esque Novelist Franz Kafka - Way of the Exploding Dickhead - She Will Only Bring You Happiness - Day of the Deadringers - Chases - Alan Is a Cowboy Killer - The Battle of Los Angelsea - People Person - I know computer - Whoyouknow - To Hell With Good Intentions

 

MCLUSKY - To Hell With Good Intentions (Live Paris 06/10/2025)

 

QUAI BONDY - the Hole + Nothing to do (Live Paris 22/12/2021)

 

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2 septembre 2025

2025 Sélection #02: MCLUSKY, Kassi VALAZZA, 111, CAR SEAT HEADREST, ARCADE FIRE, VULGAIRES MACHINS

 

MCLUSKY – The World Is Still Here And So Are We

 

 

Le noise rock est à priori un style qui conserve bien, si on en juge par le retour réussi de plusieurs groupes (Jesus Lizard, Quicksand, Hot Snakes pour ceux qui me reviennent en mémoire) après de longues années d’absence. The World Is Still Here And So Are We annonce fièrement Mclusky, en réalité pas partis bien loin puisque la charpente du groupe (le guitariste chanteur Andrew Falkous et le batteur Jack Egglestone) a officié la décennie précédente sous le nom de Future of the Left. Rejoints à nouveau par le bassiste Damien Sayell dans une formation trio redoutable qui n’est pas sans évoquer les regrettés Shellac, le groupe reprend ses bases à coups de chant scandé, groove malsain, dissonances en tout genre et bien sur les fameuses coupures/reprises qui hachent menu 13 courts titres se partageant entre blues poisseux et rouleaux compresseur hardcore. Une demi-heure de leçon du genre qu’on a hâte de se prendre dans les oreilles au Marché Gare à la rentrée.

 

MCLUSKY - Autofocus on the prime directive

 

 

Kassi VALAZZA – From Newman Street

 

 

Ah, un disque de Country Folk féminin qui m’accroche, ça faisait longtemps. On ferme les yeux et on se croit revenu au bon vieux temps du To Be Still d’Alela Diane. Alors je vous entends déjà, « ouais le mec il a qu’une seul référence dans le style, et c’est même pas une artiste majeure, etc etc… » Bon c’est pas entièrement faux mais écoutez donc « Birds Fly » ou « Market Street Savior », la paire rythmique chaloupée, le pedal steel, et surtout ce chant pur qui s’envole, avec quelques hululements en seconde voix, hein alors ? Ces petites touches de blues, cette torpeur musicale charmante, From Newman Street est un disque mélanco  « ouais, le mec il connait qu’un adjectif, il le place dans une chronique sur deux, etc etc… » Attendez attendez, les paroles c’est tout à base d’été qui s’en va et qui reviendra pas, d’amours passées qu’on n’arrive pas à oublier et d’oiseaux en vol !  A un moment, Kassi Valazza chante carrément « i feel like an old woman this days », et elle a 32 ans… Mélancolie : état de tristesse vague accompagné de rêverie, alors on est pas en plein dedans ? il gâtouille pas encore complètement le père blinkinglights ! De toutes manières Kassi va mettre tout le monde d’accord : « Shadow of Lately », folk classique intemporel. Et l’un des meilleurs titres sorti cette année.

 

Kassi VALAZZA – Birds Fly

 

 

111 – Oh Wow !

 

 

Le trio 111 ne s’embarrasse pas avec les convenances (la preuve, il s’agit d’un combo Stéphano-Lyonnais) et cumule les bons poings (dans la gueule). Généreux dans le style aujourd’hui bien connu du post punk moderne inclusif, il n’hésite pas à agrémenter sa violence originelle d’une touche d’electro ou la rendre plus insidieuse sur certaines pistes moins directes, tout en s’autorisant quelques passages plus écorchés ou bien fun, comme ce réjouissant hymne au Rhum. Mais on ne s’étonnera pas que la meneuse et atout majeur du groupe, tant par sa basse saturée que son chant sans concessions, marque surtout bruyamment Oh Wow ! d’un féminisme tranchant (« Alpha », « How Dare ya ? », « No Means No »). Cerise sur le gâteau, la symbolique et radicale triplette « First of all », « Again of all » et « After of all » dont chaque élément, judicieusement placé dans la setlist, dure 1mn11, genre d’astuce inventive qui m’a toujours plu. L’occasion de marteler à trois reprises ce qui semble être le slogan de 111 : « You don’t like me and i don’t care ! ». Une philosophie tout à fait recommandable.

 

111 – Alpha

 

 

CAR SEAT HEADREST – the Scholars

 

 

Sur le papier, the Scholars avait bien peu de chances de me plaire : des titres à rallonge, un album de 70 mn et présenté comme un opéra rock. Un opéra rock, en 2025, sans déconner ! Je me rappelais cependant que Twin Fantasy, avec les mêmes handicaps, avait su me séduire à la longue et ces diables de Car Seat Headrest doivent avoir la formule magique car ils récidivent avec leur dernier album. Précisons quand même que sur sa première moitié, the Scholars est un album de rock indé assez classique et de très bonne facture, dont la grandiloquence est tout à fait mesurée (1) voire même absente quand le groupe propose un passage acoustique et empreint de tristesse avec une égale réussite (« Lady Gay Approximately »). C’est la deuxième moitié qui recelait tout les dangers, avec ses trois titres d’affilé de plus de 10mn, et si le lent « Reality » se révèle effectivement un peu chiant malgré une belle intensification finale, le reste s’écoute avec grand plaisir. « Gethsemane » est un pastiche réussi des spécialistes de l’opera rock boursouflé, mes chers Who, avec force roulement de batterie, guitare solo et boucles de claviers, ainsi qu’une touche Krautrock electro, autant dire tout pour me plaire. « Planet Desperation » est un morceau à tiroir un peu décousu mais dont les parties en montagnes russes sont fort bien composées et renverront chacune vers des grands noms du rock d’hier et d’avant-hier. Bref si le groupe de Will Toledo recycle pas mal, il le fait avec suffisamment de talent et d’ambition pour tirer son épingle d’un jeu comptant de moins en moins de participants au fil des années.

 

(1) On pense régulièrement à Arcade Fire pour la construction des morceaux et les chœurs, notamment sur l’irrésistible et bondissant « the Catastrophe », bien longtemps après le quasi-abandon de ce registre par les Canadiens - cf ci-dessous.

 

CAR SEAT HEADREST – the Catastrophe

 

 

ARCADE FIRE – Pink Elephant

 

 

Il semblait un peu vain de chroniquer cette dernière sortie d’Arcade Fire alors que, de disque en disque, je n’ai fait qu’exprimer plus d’indifférence ou de rejet pour le groupe, et d’autant plus après la déception d’apprendre que leur leader alourdissait la longue liste des rock stars pervers sexuels. Nous ne sommes plus dans les années 70 où c’était un motif de fierté voire un passage obligé, et le groupe canadien fait aujourd’hui profil bas (1), ce qui se ressent énormément à l’écoute de Pink Elephant. Jadis connu pour sa générosité grandiloquente, Arcade Fire fait ici preuve de retenue et si je me lance finalement dans cette chronique c’est pour dire que, contrairement à la majorité des commentaires que j’ai pu lire, je trouve ce relatif dépouillement plutôt bénéfique. J’en suis le premier surpris, mais j’aime l’apaisement procuré par la lenteur et la timidité de la première face, le coté semi acoustique et mélancolique d’un « Pink Elephant » qu’on retrouvera après sur « Ride or Die ». Certes il subsiste des moments affreux (« Alien Nation ») et Pink Elephant est très loin du chef d’œuvre, mais il surprend positivement d’autant plus que le long titre de conclusion, « Stuck in my Head », renoue avec l’intensité rock torturée des imparables débuts, il y a déjà 20 ans de cela. Une fulgurance bien insuffisante pour envisager une résurrection prochaine, ni savoir si elle est réellement souhaitable.

 

(1) A défaut d’assumer pleinement ?

 

ARCADE FIRE – Pink Elephant

 

 

 

BONUS

 

VULGAIRES MACHINS – Best Of

 

 

C’est une compilation et elle date de 2024, mais je ne résiste pas à signaler en bonus cet excellent disque de Vulgaires Machins découvert grâce au fiston. Pourtant ce n’était pas gagné, avec ce punk politisé chanté en français (qui plus est avec l’accent Québequois), mais dans ce registre de dynamite aux mélodies imparables il faut bien reconnaitre que le groupe Canadien se montre à la hauteur de nos L.A.N.E nationaux pourtant portés aux nues en ce blog. Ce copieux best of présente 30 ans de carrière - la remasterisation permet une homogénéité sonore bienvenue - entre combat, résignation et humour du désespoir (les titres parlent d’eux même). Si le constat est dur et qu’il y a parfois de quoi en avoir les larmes aux yeux – le très émouvant « comme une brique » - Vulgaires Machins interroge aussi son nihilisme et tente de s’appuyer sur l’amour pour ne pas sombrer (« Pointer l’Orage ») préférant terminer in extremis sur la solidarité humaine plutôt que la crétinerie ambiante (« Je lève mon verre »). Chant mixte, régulières plages posées quoique nuageuses, saillies bien tournées, cette heure amère s’avale d’une traite tant la pertinence et la qualité est générale, même si on refusera de s’attaquer à la copieuse discographie du groupe tant elle semble un « Puits sans fond » pouvant nous pousser à « Mourir au bout d’une corde » (par contre il y a un live qui défouraille sévère).

