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Blinking Lights (and other revelations)
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2 mai 2015

COMING SOON - MORIARTY - COCO ROSIE - 30 Juillet 2008 - Nuits de Fourvière - LYON

 

A l’affiche de mon dernier concert de la saison, les excellents Moriarty accompagnés de Coming Soon et Coco Rosie. A bien y réfléchir une belle affiche de bobos, parfaite pour les Nuits de Fourvière. Une fois n’est pas coutume, j’arrive un peu à la bourre et le set de Coming Soon vient de débuter quand je me place au milieu d’une fosse un peu clairsemée (ce concert est un des rares du festival à ne pas être complet) pour découvrir ce groupe français.

Et là je déchante rapidement. Essayez d’imaginer : sur scène, sept personnes au look improbable, mélange de costards et de vêtements champêtres, parfois surmonté d’une cape flashy. Puis prenez le visage de l’écrivain Stephen King, et clonez le sur chacun des membres du groupe, même les filles : effrayant ! Seul à échapper à cette fraternelle et gênante ressemblance, le leader déguisé en cow boy, plutôt bien physiquement, mais dont la « voix » et les mimiques (il titube comme sous l’effet de l’alcool alors même qu’il doit être un habitué du coca light) sont horripilants. Tout ceci ne serait pas grand-chose si je  n’avais pas la désagréable et inédite impression d’être meilleur que chacun des musiciens sur son instrument respectif (si si, même le chant, assuré à tour de rôle par les faux frères aux voix similairement catastrophiques). Le batteur, par exemple, est assez bon pour un gamin de 12 ans, c'est-à-dire qu’il est très mauvais. Parti comme ça, Coming Soon aurait pu proposer des compositions géniales que ca ne m’aurait pas forcément plu, mais là leur mélange de country et de, euh, style indéfinissable, est d’une fadeur et d’un inintérêt rarement égalé, malgré le charitable soutient de Moriarty sur un titre (une reprise, sans doute). Notre grand benêt au chapeau noir nous raconte que sa présence au concert lyonnais de Leonard Cohen chroniqué sur ce blog lui a donné envie de faire une reprise du grand maître canadien, et on frémit. Le titre est bien choisi (« Memories ») et tient plutôt bien la route musicalement, mais hélas, sans exiger une voix équivalente à celle de son auteur (impossible), nécessite quand même des capacités supérieures à celles de notre pauvre amateur de karaoké. Le fond est atteint sur leur single, « Big boy », pourtant la moins pire entendue ce soir. On s’aperçoit avec horreur qu’elle est entièrement pompée sur Arcade Fire, ce qui m’inspire une façon plus précise de décrire le groupe : vous prenez Arcade Fire, vous enlevez le talent, vous retirez l’originalité, vous ôtez la pêche sur scène et le charisme, et vous avez une idée de ce qu’est Coming Soon. Autre constatation consternante sur ce titre qui voit quelques permutations d’instruments: le guitariste est meilleur à la batterie que le batteur, qui lui même chante mieux que le vocaliste leader ! Je me demande encore comment ce groupe de bal de promo, le sex appeal en moins, peu jouer devant 3000 personnes en ouverture de Moriarty. Quoiqu’en faisant preuve d’un peu de mauvaise fois, notre ridicule leader accuse une petite ressemblance avec le guitariste du groupe franco américain...

Après cette purge, Moriarty entre enfin sur scène pour un très bon concert, logiquement assez similaire à celui décrit ici où je les avais découvert. Entre temps, j’ai bien écouté l’album, mais celui-ci quoique très bon est quand même relativement fade comparée aux prestations live du groupe. Seule grosse différence, la présence d’un discret batteur sur scène, plus indéniable au line up déjà impeccable de Moriarty. Comme à Grenoble, le début du concert est assez froid, on a l’impression d’un groupe qui se la joue, la chanteuse notamment est extrêmement sérieuse (l’effet du stress ?). Heureusement, quelques bonnes blagues du chevelu guitariste détendront l’atmosphère, et dès lors l’humour sera présent tout au long du set. Mettant progressivement le public dans sa poche, Moriarty terminera en crescendo son concert, avec en point d’orgue un irrésistible « Whiteman’s ballad ». Entre temps nous aurons eu droit à deux tubes très attendus (le single « Jimmy » et la reprise minimaliste de « Enjoy the Silence »), ainsi qu’à une reprise de Tom Waits, « Chocolate Jesus », où les cousins de Coming Soon viendront faire un peu de figuration (sauf le chanteur, pour notre malheur, dont la magnifique voix de Rosemary n’arrivera pas à rétablir la fausseté). Le public de Lyon, séduit par l’ambiance jazz folk, les superbes envolées d’harmonica et bien sur la voix de la chanteuse, réserve un triomphe aux franco américains, qui reviendrons sur scène interpréter un dernier titre inédit. Je suis déçu qu’il ne s’agisse pas du magnifique Schubert qui m’avait fais frissonner il y a deux mois, mais ce « Long in the night » à la fois calme et intense fut quand même une très belle conclusion à ce concert agréable.

De Coco Rosie, je ne connais que les quelques écoutes lointaines d’albums téléchargés qui ne m’ont pas franchement marqué. Les deux filles arrivent sur scène, maquillage fluo ressortant de la pénombre, accompagnés d’un claviériste et d’un human beat box. Leur show est assez dynamique, les éclairages, bidouillages sonores et projections sur écran se mêlant en une espèce d’œuvre d’art moderne plutôt fascinante. Techniquement, les voix allant du rap à l’opéra sont très bonnes, et le human beat box assure aussi, mais tous ce joli monde est quand même un cran en dessous de Camille et ses sbires, qui, on s’en rappelle, m’avaient lassés au bout de 20 mn aux eurockéennes. Voix féminine pure, harpe et rythme techno, difficile de ne pas faire la comparaison avec Bjork, en faveur de cette dernière évidemment. Excepté à deux reprises (une chanson qui m’a bizarrement fait penser au tube de Moby, et une autre qui mélangeait du Bjork et du Walt Disney), j’ai aussi eu l’impression d’écouter toujours le même titre. Bref je me suis un peu emmerdé, jusqu’à ce que j’aille me chercher une bière et que je me cale sur les gradins qui commençaient sérieusement à se vider. Bien placé, je regardais alors avec plaisir le film étrange défilant derrière Coco Rosie (dont une fascinante suite d’images qui fonctionnait par association d’idées), écoutant distraitement dans la nuit tombée leur musique répétitive, et passait du coup un moment plutôt plaisant. Qui clôturait une saison 2008 de Fourvière bien remplie, entre déception (Cat Power), confirmation (Massive Attack) et révélation (Leonard Cohen)….

 

Setlist (à peu de choses près) de Moriarty: Animals Can't Laugh - Private Lily - Motel - Cottonflower - Oshkosh Bend – Tagone Ura - Chocolate Jesus - Jimmy - Enjoy The Silence - Whiteman's Ballad – Jaywalker / Long Is The Night

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