 

VULGAIRES MACHINS – Pointer l’Orage

 

19 août 2025

Les Tribulations d'une Famille en TRANSYLVANIE (Partie 2)

 

JOUR 7 - SIBIU

 

Vue de la Petite Place depuis le clocher de la Cathédrale Évangélique Sainte Marie

 

La matinée du jeudi est consacrée à la visite de Sibiu, qui est une sorte de Brasov en plus petit. On y retrouve les maisons colorées, les portes et tours médiévales, et cette fois trois places distinctes dans un périmètre assez restreint. C’est une ville culturellement très riche avec de nombreux festivals, d’ailleurs sur la Grande Place est montée une scène pour un festival de Metal qui a eu lieu quelques jours auparavant (Dream Theater et Extreme au menu), un concert en ces lieux doit être vraiment classe. Nous rentrons dans l’Eglise de la Sainte Trinité, pur gothique surchargé à l’intérieur, puis terminons par la Cathédrale Évangélique Sainte Marie. Si à l’intérieur nous sommes en terrain connu (orgue, décorations murales, pierres tombales exposées), l’intérêt réside dans l’ascension du clocher, tout du moins pour ceux qui n’ont pas le vertige. Car il faut gravir d’une traite un escalier de 200 marches créé spécialement (il ne s’appuie pas sur les murs du clocher mais sur une structure métallique complètement ouverte) pour arriver enfin à un étage au-dessus des cloches.  On a alors accès aux quatre clochetons dont les petites fenêtres offrent un superbe panorama sur la ville.

 

Habitations Paysannes de Transylvanie au Musée Astra

 

Pour l’après midi, j’ai prévu la visite du Musée Astra : c’est un immense parc ombragé où une multitude d’habitations traditionnelles de Transylvanie ont été déplacées, reconstruites et rénovées. Tout y est, les fermes de différentes régions et conditions (des plus pauvres aux plus vastes), maisons de bergers, pêcheurs, artisans, moulins à vent ou à eau, avec des intérieurs d’époque reconstitués qui nous laissent imaginer la vie et le travail des habitants. Le plus émouvant étant la petite église en bois décoré simplement, qui nous plonge dans une tradition religieuse modeste et quotidienne. Le lieu est très agréable et intéressant (malgré un manque d’informations sur la plupart des habitations) mais il est gigantesque et même si nous n’en avons parcouru qu’une moitié les enfants traînaient la patte à la fin. Un Musée en plein air qu’on conseillera de faire en une journée avec un pique-nique, surtout s’il fait trop chaud pour visiter les villes.

 

JOUR 8 - La TRANSFAGARASAN

 

Le Lac Balea et la Transfagarasan

 

J’ai de très fortes attentes pour cette journée du vendredi consacrée à la mythique Transfagarasan, grande fierté des Roumains : tous ceux qui ont discuté avec nous l’ont cité comme visite prioritaire et elle est présentée comme la plus belle route d’Europe. C’est encore Ceausescu qui décida pour des raisons de stratégie militaire la construction de cette route qui traverse les Carpates du nord au sud, ce qui prit 4 ans et coûta de nombreuses vies humaines aux personnes réquisitionnées pour ce travail. C’est un lieu très prisé des Roumains et j’avais pris soin d’éviter le week end pour ce trajet et de partir beaucoup plus tôt que nos horaires habituels, ce qui à mon avis nous a permis de profiter sereinement des lieux, en revanche la météo était plus qu’incertaine et nous ne pouvions compter que sur le chance, car j’avais prévu une randonnée à partir du Lac Balea situé à peu près au col. Une fois passé une partie sans intérêt on attaque un long morceau de forêt, joli mais semblable à n’importe quelle route de montagne française, à ceci près qu’on pourrait à tout moment apercevoir des ours. Il y en a beaucoup dans le coin, et ils sont attirés par le flot de touristes qui les nourrissent mais ils restent sauvages donc dangereux. Si une dame croisée lors d’une pause photo nous dira en avoir vu (sans doute dans la partie sud où nous ne sommes pas allés), nous n’en apercevrons pas de la journée à la grande déception des enfants (j’étais pour ma part mi-soulagé, mi-déçu et re mi-soulagé derrière). C’est en sortant de la forêt que la Transfagarasan révèle enfin son côté spectaculaire et si l’appellation de plus belle route d’Europe est sans doute un peu survendue le paysage vaut clairement le déplacement. Beaucoup de cascades et d’eau, de hautes montagnes encadrant une route serpentant vers le ciel pour l’instant assez dégagé.

 

Le Lac Capra et la brume menaçante

 

Arrivés au Lac Balea, on retrouve l’effervescence touristique, les boutiques, le parking payant, les gros bâtiments (dont l’arrivée d’un téléphérique), les gens qui prennent des photos. Facile d’imaginer l’enfer que ce doit être le week end, notamment sur le chemin qui doit nous mener jusqu’au Lac Saua Capra, déjà fort emprunté malgré sa difficulté. Nous mettons un moment à trouver le début pour ensuite gravir les 1,5 km et 250 m de dénivelé sur une piste rocailleuse et humide s’apparentant  parfois à de l’escalade. Si l’ascension se fait sous un ciel relativement ensoleillé (il eut été impossible de la faire sous la pluie), une grosse brume mouvante s’accroche au sommet et finira par tout envahir, alors qu’avec Malo et Soline nous avons poursuivi vers un sommet en contournant le lac sur un chemin assez escarpé. Lorsque nous rebroussons chemin prudemment pour rejoindre Mélaine et Héloïse au Lac Capra, on n’y voit plus à 2 mètres et le pique-nique se fera sous une température quasi hivernale. La redescente se fait heureusement dans de bien meilleures conditions, et nous savourons notre chance de pouvoir admirer la Transfagarasan tout au long de la marche. Après avoir acheté un Kurtoskalacs, sorte de brioche caramélisée cuite à la broche, nous poursuivons la route, passant le col et arrivant jusqu’à la Cascade Capra. L’heure tourne et nous commençons à être fatigués, nous rebroussons chemin en ayant vu donc une bonne moitié de la Transfagarasan (à priori sa partie la plus intéressante). Nous croisons à ce moment-là un flot de voitures qui sont garées sur le bas-côté sur des kilomètres : décidément il ne fallait pas partir trop tard pour cette journée…

 

JOUR 9 - CISNADIE

 

Eglise de Cisnadie

 

J’ai prévu une journée cool ce samedi, il s’agira simplement de visiter quelques villages à proximité de Sibiu. On s’arrête d’abord à Cisnadie, pour déjeuner  - enfin un restaurant plus roumain que touristique : quand les travailleurs du coin s’y posent pour leur soupe du midi ou une grande tablée familiale y est réunie pour l’anniversaire de la mamie, c’est bon signe – et visiter l’Eglise fortifiée. Mur d’enceinte, tours, intérieur, clocher ceint de ses 4 clochetons, nous connaissons déjà, mais l’église de Cisnadie a l’intérêt de donner accès non seulement au clocher (via un grand escalier en bois une nouvelle fois interdit aux sujets à vertige), mais aussi à l’ensemble des charpentes du bâtiment dans un jeu labyrinthique d’escalier et de passerelles assez original.

 

Eglise de Cisnadioara

 

Nous poussons ensuite jusqu’à Cisnadioara pour une nouvelle Eglise fortifiée (St Michel) mais d’un aspect assez différent. C’est en effet une construction du 13eme siècle perchée sur une colline, assez austère, tenant plus du fort que de l’église (pas de vrai clocher par exemple). Le dépouillement de l’art Roman est ici à son paroxysme, l’intérieur est particulièrement sobre (pour ne pas dire vide) et on fait assez vite le tour des lieux, après avoir jeté un œil au panorama en regardant au-dessus du mur d’enceinte (on aperçoit de loin l’église de Cisnadie où nous étions il y a peu). On profite de rentrer assez tôt au logement - flemme d’aller jusqu’à Rasinari dont le ratio km vs intérêt est loin d’être garanti - pour faire une balade dans la nature environnante.

 

 

JOUR 10 - trajet SIBIU / SIGHISOARA

 

Le petit Orgue de l'Eglise de Medias (pas celui des concerts en face du choeur)

 

Il est temps de déménager jusqu’à notre dernière destination, aux environs de Sighisoara. Il y a 1h30 de route et un seul arrêt prévu, l’idée est de profiter de la piscine qui nous attend à notre réservation. Après une dizaine de jours de visites j’ai plutôt prévu un programme de farniente pour la fin, en espérant faire plaisir aux enfants. Nous nous arrêtons quand même à Medias, nouvelle ville fortifiée et nouvelle Eglise. Celle-ci présente notamment un beau retable dans le chœur et de l’autre côté un superbe orgue, qui est fréquemment utilisé pour des concerts. Le dossier des bancs est réversible, permettant de s’asseoir dans un sens ou dans l’autre suivant qu’on assiste à la messe ou à un concert. Il fait très chaud et nous avons hâte d’arriver au logement, une sorte de camping en rase campagne qui n’a aucun intérêt si ce n’est sa piscine, or à notre arrivée la propriétaire nous annonce qu’elle est inutilisable car l’eau est verte. L’endroit dégage un air de décrépitude, il est désert et le personnel censé faire de bonnes pizzas est soit disant en vacances (en plein mois d’Aout !), bref ça frise l’arnaque. J’avais lu plusieurs mésaventures du style sur des sites de réservations, et même si cet endroit était excellemment noté j’étais resté méfiant et n’avais donc réservé que pour deux nuits. J’imagine que la Roumanie n’est pas le seul pays où ce genre de choses peut arriver, mais il faut le savoir…. La dame du logement (très gentille au demeurant) nous mettra quand même en route le jacuzzi, petite consolation pour les enfants.

 

 

JOUR 11 - SIGHISOARA

 

La place de Sighisoara et la Tour de l'Horloge

 

Dernière ville ciblée, Sighisoara est sans doute la plus jolie, et donc aussi la plus touristique, ce qui gâche un peu son charme. Sa particularité est qu’elle est séparée entre basse-ville moderne et citadelle médiévale entièrement piétonne, ceinte d’un mur fortifié. On y accède par un escalier ou une ruelle en pente qui nous mène à la remarquable tour de l’horloge. La visite est ensuite assez vite faite, en partant de la très jolie place du village puis en montant à l’église sur une colline dominant le paysage (l’église et le point de vue ont peu d’intérêt, mais l’escalier couvert moyenâgeux qui y mènent est très original)  et enfin en faisant le tour des remparts régulièrement émaillés de tours dont chacune appartenait à une guilde du village - ferronniers, bottiers, tailleurs (qui semblaient à l’époque les plus importants)... Nous profitons des lieux pour chercher des souvenirs mais les objets traditionnels ne sont pas vraiment utiles (jolis habits brodés, ustensiles de cuisine en bois ou poterie), évidemment les enfants auront trouvé des T-Shirts et bricoles touristiques à leur gout.

 

L'Eglise fortifiée de Biertan

Sur le chemin du retour nous faisons une dernière Eglise fortifiée, celle de Biertan, très imposante et bien conservée. Placée stratégiquement sur une butte, elle présente plusieurs tours aux usages historiques variés, et l’église possède une belle sacristie à la porte magnifiquement sculptée, en revanche le clocher est malheureusement inaccessible. Un beau témoignage de la prédominance Saxonne en Transylvanie, et certainement l’une des Eglises les plus intéressantes de la région.

 

JOUR 12 - trajet SIGHISOARA / BUCAREST

 

Le Lac Snagov

 

C’est bientôt la fin du séjour et l’objectif de la journée est clair : rejoindre Snagov, lieu de notre dernière nuit, qui est à proximité de l’aéroport au nord de Bucarest. Il y a 4h de route et nous avons prévu de partir tôt et de ne pas faire d’arrêt visite en chemin afin de profiter de la piscine dans l’après-midi. Nous bouclons la boucle en repassant à proximité de Brasov puis plus au sud vers le château de Peles, ce qui implique que nous rebouchonons une bonne demi-heure vers Bunesti (ca va que c’est pas le week end). La route s’éloigne ensuite des Carpates et est particulièrement moche voire glauque, coincée entre des villes industrielles et la voie ferrée : nous ne trouverons aucun endroit sympathique pour pique-niquer. Heureusement, si notre hôtel est une nouvelle fois vide et laisse une vague impression de laisser-aller, il a ce coup-ci une piscine bien opérationnelle pour notre plus grand plaisir. Il possède aussi un ponton en bordure du Lac Snagov, envahi de nénuphars, qui est très apaisant malgré les avions qui passent régulièrement au-dessus de nos têtes. J’y observe les oiseaux (canards, grèbes, foulques, cormorans, plongeurs etc…)  comme un petit aperçu  du Delta du Danube, à l’est de Bucarest, autre endroit à voir de Roumanie mais qu’il était impossible d’intégrer à mon programme de ces vacances. Nous profiterons quelques heures des lieux le lendemain avant de rendre la voiture et de nous envoler vers Lyon pour un trajet de retour sans encombre.

 

 LE TOURISME EN TRANSYLVANIE

 

Achat d'un Kurtoskalacs au Lac Balea

 

J’avais eu vent des fameuses Pensions Roumaines, avec des chambres pour dormir et un restaurant où les propriétaires préparent des plats traditionnels que tous les pensionnaires dégustent le soir dans de grandes tablées, formule conviviale et pratique que j’aurais aimé adopter, mais il m’a été impossible d’en trouver : soit  les sites internet étaient roumains et discrets, soit cela n’était pas dans nos prix. Nous avons donc opté pour des logements individuels type Airbnb : les deux principaux étaient très bien, l’inconvénient est que nous n’avons rencontré personne, l’avantage est que nous avons pu nous préparer des repas le soir. Car il n’a pas été si facile de trouver des restaurants proposant en priorité des spécialités roumaines. Cela tient sans doute aux lieux très touristiques où nous étions, mais il y avait surtout des pizzas / pâtes / burger au menu, à des prix français…

 

Plat Roumain, avec porc en trois façons, polenta et pickles... et un verre de vin noir

 

Nous avons pu cependant goûter à la gastronomie locale, surtout dans les villages plus petits que les principaux visités. Pour les boissons, les enfants appréciaient la limonade (pas pétillant, juste de l’eau, du citron et de la menthe) servie dans des choppes, et parfois agrémentée de sirop. Mais la vraie boisson locale, c’est la Socata, à base de fleurs de sureau, c’est très bon. Niveau bières il n’y a que de la basique type allemande, et pour le vin seul le rouge très sombre (appelé vin noir) est original mais il est rarement vendu au verre. Je ne connais que trop bien la Tuica, leur alcool fort de prune, donc je ne m’y suis pas risqué surtout en plein été. Pour les plats c’est surtout à base de porc (côtelettes, brochettes, jarret etc) ou de viande mijotée, accompagné de polenta. Il y a aussi les Mici, des sortes de saucisses reconstituées avec de la viande hachée, mais c’est pas terrible. Finalement c’est les soupes (qui semblent être le plat classique du midi pour les roumains)  qui sont plus originales, j’ai pas goûté celle aux tripes, mais il y a beaucoup d’autre choix, notamment une au bœuf excellente (et en plus c’est pas cher). Les portions sont en général très généreuses, donc on a quasiment jamais eu faim pour des desserts, hormis le Kurtoskalacs on a juste tenté un Papanasi, gros beignets nappés de fromage blanc et de confiture de myrtille.

 

Soupe au bœuf

 

Les petits villages traversés au cours de notre road trip avaient plusieurs points communs. Ils s’étalaient tout en longueur de part et d’autre de la route avec des maisons de plein pied ou à un étage, toutes colorées (rose, bleu, vert gris, jaune, saumon), la porte donnant sur la route et le jardin derrière. Chacun avait au moins un nid de cigogne occupé sur un poteau électrique (on en a vu des dizaines), un Magasin Mixt (sorte de mini épicerie) et bien sûr, une Eglise fortifiée. Souvent on y croisait des petites vielles avec leur fichu sur la tête, et des charrettes tirées par un cheval ou, version plus moderne, des triporteurs motorisés avec le vieux au volant et la vielle à l’arrière. D’une manière générale les routes étaient en bon état mis à part quelques nids de poules sur les moins fréquentées, en revanche les roumains ne respectent toujours pas les limitations de vitesse et doublent à l’arrache dès qu’ils peuvent. Attention aussi aux chiens en liberté qui pullulent en Roumanie et qui viennent régulièrement se promener sur la route. Les gens qu’on a croisés dans la rue étaient très sympas (par exemple ce jeune qui est venu spontanément nous apporter du désinfectant et des pansements quand Soline s’est vautrée à Cisnadie), en revanche on a eu plusieurs fois l’impression de déranger quand on est allé au restau, ce qui est assez désagréable, le sourire des professionnels n’était pas garanti ce qui m’a beaucoup surpris.

 

Classique poteau électrique Roumain

 

En ce qui concerne le budget, pour le logement il y a évidemment tous les prix mais nous étions à environ 125 euros la nuit (à peine moins cher qu’en France), la location de voiture nous aura coûté 200 euros pour 10 jours, les billets d’avion 250 euros par personne et pour les repas au restau, il faut compter entre 35 et 80 lei pour un plat, 20 lei pour une boisson. Hé oui, la Roumanie n’est pas encore à l’euro, 5 lei font 1 euro. Pour les visites, c’est classiquement entre 10 et 20 lei l’entrée par personne.

 

Les yeux de Sibiu

 

La Transylvanie nous aura laissé beaucoup de bons souvenirs, et quelques-uns de moins bons. D’une manière générale, il faut être ouvert à quelques surprises, je le conseillerais surtout à des familles un peu baroudeuses, ou aux randonneurs de bon niveau qui veulent se faire des vacances de marche dans les Carpates. Les plus aventuriers s’écarteront des lieux touristiques ici décrits et préféreront sans doute l’authenticité du nord, ou la Moldavie. Si le dépaysement n’est pas fou pour un français, cela reste en tout cas une destination bien originale ! Attendez-vous à ce que vos proches, intrigués, vous lancent : mais pourquoi la Roumanie ?

 

PARTIE I

 

18 août 2025

Les Tribulations d'une Famille en TRANSYLVANIE (Partie 1)

 

ROUMANIE - 24 Juillet - 6 Août 2025

 

Pourquoi la Roumanie ? Question systématique lorsque j’annonçais la destination de ce deuxième voyage à l’étranger en famille, 2 ans après la Crète. Il est vrai que j’ai un attachement particulier avec ce pays, pour y être allé à de nombreuses reprises, d’abord jeune dans un cadre humanitaire puis pour des déplacements professionnels pour les deux dernières entreprises pour lesquelles j’ai travaillé. Mais tant les orphelinats dans la région peu développée de Satu Mare (Nord-Ouest) que les zones industrielles de Buzau et Ploiesti (Sud-Est) ne me firent voir le beau coté du pays (bien que mes séjours me laissèrent quantité de bons souvenirs et de belles rencontres), je rêvais donc depuis longtemps d’y retourner en touriste, principalement dans la région des Carpates dont j’avais vu de nombreuses photos magnifiques. Autres avantages envisagés, la perspective d’un séjour en montagne (donc dans la nature et relativement au frais) et à petit prix (et on verra que sur ce dernier point je me suis plutôt fourvoyé).

 

L’objectif était de passer deux semaines dans les environs de Brasov (centre du pays) en essayant de voir un maximum de choses mais sans trop charger le programme et en évitant de faire trop de voiture, la famille étant assez fatiguée et les enfants appréciant globalement les visites et autres marches à dose restreinte. Ceci m’amenait à réserver trois logements aux environs des villes sélectionnées sur conseils des guides touristiques (Brasov, Sibiu et Sighisoara) en plus des deux vers Bucarest pour le trajet en avion, logistique plus lourde qu’habituellement mais qui dans l’ensemble s’est bien passée.

 

JOUR 1 - BUCAREST

Palais du Parlement

Nous atterrissons donc à Bucarest dans la nuit du jeudi 24 juillet et, quitte à y être, j’avais prévu la journée du lendemain pour visiter la ville (des aéroports existent à Cluj, qui parait il est bien plus jolie, voire à Sibiu, mais nous avons optimisé le prix des billets d’avion). Notre premier objectif est le Palais du Parlement, que nous rejoignons en un coup de métro et une petite demi-heure de marche le long du grand boulevard Unirii bordé d’arbres dont l’ombre est plus qu’appréciable, étant donné que l’été il fait une chaleur étouffante à Bucarest. Le Palais du Parlement est un bâtiment à la hauteur de la démesure de la dictature communiste de Nicolae Ceausescu qui le fit construire. D’une surface totale de 350 000 m², le deuxième plus grand bâtiment administratif après le Pentagone, resté en partie inachevé, se visite partiellement mais nous nous contenterons d’en voir l’extérieur, aussi impressionnant que dénué de charme. Le reste du quartier est marqué du même sceau architectural, à l’exception de petits monastères rescapés par miracle bien planqués au milieu des bâtiments massifs et que nous retrouvons grâce aux guides et à google map.

 

Monastère Antim

 

Le premier visité, le monastère Antim, s’avère le plus joli monument que nous ayons pu voir à Bucarest, la beauté de la porte sculptée et des peintures murales, le calme du jardin et la sérénité à l’intérieur de l’église (décoration typique Orthodoxe) tranchant avec son environnement immédiat. Nous marchons ensuite au travers de quartiers plus ou moins délabrés pour visiter le monastère Mihai Voda et l’Eglise Stravopoleos (fermée, nous n’en verrons que le joli porche), puis traversons la Dambovita, direction Est pour voir l’Eglise St Demetrius, qui n’a pas forcément un intérêt phénoménal, mais où nous discutons avec un sympathique habitant bénévole en ces lieux. A deux pas de là Mélaine a repéré une librairie remarquable, la Carturesi Carousel, dans une ancienne banque du 19e siècle. Le bâtiment, tout en escaliers et rambardes blanches, est effectivement superbe. Nous sommes alors en plein quartier touristique, avec bars branchés et rues piétonnes aux habituels rabatteurs de terrasses de restaurants.

 

Librairie Carturesi Carousel

 

Pour terminer cet aperçu de la capitale Roumaine, nous remontons la Calea Victoriei présentée comme une tentative de copie de Paris à la grande époque Roumaine (Royauté du début du 20eme siècle). C’est encore une autre ambiance mais l’ensemble dégage surtout une impression défraîchie, comme lorsque nous nous aventurons dans « les Galeries Lafayette » du coin, sorte de marché de la fripe encombré de bric à brac, complètement désert à l’exceptions de vendeurs assez âgés (et heureusement sinon nous aurions flippé), avec en prime un original voyage en ascenseur antédiluvien. Nous marchons jusqu’à l’Athénée Roumain, salle de concert néo-classique abritant aujourd’hui l’orchestre philharmonique George Enescu et clou de ce quartier dit du « Petit Paris », avant de rentrer à notre logement situé pas loin de la place Victoriei.

 

Athénée Roumain

 

Bucarest est une ville qui mélange curieusement de très vieux bâtiments de l’ère communiste en état de décomposition avancé et des endroits ultra moderne comme on peut en voir à Berlin par exemple, avec des quartiers qui réservent des espaces verts et des petits coins où il fait certainement bon vivre mais qui globalement n’a rien de vraiment exceptionnel à proposer (il faudrait cependant pour en être certain avoir visité les nombreux et imposants musées de la ville, ce que nous n’avons pas fait).

 

 

JOUR 2 - trajet BUCAREST / BRASOV

 

L’unanime et rare conseil que j’ai pu obtenir de mes collègues de travail roumains au moment de l’organisation du voyage fut de ne surtout pas faire la route entre Bucarest et Brasov le week end, celle-ci étant encombré d’embouteillages monstrueux dans la mesure où tous les habitants fuient la chaleur de la capitale et montent vers les Carpates dès que possible et qu’il n’y a qu’une route deux voies pour ce faire. J’avais donc acheté des billets de train et si le trajet (3h) fut une petite expédition, dans la chaleur et avec tous nos bagages, nous avons pu juger en regardant les files de voitures par la fenêtre du vieux wagon revendu par la SNCF à la CFR de la pertinence de ce conseil. Pas facile de récupérer la voiture de location non plus, quelques déboires et surtout un véhicule beaucoup plus petit que prévu : premier aperçu de ce souci récurrent lors du séjour de ne pas avoir exactement la réservation à la hauteur de l’attendu. Le trajet vers notre premier logement situé vers Bran, à une demi-heure de route, se fait donc avec chacun sa valise sur les genoux, et je croise les doigts pour qu’on réussisse à obtenir gain de cause auprès de l’agence de location sinon le Road Trip à venir s’annonce pénible. Le logement quant à lui est conforme à nos attentes, et même s’il est au bord d’une route en travaux il dispose d’un très agréable et silencieux jardin de l’autre côté.

 

 

JOUR 3 - le Chateau de PELES ?

 

Cette journée du dimanche 27 juillet marque à ce jour notre pire expérience de vacances, et montre à elle seule la marche que la Roumanie a encore à gravir pour se prévaloir d’être une destination touristique fiable. Nous étions donc tout proches de Bran, village qui possède le château le plus visité de Roumanie, étant vendu comme celui du légendaire Dracula. En réalité tous les guides alertent sur la récupération commerciale sans fondement du mythe, et le coté attrape touristes du lieu. Effectivement pour être passé devant à de multiples reprises, sa silhouette est impressionnante mais les environs sont un bordel sans nom de véhicules, de cars de touristes, de boutiques en tout genre, une vraie cour des miracles impossible à traverser sans bouchonner, sans aucun moyen de stationner brièvement ne serait-ce que pour prendre une photo, c’est bien simple on se croirait à Ankh Morpork. Autre très jolie forteresse à proximité, celle de Rasnov, perchée sur une montagne accessible par téléphérique, mais j’avais vu sur internet qu’elle est fermée depuis des années pour réparation (sans que ce soit forcément annoncé au guichet du téléphérique d’ailleurs). J’avais donc opté parmi ces visites pour le Château de Peles, sur le papier l’un des plus beaux de Roumanie, non sans quelques hésitations. En effet il fallait une heure de trajet, et surtout les billets étaient très chers (20 euros par personne sans aucune réduction, donc 100 balles pour la famille). Sur conseil des guides, j’avais pris les billets à l’avance (sur une plage horaire bien délimitée et non remboursables) pour éviter de faire une interminable queue au guichet d’autant plus le dimanche (hé oui, c’est là le plus débile de l’histoire, j’étais obligé de prendre ce jour-là car le château est fermé le lundi et le mardi). Sans le savoir, je venais de commettre une première erreur.

 

Nous voilà donc tous en voiture, confiants pour arriver à 11h sur place pour notre visite guidée, qui doit durer environ 2 heures. Le début du trajet se passe bien, mais arrivé à une vingtaine de kilomètres, vers la maudite ville de Busteni, notre Gps s’affole. Bientôt, le temps de trajet est agrémenté de 2 heures supplémentaires, et nous voilà à touche touche quasiment immobiles sur la route. Nous hésitons à rebrousser chemin, et décidons de tenter le coup quand même, ce sera ma deuxième erreur. Car après 3 heures de voiture, nous n’atteindrons jamais l’emplacement du château : il y a un événement spécial dans la ville de Sinaia (course automobile ?) expliquant sans doute l’affluence, et tous les accès sont bloqués. Une journée de perdue, sans compter l’argent dépensé et la déception des enfants à gérer, un pur bonheur. Quand on se targue d’être l’un des monuments les plus visités d’un pays, un minimum de souplesse et d’information est de mise et surtout, on ne ferme pas deux jours par semaine en plein été !

 

 

JOUR 4 - Parc National Piatra Craiului

 

 

Ayant jeté un œil à la météo, je décide d’avancer la randonnée prévue dans le Parc National Piatra Craiului au lundi, et j’ai cette fois été bien inspiré. Héloïse reste se reposer au gite, c’est avec Malo et Soline que nous entamons cette randonnée entre Zarnesti et le Chalet Curmatura. 2h30 de marche, une première moitié en forêt avec pas mal de dénivelé, puis un chemin plus facile dans les alpages, et enfin un peu de forêt tranquille jusqu’au chalet. Il fait très beau, le paysage est superbe (assez semblable aux Alpes, par exemple), il y a un peu de monde mais pas trop et le chemin est extrêmement bien balisé, les conditions sont excellentes. Nous arrivons en bonne forme en haut et profitons d’une agréable pause pique-nique. Les vrais marcheurs viennent eux en fin d’après-midi et dorment au chalet, avant d’attaquer au petit matin les crêtes qui le surplombent et qui elles sont très spectaculaires : ce sont des randonnées réservées aux experts, il n’y a pas vraiment d’intermédiaire dans le coin entre notre ballade et ça. Finalement la redescente est relativement rude (bien 2h) et arrivés à la voiture nous sommes tous bien fatigués. Une belle journée dans la nature qui aura rattrapé celle de la veille.

 

 

JOUR 5 - BRASOV

 

La Place du Conseil

 

Il nous reste à visiter Brasov avant de partir vers notre deuxième destination, et nous croisons les doigts devant la météo incertaine. Le centre-ville intéressant n’est pas immense, et nous attaquons notre parcours assez tôt pour espérer échapper à l’orage. Nous atteignons la place principale, entourée de maisons aux façades colorées typiques de toutes les villes et villages Roumains traversés, et surplombée par les monts Tampa en haut desquels s’affichent les lettres de la ville façon Hollywood. L’ancien Hôtel de ville et l’entrée d’un Monastère planqué dans une cour intérieure achèvent ce joli tableau. Nous nous déplaçons ensuite vers l’Eglise Noire - appelée ainsi après un incendie en 1689, mais dont on ne voit plus guère de traces aujourd’hui – que je visite avec Soline. L’intérieur présente des orgues, des tapis anciens au mur et des pierres tombales sculptées enchâssées désormais contre les parois, toutes choses communes aux nombreuses Eglises que nous visiterons lors de notre séjour, avec chacune leur spécificité mais sans vraiment non plus d’aspect exceptionnel (rien de comparable à la France ou à l’Italie par exemple).

 

La Porte Catherine

 

Bref la visite de l’Eglise Noire n’est pas indispensable, en revanche le centre-ville médiéval vaut la promenade (notamment la très jolie Porte Catherine), sans que nous ayons eu le temps de marcher le long des remparts restants ou de monter aux tours de garde encore debout. Le temps de manger et ça y est, l’orage éclate et va même devenir diluvien, alors que nous profitons de notre présence dans la ville pour retourner à l’agence de location de voiture. L’affaire se termine bien, avec un surclassement de véhicule cette fois bien adapté à la grande famille, mais prend un peu de temps et devant l’heure tardive et les trombes d’eau nous renonçons à pousser jusqu’à Prejmer, village doté à priori d’une très remarquable Eglise fortifiée.

 

 

JOUR 6 - trajet BRASOV / SIBIU

 

Monastère de Brancoveanu (Sambata de Sus)

 

La journée du mercredi est consacrée au déplacement de Bran à notre second logement, situé dans la montagne à une grosse demi-heure de voiture de la ville de Sibiu. Nous en avons pour 2 heures de route normalement, mais j’ai prévu plusieurs arrêts en chemin : ce modeste trajet sur le papier va nous réserver de bien belles surprises. Et la première, c’est le grand monastère de Brancoveanu. De ce que j’ai compris il a été construit assez récemment autour d’une église du 17 eme siècle dont la version restaurée est au centre de la grande cours à laquelle on accède après un trajet sur une allée bordée d’arbustes. L’endroit est isolé, super calme et bien tenu, le contraste entre le gazon, la bordure de fleurs rouges et les murs blanc est superbe. Outre la petite église il y a un oratoire et une grande salle entièrement peinte abritant une relique ainsi qu’un musée (seule partie payante, nous n’y sommes pas allés). On reste un bon moment dans ce lieu enchanteur avant de reprendre la route vers notre prochaine destination, l’église fortifiée de Cincsor.

 

Eglise Fortifiée de Cincsor

 

C’est une petite église entourée d’un mur d’enceinte relativement ben conservé, avec ses tours de garde, mais l’ensemble a l’air désert et pas bien entretenu. Nous faisons un tour, peu rassurés, d’autant qu’un groupe de chiens viens nous aboyer aux oreilles. Finalement une vieille sort d’une sombre pièce dans la muraille et rappelle ses chiens, on comprend que le lieu était en fait fermé à la visite à cet horaire et on file sans demander notre reste.

 

Abbaye de Carta

 

Après cette mission digne de Perceval et Karadoc dans Kaamelott nous nous arrêtons à l’Abbaye de Carta qui se révèle par surprise l’une des visites les plus intéressantes de la région. Seule Abbaye Cistercienne du Pays, riche d’une longue et mouvementée histoire, Carta est un lieu fascinant qui évoque les jeux vidéo d’aventure, avec cette caractéristique d’être à moitié en ruines et à moitié encore en activité (église luthérienne). Pour accéder à l’intérieur il faut traverser un petit cimetière fleuri abritant les tombes de soldats allemands tombés à la première guerre mondiale. C’est une des surprises du séjour, alors que je connaissais la Roumanie Francophile, de constater que la Transylvanie est Germanophile, toutes les explications que nous verrons sont en Allemand (en plus du Roumain et de l’Anglais) et la région se réfère à un héritage Saxon encore bien prégnant aujourd’hui. Là encore le lieu nous enchante et nous prenons un long moment pour y flâner, Malo, reconverti en photographe animalier pour ces vacances, essayant d’avoir le meilleur cliché d’une petite souris qui s’affaire dans les ruines de l’ancien cloître. C’est donc en fin d’après-midi que nous rejoignons notre logement situé à Sebesu de Jos, village que nous traversons sous le regard curieux des vieux assis prenant le frais sur leur banc devant leurs maison, avant de nous engager dans une route de montagne sans issue. Notre gite fait partie d’une poignée de cabanes en pleine nature et il est très agréable, en revanche vu l’isolement on prévoit des courses pour faire les repas du soir sur place.

 

 

PARTIE II

 

19 juillet 2025

LA FAVORITE #01 - NIRVANA

 

Pour son premier article de pré-retraité, Blinkinglights va se la jouer modeste. Explorer une discographie qui en réalité ne contient que 3 vrais albums, auxquels on ajoutera néanmoins quelques suppléments pour faire moins radin. Et pas de chronique en bonne et due forme, non non, on va se contenter d’une formule simple, efficace, et offrant toute liberté pour évoquer un album en un mot comme en cent : citer sa chanson favorite dudit album (d’où l’intitulé de la rubrique).

 

Nirvana donc, un groupe assez peu cité sur ce blog eut égard à son importance pour les amateurs de rock de ma génération (rappelons que j’avais 14 ans en 1991) mais dont on pourra trouver finalement une entrée par album sur ce blog, notamment dans mes chroniques de vieilles cassettes, ce qui me contraint à un peu de redite ici. A commencer par mon rapport au groupe, largement ignoré à l’époque de son explosion, pour cause d’initiation musicale avec les hard rockers virtuoses (Guns N’Roses en tête) dont Kurt Cobain entendait justement prendre le contre-pied, et aussi un peu (déjà) de snobisme. Ce n’est donc sans doute pas un hasard si j’entrais dans la communauté des blogueurs en choisissant pour le culte Top of the Flops du Golb de railler Nevermind ! Contrairement aux vrais fans criant à la mainstreamisation je me laissais finalement convaincre par le MTV Unplugged (seul album à avoir été acquis à sa sortie et à avoir eu sa vraie chronique, dans la rubrique Loved Lives) et mettrais des années (1), une fois ma culture musicale enrichie, à comprendre l’apport de Nirvana dans l’histoire du rock. Sans me départir d’un sentiment de surcote d’un point de vue strictement musical, le terme de génie souvent accolé au patronyme de leur leader me semblant tout à fait galvaudé (et il n’en pensait pas moins à mon avis). Quoiqu’il en soit, replongeons-nous un peu dans cette discographie que je parcours assez rarement pour voir si mon jugement a évolué ou si j’y découvre quelques perles oubliées.

 

(1) finalement, j’ai aujourd’hui en physique dans mes étagère tous les disques officiels, y compris les live - à l’exception d’Incesticide - pour la plus grande joie de mon fiston qui n’a pas attendu ses 14 ans, lui, pour devenir fan de Nirvana (même s’il leur préfère… Foo Fighters !)

 

‘’Bleach’’

 

Pour cette sélection de ma favorite de ‘’Bleach’’, on va prendre la classique version CD agrémentée de deux titres bonus par rapport à la version LP originale. Et si « Sifting » fait une fin plus logique, « Downer » en fait une bien meilleure, tant Nirvana séduit plus ici sur les tempo bien relevés. Si j’avais plus ou moins en souvenir que ce premier album pourrait être, en forçant un peu mon snobisme, mon préféré du groupe, la réécoute m’a rapidement fait déchanter. Car hormis quelques incongruités l’ensemble baigne dans une lourdeur qui semble désigner Black Sabbath comme la principale source d’inspiration de Cobain. Si on ajoute les improbables tentatives de branlage de manche de notre héros, beaucoup de morceaux font pâle figure par rapport à ce qui suivra deux ans après. Une petite poignée de titres (souvent ceux qui perdurèrent jusqu’aux setlists finales) surnagent, mais pas vraiment de concurrence : « School », dans mon Top 5 du groupe et doté d’un de mes riffs de guitare préférés, est un large vainqueur de ce premier round.

 

Nevermind

 

Avais-je quelque chose à apprendre de cette énième réécoute du parangon musical de ma génération ? Assurément, déjà parce que contrairement à l’album précédent je n’avais pas de favori immédiat. Et puis j’ai trouvé l’album moins inégal que ce que j’imaginais. Certes il y a deux titres que je déteste toujours, mais le reste est de haute volée, bien que certains morceaux pâtissent vraiment d’une overdose d’écoutes à commencer par le principal et plus célèbre single de Nirvana. Je redécouvre un peu « Stay Away » où la basse de Chris Novoselic est monstrueuse, qui vient chercher des noises à un « Breed » sublimé par l’arrivée de Dave Grohl à la batterie (commentaire qui vaut pour tout Nevermind d’ailleurs). Mais à ce jeu-là c’est encore, aujourd’hui comme hier, le punk et direct « Territorial Pissings » qui remporte la timbale et s’impose comme ma chanson favorite du second round. Pour le reste, pas grand-chose d’original à ajouter sur cet album analysé sous toutes ses coutures depuis des décennies par des bien plus connaisseurs que moi. Nirvana y est l’illustration parfaite du groupe indé ayant voulu plaire en y étant trop bien parvenu. Production efficace, avec ces chœurs, ces nuances de sons de guitare, ces fameux couplets calmes/ refrains énervés empruntés aux Pixies (toutes choses absentes de ‘’Bleach’’), sur laquelle Cobain crachera une fois la gloire venue en arguant d’une trahison au son noise d’origine. Écartèlement symbolisé par la volonté de conclure non comme prévu par le divin « Something in the way » mais plutôt par une boule bruitiste de pure frustration, accessoirement première découverte d’un morceau caché pour les gens de mon âge.

 

In Utero

 

M’est avis qu’il y eu maldonne pour beaucoup de fans de Nevermind qui après tant d’attente pour enfin écouter le nouvel album de leur groupe favori se sont pris « Serve the Servants » dans la gueule. Un morceau tout en dissonances et chant erratique, avec récidive sur un « Scentless Apprentice » à peine plus accessible. Si nombre de musiciens indés de l’époque jouaient (difficilement) la posture de la pureté anti-commerciale, Kurt Cobain par la seule entame d’In Utero prouvait sa sincérité. Je n’aime pas ces titres mais j’admire le bras d’honneur. Entre scie insupportable (« Rape Me », auquel j’ajoute « All apologies ») et morceau sympatoche dans la lignée de l’album précédent, la première face de ce 3eme round ne contient aucun prétendant à la victoire. Retournement complet par la suite, puisqu’entre les pistes 6 et 11 on a sans doute ce que le trio a fait de mieux. De la tension (je ne sais pas pourquoi j’oublie toujours que « Radio Friendly Unit Shifter » est excellente), du songwritting de qualité supérieure (le sommet « Pennyroyal Tea »), des explosions de guitare saturée en veux-tu en voilà, un véritable manifeste grunge. Un peu de redite aussi, déjà (j’adore « Tourette’s » toutefois le prendre en favori à la suite du « Territorial Pissings » aurait été du foutage de gueule). Mais sans aucun suspens puisqu’elle a de tout temps été ma composition préférée de Nirvana, c’est « Milk It » qui remporte la mise. A rebours de tant de chansons prévisibles, j’adore cette déconstruction guitaristique sur fond de marmonnements qui soudain se rassemble en gros son haché et hurlement, dans un style qui fait un peu penser à Shellac, groupe du célèbre producteur à jamais associé au son sans concessions d’In Utero. Une espèce de menace sourde qui vient vous chopper à la gorge lors du refrain, redoublant son assaut pour le final larsené.  « Doll Steak !! Test Meat !! »

 

Normalement l’article devrait s’arrêter là mais vu la maigreur discographique de Nirvana on va y inclure exceptionnellement les compilations d’inédits et les Live.

 

MTV Unplugged in New York

 

J’ai déjà bien assez écrit sur le MTV Unplugged, et je l’ai beaucoup trop écouté. Ce fut ma véritable porte d’entrée à Nirvana et, à ce titre, j’assume être cible de quelques flèches bien envoyées dans cet excellent et hilarant article du Golb. La setlist est surprenante, et si j’ai toujours préféré majoritairement les reprises (notamment la triplette Meat Puppets), la voix et le charisme de Cobain y sont si éclatants qu’on finit par adhérer à l’ensemble. J’aurais pu sélectionner « Pennyroyal Tea » mais je me suis aperçu que c’était le seul titre interprété en solo, donc je choisis la magistrale « Something in the Way » et son fascinant violoncelle.

 

Incesticide

 

Imaginez l’industrie rock un peu en perdition qui n’en revient pas d’avoir choppé par surprise la poule aux œufs d’or. Sauf que manque de bol la poule en question refuse de rééditer l’exploit : quelle frustration ! Hop ni vu ni connu on rassemble quelques bouts de coquilles par ci par là, une couche de peinture dorée et on présente ça comme le nouveau chef d’œuvre de Nirvana. Je ne sais pas si Cobain avait déjà une dent contre son label à cette époque mais après Incesticide la haine sera vivace. Evidemment cette collection de morceaux (Faces-B, reprises, versions, inédits) éparpillée sur les 4 ans d’existence du groupe est extrêmement hétérogène en qualité et en style, mais elle a le mérite de présenter le coté expérimental du trio. C’est parfois pénible, parfois curieux (une reprise de Devo, ou « Aero Zeppelin » aussi incongrue que son intitulé), et parfois très bon, même si on ne peut s’empêcher de remarquer que les reprises (dynamitage de ces Hippies inconnus que sont les Vaselines) y sont plus accrocheuses que la plupart des compos. En exceptions « Sliver », single hors album comme dans l’ancien temps ou « Downer », déjà croisé sur la version CD de ‘’Bleach’’. Mais c’est in fine le tout dernier titre qui a ma préférence, un long « Aneurysm » qui alterne brillamment d’insoutenables mises en tension instrumentales à de soudains relâchements saturés où Cobain nous parle de manière véhémente de sexe, de rock n’roll, mais surtout de drogue.

 

With the Lights Out

 

En introduction, je vous disais que je m’étais lancé dans un challenge modeste avec Nirvana pour commencer. C’était sans compter la conscience professionnelle de blinkinglights qui, une fois la porte des inédits entrouverte avec Incesticide, m’obligea à viser l’exhaustivité et donc considérer le coffret With the Lights Out (3 CDs, 61 titres et plus de 3 heures d’écoute). L’ultra fan y aura sans doute découvert une mine d’infos sur son groupe fétiche et un filon musical à longuement explorer (1), pour le simple amateur que je suis il s’agissait surtout de faire le tri. Beaucoup d’inédits auraient dû le rester, les demo ou versions des titres officiels n’apportent pour la plupart rien d’intéressant (qu’elles soient trop proches de l’originale, ou au contraire des brouillons inaudibles, ou des versions acoustiques entendues en mieux sur le MTV Unplugged). La période ‘’Bleach’’ a le mérite de présenter d’où partait Nirvana et quelques influences que je n’avais pas en tête (beaucoup Led Zeppelin, je l’ignorais), la partie In Utero montre plus le processus créatif et les jams (demo de « Scentless Apprentice » de plus de 9 mn), des pistes plus éclairantes sur l’histoire du groupe que convaincantes musicalement. Les reprises ainsi que les Faces-B officielles sont en revanche souvent plus intéressantes, et c’est une quinzaine de titres qui passeront la première étape de pré-selection. Au niveau des reprises, j’ai bien aimé celles de Leadbelly par un mélange des Screeming Trees et de Nirvana (je n’avais jamais entendu parler du groupe the Jury) ou la plus classique et très sombre « D-7 » des Wipers qui va comme une camisole à Cobain, mais c’est surtout la surprenante réinterprétation du « Here she Comes Now » qui m’a bluffée. Pour le reste quelques titres sont bons mais ressemblent quand même énormément à des chansons officielles (« Token Esatern Song » ou « Verse Chorus Verse » par exemple), la ballade « Marigold » est très belle mais s’apparente plus à une chanson de Foo Fighters, tandis que le titre « Old Age » pâti d’une interprétation timide là où il est exceptionnel chez Hole (2). Restent donc en lice outre la reprise du Velvet le désespéré « Even in is Youth » dont on se demande vraiment pourquoi il ne figure pas sur Incesticide, un « Sappy » si bon qu’il a apparemment été enregistré de nombreuses fois tout au long de l’existence du groupe (3) et cette demo acoustique assez impressionnante - où le talent de compositeur de Cobain est à son meilleur - du « You know you’re Right » qui finira par sortir de manière posthume en guise d’attrape fan en tête d’un best of en 2002. C’est finalement sur ce dernier que se porte mon choix et vous aurez compris toute l’ironie d’avoir écouté tout le coffret pour avoir comme favori un morceau qui n’y figure même pas et qui est probablement le titre hors album le plus connu de Nirvana, ayant été leur dernier publié à grand renfort de communication.

 

(1) Et encore, peut être connaissait-il l’essentiel bien avant la parution du coffret, Nirvana ayant été l’un des groupes les plus bootlegué de la planète

 

(2) Je crois que la paternité en est discutée mais pour moi ça a toujours été un titre de Hole, groupe que par ailleurs j’aime beaucoup plus que Nirvana

 

(3) Je le connaissais du No Alternative où il figurait en titre caché dans une tentative louable mais un peu vaine du groupe de ne pas écraser la cause caritative de cette compilation par sa seule présence au menu

 

 

On termine avec des bonus live présents dans ma discothèque, mais si beaucoup de titres y gagnent, les interprétations live restent globalement fidèles et ne bouleversent pas l’ordre établi : les chansons que j’aime et celles que j’aime moins sont les mêmes qu’en version studio, il est donc inutile de jouer au jeu de « la favorite » sur ces disques.

 

Live February 9, 1990 - Pine Street Theatre - Portland, Oregon

 

Un court live proposé en bonus pour la réédition des 20 ans du ‘’Bleach’’, qui est intéressant dans la mesure où il explique comment j’ai pu croire un moment que le premier album de Nirvana serait mon favori. Se concentrant sur ses morceaux efficaces (en gros la première face) et agrémenté des meilleurs inédits du groupe à l’époque tout en relevant un peu le tempo de l’ensemble (super « Love Buzz »), ce concert débarrasse ‘’Bleach’’ d’une bonne partie de sa lourdeur originelle pour se concentrer sur le côté punk de Nirvana. On regrettera juste l’absence de « Negative Creep » au menu.

 

From The Muddy Banks Of The Wishkah

 

L’air de rien, From The Muddy Banks Of The Wishkah est sans doute mon album de Nirvana favori. Ce n’est pas vraiment un live mais une compilation de titres enregistrés en concert sur différentes périodes, principalement axée toutefois sur l’âge d’or du groupe, fin 1991. La setlist est quasi parfaite, et l’interprétation peut être résumée par la devise « plus vite, plus fort ! ». On sent tout le travail mené par la production à chercher les versions les plus percutantes et à faire un disque ramassé et cohérent, malgré les 5 années qui séparent les plus anciens enregistrements du plus récent, mon cher « Milk It » (énorme atout de cet album par rapport au live at Reading où elle est absente) ici joué avec Pat Smear en renfort. Les chansons du Nevermind y sont particulièrement marquantes, « Drain You », « Smells Like Teen Spirit », « Lithium », et même « Polly » qui y gagne une inhabituelle agressivité lui allant mieux que les interprétations classiques (seule « Breed » est un peu en deca de la version Reading). Les meilleurs extraits de ‘’Bleach’’ et In Utero, un surcroit de rage et un son nickel, tout est bon dans cette compilation à la durée optimale.

 

Live at Reading – 30 Août 1992

 

Deux avantages à ce live officiel : il contient 11 titres non présents sur FTMBOTW, et si tout n’est pas indispensable, « In Bloom », « Stay Away », « D7 » et « Territorial Pissings » sont quand même assez redoutables. Et surtout, voilà un vrai concert intégral, nous permettant de nous projeter dans le public à l’époque. Le son y est un peu crado, et les interprétations parfois hasardeuses : on peut imaginer que Kurt Cobain en avait déjà marre de « Semlls Like Teen Spirit » et commençait à s’amuser à la savonner (pas sûr que ce soit volontaire sur l’intro, mais sur le solo c’est assez évident), en revanche « Polly » et « All Apologies » sont quand même bien foirées, et « Silver » montre une défaillance assez rare de Cobain au chant. Mais le Live at Reading montre le Nirvana authentique, avec ses qualités et ses défauts et, vraiment, on aurait aimé y être.

 

Last American Show – Seattle 8 janvier 1994

 

Aussi improbable que ça puisse paraître, je possède un bootleg de Nirvana présentant un enregistrement correct d’une date de la dernière tournée du groupe (dernier concert aux USA, évidemment à Seattle). Ce qu’on peut en retenir, c’est que 3 mois avant sa mort, Kurt Cobain était encore vivant. Pas grand-chose donc, sauf l’énergie intacte du trio et une interprétation bien supérieure à celle du Reading de 1992. Le MTV Unplugged a été enregistré quelques semaines avant, ouvrant peut être une nouvelle voie au groupe, qui en tout cas en intègre désormais une part dans sa setlist (présence du violoncelle sur plusieurs titres, et Krist Novoselic sort son petit accordéon au moins sur « Polly »). Après le déluge de décibel de l’intro, une large part de la discographie de Nirvana (quasiment tout Nevermind et In Utero interprété) balancée comme un ultime témoignage avant le traditionnel bordel noisy final prolongeant « Blew » de longues minutes, et se terminant en guise d’au revoir par Cobain lançant à une foule particulièrement hystérique la fameuse citation « to be or not to be, that is the question ». Question à laquelle il répondra donc le 8 avril 1994, en ayant auparavant pu terminer une tournée Européenne passant par 5 dates françaises dont quelques amis plus malins que moi auront pu profiter.

 

 

LA FAVORITE - NIRVANA

 

''BLEACH'' - School

NEVERMIND - Territorial Pissings

IN UTERO - Milk It

MTV UNPLUGGED IN NEW YORK - Something in the Way

INCESTICIDE - Aneurysm

B-SIDES & MISCELLANEOUS - You Know you're Right

 

12 juillet 2025

MUSILAC - Mercredi 09 Juillet 2025 - Aix-les-Bains

 

Depuis une décennie je suis toujours parvenu à trouver au moins une date de festival à ma convenance dans l’année. En 2024 c’était l’inattendu Pause Guitare à Albi pour voir Alice Cooper, cette année ce sera Musilac, le réjouissant retour du TINALS n’ayant pas apporté une programmation à la hauteur de mes espérances. 14 ans après ma première venue à Aix les Bains pour voir notamment Eels et PJ Harvey, le festival proposait de manière assez exceptionnelle une bonne soirée rock, avec en principal attrait ma chère Amyl et ses Sniffers. De quoi convaincre Juliet de venir, d’autant qu’elle apprécie fortement aussi the Last Diner Party, et Denis de nous suivre. J’étais d’ailleurs bien content de pouvoir me reposer pour les trajets et la logistique de la soirée sur le sympathique couple car je n’étais pas du tout dans mon assiette au moment du départ et le déplacement en solo aurait été compliqué. Après un trajet depuis Lyon qui me sembla plus court que prévu cela allait déjà mieux, d’autant que nous étions très large au niveau horaires, ce qui ne nous empêcha pas de courir vers la navette qui devait nous mener depuis le parking excentré jusqu’au lieu des concerts situé sur l’esplanade au bord du Lac du Bourget, parce qu’on est quand même mieux une bière à la main à l’ombre de la buvette que 20 mn sous le cagnard à un arrêt de bus.

Nous y voilà donc, après un tour des lieux dont je me souvenais assez bien, un espace tout en longueur bordé de stands que nous visitons (cashless, prévention harcèlement, distrib de crème solaire ou de chips…) barré par une première scène puis, si on contourne celle-ci,  qui continue sur un espace plus large (bordée de nombreuses toilettes et stands de bouffe) avec au fond les deux grande scènes côte à côte sur lesquelles alterneront les principaux concerts de la soirée (disposition originale et fort pratique). Tout ceci est assez accueillant et nous nous posons tranquillement, observant les tenues (forte présence d’imprimé leopard et de T-Shirts dégueulasses de Fontaines D.C.) et saluant les connaissances (pas mal de lyonnais sont venus, par exemple tout un groupe d’habitués des salles que j’ai connu via Denis, ou Alice qui vient reprendre une petite dose de Fontaines D.C. avec une amie).

 

Amyl and the Sniffers

 

A 19h pétantes, nous nous dirigeons vers la grande scène de droite (Montagne) où Amyl and the Sniffers ont démarré leur set sur le très réjouissant « Security » et atteignons sans trop d’encombres les premiers rangs. De quoi avoir une belle vue sur le groupe et son énergique leadeuse, aujourd’hui en mini short noir et blanc et soutif ballon de foot rouge, de quoi aussi supporter quelques bons gros lourdaud des avant-fosses qui pogottent comme des bœufs sans trop se soucier de ce qui est chanté sur scène, ce qui est dommage vu qu’une bonne partie des diatribes de l’australienne féministe leur est directement adressée. C’est peut être moi mais je trouve que le début du concert manque un peu d’agressivité, et il faut attendre le toujours explosif « Guided by Angel » pour que le quatuor prenne son envol et tabasse un enchainement de chansons punk aussi bien dans l’esprit que dans l’interprétation. J’aurais particulièrement apprécié l’ultra expéditif et relativement rare « Don't Need a Cunt (Like You to Love Me) » mais aussi le tube de la première heure « Balaclava Lover Boogie », un « Got You » qu’il est toujours amusant de beugler en chœur et même des moments plus fun et pop extraits du dernier disque, comme «  Me and The Girls ». Quelques filles dans le public connaissent les paroles sur le bout de la langue, organe que la bouillonnante chanteuse ne se prive pas de longuement tirer entre autres grimaces et majeurs tendus. Petite allusion à la situation en Palestine, à priori passage obligé des artistes de la soirée mais semblant un peu futile dans une telle ambiance festive. Quoiqu’il en soit Amyl et ses trois gars ont encore une fois tenu la baraque et assuré le spectacle, notre trio sort bien joyeux de cette entame pêchue.

 

the Last Dinner Party

 

Après un petit détour par le bar nous nous dirigeons cette fois vers la scène de gauche (Lac) où le set de the Last Dinner Party vient de commencer. Pas grand monde pour le moment, la fosse est clairsemée et Juliet peut accéder à un emplacement proche de la scène pour ce groupe qu’elle avait particulièrement hâte de voir. C’est une découverte totale de mon côté, et j’ai été assez surpris à défaut d’être conquis par la musique proposée. Un batteur intérimaire se planque dans le fond tandis que les 5 filles occupent en ligne le devant de scène, de droite à gauche la bassiste, la guitariste rythmique, la chanteuse principale, la guitariste solo et une claviériste qui aura aussi à sa disposition un piano quart de queue et un keytar. Toutes sont très jeunes, très bonnes musiciennes et la plupart chantent de belle manière, mais c’est bien la leadeuse Abigail qui retient toute l’attention, par sa superbe voix, ses incessants mouvements sur scène et aussi parce que, coup de bol, c’est la seule qui est vraiment jolie. Me voilà l’observant tournoyer dans une tenue la faisant ressembler à une version moderne d’Esmeralda, tel un Frollo des fosses. Musicalement, the Last Dinner Party ressemble à un mélange d’Abba et d’Arcade Fire avec un peu d’émo metal et une touche de Disney. C’est donc assez grandiloquent, le show est super pro et rien ne m’a spécialement rebuté, mais les moments où j’ai vraiment apprécié la musique ont été assez rares. Ce qui était sympa, c’est que Juliet a kiffé tout du long, donc ça valait le coup.

 

Air sur la scène Montagne

 

C’est maintenant au tour de Air d’investir la scène Montagne, et nous avions décidé d’un commun accord que ce serait le bon moment pour aller chercher à manger. Nous entendrons donc de loin le début du set, puis nous placerons tranquillement au fond pour manger et observer la scène en écoutant la musique dont le réglage était particulièrement bon. J’ai beaucoup aimé la mise en scène, le trio tout de blanc vêtu placé dans un rectangle blanc (un peu à la manière de la pochette du 10 000 Hz Legend) dans lequel de belles projections colorées  s’adaptent à la musique interprétée. Celle-ci est vraiment sans surprises, Air rejouant continuellement les mêmes titres depuis des lustres, et globalement assez mollassonne. Le gros problème est qu’ils laissent encore la plus large place au Moon Safari, qui est un album que j’aime moyennement, là où j’apprécie beaucoup 10 000 Hz Legend et Talkie-Walkie qui contiennent certains titres assez originaux, bien évidemment absents du menu de la soirée. Je suis assez fan du jeu de basse de Nicolas Godin et de la batterie chez Air sur les titres où elle peut s’exprimer, et un « Kelly Watch the Stars » ou un « Run » sont toujours sympa à entendre, je passe donc un bon moment à défaut d’être transcendé d’autant que Denis et Juliet, qui s’emmerdent copieusement, déconnent gentiment pendant le set. Sauf que me voilà soudain surpris d’être surpris, avec l’inattendu et magnifique « Dirty Trip » extrait de la BO du Virgin Suicides, disque que je considère comme le chef d’œuvre du duo. Pour le coup cette version live est exceptionnelle (notamment la batterie) et comme j’aime beaucoup l’entrainant « Don’t be Light » qui clôture le set me voilà plutôt content d’avoir assisté à ce concert pour lequel je n’avais aucune attente.

 

Chalk

 

N’ayant aucune envie de voir Clara Luciani à l’inverse de Juliet qui trépigne, je laisse mes amis et me dirige en solo vers la petite scène pour Chalk, que je ne connais pas mais sur lequel j’ai lu quelques lignes m’indiquant que cela pourrait me plaire. Le très jeune trio est minimaliste, un batteur, un gars qui alterne machines et guitare saturée et un chanteur avec lunettes noires et collier à pointes, on est dans un mélange de post punk, d’electro, une sorte d’indus mais en plus léger et dansant. Assez peu de notes, la voix plutôt sous mixée, les machines ont la part belle mais je trouve ça plutôt bon et essaye de rester à la frontière séparant les gens statiques des gens qui pogottent (alors que ce n’est pas vraiment l’esprit) pour danser. Le set est relativement linéaire et je ne suis pas sûr que les disques soient aussi plaisants que le concert mais j’y jetterais une oreille quand même, en attendant je m’éclipse un quart d’heure avant la fin pour ne pas être trop mal placé au concert de Fontaines DC qui a lieu sur la scène Montagne.

 

Fontaines D.C.

 

Comment le groupe Irlandais est passé en quelques années des bars dublinois à la tête d’affiche des plus grands festivals, voilà qui reste un mystère mais il faut reconnaître que la majorité des spectateurs était venu pour eux ce soir et que contrairement aux autres concerts je suis rapidement bloqué par une foule compacte relativement loin de la scène. Après avoir fait monter le suspens, utilisant même un compte à rebours sur les écrans géants, le groupe renforcé d’un 6eme larron entre sur scène dans une débauche de lumières et de hurlements du public. Après une courte introduction Fontaines D.C. balance deux bons morceaux assez entraînants, « Jackie Down the Line » et surtout le single du premier album (mon favori, évidemment) « Boys in the Better Land » prétexte à utiliser la technique peu reluisante du « poussez-vous je vais pogotter devant » pour arriver à proximité de l’avancée de scène sur laquelle Grian Chatten fait déjà le show. Avec ses lunettes noires, son tambourin et sa gueule renfrognée, le leader charismatique expose à tous son envie d’être le nouveau Liam Gallagher. La mainstreamisation du groupe est en tout cas achevée, et le défilé de mid-tempo exécuté sans passion par des musiciens blasés et convaincus de leur talent va m’enfoncer dans un profond ennui pendant l’essentiel du set. Je suis assez déçu  car si je pensais bien vivre quelques passages à vide (1), j’espérais beaucoup plus de bons moments compte tenu qu’il y a toujours une moitié d’album qui me plait à chaque sortie. Hélas j’avais beau tendre l’oreille et observer un groupe parfaitement rodé et alternant les instruments dans un ballet de roadies millimétré, je restais hors  du coup à tel point que, chose rarissime, je sortais mon portable pour discuter avec mes amis restés à l’arrière. Denis qualifiait le groupe de gros poseurs et d’Oasis sans tube tout en trouvant le concert plutôt cool, alors que derrière moi une troupe de jeunes filles chantaient toutes les paroles avec des étoiles dans les yeux. Seul l’expéditif « Big » rallumera une éphémère flamme et ravivera le souvenir des premiers concerts auxquels j’avais assisté avec enthousiasme. On pourrait me prendre pour un snob de la première heure, mais ce n’est pas le cas puisque les deux autres titres que j’ai beaucoup appréciés furent extraits du dernier album, Romance. Tout d’abord « Favourite », pop mélodique ultra savoureuse qui ressemble quand même fortement à un tube, et « Starbuster » en final flamboyant qui démontre que Fontaines D.C., en s’éloignant un peu de sa routine musicale par un chant quasi slamé et une rythmique entêtante, reste à l’occasion sacrément brillant.

 

Il est environ une heure du matin quand notre trio quitte les lieux pour un retour sans encombre et assez vite fait sur une route déserte. Chapeau tout de même à Denis qui aura lutté avec force coca et best of d’Oasis pour nous ramener à bon port sans avoir un appui phénoménal de ses copilotes ensommeillés. Nous avons passé un très bon moment et si la partie musicale fut mitigée de mon côté, cette pause rock/bière/amis dans un quotidien professionnel pas facile m’aura fait le plus grand bien.

 

(1) j’avais hésité pour aller au concert des Nuits de Fourvière avec Alice et Damien mais avait trouvé ça un peu trop risqué

 

 

Setlist Amyl and the Sniffers (de mémoire) : Security - Freaks to the Front - Doing in Me Head - Do It Do It - Chewing Gum - Guided by Angels – Knifey - Some Mutts (Can't Be Muzzled) - Don't Need a Cunt (Like You to Love Me) - Got You - Balaclava Lover Boogie - Me and The Girls - Jerkin'  - Tiny Bikini – Facts - U Should Not Be Doing That – Herz

 

Setlist the Last Dinner Party : Burn Alive - Caesar on a TV Screen - Second Best - On Your Side – Gjuha – Sinner - Portrait of a Dead Girl - The Feminine Urge - My Lady of Mercy - Big Dog – Mirror - The Killer - Nothing Matters

 

Setlist Air : La femme d'argent - Sexy Boy - All I Need - Kelly Watch the Stars – Remember - Le voyage de Pénélope – Venus - Cherry Blossom Girl – Run - Highschool Lover - Dirty Trip - Don't Be Light

 

Setlist Fontaines D.C. : Romance - Jackie Down the Line - Boys in the Better Land - Televised Mind - Roman Holiday - It's Amazing to Be Young - Death Kink - Motorcycle Boy – Big – Bug - Here's the Thing – Nabokov – Desire – Favourite - In the Modern World - I Love You - Starburster

 

AMYL AND the SNIFFERS - Some Mutts (Can't Be Muzzled) (Live Musilac 2025)

 

the LAST DINNER PARTY - Nothing Matters (Live Sao Paulo 2025)

 

AIR - Dirty Trip (Live Dublin 2025)

 

CHALK - Velodrome (Live Musilac 2025)

 

FONTAINES D.C. - Here's the Thing (Live Musilac 2025)

 

 

 

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